La tomate Latreille-Binette

Tomate Latreille-Binette (photo: Jacinthe Roy)

Jacinthe Roy et ses deux enfants en 2019 (image: Jacinthe Roy)

En 2019, Jacinthe Roy, habituée d’acheter ses œufs à la ferme de sa voisine, Pierrette Latraille-Binette (1934-….), se désole en apprenant sa résignation de ne plus cultiver ses grosses tomates. Faute d’énergie et d’intérêt de ses proches à poursuivre ce legs familial pour une 5e génération de femmes, Madame Roy l’a convainc de lui donner des semences pour garder la lignée vivante. Après les avoir plantées dans des bacs cet été-là et récolté les graines, elle contacte en février 2020 Lyne Bellemare, directrice de l’entreprise de semences « Terre Promise » pour lui proposer ce cultivar unique. Acceptée! Mis au courant de ce sauvetage in extremis un an plus tard, je vous partage l’histoire.


Issue d’une famille d’agriculteurs, Pierrette Latraille-Binette, cultivait depuis des décennies un immense potager à Les Cèdres dans lequel elle y plantait entre 100 et 150 plants d’une seule variété de tomate; un héritage familial. Cette tradition se perpétuait depuis sa mère, Marie-Rose Lefebvre (1895-1992), l’ayant reçue de sa grand-mère, Agnès Castonguay (1861-1948) et de son arrière grand-mère, Angélique Montreuil (1834-1921).

De gauche à droite: Angélique Montreuil, Agnès Castonguay et Marie-Rose Lefebvre (images: famille Latreille-Binette)

Son origine remonterait donc au début des premières tomates cultivées en sol québécois introduites aux alentours de 1870. Produisant de très gros fruits (entre 1.5 et 2 livres ou 0.6 à 1 kg), elle s’en servait pour la confection de son ketchup, son jus de tomate et ses conserves. Évidemment, avec la quantité obtenue, elle donnait des fruits à sa famille. Pour l’étape des conserves, elle les trempaient dans l’eau bouillante pour enlever le peau tendre et ensuite les « canner ». Elle se mange aussi fraîche et comme elle contient très peu de liquide, vos tranches de pain ne deviendront pas imbibées avant la fin de votre repas. Attendez-vous à cueillir vos premiers sujets après 75 jours suite à sa plantation. Selon les dires de son fils interviewé, Pierre-Yves Binette, elle prenait les graines d’une seule parmi tous ses spécimens. Elle les faisait sécher sur une « gazette de papier » pour les entreposer dans un pot de pilules vide jusqu’à l’année prochaine.

Au départ, elle démarrait ses semis à l’intérieur pour ensuite les faire profiter dans une serre en avril avant leur acclimatation et leur plantation définitive à là mi-mai. Selon les directives de Madame Bellemare:

Acclimater graduellement aux conditions extérieures environ 10 jours avant la plantation en les sortant le jour. Lors de la plantation, coucher les plants horizontalement en les arquant légèrement afin de faire ressortir les feuilles vers le haut. Arroser lors de la plantation et par temps sec.

Comme le plant mesure jusqu’à 5 pieds (0.9 a 1.2 mètre), assurez-vous de disposer d’un bon tuteur. Si vous souhaitez en planter plusieurs, espacer chaque plant d’au moins 30 cm et 70 cm entre les rangées. Pousse aussi très bien en bac. L’expérimentation de cette variété par Lyne Bellemare suggère une irrégularité dans la couleur des fruits (parfois tirant sur rouge, parfois sur le rose). Sélectionner vos meilleurs spécimens pour poursuivre la lignée. Pour respecter le souhait d’anonymat de Pierrette Latraille-Binette, aucune image, ni coordonnées ne seront transmises.

Un immense merci à Jacinthe Roy pour sa sagesse d’esprit de redistribuer ce trésor inestimable. Faites comme elle et devenez, vous aussi, un-e gardien-ne de votre patrimoine agroalimentaire. Soyez alertés! Il y en a encore beaucoup à sauver. Chacun peut faire sa part.

REPRODUCTION DES IMAGES INTERDITES SANS LE CONSENTEMENT DE JACINTHE ROY OU DE LA FAMILLE BINETTE.

La fabrication du sirop d’érable à la manière des Premières Nations

Femme algonquienne récoltant de l’eau d’érable (image: gwentuinman.com, date inconnue)

En langue algonquienne, le mot « Sinzibuckwud » identifie le « sirop d’érable ». La traduction littérale nous amène davantage à l’expression: « tiré de l’arbre ». Au début du 16e siècle, les Premières Nations partagent leur processus de fabrication du sirop d’érable avec les Européens. En 1521, Peter Martyr (1457-1526), historien italien, écrivit que:

…le miel se trouve dans l’arbre et est cueilli parmi la bruyère et les ronces.

Parmi le peuple iroquoien, l’une des nations autochtones les plus importantes en Amérique du Nord, les lignées matrilinéaires dictent les zones des érablières à sucre. La responsabilité de la collecte et du traitement de la sève incombe donc aux femmes. Chaque cheffe de famille possède sa propre loge ou « cabane à sucre » dans son bosquet ou près de son habitation. La sève d’érable coule du premier dégel printanier jusqu’à la mi-mars ou avril, soit jusqu’au moment où les bourgeons se transforment en feuilles. Environ 40 gallons (180 litres) de sève doivent être recueillis pour faire un gallon (environ 4.5 litres) de sirop; l’équivalent de 640 tasses de sève pour 16 tasses de sirop. Lorsque la sève coule à un débit constant, un arbre peut produire jusqu’à 2 gallons (9 litres) toutes les 24 heures. La sève se collecte à chaque jour et on l’amène au camp pour être bouillie.

Femmes préparant des récipients en écorce de bouleau (image: Musée du Minnesota)

Des rouleaux d’écorce de bouleau ont été pelés des arbres au début du printemps et façonnés en de larges récipients de stockage peu profonds mesurant 7 à 10 pouces (18 à 25 cm) de large, 20 pouces (50 cm) de long et environ 8 pouces (20 cm) de profondeur. Les coutures sont cousues avec de minces brins tirés de racines d’épinette ou de tilleuls et scellées avec de la poix de pin. Une femme conçoit de 1 200 à 1 500 conteneurs de ce type, dont chacun sera rempli d’innombrables fois au cours de la saison.

Les seaux à sève sont conçus de manière similaire avec l’ajout d’une fine bande de bois autour du rebord du seau pour éviter les déchirures. Une poignée de corde est ajoutée aux seaux afin qu’ils puissent être suspendus à l’une ou l’autre extrémité d’un joug aidant pour le transport sur les épaules. La capacité du godet était de 1 à 2 gallons (4,5 à 9 litres).

Roseau entaillé

Des entailles dans le tronc de l’arbre dans laquelle on insère un bardeau ou un roseau permet à la sève de couler dans le seau d’écorce de bouleau. La sève, claire comme de l’eau, possède une teneur en sucre de 2 à 3%. La douceur, à peine détectable, n’a aucune saveur d’érable à ce stade. La sève récoltée se transverse ensuite dans un récipient fabriqué à partir d’une bûche évidée. On comprendra qu’à cette époque, les chaudrons en fer n’existe pas. On utilise davantage des pots en terre cuite. Des pierres chauffées sont placées dans la sève pour l’amener à une ébullition lente et constante. Cette manière de cuisiner avec des pierres a été documentée dès 1555. On ajoute davantage de sève au fur et à mesure que l’eau bouille. On prend soin de ne pas ajouter trop de sève, car si elle déborde, le feu s’éteint et des heures de vigilance se verraient gaspillées.

 

Une fois l’eau de la sève bouillie, le sirop d’érable contient généralement 66% de sucre. Si la sève bouillait trop longtemps, il y avait un risque de la brûler en raison de la forte teneur en sucre. Si la teneur en sucre est trop faible, le sirop est plus susceptible de se gâter. Si la teneur en sucre est trop élevée, le sirop peut cristalliser lorsqu’il est conservé sous forme liquide. Ces pourcentages demeurent encore pertinents aujourd’hui.

Femme ojibwée récoltant un érable à sucre (image: Roland Reed, 1908) Bibliothèque du congrès des États-Unis (cph.3c05740)

Par ailleurs, si l’eau d’érable est laissée dehors toute la nuit dans des bols peu profonds, l’eau non sucrée remonte à la surface et gèle, concentrant davantage la sève. La couche de glace s’enlève le matin avant l’ébullition, réduisant ainsi le temps de traitement au-dessus du feu. Les peuples des Premières Nations conservent le sirop d’érable sous trois formes: en gâteaux au sucre, granulés ou en tire. Lorsque la majeure partie de l’eau s’évapore, le sirop se verse dans des « mokuks », des boîtes bien ajustées faites de panneaux d’écorce de bouleau cousus avec de fines bandes d’écorce d’orme. À l’intérieur des mokuks, le sirop se cristallise et forme des gâteaux de sucre pesant chacun de 20 à 30 livres (9 à 13.5 kg environ). Les mokuks remplis de sucre représentent une part importante du commerce des Premières Nations. Les gâteaux râpés en granules se stockent dans des poches plus facilement transportable et surtout se divisant mieux selon les usages voulus. Par exemple, pour une petite douceur à un plat, juste besoin d’ajouter quelques morceaux de sucre à l’eau.

De plus, lorsque réchauffé, le sirop pouvait se verser sur de la neige fraîche et, en quelques minutes, il se transformait en une consistance semblable au caramel, idéal aussi pour le stockage. Les gens célébraient ce moment de l’année en l’associant au mois du sucre ou à la lune de l’érable.

Technique autochtone utilisant des barils en métal (image: chroniquesbeauceronnes.wordpress.com)

Pour lire la suite… c’est-à-dire connaître la manière dont les canadiens-français ont modifié la technique des premières nations pour celle s’apparentant aux méthodes qu’on connaît aujourd’hui, je vous invite à lire mon ancien article de mars 2019.

Valoriser vos déchets au potager: les restes de table végétal

Jeanne Cartier dans sa cuisine, Saint-Antoine-sur-Richelieu (photo: Don de la famille Louis-Joseph Cartier au Musée McCord, 1903)

Événement gratuit (en rouge) à la fin de cet article.

À mon humble avis, le poste budgétaire alimentaire est l’un des plus mal administré (restaurant, épicerie, dépanneur, take-out, etc.) et je m’inclus là-dedans. Comment se fait-il qu’en bout de ligne, malgré son coût pourtant énorme, on gaspille autant de nourriture? Selon un récent rapport (en anglais seulement) des Nations-Unis publié le 4 mars 2021 :

Uniquement au Canada, les ménages jettent chaque année près de trois millions de tonnes de nourriture, soit l’équivalent de 79 kg (175 lbs) par personne.

Cela équivaut à environ 2000$/an. Les ménages sont responsables à 61% de ce gaspillage. C’est moi, c’est nous. Selon ce même rapport, on ne compte même pas les 30 % de toute la production alimentaire perdue avant même d’être consommée. Catastrophique, ne trouvez-vous pas? Une meilleure gestion permettrait une diminution des gaz à effet de serre, freinerait la perte d’habitats naturels des animaux sauvages, réduirait la faim dans le monde ou du moins, rendrait sa distribution plus équitable, etc.

Indifférence, mauvaise éducation, ignorance alimentaire, trop occupé, facilité, peu importe les raisons, les statistiques parlent. Pourquoi ne pas contrer cette tendance à notre profit. Voici l’un de mes objectifs personnels cette année. Évidemment, avant d’arriver dans notre potager, les restes devraient, avant tout, servir à leur utilité première soit nourrir les gens et non la poubelle à compost. Nos anciens ou plutôt nos « anciennes » parvenaient à merveille à trouver d’autres usages aux restants de table. Que ce soit par des bouillons, desserts, ragoûts, le repas du matin ou du midi se retrouvait très souvent dans le plat recomposé du soir. Et, si des résidus parvenaient à se faufiler, des recettes pratiques apprises de mère en fille clôturaient ce cercle vertueux du quasi zéro déchet alimentaire; une tendance revenue à la mode. Malheureusement, pour plusieurs d’entre nous, nos mères ont probablement oublié cet art culinaire emporté par les développements technologiques, l’ouverture sur le monde et par un nouveau mode de vie dit « moderne ».

De toute façon, qui veut encore récupérer la graisse de lard pour tartiner ses rôties le matin ou les retailles de pâtes à tartes pour confectionner des « pets de sœurs » dans le sirop d’érable. Mon point de vue étant qu’il y a un monde entre notre régime alimentaire actuel lié à notre sédentarité et celui de nos ancêtres très actifs mais à l’espérance de vie moindre. Pour nous aider, plusieurs livres récents réinventent le genre avec nos produits courants. On peut évidemment consulter de vieux ouvrages comme les premières parutions de la cuisine raisonnée pour nous inspirer mais de jeunes autrices et auteurs nous proposent à la fois l’objectif zéro reste et zéro déchet. Vous pourrez concevoir vinaigrettes, coulis, desserts, infusions, bouillons maison, tartes, galettes et j’en passe. Pour l’utiliser à la maison, la suggestion ici-contre se veut très personnelle et je vous encourage à ajouter vos autres propositions dans les commentaires au profit des lectrices et lecteurs. Si l’adhésion à cette tendance ne vous rejoint pas (désintérêt pour la cuisine, trop pressé, régime alimentaire particulier…) et vous produisez quand même des déchets de table de type végétal, je vous propose les alternatives suivantes pour votre potager.

Le compostage de surface ou en tranchée: Je vous fais une confidence; le compostage traditionnel, je trouve ça long, fastidieux et ça prend de l’espace. Et dites-vous, j’en ai essayé des techniques (en tas, en compartiments, avec des composteurs mécaniques, etc.). Constamment, j’oubliais un élément important ou quelque chose clochait (trop de matières vertes ou pas assez de matières brunes, manque d’eau, trop ensoleillé, chauffe pas assez, je brassais mal…). J’en suis devenu anxieux jusqu’à la découverte du compostage de surface ou en tranchée il y a quelques années. TELLEMENT SIMPLE ET PLUS RAPIDE… EURÊKA! Larry Hodgson, notre jardinier paresseux, vous en dresse les principaux avantages et surtout son application facile. Pour le compostage de surface, j’utilise quand même un léger paillis végétal sur le dessus (ex: feuilles mortes) pour un coup d’œil plus joli. Le vivant de la terre travaille pour nous et cela, beaucoup plus vite qu’un tas de compos.

En haut, compostage de surface (image: gerbeaud.com). En bas, compostage en tranchée (image: monjardinmamaison.maison-travaux.fr)

Détour côté basse-cour. J’avoue, peu de gens autour de moi possèdent des animaux pour la consommation humaine (poulets, cochons, cailles, canards, lapins…) chez-eux. À mon grand étonnement, la tendance semble les convertir davantage comme animaux de compagnie (cochon vietnamien, lapin miniature, etc.). Anciennement, il n’était pas rare qu’une partie des restes de table s’en aille aux animaux. Et, par la suite, on les mangeait. Un vraie économie circulaire. Pas de gaspillage. Je dois préciser qu’il y a un mythe véhiculé selon lequel on donnait n’importe quoi à manger aux cochons. ERREUR! Peut-être nos aïeux on utilisé de telles manières de faire mais les vieux documents indiquent que fourrage, céréales en bonnes proportions faisaient parties des us et coutumes. Personne ne voulait rendre les animaux malades; questions de survie. Comme avec nos chats et nos chiens, l’idée n’est pas de leur donner n’importe quels restes de table. Pour cette raison, je vous suggère de cliquer sur les liens précédents pour obtenir les aliments les plus adaptés selon chaque race pour éviter des maladies et problèmes de santé. Autrement, vous verrez la rapidité avec laquelle ils dévorent vos feuillages, épluchures et parties moins belles de vos fruits et légumes.

Porc sur l’île d’Orléans (Photo: Herménégilde Lavoie, 1942)

Le vermicompostage. J’en vois déjà exprimer leur dégoût. Et, je comprends l’hésitation. Pourtant, le fumier de ver de terre se veut le nec plus ultra en matière nutritive pour les plantes. Facile à faire, rapide, écologique, silencieux, ça prend juste un tout petit peu de temps. Dispendieux en sac, pourquoi ne pas faire travailler gratuitement des centaines de vers de terre spécialisés pour vous moyennant vos restants. Il y a toutes sortes de méthodes pour y arriver. Ici-bas, une vidéo d’environ 2 minutes avec l’agronome Lili Michaud pour vous montrer à quoi s’en tenir. Si vous souhaiter aller plus loin, il existe de nombreuses ressources sur Internet pour vous en apprendre davantage. Vous pouvez même fabriquer votre propre lombricomposteur avec toutes sortes de matériaux. Contrairement au plastique, j’ai un faible pour le bois car il respire. Il existe aussi une multitude de vidéos sur le web pour vous montrer. Simplement taper les mots-clés « lombricomposteur » et « fabrication ».

Le compostage alternatif. Bon! Je fais une entorse à mes valeurs liées au fait de suggérer des solutions très abordables pour jardiner. Sachez une chose. Je n’ai reçu aucun montant d’argent ou dédommagement quelconque pour cette suggestion. Je n’ai pas non plus testé ce produit. Donc, pub gratuite. Je ne dis pas non à un essai si l’entreprise me le proposait. Il m’apparaissait pertinent d’ajouter ce futur appareil domestique conçu au Québec par deux jeunes entrepreneures suite à l’engouement de leur sociofinancement où elles ont récolté en 2019 la somme de 1 750 000$ en seulement un mois. Ça en dit long sur le désir des gens d’encourager la réalisation de moyens concrets et accessibles pour composter le plus simplement possible et ce, selon le style de vie d’aujourd’hui. Depuis, elles ont mis leurs efforts à la fabrication à grande échelle et à la commercialisation de leur nouveau produit. Selon le site Internet de TERO, nom de leur concept:

La technologie de l’appareil Tero transforme facilement et rapidement vos déchets de table en un fertilisant naturel prêt pour nos plantes et notre jardin.

(Photo: teroproducts.com)

Principal « hic »… le prix. À plus de 500$ l’unité, presque 600$ sans les taxes, c’est dispendieux pour du compost. On s’en va vers une clientèle aisée. Mais, le luxe a la cote. Et, loin d’être chauvin, je crois qu’il est important de recourir à toutes sortes de moyens pour intégrer tout le monde dans la lutte aux changements climatiques. On fait chacun sa part tant qu’il ne se retrouve pas au site d’enfouissement. En prévente, la livraison se fera à partir de l’automne 2021. Je vous laisse le soin de faire votre propre idée en visitant leur site web.

Vous connaissez d’autres utilisations possibles à vos restes de table végétal, faites part de vos suggestions dans les commentaires. Merci!

Deux femmes font à manger (Photo: Conrad Poirier, 1942)

Vous voulez commencez à mieux gérer votre garde-manger mais ne savez comment vous y prendre? Je vous recommande « À vos frigos », une initiative des « jours de la terre ». Vous pourrez vous inscrire à un atelier virtuel gratuit d’une heure destiné au grand public (maximum 100 places) le 22 mars entre 12:00 et 13:00. J’ai obtenu la permission de l’hôte organisateur « Intégration Compétences », un organisme sans but lucratif d’aide en employabilité, de vous inviter. Moi, je serai du nombre des présents cette journée. Vous y apprendrez plein de trucs et astuces pour réduire vos déchets au quotidien. Si vous manquez votre coup, d’autres dates dans leur calendrier s’offrent à vous. Le changement, ça commence par soi.

Valoriser vos déchets au potager: vos bas nylon

Achat d’un bas nylon (photo: Conrad Poirier, 1948)

Lors d’un appel à tous pour récupérer de vieux bas nylon dans mon entourage, la question la plus fréquente fût: « qu’est-ce que tu veux faire avec ça ? ». Ma famille, mes amis, mes voisins et mes collègues de travail de longue date ne me posent plus la question car ils savent qu’il y a un lien avec le jardinage. Malgré cela, il leur arrive de demander à quels objectifs leurs « détritus » vont me servir. Question légitime car on pourrait penser à mal.

En effet, durant l’hiver avec la pesanteur de la neige mouillée sur les branches ou lors de grands vents d’été, il arrive qu’elles cassent. Si elles tiennent encore à l’arbre grâce à l’écorce, il est possible de refermer la blessure en l’attachant de manière solide avec un matériau non irritant comme par exemple un morceau de tissu recyclé ou, justement, de vieux bas nylon. L’écorce intacte permettra à la sève de continuer à circuler et la branche se ressoudera tranquillement; un peu comme lorsqu’on pratique une greffe sur un arbre fruitier. Bon, ça semble facile écrit de cette façon mais tout dépendant de la grosseur de la branche et de l’endroit de la blessure, vous devrez peut-être aider votre attache en installant un support, une attelle, voire la couper si trop endommagée. Plus facile à effectuer sur vos petits arbres ou arbustes.

Bas de nylon comme attaches à un tuteur

Toutefois, ma plus grande préoccupation concerne les mulots, lièvres et tout animal à l’affût d’une belle base  de tronc d’arbre à grignoter. Après avoir testé différents produits vendus sur le marché, mon meilleur rapport qualité-prix-protection revient au bon vieux bas de nylon récupéré.

De fait, les matériaux inertes étouffent le tronc après un certain temps lorsqu’on les oublient. Les spirales en plastique, peu dispendieuses, vont casser et les rongeurs parviennent quand même à passer au travers. Les tubes (ex: pour l’irrigation) fabriqués soi-même sont trop larges. Pire, ils fournissent souvent un abri aux rongeurs ou aux fourmis qui y font leur nid. Alors, soit l’arbre se fait bouffer l’écorce par les souriceaux ou les fourmis, avec leurs tunnels, assèchent les racines. Dans tous les cas, l’arbre meurt. J’en ai perdu beaucoup par ignorance.

Donc, perte de temps, d’argent, d’énergie et d’intérêt. Le bas de nylon… wow! Il laisse passer l’air, reste flexible, rapide d’installation, protège contre le fil du coupe-bordure et il résiste aux intempéries. Il se peut que vous deviez en utiliser plusieurs tout dépendant de la grosseur de vos arbres. Évidemment, l’élasticité va en diminuant avec le temps. Mais, tant qu’à jeter à cause des déchirures ou des trous, autant les réutiliser à bon escient. En passant, parfait également pour vos plants de tomate ou vos autres plantes nécessitant d’être attachés.

Outre pour ces trois premières utilités, mon passé de semencier m’a aussi amené à les réhabiliter comme outil de conservation pour mes bulbes séchés notamment les oignons. La vidéo ici-bas se veut la meilleure manière d’illustrer mes propos. Malheureusement, je n’ai pu trouver qu’une version anglaise mais les images parlent d’elles-mêmes. Si vous les entreposez dans un lieu froid et à l’abri de la lumière, cette stratégie permettra d’allonger leur période de conservation de plusieurs mois; juste à temps pour la replantation au printemps. Il est important de préciser qu’avant de les déposer dans leur bas nylon, le séchage des tubercules doit être optimum sinon vous la moisissure et la pourriture vous guettent. Consulter ma section « production de vos semences » pour plus d’infos sur la manière de produire et conserver vos semences d’oignon.

De même, plusieurs des semences de mes précieuses anciennes variétés se devaient d’être protégées des animaux et des insectes notamment pour assurer une croissance saine ou simplement pour empêcher qu’elles soient mangées. Encore une fois, l’utilisation de bas nylon m’assurait une protection quasi optimale. Bien qu’inesthétique, « ça fait la job » comme on dit chez-nous.

Finalement, en faisant quelques recherches, j’ai trouvé cette astuce, c’est-à-dire des sacs de trempage pour du thé de compost. J’avoue, je ne l’ai pas encore testé; peut-être cet été. J’y reviendrai. Remplissez une jambe avec du compost. Attachez l’extrémité ouverte et laissez reposer dans 5 gallons (11 litres) d’eau pendant une journée. Lorsque prêt, appliquer le thé de compost riche en nutriments sur vos plantes en soulevant le nylon et verser le thé dans un arrosoir. Réutiliser plusieurs fois la même section de votre bas nylon, en vidant le compost usagé et en le remplissant à nouveau entre les trempages.

Vous avez d’autres applications aux bas de nylon pour le jardinage, laissez vos trucs de grands-mères dans la section commentaires. Merci!

2 millions de fois… merci!

Michel Richard, jardinier-blogueur (photo: mon bon ami Yannick Rétif)

Cette semaine, j’ai vu le chiffre magique de « 2 millions de visites » à mon compteur de fréquentation. Jamais, jamais, jamais, je n’aurai imaginé atteindre ce sommet et cela, grâce à vous. En décidant de débuter ce blogue en 2010 et traiter du monde méconnu des variétés ancestrales du Québec, mon sentiment premier me portait à croire qu’un tel sujet n’intéresserait presque personne sinon quelques férus comme moi. Et bien, me voilà gouré sur toute la ligne. J’imagine qu’être l’un des rares à traiter de ce thème de manière assidue doit aider mais je ne dois pas sous-estimer un élément fondamental… votre fidélité.

En effet, vous êtes maintenant des milliers d’abonnés. 900 personnes fréquentent cet humble blogue de manière quotidienne. Parfois, ça frise le 2500 par jour selon les moments de l’année. Yahoo!!!! Il y a sûrement quelques faux clics dans ces chiffres mais la tendance demeure. Et chose encore plus touchante pour moi après plus de 700 articles, ceux en lien avec la multiplication et la préservation de vos semences demeure LE sujet le plus consulté et ce, depuis mes débuts. Je peux me dire « mission accomplie ». Cet ancien savoir et ces trésors pourront se perpétuer pour nos générations futures. Vous pourrez le transmettre vous-mêmes à vos enfants, amis-es et connaissances. Bravo!

Pour cette occasion, je voulais vous le dire moi-même de visu. Vous montrer la binette derrière le clavier dans son sous-sol de sa maison ancestrale. Nombreux abonnés et amis-es savent ma réserve à m’afficher. Je veux concentrer les énergies au sujet et non sur ma personne. Et il a bien changé celui qui, il y a 20 ans, a débuté cette aventure. Un peu plus de blanc et de gris, des rides, quelques courbatures plus longues à soulager mais toujours curieux…. intéressé… et cette flamme à l’intérieur de lui désireux de vous montrer ce monde merveilleux accessible à tous et pour tous les âges. Avec ce renouveau pour le jardinage, l’autonomie alimentaire et l’agriculture biologique, le sujet se veut encore plus d’actualité et je vais m’employer à suivre le flot. Comme le dit l’adage « ce n’est pas parce que je suis un vieux pommier que je donnes de vieilles pommes ». Je m’adapte mais curieusement, ça me ramène souvent à notre patrimoine, là où on avait déjà trouvé les réponses.

Je termine en vous remerciant pour tous vos fantastiques commentaires, ajouts de liens ou ressources, anecdotes, suggestions et compléments d’infos. Ils me font toujours autant plaisir et contribuent à rehausser la valeur de mes écrits. Deux millions de fois merci de me laisser entrer dans vos milliers de boîtes aux lettres virtuelles, vos pages Facebook et prendre de votre précieux temps d’attention pour me lire. C’est un honneur pour moi. Et qui sait…. pourquoi pas 3 millions maintenant!

Carte postale de février 2021

Marché de Bluets à Roberval (Image: livre « le Québec d’antan », 2010)

Au début du siècle passé, Roberval est au cœur du pays des bleuets. Ce petit fruit sucré, cousin de la myrtille, a proliféré dans les brûlis de la partie sud du Lac Saint-Jean après le terrible incendie de forêt de 1870. Et, les familles ont pris l’habitude de cueillir cette manne bleue pour leur consommation personnelle. L’arrivée du chemin de fer en 1893 dans la région permet par la suite d’expédier à l’extérieur une partie de la récolte de cette petite baie sauvage. Des wagons complets sont chargés à la gare de Roberval. Le rôle important de cette ressource naturelle vaut aux gens du Lac Saint-Jean d’être surnommés « les Bleuets ». Le meilleur exemple revient à Mario Tremblay, un célèbre joueur de hockey québécois (1972-1986) d’Alma, devenu entraîneur (1995-1997) du Canadien de Montréal et surnommé le bleuet bionique par le journaliste Pierre Bourdon du journal Le Quotidien (du Saguenay) pour qualifier ses talents offensifs.

Bleuets sauvages (image: le quotidien.com)

Saviez-vous que ? Si vous remarquez sur la photo du haut,  vous y lirez le terme « Bluets » et non « bleuets ». En fait, le mot « bluet » se veut le nom vernaculaire servant à identifier les plantes à fleurs bleues de la famille des Asteracées. Presque disparu de notre vocabulaire d’aujourd’hui, ce fût cependant durant plus de 100 ans le mot usuel donné par les habitants de Lac-Saint-Jean pour identifier le bleuet.

Valoriser vos déchets au potager: vos vieux tee-shirts

Épouvantail à corneilles pour un champ de fraises à la municipalité de Sainte-Famille à l’Île d’Orléans (photo: Omer Beaudoin, 1951)

Je fréquente les friperies locales. Ça vous surprend? Premièrement pour encourager des entreprises d’économie sociale et communautaires. Dans ma région, plusieurs redistribuent leurs bénéfices en services auprès des plus démunis. En plus, elles procurent des emplois à des gens en réinsertion professionnelle, officialisent les heures de travaux communautaires obligatoires, brisent l’isolement de personnes seules ou valorisent notre sentiment de se sentir encore utile dans la vie. Deuxièmement, pour remettre en circulation des vêtements qui, autrement, se seraient retrouvés au dépotoir. Je trouve malheureux salir, déchirer, transpirer dans du linge neuf en sachant qu’il servira pour des tâches super salissantes. Quatrièmement, pour le prix. Mon épouvantail se contente d’une chemise laide à 2$ et il ne s’est jamais plaint.

Avant la venue des friperies, nos grands-mères et arrières grands-mères parvenaient à confectionner toutes sortes d’objets utiles avec des vieilles retailles. Que ce soit courtepointes, tapis crochetés ou catalognes, la récupération créative devenait mère des besoins. Si l’envie vous vient de redécouvrir ces arts anciens, inscrivez-vous à un atelier (lorsque cette foutue COVID-19 sera passée) à l’École des métiers et traditions. Mais trêve de détours pour vous expliquer qu’au bout du rouleau, vos vieux gaminets peuvent servir encore un dernier tour en passant par le jardin avant d’aboutir chez un recycleur textile.

Madame Lévis Laflamme à son métier à tisser. Sainte-Henédine, comté de Dorchester (image: Omer Beaudoin, 1952)

Attaches pour vos plantes. Déchiré en lanières, un tee-shirt pourra vous fournir une quarantaine d’attaches. Qu’elles soient pour vos tomates, arbustes, grimpantes, grandes fleurs (ex: tournesols), le coton flexible et souple s’adaptera à l’expansion des tiges au cours de l’été. Pas assez long? J’en attache deux ensemble. Un truc de moins à acheter en jardinerie. Ici-bas les étapes proposées.

  1. Tee-shirt foutu, très usé, rempli de trous. Je fais la honte de ma fille auprès de ses amies tellement je ressemble à un jardinier-guenillou.
  2. Inciser avec un ciseau et déchirer à la main le long des coutures.
  3. Pans du vêtement sans couture. Les coutures serviront aussi d’attaches. On ne perd rien.
  4. Couper quelques centimètres chaque début de déchirures. Ça permet de les faire égaux ou presque et plus facile pour déchirer.
  5. Le vêtement affaibli par les lavages récurrents rendent la tâche super facile. Allez y dans le sens de la fibre sinon, vous déchirerez n’importe comment.
  6. Au final une trentaine d’attaches et au moins 4 guenilles. Si vous ne faites pas de guenilles, vous ferez 40 attaches de différentes grosseurs.

IMPORTANT 1: Lorsque installerez vos attaches, croisez-les (voir image) entre le tuteur pour empêcher celles-ci de scier la tige bougeant au rythme du vent. Sur la photo, mon doigt représente la tige de la plante.

IMPORTANT 2: À cause du soleil et des conditions climatiques, ces attaches ne dureront qu’un an. Privilégier les plantes annuelles ou un « attendant » pour les arbres ou arbustes, le temps de les retirer à l’automne et les remplacer par quelque chose de plus durable. Recyclez ensuite.

  • Harold Jewel tente, à l’aide d’un mouchoir, d’enlever une poussière de l’oeil de Rita Bode (Photo: Conrad Poirier, 1944)

    Guenilles pour les dégâts. J’ai toujours une ou deux guenilles dans mes poches pour essuyer quelque chose, surtout mes mains ou mon front l’été. Sinon, me moucher. Avant l’invention du mouchoir jetable, les us et coutumes voulaient qu’on se serve d’un pan de tissu lavable. Vous en souvenez-vous?

  • Dessus pour vos bocaux en verre. Par exemple, j’ai concocté en 2020 un vin de griottes dans des bocaux en verre; assez costaud côté pourcentage d’alcool mais un succès général auprès de celles et ceux l’ayant goûté. Je déchire donc mes tee-shirts comme je le ferai pour mes guenilles, soit assez grande pour cacher les rebords des bocaux constamment recouvert de poussière après un certain temps. Utilisez-les aussi pour des pots remplies de semences annuelles (ex: haricots), marinades, gelées, confitures, bref… tout ce qui se conservent. Attacher avec ce que vous avez sous la main (corde, élastique, autre retaille de vêtement…) et écrivez l’année sur le dessus avec un crayon indélébile pour vous retrouver. Quand c’est caché, ça fait plus beau et rustique. Si c’est pour un cadeau, ayez la présence d’esprit de prendre vos plus belles parties et de laver votre vieux linge avant de les déchirer. Des ronds de sueurs et une petites odeurs de fumier laissera vos interlocuteurs se poser des questions sur votre jugement.

Une religieuse des Filles de la Sagesse dépose des bocaux de médicaments sur une étagère à l’hôpital Sainte-Justine à Montréal (Photo: Conrad Poirier, 1944)

Vous n’avez aucun vieux tee-shirts ou pas assez pour votre projet. Pas de problèmes, les friperies vous accommoderont en vous en vendant à un prix dérisoire, si elles ne vous les donnent carrément pas, un gros sac de poubelle rempli de tee-shirts qu’elles considèrent impossibles à vendre. Vous leur rendrez un service en les débarrassant. Si le prix vous paraît injustifié, négociez! Et, en passant… pas de taxes.

PS. N’oubliez pas de consulter notre section commentaires car certains ont d’autres idées pour recycler vos vieux tee-shirts au potager. Merci à nos précieuses jardinières-lectrices et précieux jardiniers-lecteurs.

Valoriser vos déchets au potager: les coquilles d’oeuf

Ma famille consomme vraiment beaucoup d’œufs. Pratique, nutritif, simple. Hop! Mes jeunes enfants se préparent une omelette, un œuf tourné, des crêpes, un œuf cuit dur. Au moins, tant qu’il y aura des œufs, ils ne mourront pas de faim si je ne suis pas là. Avant d’emménager dans ma maison, je fulminais en appartement de voir les coquilles se diriger à la poubelle faute de service municipal de compostage ou de composteur domestique. Maintenant, toute la marmaille les recueillent précieusement dans un contenant en plastique qu’on ressort au moment voulu. Personne ne sait qu’il existe un plat rempli de coquilles vides tellement le plat se confond dans notre cuisine. Cela devient juste une question d’habitude. En séchant, il n’y a aucune odeur. Du moment qu’il y en a trop, un coup de cuillère pour les écraser de manière grossière et on en rajoute un étage.

Par ailleurs, saviez-vous qu’enfouir vos coquilles d’œufs simplement écrasées exigera peut-être des centaines d’année avant de se décomposer? Le mythe selon lequel les coquilles d’œufs procurent du calcium à la terre me paraît un peu surestimé…. s’il ne s’accompagne pas de la mouture. Si vous souhaitez vraiment amener un peu de calcium à votre terre, vous devrez les réduire en poudre pour qu’elles s’assimilent mieux par les plantes. Utiliser pour cela un moulin à café. C’est peut-être à cette étape qu’arrive une légère odeur passagère. Un peu comme lorsque le dentiste vous fraise la dent lors d’un plombage. Mais, ça passe vite.

Non écrasées, utilisez-les comme barrière protectrice autour de vos plantes extérieures attaquées par les limaces. En s’y frottant, elles se couperont le ventre et mourront. Ça vous en prendra quand même beaucoup. Sinon, si vous avez des poules, elles raffoleront des coquilles écrasées. Comme elles ont des besoin élevés en calcium pour la production de leurs propres œufs, elles ne s’en lassent jamais. Nos anciennes familles fermières  l’avaient compris. Encore une fois, l’entreposage d’œufs broyés ne dégage aucune odeur. J’attends que mon bol soit plein avant de m’en départir dans un coin propice du jardin. Un beau résidu vert pour chez-vous.

Pour en savoir davantage sur l’utilisation de vos œufs au jardin.

Poulailler de l’orphelinat Nazareth des Sœurs de la Charité de Québec en 1914 (source: Fonds des Sœurs de la charité de Québec / Bibliothèque et Archives Nationales du Québec)

Semis dans des œufs (image: pinterest)

Saviez-vous que? À la fin du 19e siècle, de nombreuses lectrices de journaux expliquaient débuter leurs semis dans toutes sortes de pots, y compris à l’intérieur de coquilles d’œufs. Par exemple, dans La Gazette de Joliette du vendredi 16 mai 1890, on expliquait que, laissés sur les rebords des fenêtres les plus exposées au soleil (entre mars et avril), on parvenait à devancer une récolte de plusieurs semaines. Là où certaines commençaient seulement à planter leurs premières semences en terre, elles avaient déjà réussi à récolter certains légumes. De même, les coquilles n’occasionnaient aucune pollution lorsqu’elles étaient cassées lors du repiquage au jardin. Peut-être qu’avant, les maigres moyens obligeaient les familles à utiliser tout ce qu’ils avaient sous la main mais aujourd’hui, j’avoue qu’il existe des manières beaucoup moins fastidieuses de faire des semis. J’attire également votre attention à l’effet que cette pratique ne s’adapte pas à toutes les cultures (ex: les légumes racines). Mais, si l’idée vous tente….ça peut devenir une activité ludique intéressante avec vos très jeunes ou petits-enfants.

La tomate Montreal Tasty

Tomate Montreal Tasty (photo: James S. Marshall)

Le 26 janvier 2020, je reçois un commentaire sur mon blogue de James S. Marshall. Il prétend connaître l’histoire de cette tomate. Enfin!, me dis-je, mes multiples prières vont peut-être se voir exaucées. Vous l’aurez lu, j’attends une version crédible depuis longtemps; presque 20 ans. Fébrile, je garde mon calme car la recherche historique du monde des anciens fruits et légumes recèle trop souvent son lot de déceptions. Mais, des perles se présentent parfois sans crier gare. Serait-ce l’une d’entre elles?  En conservant une certaine réserve, il éveille vraiment mon attention lorsqu’il pointe l’image de ma tomate dans mon article (voir photo ici-dessous). Celle-ci, selon ses affirmations, devrait être beaucoup plus ronde et d’une grosseur maximum de 5 pouces (13 cm) de diamètre. Alors là, cette description hyper précise me fait un peu plus considérer le sérieux de l’expéditeur.

Fausse représentation sur le web de la tomate Montreal Tasty, une tomate où deux types de tomate semblent pousser côte-à-côte, l’une côtelée et l’autre lisse.

Pour revenir un peu en arrière, cette supposée « mauvaise » photographie, prise à mes débuts de gentleman farmer, correspondait aux critères de l’époque et validée par des collectionneurs sérieux. Après l’avoir fait pousser, elle répondait parfaitement aux descriptions véhiculées sur cette dernière (hauteur du plant, forme des fruits, couleur, etc). Comment expliquer cela alors?

Monsieur Marshall commença son récit à savoir que dans les années 1980, il fit un échange avec un américain contre des semences de tomate John Baer, une variété qu’il avait souvent semée mais perdue. Cet américain lui aurait alors déclaré posséder plus de 100 cultivars de tomates. N’ayant jamais fait aucun autre échange par la suite, il réalisa un jour qu’une tomate de ce nom circulait sur Internet mais elle ne ressemblait pas du tout à la sienne. Il soupçonna cet homme d’avoir fait d’autres échanges et qu’aux travers de ceux-ci, il y aura sûrement eu une personne peu soucieuse de la pureté de la lignée. L’histoire aurait donc débuté sur une fausseté et aujourd’hui, il souhaiterait rectifier les faits; d’où sa communication avec moi.

Ainsi donc, après quelques coups de téléphone et plusieurs messages courriels plus tard (presqu’un an), j’ai pu assembler son récit. Je remercie toutes les personnes (certaines souhaitant rester dans l’ombre) pour leur temps, les photographies et leur grande générosité à replacer l’histoire de cette tomate dans son réel contexte.


L’origine de la Montreal Tasty

James S.Marshall (photo James S. Marshall 2020)

Au milieu des années 1960, le jeune James S. Marshall habite à Benny Farm, un développement résidentiel montréalais du quartier Notre-Dame-de-Grâce, près de l’école Ste-Monica. Avec sa famille, ils ont l’habitude de faire leurs courses au marché Atwater. Son père remarque qu’à la fin de leur journée, les agriculteurs jettent  leurs tomates non vendues mais, curieusement,  rachètent celles d’une vieille dame dont le kiosque en contient uniquement deux sortes sans nom. Un jour, il décide d’acheter les deux types et, par la suite, il en conserve les semences. Plus tard, à la mort de la dame, personne n’eut l’air de reprendre sa relève au marché et son père ne revit jamais ces deux variétés nul part ailleurs.

Il les cultiva ainsi chaque année jusqu’en 2014 dans des contenants près de ses fenêtres et sur le balcon de son appartement. La première variété, qu’il nomma « Montreal Tall » montre une hauteur du plant plus élevées et des tomates légèrement plus petites comparé à la deuxième évaluée à environ 110 grammes (4 oz). La deuxième, plus trapue, paraissait mieux adaptée à la culture en pot sur un balcon et fût appelée « Montreal Tasty ». Avec tout son bagage d’expérience, James S. Marshall explique qu’elles ont tendance à mieux performer lorsqu’elles ne sont pas bien traités (après ±48 ans de vent, un soleil limité, dans des contenants dont le volume de sol ne dépasse pas 2 à 3 pieds cubes). À la demande de son père et le sachant plus intéressé par le jardinage comparativement aux autres membres de sa famille, celui-ci repris la culture des tomates en 1983 pour le rassurer qu’elles survivraient. Jusqu’à aujourd’hui, il alterne chaque année chacune des deux variétés de sorte qu’il n’y ait jamais de pollinisation croisée.

Voyage de pêche du père de James S. Marshall au nord de l’Ontario à la fin des années 1970. (Photo: James S. Marshall)


Trucs pour la culture de la tomate « Montreal tasty »

Variété aromatique rouge vif à peau fine destinée aux jardiniers amateurs ou ceux souhaitant faire pousser un petit nombre de fruits pour la cueillette à la main dans de petits espaces. Voici quelques conseils:

  • Beaucoup de soleil et à l’abri du vent si cultivée dans des contenants sur le balcon.
  • Tailler pour contrôler la hauteur de la plante.
  • Si cultivée à l’intérieur sur le rebord d’une fenêtre, la traiter comme une plante vivace. Élaguer en ne laissant pousser que les tiges. Une fois par an, vous pourrez refaire des rejetons à partir des tiges. Elles repoussent mieux ainsi plutôt qu’à partir des graines.
  • Utiliser la plus grande cage à tomate que vous trouverez pour la faire pousser à l’extérieur et pour la tuteurer.
  • Exige un sol meuble avec beaucoup de compost, de la matière végétale avec un peu de farine d’os ou quelques douzaines de coquilles d’œufs écrasées mélangés à la terre pour donner du calcium et prévenir la pourriture apicale.
  • Utiliser très peu d’engrais, sinon en très petite quantité à la fois.
  • Garder le sol humide constamment sinon les fleurs vont faner sans produire de fruits. Éviter aussi l’arrosage excessif. Pailler pour empêcher l’eau d’éclabousser et d’atteindre les feuilles propageant des maladies.
  • Ne jamais planter au même endroit d’une année à l’autre.
  • Si jamais la terre s’assèche et que les fruits arrivent à maturité, prévoyez reprendre l’arrosage de manière progressive sur 3 à 4 jours. Sinon, les fruits éclateront.

Honneur à une famille d’hybrideurs

Dans nos entretiens, Monsieur James S. Marshall fit mention qu’il descend d’une lignée d’agriculteurs hybrideurs. Il donne l’exemple de son grand-père et son arrière-grand-père (tous deux du même nom que lui), arboriculteurs fruitiers à Hamilton en Ontario. Son grand-oncle, Cecil Marshall, devint floriculteur et juge à Hamilton. Il créa notamment des glaïeuls géants dont sa première création, nommée « Albatross » un glaïeul blanc atteignait près de 6 pieds (1.8 mètre). Ce dernier, souhaitant redonner à sa mort ses registres de sélection et ses bulbes à James S. Marshall, sa tante en décida autrement et brûla tout.

Son autre grand oncle, Henry Heard Marshall, fût lui aussi un hybrideur réputé œuvrant à la ferme expérimentale du gouvernement canadien à Morden, au Manitoba. Il joua un rôle important dans le développement de roses de la série «Canada», la monarde Marshall’s Delight (résistante à la moisissure), la « Petite Delight », « Petite Wonder », etc… Il a aussi développé une variété de tomate résistante au vent appelée «Starfire».

Henry Hear Marshall (image: thestarphoenix.com)


Pour obtenir la « vraie » tomate Montreal tasty, commander via le site des Semis urbains. Pour sauvegarder cette variété, Monsieur Marshall a offert ses semences à cette entreprise pour que les responsables puissent les reproduire. À mon tour, je souhaite contribuer afin qu’elle reprenne sa place vraie place dans l’histoire de la belle province. Reproduction des photographies interdites sans l’accord de James S. Marshall.