La tomate Adelin Morin (mise à jour)

Tomate Adelin Morin (en période de sécheresse)

Le début de l’année rime souvent avec l’achat des semences; qu’elles soient par catalogues, lors des fêtes des semences, en magasin ou via des échanges dans des clubs horticoles. Pour ma part, les deux premières options fournissent un choix bien supérieur. Pour les articles à venir, je vais profiter de cette période pour vous sensibiliser à quelques spécimens souvent peu connus de notre beau terroir québécois qui mériterait votre protection. Par exemple, il y a de nombreuses semaines, j’avais retiré la tomate « Adelin Morin » de mon blogue pour une mise à jour en fonction de nouvelles infos reçues. Je remercie Lyne Bellemare de l’entreprise de semences « Terre promise » pour ces précisions.

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Lettre Gabrielle Trahan (tomate Adelin Morin, 19 mars 2008)

En mars 2008, François Lebel, alors directeur bénévole (section Québec) de Semences du Patrimoine, reçoit une lettre de Madame Gabrielle Trahan de Rawdon. Celle-ci lui envoie des semences de tomate obtenues d’Hector Morin de Chertsey. Ce dernier les a reçues de son père, Adelin Morin, ayant vécu, lui aussi, dans la même municipalité mais les ayant cultivées plus précisément dans le secteur Marie-Reine des cœurs. Il est important de souligner que de nombreuses familles Morin habitent Chertsey depuis la fin du 19ème siècle. Les premières habitations furent érigées vers 1820 avant d’être officiellement reconnue pour être une terre de colonisation agricole en 1856.

François Lebel en 2007 dans sa serre de production aux Serres de chez-nous(Source: François Lebel)

De plus, pour faire du pouce sur Adelin Morin, le 3 janvier 2015, Jacques Carl Morin, alors secrétaire de l’Association des Morin d’Amérique, nous a gentiment envoyé une preuve généalogique prouvant l’existence d’Adelin Morin en nous faisant parvenir son ascendant depuis 1694 (voir description ici-bas). Nous vous l’inscrivons tel qu’il nous l’a fait parvenir.

I Pierre Morin-Marsolais Beauport, Montmorency22 Février 1694 Madeleine Lespinay-Bardet, Jean & Catherine Granger
II Noël Morin St-Sulpice, L’Assomption25 Janvier 1734 Madeleine Perrault, Pierre & Marie Champoux
III Benoît Maurin St-Sulpice, L’Assomption26 Septembre 1774 Madeleine Collin, Pierre & Françoise Thivierge
IV Jean-Baptiste Morin L’Assomption10 Août 1824 M-Esther-Anastasie Vaillant, Louis-Moïse & M-Angélique Piché
V André Morin St-Charles-Borromée, Joliette30 Octobre 1848 Éléonore Beaudry, Pierre & Marguerite Boisvert
V Gilbert Morin St-Théodore, Chertsey, Montcalm15 Juillet 1878 Césarine-Exérine Beaudry, Louis & Odile Venne
VI Adelin Morin St-Théodore, Chertsey, Montcalm10 Janvier 1923 Célina-Exérine Desrochers, Emery & Elizabeth Brooks

Tomate Adelin Morin (photo: François Lebel)

Quasi centenaire, on a affaire à une tomate rose aplatie. Elle se distingue par sa grosseur impressionnante (de 200 à 1000 grammes — entre 1 et 3 livres selon certains—) et sa laideur. Cela veut simplement dire en langage commun qu’on ne la retrouvera pas en épicerie. Un vrai fruit moche comme vous pouvez le constater sur les photographies. Pour faire dans la technique, elle possède une dépression profonde à l’attache pédonculaire. Chair ferme mais juteuse, n’attendez pas trop avant de la manger car elle se conserve moins d’une semaine, parfois moins, avant de commencer à « dépérir ». Limitez aussi vos manipulations. La peau mince fend lorsque mûre. Selon les commentaires recueillis, il y aurait un bel équilibre entre le côté sucré et l’acidité du fruit. Prévoyez une récolte entre 80 à 85 jours suite à sa plantation. Pas mal pour ce gros calibre en région froide. Croissance indéterminée (entre 1.20 et 2 mètres). Munissez-vous d’un bon gros tuteur pour la supporter. Cette tomate de collection, très, très, très rare se commande aux Jardins de l’écoumène.

Pour terminer, j’en profites pour vous montrer quelques photographies reçues de Monsieur Lebel dans lesquelles, il nous démontre les différences entre cette variété et celle de la tomate Mémé de Beauce; deux plantes qu’on a tendance confondre.

Dessous des tomates Adelin Morin et Mémé de Beauce (photo: François Lebel)

Coupes transversales des tomates Adelin Morin et Mémé de Beauce (photo: François Lebel)

Vous serez sûrement heureux d’apprendre que Monsieur Lebel s’est assuré de la pérennité de cette variété en achetant, au nom de la famille Morin, le plein montant de son maintien par l’intermédiaire d’un programme d’adoption de la bibliothèque de semences de Semences du Patrimoine Canada. Cette initiative permettant de sauvegarder un matériel génétique vivant à perpétuité dans des conditions de conservation optimales.

Tomate Adelin Morin (photo: François Lebel, 2020)

REPRODUCTION DES PHOTOS INTERDITES SANS LE CONSENTEMENT DE FRANÇOIS LEBEL.

Carte postale de février 2020

Récolte du foin (source et année inconnues)

Vos parents vous ont-ils déjà demandé « d’aller faucher ». Dans mon cas, cette phrase voulait simplement dire de « couper le gazon » ou plus spécifiquement « tondre la pelouse », une traduction pour nos amis français. Vous comprendrez qu’une telle expression tire sa source de l’action illustrée ci-haute. Évidemment, je ne sortais pas la faux mais un « tracteur à gazon ». Avec la quantité à couper, j’y aurai consacré tous mes week-ends. Il est sympathique de réaliser que, sans s’en rendre compte, même notre quotidien moderne se parsème d’une foule de ces termes ou citations empruntés d’une autre époque.

En effet, sans s’en apercevoir, la pelouse, un composé de graminées, a beaucoup contribué au développement de l’horticulture au 20e siècle. Avant son arrivée en Amérique du Nord, après la deuxième guerre mondiale, les terrains « du peuple » se voyaient dégarnis, remplis de mauvaises herbes, peu valorisés par la végétation, voire poussiéreux. Les soldats américains et canadiens ayant appris à entretenir les terrains gazonnés des bases alliés européennes, conjugués à l’invention des petits moteurs à essence, tout cela a fait en sorte qu’ils ont voulu reproduire chez-eux cet art de vivre. Aidées par des semencières importatrices de semences, les tondeuses manuelles ont graduellement fait place, dans les années 1950, à la fameuse tondeuse à essence; source de fierté et de passion de l’homme moderne…. et de corvée pour les enfants. Et oui, c’est maintenant à ma fille « d’aller faucher ». Comme quoi, l’histoire se répète constamment.

Jardin de Napoléon Laliberté, Bellechasse en 1957 (source: Archives Nationales du Québec)

Calendrier 2020 des fêtes des semences au Québec

(crédit photo: Yannick Rétif)

Et c’est parti pour une autre année…. C’est la saison des fêtes des semences et leur popularité ne cesse de croître. L’instigatrice, Diane Joubert, n’aurait probablement pas cru qu’un jour, cela aurait pris une telle ampleur depuis la première édition en 2000 à Montréal. Et oui, déjà 20 ans! Chaque année leur nombre varie mais je crois qu’en 2020, un record sera battu avec au moins 18 présences.

En effet, on en retrouve maintenant un peu partout au Québec. J’attire votre attention sur les cinq premières éditions (soulignées en vert). Il y en a sûrement une près de chez-vous. Je vous encourage à visiter ces petits producteurs ayant à cœur la préservation de notre merveilleuse biodiversité agricole. Eux aussi, sans s’en rendre compte augmente en nombre; une super bonne nouvelle.

En effet, ce sera l’occasion de rencontrer en chair et en os des producteurs de semences ancestrales, écouter des conférenciers, faire des échanges et côtoyer d’autres passionnés, voire faire la fête. Pour les jardiniers passionnés par le patrimoine horticole, ça vaut le détour puisqu’il y a de nombreuses variétés rares à des prix très raisonnables. Et pas de frais de transport à payer. Nous vous dressons la liste par date chronologique des endroits où vous pourrez faire le plein de trouvailles inusités et de trésors horticoles qu’on ne retrouve pas dans les grandes surfaces. L’entrée et les activités y sont habituellement gratuites, mais il peut y avoir des frais qu’on ne s’attend pas. Renseignez-vous en consultant les liens suggérés. Consultez les liens suggérés avant de vous déplacer car il pourrait y avoir des changements de dernières minutes faits par les organisateurs. S’il y avait un événement manquant, n’hésitez pas à nous le faire savoir. Je l’ajouterais.

— MISE À JOUR LE 30 JANVIER 2020—-

Samedi 25 janvier (9:30 à 16:30)
Fête des semences de la Petite-Nation (3e édition)

Samedi, 1 février (9:30 à 16:00)
Fête des semences de Nicolet (4e édition)

Samedi, 1er février (10:00 à 15:00)
Fête des semences de Saint-Jean-sur-Richelieu (1ère édition)

Dimanche 2 février (10:30 à 15:30)
Fête des semences de La Pocatière (1ère édition)

Samedi et dimanche le 8 et 9 février (9:00 à 17:00)
Fête des semences de Montréal (20e édition)

Samedi, 15 février (10:00 à 16:00)
Fête des semences de Thetford (2e édition)

Dimanche, le 16 Février (10:00 à 16:00)
Fête des semences de St-Apollinaire
(17e édition)

Samedi et dimanche les 22 (10:00 à 17:00) et 23 février (10:00 à 16:00)
Fête des semences de Lanaudière
(16e édition)

Samedi et dimanche, les 22 et 23 février (10:00 à 16:00)
Fête des semences de l’Estrie (Sherbrooke)

Samedi, 29 février (10:00 à 16:30)
Fête des semences de Sawyerville (7e édition)

Samedi et dimanche, les 7 et 8 mars (10h00 à 16h00)
Fête des semences de Québec (info à venir)

Samedi, le 14 mars (10:00 à 15:00)
Fête des semences de Verdun (6e édition)

Samedi, 21 mars (10:00 à 16:00)
Fête des semences de Val-David (3e édition)

Dimanche, le 22 mars (9:00 à 16:00)
Fête des semences de Saguenay – Lac Saint-Jean (7e édition)

Dimanche, 22 mars (10:00 à 16:00)
Fête des semences de Terrebonne (1ère édition)

Samedi et dimanche, les 28 (10:00 à 17:00) et 29 mars (10:00 à 16:00)
Fêtes des semences de la Montérégie (Saint-Lambert)

Samedi et dimanche, 4 et 5 avril (10:00 à 15:00)
Fête des semences Percé (1ère édition)

Samedi, 19 avril (9:30 à 17:30)
Fête des semences de Mont-Laurier (1ère édition)

Saviez-vous que?
Le 25 février 2020 coïncide avec la journée internationale d’échange de semences. Pour en savoir davantage sur l’historique de cette journée, lisez l’article du prolifique Larry Hodson via son blogue « le jardinier paresseux« .

L’épuisante récolte du tabac avant sa mécanisation

Plantation de tabac en Ontario dans les années 1940 (image: blog.nfb.ca)

Au Québec, la pénurie de main-d’oeuvre se voit partout et dans presque toutes les sphères de l’activité économique. Par exemple, vendredi dernier, j’ai assisté à une présentation des programmes de formation d’une commission scolaire et eux aussi vivent le manque cruel d’étudiants. Par manque d’inscriptions, on annule des cohortes de cours. À d’autres places, on ferme des restaurants, on refuse des contrats ou on reporte des investissements. Et l’agriculture y goûte aussi. Mais.. cela ne date pas d’hier.

En effet, dans les années 1930 et 1940, des milliers de québécois se dirigeaient à Delhi, en Ontario pour la cueillette du tabac. Plus de 30 000 travailleurs saisonniers non spécialisés de toutes origines se donnaient rendez-vous à la recherche de bons salaires. À l’époque, aucune machinerie n’avait encore été inventée pour la cueillette de cette plante. Et ça prenait une quantité phénoménale de salariés temporaires. Au temps de la grande dépression, le pays bénéficiait de beaucoup de bras en comparaison aux emplois disponibles. Mais, en 1942, les agriculteurs devaient rivaliser non pas juste pour les attirer mais surtout les retenir. Nombreux préféraient s’embaucher dans les villes, dans la construction ou autres travaux de même nature. Pour maintenir leurs employés, plusieurs ouvriers exigeaient 3 repas par jour, un salaire quotidien de 14$ et un endroit pour dormir. Mais, dans un contexte de pénurie de main-d’oeuvre et face à une industrie très lucrative, le jeu en valait la chandelle. Ça ne vous rappelle pas ce qu’on vit actuellement? Augmentation des salaires, améliorations des conditions de travail, magasinage des travailleurs… Bref, on disait de la culture du tabac qu’elle était la plus riche mais aussi la plus terrible.

Culture du tabac à Delhi (source: musée du tabac à Delhi, année inconnue)

En effet, cette culture incertaine en a ruiné plus d’un. En plus de devoir trouver la main-d’oeuvre nécessaire, faire face à d’énormes investissements, le producteur devait aussi vivre sous la menace de la grêle et du gel, une calamité pour les plantations. Par exemple, faute d’hommes pour la cueillette, 80 millions de produits à récolter (plus d’un milliard en dollars canadiens de 2019) pouvait pourrir aux champs. La récolte durait 6 semaines sans jours de repos. Le moindre orage provoquait des inquiétudes. La plante, bien qu’elle adore l’humidité, une seule averse pouvait faire le bonheur d’un cultivateur ou en ruiner un autre à un kilomètre de là. Jadis, aux dires des plus expérimentés, la grêle fût la catastrophe la plus ruineuse de ce type d’agriculture. On cultivait le tabac avec la seule issue: « être riche ou ruiné ». Bonjour le stress! Peu importe les aléas du climat, toute la récolte devait être terminée avant les premières gelées. Le secret pour l’ouvrier « se baisser et avancer ». Les premiers jours de la récolte étaient les plus difficiles. Les doigts devenaient écorchés à vifs.

Récolte du tabac à la main à Delhi en 1942 (image: documentaire « la plante qui brise les reins » ONF).

De fait, la seule manière de récolter la feuille de tabac consistait à courber l’échine jusqu’à terre et de la ramasser. Il fallait la cueillir feuille par feuille dès qu’elle arrivait à maturité. Les journaliers travaillaient par équipe de 6 hommes; avançaient de front et ne se levaient que pour remplir les caisses. La feuille de tabac brut est juteuse. La tige, gros comme un pouce d’homme, est gorgée d’eau. Un caisson plein pesait un quart de tonne. La rapidité devenait le facteur de succès de l’opération. On ne pouvait pas attendre. Une fois les feuilles mûres cueillies, les caissons se dirigeaient vers la table de tri. Chaque équipe de tri devait confectionner 1250 bottes de tabac par jour. Avant le coucher du soleil, les trieurs avaient tressé 20 000 nœuds. Les poignets enflaient terriblement. On assignait surtout les femmes au tri. Ce travail, si dur, méritait le même salaire que les hommes aux champs.

Récolte du tabac aux champs à Delhi, 1942 (image: documentaire « la plante qui brise les reins » ONF)

Pour les hommes aussi, les premiers jours étaient les plus pénibles. Selon eux, une fois baissé, ils devaient garder cette position jusqu’au bout. Ne surtout pas se relever car le dos ne supportait pas cette gymnastique du haut en bas à répétition. On ne souffrait pas tant si ce n’était de supporter également la température accablante. La récolte coïncidait avec les plus fortes chaleurs de l’année. Enfoncés dans les rangs de tabac, on y suffoquait. Il faisait plus de 100 degrés Fahrenheit (environ 38 degrés Celsius). D’habitude, quant un homme défaillait ce n’était pas tellement à cause du travail qu’à cause de l’eau; de l’eau qu’il avait trop bu. Les travailleurs se voyaient tirailler par une soif épouvantable au fond des rangées. Il leur fallait absolument éviter de boire sinon crampes douloureuses tout le long du corps et maux d’estomac assurés. Plusieurs renonçaient les premiers jours. S’ils pouvaient tenir la première semaine, l’habitude faisait le reste. Les journées étaient longues; couchés à 11:00 et levées à l’aube.

Trieuses de feuilles à Delhi à Delhi, année inconnue (image: Musée du tabac à Delhi)

À cause du sol sablonneux, merveilleux pour la culture du tabac, la terre se réchauffe rapidement et mais se refroidit tout aussi vite dès le soleil disparu. Au matin, les champs sont noyés de brume. Trempés d’humidité, les ouvriers avaient les doigts engourdis par le froid et par les feuilles mouillées. Même quant une matinée semblait belle, il fallait porter des imperméables, des cirés qui faisaient transpirer à grosses gouttes dès que le soleil montait. Désagréable pour les hommes, cette combinaison de chaleur, de froid et d’humidité favorisait la croissance du tabac. Lorsque les conditions étaient bonnes, la plante s’épanouissait tellement qu’elle donnait naissance à des « surgeons » qu’on surnommait des « rejetons ». Il fallait les arracher pour que la feuille profite au maximum de la sève. Une autre équipe spéciale était chargée de cette opération.

Récolte du tabac à Delhi, année inconnue (source: Facebook du musée du tabac de Delhi)

Dans un autre coin de la ferme, les séchoirs à tabac appelés « fours » devaient être bourrés à plein tous les jours. Cette opération s’avérait très délicate. Les producteurs ontariens, la plupart du temps, déléguaient cette opération à des hommes en provenance du sud des États-Unis. Ils avaient la charge de l’alimentation continue du four dont la température devait s’élever graduellement pendant 5 jours. Le tabac devait passer du vert au doré. S’il y avait une erreur, une fournée de 1500$ était perdue; soit 23 000$ en dollars canadiens équivalent de 2019.

En mémoire de tous ces milliers de femmes et hommes ayant trimé vraiment très dur dans les champs de tabac en Ontario, consultez le Delhi tobacco museum & heritage center. Sinon, pour les nostalgiques de la culture de cette plante au Québec du temps de nos grands-parents, je vous invite à consulter mes articles suivants: le tabac jaune du Québec, carte postale de janvier 2014, comment produire et conserver vos semences de tabac et le tabac « petit canadien ».

MISE À JOUR (19-01-20):

Suite à l’excellente suggestion de Douce Labelle, une lectrice assidue, je vous inclus ici-bas une chanson interprétée par le groupe Les charbonniers de l’enfer intitulée « O Marie ». Elle témoigne des souffrances vécues par celles et ceux partis « travailler au tabac ».

Gagnante de notre concours de fin d’année 2019

Je tiens, dans un premier temps, à vous souhaiter tous mes vœux de bonne année. Vous êtes, à mon plus grand bonheur, de plus en plus nombreuses et nombreux et, sans m’en rendre compte, septembre 2020, célébrera mon 10e anniversaire comme blogueur. Wow! Qui l’eût cru. Je n’aurai pu imaginer le puit sans fond d’histoires concernant le monde des variétés agricoles anciennes. Je m’efforce de rendre ces anecdotes les plus intéressantes possibles avec un soucis encore plus grand qu’elles soient validées par des sources crédibles. J’espère y réussir. Je remercie particulièrement toutes celles et ceux qui, de près ou de loin, m’aident dans cet objectif. Vous n’imaginez pas combien cette aide est précieuse. J’aimerai vous citez personnellement mais la liste deviendrai très longue. J’espère juste que vous vous reconnaîtrez.

Quoi qu’il en soit, je tiens aussi, en second lieu, à féliciter Madame Nancy Villeneuve, la gagnante de notre concours de fin d’année 2019. Elle s’est méritée une variété de tomate ancestrale québécoise, la « Ice Grow ». J’écrirai sous peu un article sur cette variété unique. Vous avez été vraiment beaucoup à répondre « la carotte » à notre question- quiz: QUEL LÉGUME A AIDÉ LES ALLIÉS À GAGNER LA SECONDE GUERRE MONDIALE?

Naissance du mythe de la vision de nuit en mangeant des carottes (image: smithsonianmag.com)

En effet, le mythe selon lequel les carottes améliorent la vue puise ses racines dans une campagne de propagande diffusée durant la Seconde Guerre mondiale. Ayant conçu un radar capable d’aider les pilotes à abattre les avions allemands en pleine nuit, la British Royal Air Force voulant garder cette nouvelle technologie secrète aussi longtemps que possible, déclara au public que la consommation de carottes demeuraient à l’origine de ce succès. Pour renforcer cette idée, plusieurs publicités écrites vantaient largement les avantages de manger carottes pour conserver une bonne santé en ajoutant qu’elles aidaient aussi à voir la nuit pendant les pannes. Bien entendu, avec une bonne source de vitamine A, on comprend aujourd’hui qu’elle aide à la bonne santé visuelle mais n’améliore pas réellement la vision et encore moins voir dans l’obscurité.

Carottes glacées durant la 2e guerre mondiale en 1941 (image: britishpathe.com)

Par ailleurs, cette campagne de 1942 fût un tel succès que plus de 100 000 tonnes de carottes en excès ont été récoltées par les anglais. Devant une telle manne, accentuée par un slogan « dig for victory » (traduit grossièrement par « cultivons pour la victoire »), la Grande-Bretagne, via un programme radiophonique, a voulu éduquer sa population dans la manière de les cultiver, de les stocker et de les cuisiner et ce, de différentes manières notamment par l’invention de la fameuse tourte Lord Woolton, ministre de l’Alimentation en 1940.

En effet, il fallait guider les gens dans un contexte de rareté alimentaire mais aussi parce qu’elle n’a jamais été reconnue pour sa gastronomie. On a vu justement apparaître des créations plutôt bizarres comme les carottes glacées telles qu’illustrées sur la photographie ci-contre. On comprendra qu’une telle idée n’a pas survécu longtemps après la fin des hostilités. Pour en savoir davantage sur le sujet et découvrir d’autres images anciennes sur le rôle de la carotte durant la seconde guerre mondiale, consultez le musée de la carotte (site en anglais seulement).

Docteur Carotte, le meilleur ami des enfants (image: carrotmuseum.co.uk)

 

Carte postale de décembre 2019

Adrien et ma mère, Lucille Laliberté à Saint-Liboire (1932)

J’ai l’impression qu’il s’est passée une éternité depuis ma dernière publication. J’avoue qu’entre l’inondation de mon sous-sol, l’abattage de deux arbres monstrueux plus que centenaire menaçant ma maison, mon emploi, les bris mécaniques de la laveuse à linge et de l’automobile, mes autres obligations professionnelles, les rendez-vous des enfants (et j’en passe beaucoup), je crois que j’avais de bonnes raisons. La vie va si, si, si vite.

Entre toutes mes péripéties, j’ai reçu il y a plusieurs mois une petite commande de ma famille pour les préparatifs des funérailles de ma mère. Rassurez-vous. Elle se veut en pleine forme mais à 90 ans, mieux vaut commencer à y songer. En plongeant dans ses anciens albums photos pour sa rétrospective, un constat frappant m’a sauté au visage. Quelle accélération historique! Fille d’agriculteur, elle a dû laisser l’école à l’âge de 12 ans pour s’occuper de sa mère malade. Personne n’imposerait cela à son enfant aujourd’hui. Fille unique, elle a pris en charge toutes les tâches quotidiennes exigées par une femme adulte (ménage, préparation de la nourriture, lavage, s’occuper de ses frères…) sans rechigner et sans les commodités d’aujourd’hui. De ses paroles, « j’en ai travaillé une shot » me dit-elle souvent. Sans vouloir faire son historiographie ici, son parcours a été jalonné d’un dur labeur incessant du matin au soir; une réalité pour presque tous à l’époque. Elle qui s’en allait au village en carriole tirée par des chevaux, conservait son beurre dans un seau descendu au fond d’un puits, cousait des courtepointes à la main avec des retailles, mangeait du gras de lard sur les toasts cuites sur le poêle…. De mon point de vue, cela me semble un autre monde et pourtant si proche du mien en même temps. J’imagine à peine les transformations des prochains 50 ans. J’ai adoré fouiller dans ses albums photos parmi les veilles images jaunies. Je ne voudrais jamais vivre cette vie très rude, austère, voire de survivance. Mais, en même temps, un jour mes enfants, eux aussi, regarderont mes albums et se diront, avec leurs yeux de 2060, « comment a t-il pu vivre ainsi? ». Parce que j’ai le sentiment, moi aussi en 2020, d’en « avoir travaillé une shot ». Mais, comme ma mère résiliente, je suis le « flow« . Ça ne sert à rien de se lamenter. C’est juste comme ça. Et, sans m’en rendre compte, j’attendrai mes 90 ans. Je me dirais alors: « merci la vie de m’avoir autant appris ».

Spécial acadien (6): Le haricot « Canadian wild goose »

Haricot Canadian Wild Goose (Image: Great lakes staples seeds)

En scrutant un peu les anciennes recettes acadiennes, seulement 6 à 7 variétés de légumes (ex: chou, pomme de terre, navet…) s’y retrouvent. Cultivés en raison de leur capacité à se conserver durant toute l’année, rien d’étonnant d’y voir aussi une multitude de cultivars de haricots; se mangeant à la fois comme légume frais mais aussi capable d’être transformé en conserve pour l’hiver. Mais, bien avant l’invention de la conserverie en 1795 par le français Nicolas Appert (1749-1841), la seule façon de les garder longtemps consistait à les faire sécher et de les réhydrater par la suite dans divers mets à cuisson lentes. Évidemment, comme la technique de la mise en conserve se situe 40 ans après la déportation, il est tout à fait normal qu’un grand nombre de haricots / fayots / fèves aient été cultivé pour leurs attributs à se sécher.

En plus, on retrouvera chez ce cultivar (Phaseolus vulgaris) un côté très prolifique. Il deviendra coureur si vous ne le tuteurez pas. Il s’attachera à tout ce qui l’entoure. Les gousses courtes et plates développeront des marbrures pourpres agréables à l’œil contenant entre 5 et 6 graines chacune. Sucrées, elles conviennent parfaitement aux soupes et aux fameuses « fèves au lard cuites au four ». Il est important de souligner que, lorsqu’elles sont exceptionnellement sèches, les coque minces ont tendance à se séparer pour éjecter des haricots ici et là. Surveillez-les pour les cueillir au bon moment. Une autre des particularités de cette variété consiste au fait qu’on la considère comme une « landrace ». Ce terme anglais fait référence à l’adaptation d’une plante aux conditions locales (naturelles et culturelles) de son terroir en développant au fil du temps des propriétés spécifiques en raison de son isolement des autres populations de son espèce. Pour cela, il se peut très bien qu’elle ne réponde pas chez-vous, à la manière dont elle est habituellement cultivée dans son lieu d’origine si on la déplace. Germe entre 7 et 10 jours. Maturité: entre 85 et 95 jours.

Pour les personnes intéressées, je vous invite à commander auprès de semenciers  des maritimes pour qu’ils continuent à préserver ce trésor en sol acadien.

Spécial acadien (5): La fève « Goose Gullet »

fève « Goose gullet » (image: hopeseed)

Je fais suite à l’article précédent concernant mon spécial acadien…

Selon la tradition orale, l’histoire de cette fève remonte à 1755 où, les déportés acadiens en route vers la Baie de Fundy, auraient volontairement fait échouer leur navire le long des rives du compté de Clare en Nouvelle-Écosse. Les survivants, grâce à leur alliance avec les Mi’kmaq, se seraient cachés dans les forêts pour fuir les Britanniques au pouvoir. Par hasard, les rescapés auraient retrouvé ces semences dans l’œsophage d’une oie morte à l’automne et les auraient replantées au printemps suivant. Pendant des décennies, les habitants de cette région du Canada (et aussi du Maine) en auraient cultivé; contribuant à leur subsistance.

Belle histoire hein! Ce n’est évidemment qu’une légende mais j’aime tellement ces récits d’un autre temps. Avec des recherches plus approfondies, nous pourrions sûrement remonter à la source. Et selon moi, ce conte ne date sûrement pas de 1755.

En effet, il est intéressant de noter qu’il existe plusieurs histoires de variétés anciennes de haricots nord-américains faisant référence à une oie morte dans laquelle on découvre des semences comme par exemple la « Mostoller Wild Goose« . Truc publicitaire? Faits réels? Déformation par le jeu du bouche-à-oreille? Désir de réanimer une souche en disparition? Je me garde les conclusions pour des sujets de recherche pour ma retraite.

Quoi qu’il en soit, la fève « Goose Gullet » (Phaseolus Vulgaris) qu’on pourrait traduire en français comme « gosier de l’oie » se consomme séchée. Facile à décortiquer et sucrée, vous retrouverez entre 6 et 7 graines par gousse. Buissonnante, vous devrez attendre entre 100 jours et 120 jours pour leur maturité (les sources varient). Disponible chez Great Lakes Staple Seeds (site en anglais seulement).

Spécial acadien (4): la fève « Joseph Dugas »

Ce printemps, par le biais d’une conférence donnée à l’église patrimoniale de l’Acadie, j’ai rencontré par hasard Luc Charron, auteur du livre « Acadiens Dionysiens… des destins croisés« . Descendant moi-même du premier acadien du nom de « Michel Richard (dit Sansoucy) » et venu s’installer à Port-Royal en 1654, de nombreuses familles ont dû s’exiler de leur terre d’accueil cent ans plus tard suite à la grande déportation.

Toutefois, ce ne sont pas uniquement les habitants qui se sont déplacés. Suivirent aussi avec eux, pour ceux qui ont pu en emporter, leurs semences, sources alimentaires précieuses pour leur subsistance. Partout où ils se rétablirent, comme par exemple dans la région de Saint-Denis-sur-Richelieu, ils amenèrent cet héritage agricole inestimable, adapté depuis près de 100 ans, contribuant ainsi à diversifier les variétés des « locaux » venus s’installer en Nouvelle-France. Pour faite suite à notre spécial acadien débuté en janvier 2019, voici pour les trois prochains articles, autant de merveilleux trésors oubliés.

LA FÈVE « JOSEPH DUGAS » (Phaseolus coccineus)

Fève Joseph Dugas (image: musée acadien)

La légende nous ramène en 1755 à Grand-Pré, un peu avant la déportation. Surprise par la vitesse à laquelle elle aurait été évincé de chez-elle pendant qu’elle travaillait au potager, une dame aurait retrouvé ces semences dans ses poches une fois arrivée à sa destination finale à Major’s Point, dans la région de Clare. Nommé en l’honneur de « Joseph Dugas » (estimé 1690-1733), l’un des premiers colons acadiens, cette fève nous remémore cet héritage et cette tradition paysanne. On doit sa survie à Walter Comeau et Herbbie Dugas qui l’on ensuite remis à Gilberte Doelle de la ferme « Wild Rose » à Gilbert’s Cove en Nouvelle-Écosse pour poursuivre la relève.

Par ailleurs, les anciens potagers de style français étaient reconnus pour combiner à la fois les plantes comestibles et ornementales. Ce haricot d’Espagne occupait ces deux fonctions à merveille par des fleurs rouges attrayantes et des haricots polyvalents pouvant être à la fois cueillis jeunes, sa floraison quasi infinie et ses graines sèches pour la cuisson. Cultivez-le sur un treillis ou une clôture solides. Ces haricots d’Espagne tolèrent les sols plus froids et peuvent même être plantés beaucoup plus tôt que les autres haricots. Maturité de 70 jours. Disponible auprès de la semencière « Hope Seeds » (site en anglais seulement).

Fève Joseph Dugas (image: hopeseed.com)

Fève Joseph Dugas (image: hopeseed.com)

Carte postale de septembre 2019

Nettoyage des carottes en 1950 (image: Omer Beaudoin, Archives Nationales du Québec)

Verriez-vous encore quelqu’un aujourd’hui nettoyer cette montagne de carottes à la main? Pourtant, il y a de cela seulement 69 ans, c’était la manière de faire. Et, avec le sourire en plus. À moins que ce ne soit juste pour la photographie.

En effet, après avoir les avoir ramassé, on les débarrassait de la terre, les triait, les attachait en bottes et les faisait sécher dehors à l’air libre pour un produit plus alléchant avant leur vente au marché. Des dizaines d’heures de travail, le dos souvent courbé, tel qu’illustré par l’épouse de Victor Legault de Saint-Vincent-de-Paul. Si jamais quelqu’un connaissait le nom de cette dame, faites-moi en part dans les commentaires car je l’inscrirais volontiers puisque, comme le chien, je suis admiratif et du même coup découragé par sa tâche titanesque. Une autre preuve du labeur vécu par nos anciennes et anciens agriculteurs avant la venue de la mécanisation. Quelle besogne!