Spécial acadien (3): le haricot « St-Pons »

Dernier texte de notre spécial acadien… pour le moment.
En effet, comme au Québec, il existe une foule de ces plantes alimentaires adaptées à l’Acadie et apportées par les premiers colons et les autochtones. Il y en a d’autres que je présenterais éventuellement dans les mois à venir. En attendant, la particularité de celle présentée ici-bas, comme vous le constaterez, consiste au fait qu’on plante deux variétés ensemble; l’un bénéficiant à l’autre dans un échange symbiotique.
Je remercie encore une fois Monsieur Norbert Robichaud pour sa précieuse collaboration et sa gentillesse d’avoir partagé ses recherches et expérimentations.


— texte Norbert Robichaud —-

Le haricot « St-Pons »

semences de haricot St-Pons (photo: Norbert Robichaud)

Le haricot « St-Pons » est une variété de haricot d’Espagne que j’ai reçue de Marie-Thérèse Robichaud et qui sont dans sa famille depuis la fin moitié du dix-neuvième siècle. « St-Pons » fait référence à son lieu d’origine, la collectivité de Saint-Pons dans la péninsule acadienne au Nouveau-Brunswick. Comme presque tous les haricots d’Espagne, c’est un haricot grimpant. Il atteint une hauteur de 120 à 150 cm. Il est précoce et n’a aucun mal à amener ses semences à maturité sous notre climat, autre signe de son adaptation à notre région. Il existe en rouge et en blanc qui sont cultivés côte-à-côte comme une seule variété. La variété rouge produit des fleurs rouges et d’énormes grains noirs et violets; la variété blanche, des fleurs blanches et des grains entièrement blancs et légèrement plus petits. Ce haricot a fait l’objet d’une adoption dans le cadre du Programme semencier du Canada.

Plants de haricots St-Pons (photo: Norbert Robichaud, 2018)

Marie-Thérèse m’a raconté comment elle et sa mère étaient allées voir la grand-mère de Marie-Thérèse, Bibianne Brideau (née Basque) et elles lui avaient demandé si elle n’avait pas « des vrais fayots d’empremier ». La grand-mère, qui ne faisait plus de jardin depuis plusieurs années, avait répondu qu’il lui en restait quelque part dans le haut la maison, mais qu’elle n’était pas sûr si les semences étaient encore viables. Thérèse et sa mère ont pris les semences, les ont plantées et les semences ont toutes germées. Ceci se passait dans les années 1978-1979 et Marie-Thérèse les cultive depuis ce temps-là.

Bibianne Brideau est née vers 1895 et confirmait qu’ils avaient toujours cultivé cette variété. Elle les avait reçus de sa mère, Victorine, qui les cultivaient avant la naissance de Bibianne, mais on ignore depuis quelle année exactement.

La mère de Marie-Thérèse connaissait très bien cette variété depuis qu’elle était toute petite. Elle racontait que ses parents en semaient de grandes quantités. Ils récoltaient les gousses à l’automne et les mettaient à sécher au grenier. Elle se souvenait qu’ils en épluchaient tout l’automne jusqu’à ce qu’ils aient rempli un sac de 100 livres. C’était la quantité dont ils avaient besoin pour passer l’hiver. Ils les utilisaient pour leur consommation personnelle, ils s’en servaient pour faire du troc avec les voisins et comme monnaie d’échange au magasin général. Un beau témoignage de l’importance des haricots dans l’économie domestique de l’époque.

Plants de haricots St-Pons (photo: Norbert Robichaud, 2018)


Toutes reproductions du texte ou des photographies demeurent interdites sans le consentement de Monsieur Norbert Robichaud.

Spécial acadien (2): le haricot « gros blanc »

Augustine et Norbert Robichaud épluchant des oignons patates en 2017 (photo: Norbert Robichaud)

Pour cette seconde semaine portant sur les variétés ancestrales acadiennes, je poursuis avec le haricot « gros blanc », une plante devenue unique de cette région dont Monsieur Norbert Robichaud m’a envoyé une description, historique et commentaires retranscrits ici-bas. Il est très important de ne pas confondre cette variété avec le pois « gros blanc », une autre variété très commune. Je vous invite évidemment à lire notre premier texte portant sur le fayot « Vieux Flippe » pour un complément d’info et assurer une continuité logique de cette lecture. Bonne semaine!


—– texte de Norbert Robichaud —–

Les haricots « gros blancs »

Haricots Gros Blanc (image: Norbert Robichaud, 2018)

La première variété de plante dont j’ai préservé la semence était une variété de haricot commun qui me viennent de ma grand-mère maternelle et que nous appelons les «gros blancs». Je ne sais pas depuis quand ma grand-mère les avait, mais elle m’a dit qu’elle les tenait de son père, Richard Landry, qui les avait rapportés de Bartibogue. Mon arrière-grand-père étant décédé en 1932, ils sont donc dans la famille depuis au moins cette date.

Les « gros blancs » sont une variété dont les premières mentions datent du milieu du 19e siècle aux États-Unis. Ils sont connus sous le nom de « Marrow fat » en anglais et ils sont inscrit à l’Arche du goût de Slowfood USA. On ne les trouve pas souvent; ils sont peu cultivés au Nouveau-Brunswick et jamais en grande quantités, car ils sont de culture délicate sous notre climat.

En effet, lorsqu’ils mûrissent, les grains deviennent très gros dans les gousses qui ont tendance à s’affaisser sur le sol et risquent de pourrir en période de temps humide. Ceci est problématique lors des mois de septembre froids et humide. Ma grand-mère me faisait d’ailleurs remarquer que certaines années, elle arrivait à peine à conserver la semence. Malgré ces difficultés, nous les avons toujours cultivés à cause de leur goût incomparable et leur texture onctueuse. Mais c’est également le fait que nous ne pouvions les trouver dans le commerce que nous les avons conservés. Sans en avoir conscience, nous avons contribué à la préservation d’une variété locale d’un cultivar ancien Ce cultivar a fait l’objet d’une adoption dans le cadre du Programme semencier du Canada.


Toutes reproductions du texte ou des photographies demeurent interdites sans le consentement de Monsieur Norbert Robichaud.

Spécial acadien (1): le fayot Vieux Flippe

Pour les trois prochaines semaines, mon attention se dirigera du côté de l’Acadie.

En effet, plusieurs de nos variétés québécoises ancestrales possèdent une génétique issue de cette contrée non seulement à cause des échanges (commerciaux et familiaux) mais aussi dû à la grande déportation proclamée par le Conseil de la Nouvelle-Écosse, le 28 juillet 1755.

Norbert Robichaud en train de préparer des ognons sous la supervision du chien Benny 2017 (photo: Norbert Robichaud)

De fait, la prise de possession par les Britanniques des colonies françaises en Amérique du Nord a forcé plusieurs à s’établir, entre autre, en Nouvelle-France, amenant avec eux leurs semences et leurs habitudes de culture. Avant cette déportation, il convient de souligner qu’ils avaient dès 1604 établi leur colonie à Port-Royal aux côtés de leurs alliés et amis autochtones, les Mi’kmaq; eux aussi possédant leurs propres semences depuis des générations. Des échanges ayant, avec le temps, aussi été faits entre eux. Avec une grande générosité, Monsieur Norbert Robichaud, grand protecteur de son terroir acadien, m’a fait parvenir trois textes concernant autant de cultivars inédits très rares. C’est avec une immense reconnaissance, photos à l’appui, qu’il me fait plaisir de vous retransmettre, avec son autorisation, le fruit de ses recherches et expérimentations, pour la postérité.


— texte de Norbert Robichaud —-

LES FAYOTS

Les fayots constituaient une part importante de l’alimentation de nos ancêtres « acadiens ». Les témoignages ne manquent pas chez les gens d’un certain âge qui affirment : « On mangeait des fayots à tous les jours pour déjeuner. » Une grande partie du jardin était réservée aux « fayots pour mûrir », ceux que l’on consommait en grain secs. Les cultivars que j’ai recueillis auprès des jardiniers de la région sont presque tous des haricots à grain sec, mais je me souviens que ma grand-mère paternelle conservait les semences de haricot mange-tout. Je me limiterai aux haricots à grain sec aux fins du présent article.

Il faut d’abord savoir que le haricot est une plante américaine, c’est-à-dire originaire d’une des deux Amériques. Les amérindiens de la vallée du Saint-Laurent le cultivaient à l’arrivée de Jacques Cartier. Celui-ci écrira à propos des indiens de Gaspé, dans son voyage de 1534 : « Ils ont aussi […] des fèves, qu’ils nomment sahe, les noix caheya, les figues honnesta, les pommes… »1. La présence du haricot au Nouveau-Brunswick est vraisemblablement due aux efforts de colonisation européens, car les amérindiens des maritimes n’étaient pas des agriculteurs. Néanmoins, en raison de ses origines américaines, il est possible que certains cultivars de notre région soient très anciens.

Précisons enfin que les haricots, ou les fayots, que nous retrouvons traditionnellement dans notre région sont issus de deux espèces différentes qui ne se croisent pas. Il y a le haricot commun (Phaseolus vulgaris), de loin de plus répandu, et le haricot d’Espagne (Phaseolus coccineus, synonyme multiflorus) que beaucoup connaissent sous le nom de Scarlet Runners, beaucoup plus rares.

LE FAYOT VIEUX FLIPPE

Graines de fayot Vieux Flippe (image: Norbert Robichaud, 2018)

Dans les années 2009-2010, j’ai commencé à m’intéresser à la conservation des semences anciennes. Je suis allé voir des amis jardiniers qui conservaient certaines semences. Une de ces variétés est les fayots du « Vieux Flippe ». C’est la mère de Thérèse Robichaud qui le cultivait depuis les années 1940 et qui l’avait obtenu de Mme Mabel Comeau de Nigâwêk qui les tenaient de son père, Philippe Landry. Ce dernier était désigné familièrement sous le nom de « Vieux Flippe », d’où le nom donné au haricot. Personne ne semble savoir de qui Philippe Landry aurait obtenu ce cultivar ni en quelle année.

Cosses de fayot grimpant Vieux Flippe (image: Norbert Robichaud, 2018)

Malgré toutes les recherches que j’ai faites auprès de différentes banques ou maisons de semences, je n’ai jamais réussi à trouver un cultivar qui possède l’ensemble des caractéristiques du « Vieux Flippe ». Il pourrait de ce fait s’agir d’une variété unique et très ancienne. La première caractéristique qui témoignerait de son ancienneté est qu’il s’agit d’un haricot grimpant. Il faut savoir qu’originalement, le haricot est une plante grimpante et que le haricot nain, qui est maintenant cultivé partout, provient d’une mutation. Autre caractéristique d’une espèce ancienne, elle pousse et mûrit rapidement. Elle est donc adaptée à notre climat, ce qui suggérerait une présence de longue date en climat nordique.

Fayot grimpant en fleurs Vieux Flippe (image: Norbert Robichaud, 2018)

Ce haricot est apparenté aux haricots « Cranberry ». Il se présente sous deux formes, l’une aux grains marbrés de rouge et relativement petits, l’autre aux grains marbrés de violet et nettement plus grosse. Les deux formes produisent des feuilles comportant jusqu’à cinq folioles dans les feuilles les plus basses et chez les deux formes, on retrouve occasionnellement des grains dont la couleur s’étend à la quasi-totalité du grain contrairement aux marbrures habituelles. Les deux variantes sont cultivées côte-à-côte comme s’il s’agissait d’une seule espèce et je l’ai toujours offert de cette façon, telle que je l’ai découverte. Ce cultivar a fait l’objet d’une adoption dans le cadre du Programme semencier du Canada.

Fayot grimpant Vieux Flippe à maturité (image): Norbert Robichaud, 2018)

TOUTE REPRODUCTION DES TEXTES ET PHOTOGRAPHIES EST INTERDITE SANS LE CONSENTEMENT DE MONSIEUR NORBERT ROBICHAUD.

Décès de René Paquet (1930-2019)

René Paquet (photo: fondation René Paquet)

Je tiens à souligner, le 5 janvier dernier, le décès d’un des pionniers de l’horticulture ornementale au Québec, Monsieur René Paquet, à l’âge de 88 ans. Agronome et architecte paysagiste de profession, il a, entre autre, été l’instigateur des Floralies internationales de Québec à deux reprises et président de la Fédération des sociétés d’horticulture et d’écologie du Québec pendant près de 10 ans entre 1991 et 2010. Mes sincères condoléances à sa famille et aux proches.

Pour la postérité, il laisse la fondation René Paquet pour l’horticulture et l’écologie; laquelle est destinée à:

… contribuer à l’avancement de l’horticulture et de l’écologie en supportant financièrement des initiatives concrètes réalisées par des citoyens de tous âges et en appuyant la recherche appliquée dans ses deux domaines d’intervention privilégiés.

En sa mémoire, vous pouvez y faire un don en écrivant à la Fondation René Paquet 4545, Pierre de Coubertin, Montréal H1V 0B2 ou par courriel à fsheq@fsheq.com. Pour plus de renseignements, 514 252-3010.

Gagnante de notre concours de fin d’année 2018

(Source: Centre régional d’archives de Lanaudière: fonds Joseph Mercure)

Pour commencer, BONNE ANNÉE!!!!!!!
Je vous souhaite la santé physique, mentale, financière et la main verte pour 2019.

Je souhaite également féliciter la gagnante de notre concours de fin d’année 2018, Hélène Valence. Elle se mérite des semences d’une tomate ancestrale introuvable, la Rose Italienne, une variété unique de notre terroir québécois. Vous avez été réellement très nombreuses et nombreux à participer. Je suis toujours surpris par l’engouement suscité par ce genre de quiz et surtout par la précision des réponses. Vraiment pas facile de vous en passer une.

En effet, je vous demandais de vous baser sur la photographie inédite ici-haute et de nommer le personnage en habit religieux avec, comme indice, son influence québécoise sur le monde végétal. La quasi majorité avez répondu le frère Marie-Victorin (1885-1944) alias Conrad Kirouac (de son nom laïc), membre de l’Institut des Frères des écoles chrétiennes. Accompagné de son père, Cyrille Kirouac (1863-1921) nous estimons cette image prise aux alentours 1901, année où il entre en noviciat au Mont-de-La-Salle, noviciat des frères à Maisonneuve (Montréal) à l’âge de 16 ans. Mais toutes informations plus précises demeurent appréciées. Pour les personnes désireuses d’en apprendre davantage sur le personnage, consultez la généalogie de 135 pages du frère Marie-Victorin alias Conrad Kirouac de l‘Association des familles Kirouac inc.

Encore une fois… merci de me lire.

Passionnés de tomates anciennes

Il y a quelques années, au temps où je vendais des semences, un homme ayant vu mon site Internet, me contacte par téléphone pour me demander s’il est possible de le rencontrer. Il commence sa retraite et il a beaucoup de temps libre. Il souhaite recevoir des conseils pour réussir sa culture de tomates mais aussi acheter un sachet de toutes mes variétés anciennes; environ une trentaine de cultivars du patrimoine du Québec. Voulez-vous faire des cadeaux lui demandais-je naïvement? Non!, non!, non! répond t-il. « C’est pour planter avec mes 200 autres variétés que j’ai commandées partout dans le monde« . Ayoye!, pensais-je en moi-même. Quel contrat! Je renchérissais avec un « et depuis quand cultivez-vous des tomates? ». « Depuis l’an passé » avoua t-il. Ma surprise passée, mes propos ont été dirigé à le conscientiser sur la charge de travail (semis, transplant, préparation de la terre, distance d’isolement, arrosage, tuteur, récolte, sélection, maladies, etc.) surtout qu’il avait l’intention de récolter ses semences. « Et votre conjointe », ajoutais-je… « Qu’en pense t-elle »? Rien n’y fit. Son idée faite, il se lançait corps et âme dans son projet. Personne n’arriverait à lui faire changer d’idée, même pas son épouse.

Jean Blouin en 2011 (photo: Erick Labbé)

D’autre part, j’aurai pu prendre un exemple sur les fleurs, l’ail ou toute autre plante, le principe demeure le même… la piqûre. Je me reconnaissais en lui à mes débuts. Qui étais-je pour vouloir éteindre cette flamme? Au contraire, je décida de l’encourager. Il aura tout le loisir, comme moi je l’ai fait, d’expérimenter et d’apprendre. Peut-être deviendrait-il, un Jean Blouin, autre passionné de la région de Lévis et protecteur de plus de 200 cultivars de tomates. Le merveilleux dans le jardinage; il n’y a pas d’âge pour s’y adonner. Il était beau à voir. Ses yeux pétillaient. Il se voyait échanger des semences avec d’autres passionnés, manger ses propres tomates, partager avec sa famille, cuisiner, produire ses conserves. Si un des membres de votre entourage exprime lui aussi le désir de s’investir dans ce genre de projet le printemps prochain ou tout autre qui l’anime, encouragez-le. C’est précieux.

Pour cela, je vous suggère l’ouvrage québécois édité en 2018 concernant le sujet. Intitulé: La tomate, de la terre à la table« , Lili Michaud, agronome et conférencière, dresse un portrait complet sur les points énumérés précédemment et même plus. L’oeuvre de presque 300 pages possède l’une des rares particularités de faire la recension de plusieurs variétés de notre merveilleux patrimoine agroalimentaire. Et qui plus est, de façon très, très, très modeste… je l’ai aidé un tout petit peu. Un beau cadeau sous le sapin pour les passionnés de tomates.

Les 90 ans de WH Perron

Catalogue WH Perron 2018 (source: whperron.com)

Avant la fin de l’année, un simple clin d’œil aux 90 bougies (1928-2018) de WH Perron, l’une des plus anciennes compagnies de vente de semences par correspondance toujours en activité en sol québécois. De Laval pour être plus précis. Pour les intéressés, lisez notre ancien article sur le cheminement de celui (Wilfrid-Henri Perron) par lequel tout a commencé.

En effet, cette compagnie eut de grands bouleversements depuis la retraite du fondateur en 1969. Dans un premier temps, les rennes furent repris par son fils agronome, Henri Perron, jusqu’en 1989.

Par la suite, un groupe d’employés et de gestionnaires externes acquittèrent les actions de l’entreprise et ils mèneront plusieurs actions telles l’achat et l’intégration des activités des Semences Laval Inc (1989), celles de Dominion Seeds (1992) et la vente des centres jardins ayant la bannière WH Perron (dans les années 1990). Toutes ces transactions menèrent en 1994 la création d’une nouvelle entité appelée Norseco (abréviation de NORd SEmence COmpagnie), devenant ainsi l’un des plus grands distributeurs de semences et de produits horticoles au Canada. Laissé pour compte aux profits du nom d’Horticlub jusqu’en 2013, le nom de WH Perron reprendra du service via la division postale et Internet francophone par laquelle on reçoit encore aujourd’hui les fameux catalogues si populaires. La division anglophone, quant à elle, prendra l’appellation de Dominion Seed House en référence à une compagnie ontarienne de semences ayant eu pignon sur rue entre 1928-1993. Comme quoi, on ne se débarrasse pas de noms aussi connus.

Ernst Benary (source: benary.com)

Saviez-vous que? La compagnie semencière-grossiste allemande Benary, où Ernest Benary (1819–1893) créa en 1843 la variété toujours populaire Zinnia elegans « Benary Riese » (aussi appelé Géant de Benary et Benary Giant) a fêté ses 175 ans en 2018. WOW! Je tiens à souligner l’excellente article détaillé de Larry Hogson sur son historique.

Carte postale de novembre 2018


Jardin chez Charles Auguste Brosseau à Brosseau-Station, comté Laprairie. (1950)

De nombreux canadiens subissent de l’insécurité alimentaire avec l’arrivée de l’hiver et la hausse du prix des fruits et légumes. C’est le cas dans de nombreuses régions éloignées où les aliments frais sont très chers. Stéphanie Blanchet, une journaliste de Radio-Canada a rencontré dans la semaine du 19 novembre 2018 des femmes de la Baie Sainte-Marie, une région acadienne de la Nouvelle-Écosse qui s’en tirent, encore aujourd’hui, grâce aux astuces de leurs grand-mères. Selon plusieurs études, les femmes ressentent davantage les complications reliées à l’insécurité alimentaire que les hommes souvent dû à leur espérance de vie plus longue.

En effet, de nombreuses femmes âgées vivent toutes seules avec un seul revenu et ce n’est pas toujours suffisant. Par exemple, en rédigeant sa thèse de maîtrise concernant l’alimentation des femmes aînées en région rurale, Madeleine McKay a fait une découverte surprenante. Lors de ses interviews, elle a réalisé leurs grandes connaissances et leurs habiletés qui leur permettent de survivre. Par exemple, les femmes de 60 ans sont celles ayant le moins recours aux banques alimentaires. Elles forment à peine 10% de la clientèle. Dans cette région acadienne, de mère en fille, on se transmet le savoir-faire pour bien manger avec peu de moyens. Une manière de vivre qu’on surnomme « stretcher la piastre ». Comme le mentionne Janice Leblanc, l’une des personnes rencontrées, « je mange beaucoup de la nourriture que je plante« . « Je stretche ma piastre de cette façon-là » précise t-elle. Elle ajoute, « aujourd’hui, il fait – 8 degrés Celsius, mais j’ai du chou frisé« .

De fait, ses minis serres réparties dans son potager lui permettent de manger des légumes et ce, même en période hivernale. C’est une bonne amie, Suzanne Aucoin qui lui a tout enseigné. Madame Aucoin rajoute: « j’ai eu tous les trucs de ma mère et mon père« . Comme quoi, le savoir de nos anciens fournit encore des solutions simples à nos problèmes actuels.

Comment produire et conserver vos semences d’artichaut

Semences d’artichaut (image: semencemag.fr)

Lorsque j’ai vu mon voisin agriculteur labourer son champ dans la neige ce matin, j’ai béni les cultures permanentes. Dans ce cas-ci, je devrais plutôt écrire semi-permanente car on doit refaire des semis après 4 ou 5 ans à cause de l’épuisement du sol et de la plante. Quand même, c’est mieux qu’à chaque année.

En effet, l’artichaut mériterait une plus grande présence au jardin. Peu valorisé par nos papilles gustatives québécoises, j’en vois très très très rarement dans les jardins modernes même s’il se cultive depuis des siècle partout sur la planète. Avis aux producteurs de semences, cultivez une seule variété par année pour éviter la pollinisation croisée. Les abeilles capotent sur les immenses fleurs. 25 grammes de semences produiront environ 500 plants. Un sachet de 1 gramme devrait contenir aux alentours de 25 semences. Détail super important… vernalisez-les, c’est-à-dire qu’elles devraient subir une période de 3 à 4 semaines au froid au réfrigérateur ou dans un endroit entre 2 et 4 degrés Celsius (ex: garage non chauffé).

Pour cela, semer en caissette à 2 cm de profondeur et 5 cm de distance dans un terreau humide pour semis. Déposer un papier ciré sur le dessus et attendez 4 semaines. Pour donner une idée du début de ce processus au Québec en zone 5b (comme chez-nous), on estime entre la fin février-début mars ou 4 mois avant la transplantation au jardin pour les régions plus froides ou chaudes.

Par la suite, mettre à la lumière à une température près de 20 degrés Celsius le jour et 10 la nuit.  Repiquer en pots de 3 pouces (7.5 cm) après l’apparition des vraies feuilles ou en caissette (12 à 15 plants par caissette), puis plus tard, en pots de 5 pouces (12.5-15 cm) dans un terreau de croissance. Acclimatez en mai pour planter définitivement vers le milieu de juin; parfois avant pour les pressés car la plante résiste aux faibles gels. Songez à espacer vos plants de 80 cm car, comme la photo ici-bas l’indique, ça devient gros. C’est beau hein! Vous devriez profiter des premières fleurs dès la première année puisqu’un plant arrive à maturité entre 80 et 120 jours. Pour les retardataires, semer en caissette directement au jardin à l’automne suivant. Par expérience, assurez-vous juste de planter à un endroit exempt de mauvaises herbes. Pour les plants n’ayant pas produit, tailler les feuilles, déraciner et installer dans un bac humide rempli de terre au frais (ex: caveau à légumes). Replanter la racine au printemps suivant. Sinon pour les régions moins rigoureuses (changements climatiques obligent), tard à l’automne, débarrasser la plante des tiges qui ont fleuri. Couper au ras du sol aussi près que possible la racine. Butter et recouvrir les pieds de feuilles sèches ou de paille pour les protéger du froid. Enlevez-les au printemps. Ils repartiront.

Plant d’artichaut (photo: jardineravecjeanpaul.fr)

Par ailleurs, pour les producteurs de semences, on récolte les semences de cette  bisannuelle (à la deuxième année de plantation) lorsque la grosse fleur aura produit un genre de « plumet blanc ». Récoltez pour les faire sécher complètement dans un endroit sec et ventilé. À l’étape de la cueillette, dans un sac de papier, écraser la base de la fleur avec un outil plat dur (ex: petite planche de bois) pour libérer les graines. Vous aurez besoin de tamiser les détritus parmi les semences cette étape complétée. Insérer dans un sac en papier avec la date et le nom du cultivar. Entreposer dans un endroit sec à l’abris de la lumière. Vos semences devraient se conserver pendant 7 ans.

MISE À JOUR (19 novembre 2018): Après plusieurs questions des lecteurs, il est important de spécifier qu’il est quand même très difficile de produire des semences d’artichaut sous notre climat nordique. À titre d’exemple, la ferme « la fille du Roy« , spécialisée dans l’auto-cueillette de cette fleur-légume, mentionne qu’il arrive qu’entre 20 et 85% des plants ne produisent aucune fleur la première année.  Non protégées avec un bon très bon paillis, elles meurent à l’automne. La sélection de variétés demeurent la meilleure option pour l’avenir; d’où l’importance de continuer à renforcer les plants.

Le Pacte pour la transition

L’urgence de la situation exige une mobilisation sans précédent et de vigoureuses actions collectives pour protéger le monde dans lequel nous vivons, l’eau, l’air, les sols qui nous nourrissent, nous et nos enfants.

Des changements profonds, sages et intelligents, de nos façons de vivre permettront de soutenir une meilleure qualité de vie ET de maintenir la création d’emplois. Avec les ressources physiques et humaines dont il dispose, avec son sens inné de la coopération et son génie d’innovation, de la permaculture à l’écoconstruction et jusqu’à l’intelligence artificielle, le Québec peut et doit devenir un leader et une inspiration pour le monde entier.

Pour toutes ces raisons, le regroupement « le pacte » propose  ─ un pacte qui n’est pas un engagement à être parfait mais un engagement solennel à réduire son empreinte écologique. Avec la force du nombre, nous pouvons renverser la vapeur, pour la suite du monde.​​