Heureux printemps…quand reviendras-tu?

Aujourd’hui, il fait encore froid, humide, gris. La pluie tombe comme une bruine constante sur le visage. Le mois d’avril 2017 a quasi établi un record québécois de précipitations et le début de mai s’est amorcé sous la même tendance. Je devrais planter, semer, transplanter, arracher les mauvaise herbes pour rattraper le temps perdu mais c’est la journée nationale des Patriotes. Après 7 jours de travail consécutifs, j’ai décidé de prendre un congé à l’intérieur. En attendant le retour du beau temps et dans un instant de nostalgie, je me suis laissez bercé par cette chanson de Judy Garland extraite du film musical de 1950  » Summer Stock » ou, en version francaise, « la jolie fermière ».

En fait, lorsqu’on lit la biographie du personnage et les anecdotes de tournage, le titre français du film n’est qu’apparence car l’actrice avait un sacré caractère. Mais, la chanson redonne du pep et un sourire au cœur!

La fête du printemps au Fort Chambly

Pour la première journée de leur calendrier 2017, les responsables du Fort Chambly m’ont gentiment invité à participer à leur fête du printemps samedi le 20 mai. Dans la cour extérieure du bâtiment, il me fera plaisir de vous entretenir des variétés ancestrales du Québec mais aussi, si le coeur vous en dit, vous raconter des anecdotes sur ce magnifique patrimoine et échanger avec vous. Avec des membres du personnel, j’en profiterai pour planter quelques cultivars anciens dans leur potager démonstration et vous donner des semences, gracieuseté du Fort Chambly. Une foule d’activités vous seront aussi présentées durant cette journée (entre 13:00 et 16:00).

Par la même occasion, si vous croyez être en possession d’anciennes variétés cultivées, par exemple, par vos parents ou grand-parents, n’hésitez pas à les amener (semences, photos, témoignages, légumes, fruits, etc.)… ça m’intéresse beaucoup. Qui sait, ce sera peut-être vous qui allez me raconter des histoires passionnantes.

Carte postale de mai 2017

Sur la photo de haut à droite (de gauche à droite: Roberte, Hélène et Céline Perry) Photos: Harry Rowed

Alors que le nouveau président américain, Donald Trump, déconstruit tranquillement les réalisations de l’ancienne administration démocrate, il pourrait épargner un symbole réintroduit par l’ex-première dame, Michelle Obama: le potager de la Maison-Blanche. Produisant environ 1000kg de nourriture, il se voulait un outil pour conscientiser les gens à une saine alimentation. C’est dans cette même optique de conscientisation qu’il a été créé au départ par Eleanor Roosevelt en 1943 dans sa vision du  «jardin de la victoire» (en anglais « Victory gardens ») comme le montre cette photographie ici-bas.

Eleanor Roosevelt et son potager de la victoire (Image: carlanthonyonline.com)

Aussi appelé « potager pour la défense » ou « jardin de guerre », on les retrouvaient autour des résidences privées ou dans des parcs publics pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale. Au Québec, on retrouve peu d’infos sur ces potagers peut-être mis-part cette image (en haut à gauche) prise le 24 août 1942 à Québec où les sœurs Perry aident à l’entretien du potager sur la propriété de l’usine de la Dominion Arsenals Ltd.. Destinés surtout à atténuer la pression de la guerre sur l’approvisionnement alimentaire public, on leur attribuait aussi la vertu de stimuler le patriotisme chez les civils; ceux-ci se sentant utile de contribuer à l’effort de guerre par les produits récoltés. Pour en savoir plus sur l’histoire du premier potager de la victoire, consulter le livre « American Grown: The Story of the White House Kitchen Garden and Gardens Across America » (version anglaise seulement) en vente ou en location dans certaines bibliothèques.

William Ewing (1843-1913)

W.E Ewing & cie (1897)

Au début du siècle dernier, les couvertures des catalogues gratuits de la compagnie de semences montréalaise Ewing se distinguaient de ceux de leur époque par leur coloris et leur graphisme; des œuvres d’art en soi. Ce sont probablement les seuls témoins restant de cette entreprise et des gens y ayant œuvré notamment son fondateur William Ewing. Il fait certes parti des premiers bâtisseurs québécois (et canadiens) majeurs du réseau des semenciers de la fin du 19e siècle.

Né en septembre 1843 à Sterling en Écosse, il arrive en 1865 à Montréal où il travailla pendant 4 ans auprès de la pharmacie « Kerry Brothers & Crathern co. » Presbytérien et unilingue anglais, il marie Catherine Kinross Graham (1856-1944) en 1883 ayant elle-même immigré d’Écosse en 1862. Ils eurent 5 enfants dont deux d’entre eux reprirent le flambeau à la mort de leur père (Thomas Graham Ewing et William Ewing).

Catalogue Ewing 1928

En 1869, William Ewing (père) fondera avec son frère Archibald, la « Ewing Brothers Seed Merchants ». Sise sur la rue McGill, en face de la place d’Youville, l’entreprise déménagea, à sa 8e année, juste un peu plus loin au 142-146 McGill (coin des rues St-Maurice et St-Henri). Le premier changement de nom surviendra en 1883 après la fin du partenariat entre les deux frères en 1882. William s’associera dès lors avec James Henry Davison et William Graham pour la relancer sous le nom « William Ewing & Company ». Selon le livre « Industries of Canada, city of Montreal » de 1882, on y décrivait les activités commerciales comme:

…importing and growing choice vegetable and flower seeds and do a large business in heavy seeds as clover and timothy and seed grain of all descriptions which find their way to every section of Canada. The house is one of the largest concerns of the kind in the Dominion and sends out each year several millions packages of seeds all of which are recommended as reliable guaranteed to be as represented.

(Traduction libre): Importation d’une variété sans cesse croissante de semences de légumes et de fleurs ainsi que la vente en gros de trèfle, thimothy (une graminée européenne pour pelouse) et céréale de tout type qui trouveront preneur dans toutes les régions du Canada. Cette maison est l’une des plus grosses du genre dans tout le Dominion et elle envoi plusieurs millions de sachets de graines chaque année garanties fiables et recommandables.

Cette information se voit corroborée par une liste de prix de « gros » de 1892 en notre possession où l’on peut y retrouver justement les montants exigés. Par exemple, pour une once (28 grammes) de semences de melon de Montréal cultivées directement sur l’île, on demandait 0.30$; une grosse somme en comparaison à 0.60$ pour une livre (453 grammes) de graines de melon citron (melon pour les conserves).

Dans la préface de son catalogue de 1897 (voir image ci-haute), il explique (nous avons écrit intégralement le texte):

Nous sommes heureux de constater que d’année en année nos affaires ont toujours augmentées en volume. Nous sommes pour ainsi dire les seuls fournisseurs de graines qui aient suppléer le plus grand nombre de Merchands canadiens, Fermiers, Jardiniers et Amateurs depuis 1889 sans interruption. L’exactitude et le soin que nous avons pris à remplir les commandes de nos pratiques, expliquent le succès croissant de nos affaires.

Le journal Le Devoir du jeudi 8 mai 1913 explique que l’un de ses collaborateurs, James Henry Davison, découvre William Ewing à sa résidence montréalaise au 100, rue Sherbrooke, suite à une « syncope du cœur » (arrêt cardiaque) à l’âge de 69 ans. Et c’est à partir du 15 décembre 1913 que la compagnie sera constituée en corporation sous le nom « The William Ewing Co., Limited ». (source: The Gazette 1913-1914, p.1988) jusqu’à sa fermeture en 1963. La transaction, sous forme de vente d’actions, aura exigé un investissement de 250 000$ de la part des acquéreurs (James Henry Davidson, William McWilliam, Catherine Kinross Graham, Thomas Graham Ewing et William Ewing) soit environ 5.5. millions en dollars canadiens d’aujourd’hui. Je lève mon chapeau à cet immigrant parti de rien.

À noter: N’ayant pu obtenir de photographie de l’homme, nous serions reconnaissants aux lecteurs ayant cette information de nous en faire parvenir pour le bénéfice des lectrices et lecteurs.

 

NOUS TENONS À INFORMER QUE MALGRÉ TOUTES NOS RECHERCHES, LES DATES ET ANNÉES DE NOS SOURCES HISTORIQUES NE CONCORDAIENT PAS TOUJOURS ENTRE ELLES. MÊME SI ELLE SONT, SELON NOUS, TRÈS PROCHES, ELLES DEMEURENT QUAND MÊME APPROXIMATIVES ET NE PEUVENT ÊTRE JUGÉES COMME OFFICIELLES. NOUS AJUSTERONS ET AJOUTERONS LES INFOS AU FUR ET À MESURE DE LEUR CONFIRMATION.

 

Les herbes nuisibles: le chiendent

Chiendent

Il est là sous mes yeux, dans mon potager, dès ma première visite. Il m’attendait depuis l’automne dernier. Il me nargue en pointant le bout de sa tige et en me renvoyant mon impuissance à me débarrasser de lui. Qui? Le chiendent (triticum repens L) ou couch grass (en anglais). Je sais le combat perdu d’avance mais je ne me lasse pas de m’acharner sur cette vivace indigène, me défouler, la maudire. En 1906, le Ministère de l’Agriculture du Canada a édité un ouvrage de vulgarisation intitulé « les mauvaises herbes du Canada » dans lequel on pouvait y lire :

Mauvaise herbe des plus persistantes dans toutes les terres labourées profondément et dans toutes les cultures, avec une grande capacité à se propager et d’étouffer les autres plantes.

En effet, ses rhizomes charnus s´entrevechent et s’étendent loin, loin, loin. On dirait quelquefois qu’ils n’ont pas de fin mais heureusement, ceux-ci demeurent près du sol. Pour la production du foin, c’est merveilleux. Y’a rien à faire sinon couper deux fois par année. Il s’installe partout sur les terre inculte et possède une grande capacité d’absorbtion des nutriments du sol et dominer son territoire. C’est justement parce qu’il bouffe jusqu’à 68% des oligo-éléments des plantes comestibles qu’on doit l’enlever. Mais comment s’en débarrassait-on de manière naturelle à l’époque?

De fait, en utilisant des techniques avant l’apparition des herbicides, on parvient à les appliquer aujourd’hui dans une lutte écologique. En premier lieu, on laboure peu profondément par temps très chaud. Ensuite, racler pour entraîner une grande quantité de rhizomes vers la surface. Ceux-ci se dessècheront au soleil et vous pourrez les brûler. Mais attention, les racines divisées, si elles ne sont pas complètement déterrées, peuvent former à chaque tronçon une nouvelle plante. Et on se voit alors envahi à nouveau en peu de temps. Et la petite « vlimeuse » (expression québécoise pour dire ratoureuse) possède plus d’un tour pour se multiplier. Les graines constituent pour lui un autre moyen efficace de reproduction. Mûres en juillet et de la forme d’un petit grain de blé, l’épis produit en grande quantité. Elles tomberont au sol en automne et germeront pour notre plus grand déplaisir; surtout aux endroits difficiles d’accès. La plante joue à cache-cache avec moi en s’enroulant un peu partout autour de mes poteaux de clôture et près des fondations des bâtiments.

Bref, si vous n’en venez pas à bout et voyez l’infestation gagner, sortez l’artillerie biologique lourde. Labourer superficiellement tard en automne et bien gratter pour exposer les rhizomes à l’action de la gelée. Au printemps, on laboure de nouveau superficiellement et maintien le sol travaillé assez souvent pour empêcher les nouvelles pousses jusqu’au milieu de l’été. Puis, on sème une culture étouffante comme du sarrasin ou du millet, qui feront périr la plante affaiblie. Il y a de fortes chances pour que le sarrasin n’arrive pas à maturité. La coupe créera un tapis tellement opaque qu’il rendra inaccessible la lumière nécessaire à la germination de cette ou des autres mauvaises herbes. Enfouisser le tout à l’aide d’un rotoculteur pour ajouter de la matière organique. Et voilà, d’une pierre deux coups. On alimente le sol et on se débarrasse de l’indésirable.

Carte postale d’avril 2017

On fait une petite pause cette semaine le temps qu’on fasse nos semis. On attend toujours le plus longtemps possible mais là, on ne peut plus retarder. Entre-temps, on vous laisse sur quelques magnifiques photographies d’enfants et d’adolescents en apprentissage de techniques de culture prises en 1940 par le photographe Conrad Poirier. Nous tendons à croire qu’elles ont été prises au Jardin Botanique de Montréal car l’établissement offrait ce genre d’activités durant cette période et aussi en regard d’anciennes photographies. Mais, n’ayant aucune autre source, nous ne pouvons déterminer avec certitude nos dires. C’était vraiment un autre temps; il y a 77 ans.

Apprentissage du jardinage 1940 (photo: Conrad Poirier)

Apprentissage du jardinage 1940 (photo: Conrad Poirier)

Apprentissage du jardinage 1940 (photo: Conrad Poirier)

Apprentissage du jardinage 1940 (photo: Conrad Poirier)

Apprentissage du jardinage 1940 (photo: Conrad Poirier)

(08-04-17): Une très bonne amie (Lyne Bellemare) a contacté une de ses connaissances au Jardin Botanique de Montréal. Celle-ci, n’ayant pas d’information dans ses archives concernant Conrad Poirier, en a fait part à Violène Simard, responsable des Jardins Jeunes. Selon elle, « il est fort possible que ces photos aient été prises au JJeunes« . Elle ajoute qu’il « n’existait pas de projets similaires à cette époque« . « Depuis la création des JJeunes en 1938 et jusqu’en 1960, ce projet était géré en association avec la CECM« . Elle termine en disant: « Les jeûnes de plusieurs écoles venaient au Jardin pour apprendre à faire pousser des légumes« .

Je remercie ces bonnes âmes pour ces compléments d’information sur ces images.

Le maïs Hominy

Maïs Richard (image: hopeseed.com)

Pour les adeptes d’histoires acadiennes, il existe un récit non officiel de ce maïs cultivé par les Micmacs de l’Île-du-Prince-Édouard; ceux-ci l’ayant, semble t-il, partagé avec les premiers colons acadiens. Par exemple, la famille de Leonel Richard le possède depuis 1904 lorsque son grand-père a déménagé de l’Île-du-Prince-Édouard à Rogersville, au Nouveau-Brunswick. M. Richard a transmis des semences à Kim Edmondson, fondatrice de Hope Seeds, une petite entreprise de semences de Nouvelle-Écosse, fondée en 1993 et dévouée à l’agriculture locale. Cette variété possède la particularité d’atteindre une hauteur entre 60 et 120 cm, avec des feuilles marbrées vertes pâles et de produire de 2 à 5 épis par plant d’au plus 20 cm. À l’époque, les Micmacs faisaient bouillir les gros grains jaunes séchés dans de la cendre de bois pour y briser l’écorce devenues très dure.

MicMacs dans les maritimes Canada au début du 20e siècle (image: http://www.myhappysahdlife.com)

Ensuite, ils les broyaient pour apprêter le « hominy« , une sorte de bouillie de maïs. Les Acadiens ont rapidement adopté cette recette et l’ont transporté un peu partout où ils se sont installés. Le « hominy » est encore un plat très populaire dans certaines régions, y compris dans le sud des États-Unis où de nombreux acadiens ont immigré après la grande déportation (1755-1763).

Avec la très généreuse contribution de Monsieur Norbert Robichaud, celui-ci m’a transmise la lettre de Leonel Richard intitulée « Maïs Hominy » envoyée à Madame Edmonson (en anglais). Vous pouvez la télécharger pour vos propres recherches mais pour le bénéfice des lecteurs non bilingues, j’en ai fait une traduction libre ici-bas.

Amérindiens Mic Macs (source et année inconnues)


TÉMOIGNAGE ÉCRIT DE LEONEL RICHARD:

J’ai 43 ans (en et je me souviens que ce maïs a été planté toute ma vie mais c’est à partir de la moitié des années 60 que mon père a commencé à planter du maïs sucré. Mon père, Fred Richard, est né en 1915 et, selon son souvenir, ce maïs a été dans sa famille depuis sa plus tendre enfance.

J’ai fait quelques travaux de généalogie et j’ai trouvé que le nom de mes ancêtres remontaient jusqu’à 6 générations et qu’ils avaient eu des contacts avec le peuple amérindien à la fois de l’Île-du-Prince-Édouard et à Kent co au Nouveau-Brunswick. Dans la région de Tignish à l’Île-du-Prince-Édouard, il y a eu de nombreux mariages entre les acadiens et les immigrants irlandais arrivés plus tard dans les années 1820.

La majorité de mes ancêtres demeuraient dans la région de la Malpeque lorsque les Britanniques les ont déportés de leur île en 1758 mais quelques familles telles les Richard, Poirier, Doucet, Caudet et quelques autres ont pu s’enfuir et trouver refuge dans les forêts de l’Île-du-Prince-Édouard ou ils naviguèrent jusqu’au nord du Nouveau-Brunswick. Les ouïes dires font état qu’ils se sont cachés pendant 4 ans et durant cette période, ils reçurent l’aide des Micmacs; pouvant être ou pas la source des semences envoyées.

En 1799, mes ancêtres ont monté jusqu’au nord de l’Île-du-Prince-Édouard pour fonder la communauté de Tignish et plus tard, Palmer Road et Saint-Louis où la majorité cultivèrent la terre ou ont été embauché pour l’industrie de la pêche. À la fin de 1800, il y eu un genre d’exode des grandes familles causé par le manque de terres disponibles mais aussi par le désespoir et les difficultés que cela engendrait. Entre 1900 et 1904, plusieurs de ceux qui résidèrent à Tignish déménagèrent dans la région de Rogersville pour y acheter les terres (qui malheureusement n’étaient pas faites pour l’agriculture) et y travailler la forêt. En 1904, mon arrière grand-père est venu avec sa famille pour s’installer à West Collette Road juste au nord de Rogersville et avec eux, je présume, ce maïs. Ceci n’est que pure spéculation et cela devrait être pris comme tel.


Selon les dires de Monsieur Robichaud:

Il s’agit d’un blé d’inde corné un peu plus gros et de forme plus aplatie que le blé d’Inde « Gaspé »

Consommé principalement « sous forme de blé d’inde lessivé« , ce produit n’est pratiquement plus distribué sur les tablettes des grands épiciers québécois. J’ai justement reçu récemment un courriel d’une lectrice m’indiquant son désarroi de ne plus en retrouver nul part; les gérants des magasins d’alimentation lui indiquant ne plus en recevoir depuis plusieurs mois. Serons-nous la dernière génération à connaître ce produit?

Pour aller dans ce sens, Monsieur Norbert ajoute que:

la description que me faisait une voisine, maintenant décédée, qui avait connu cette espèce que sa famille a cultivé longtemps. Elle me disait également qu’autrefois, avant que le blé d’inde sucré remplace le blé d’inde lessivé, le blé d’inde n’était pas cultivé dans les potager, mais en plein champ, comme les pommes de terre. C’était un aliment réservé uniquement à la consommation humaine. Ils n’en cultivaient pas pour les animaux. L’ère du blé d’inde lessivé s’est terminée dans les années 1960 et c’est un véritable miracle que cette espèce soit parvenue jusqu’à nous.

Vous voulez contribuer à perpétuer ce miracle, vous pouvez en acheter via Hope seeds (site uniquement en anglais mais actuellement indisponible pour cette année) ou par l’intermédiaire du catalogue de semences du patrimoine Canada.

Comment reproduire et conserver vos semences de gourgane

Gourgane Petite du Lac Saint-Jean

Très ancienne légumineuse apportée par les premiers colons, la gourgane a quasiment disparu du paysage québécois avec l’arrivée de la pomme de terre. Les seules régions ayant poursuivi sa culture furent celles de Charlevoix et du Saguenay Lac Saint-Jean. Pourquoi ne pas l’inscrire sur la liste de vos plantes à semer cette année? Légume très facile, il possède la particularité de s‘adapter à tous types de sols irrigués, pourvu de conserver une humidité constante. Une autre de ses caractéristiques particulières consiste aussi au fait qu’elle se sème très tôt au printemps (entre le 15 au le 20 avril). Capable de germer à partir de 3.3º Celsius, les jeunes semis peuvent même supporter un gel jusqu’à -3º Celsius.

Toutefois, pour votre premier semis direct, enfouissez-la à une profondeur de 10 cm pour la protéger. Après le dernier gel, vous pourrez alors la planter à 5 cm de profondeur. Vous pourrez même semer jusqu’à 5 semis successifs pour en manger tout l’été; soit à chaque 15 jours. Mesurant jusqu’à 1 mètre ½ de hauteur, elle n’a pas besoin de tuteur. Mais, par expérience et ce, pour une petite surface, ne l’installez pas en zone de grands vents sinon, elle se couchera. Distancez de 75 cm entre les rangs et 10 cm entre les plants. Elle viendra à maturité après 90 jours. À noter que la plante se fait attaquer par le puceron. Si l’infestation devient majeure, utiliser un insecticide naturel à base de tabac ou d’ail.

Par contre, pour une consommation fraîche (ex: pour la soupe à la gourgane… voir recette ici-bas), récoltez au 3/4 de sa maturité (environ après 68 jours). Vous verrez alors de belles fèves blanches un peu verdâtre. Vous pourrez aussi les congeler pour un repas ultérieur. 

Par ailleurs, si vous souhaitez conserver vos graines pour l’année suivante, assurez-vous qu’il n’y ait pas d’autres cultures de gourganes à moins de 1.5 kilomètres. Vous aurez aussi intérêt à poursuivre leur maturité au-delà des 90 jours soit jusqu’au moment où la plante se desséchera totalement. Vous verrez les cosses noircir (vraiment très noir) et, par un après-midi ensoleillé, sans pluie depuis quelques jours, vous ramènerez les cosses dans la maison. Écossez et déposez dans un pot en vitre (ex: pot Masson). Les semences seront beaucoup plus foncées, presque brun noir. Une pellicule se colle aussi autour de la graine. Elle partira en séchant. Il m’arrive quelques fois d’attendre quelques jours pour être certain qu’elles soient totalement sèches en les laissant dans un bol. Si l’ongle de votre pouce s’imprime sur la graine, c’est mauvais signe. Laissez-la encore durcir. Enfin, entreposez vos pots dans un endroit au frais à l’abri de la lumière en inscrivant le nom du cultivar et la date de récolte. Dans de bonnes conditions, vos graines se conserveront entre 5 et 7 ans. 

L’ABC de l’étiquetage (partie 3)

Les canadiens doutent de ce qu’ils mangent dans leur assiette. Voilà un constat surprenant révélé par la première étude exploratoire pan-canadienne sur le sujet publiée au début de 2017 par la faculté d’agriculture de l’Université de Dalhousie. Selon les chercheurs, parmi les éléments alimentaires frauduleux, on y suggère entre autre:

…une étiquette non conforme, l’omissions dans la liste des ingrédients ou d’une erreur sur la provenance d’un produit.

Le monde des semences ne fait pas exception. Dans cette troisième et dernière partie, nous abordons justement les renseignements qu’on tente ou qu’on ne veut pas que vous sachiez. Les détails se cachent trop souvent entre les lignes.

LES RENSEIGNEMENTS JAMAIS AFFICHÉES

ORGANISMES GÉNÉTIQUEMENT MODIFIÉS (OGM): Selon OMG, une source d’information gouvernementale québécoise sur les organismes génétiquement modifiés, un OGM se définit comme:

un organisme vivant auquel on a ajouté un ou des gènes pour lui donner un caractère spécifique, par exemple, la résistance à un virus;

OU

un organisme vivant dans lequel on a bloqué ou atténué l’action indésirable d’un gène, par exemple, la synthèse d’une protéine allergène.

Il n’y a pas encore de cadre législatif obligeant les entreprises à indiquer la présence d’OGM dans leurs produits. Et ce n’est peut-être pas pour rien.

En effet, selon une étude faite en Alberta en 2010 concernant l’acceptabilité sociale des OGM auprès de la population canadienne, près de 50% des personnes interviewées se sont dites très préoccupées par le sujet; le Québec et la Colombie-Britannique étant les provinces les plus concernées par le phénomène. Au moment d’écrire ces lignes, treize espèces de plantes génétiquement modifiées ont été approuvées au Canada à des fins de commercialisation: le maïs-grain et le maïs sucré, la pomme de terre, la tomate, le coton, le soya, le lin, le canola, la betterave sucrière, la luzerne, le riz, la courge, la papaye et la pomme. Vous en mangez déjà probablement sans le savoir.


Dans l’ordre: en haut gauche (Avery) en bas (McCarty) et à droite (MacLeod)

Saviez-vous que? Le médecin américain d’origine canadienne, Oswald Théodore Avery (1877-1955) avec ses collaborateurs Colin Munro MacLeod (1909-1972) et Maclyn McCarty (1911-2005) furent à l’origine, en 1944, de la découverte du rôle de l’acide désoxyribonucléique comme support de l’hérédité; Le fameux ADN. Cette découverte montra le rôle de l’ADN comme molécule capable de transporter l’information héréditaire et qu’elle constitue les gènes à l’intérieur des chromosomes. Un cratère lunaire porte son nom n’ayant pu recevoir le prix Nobel de son vivant. Ce fût le début des OGM.


LES GRAINES ENROBÉES: Vous douteriez-vous qu’en achetant vos semences, celles-ci pourraient être enrobées de pesticides et/ou herbicides et/ou de fongicides très nuisibles pour l’environnement. Il s’agit d’un processus par lequel on entoure la graine d’un liquide argileux qui, une fois séché, va donner une apparence étrange (verte, blanche, rouge…) très différente de la couleur d’origine. L’exemple le plus commun s’illustre par les semences à gazon verte fluo. Souvent, on joue sur les mots en spécifiant qu’elles sont recouvertes d’une substance inerte sans vous préciser leur contenu. On mise sur l’effet recherché comme une germination accrue, une résistance aux champignons ou une protection face aux insectes. Aujourd’hui, avec le recul et les études, la recherche tend à prouver qu’une semence traitée avec la famille des « néonicotinoïdes » serait l’une des principales cause de la disparition des abeilles. Et qui dit « abeilles » fait référence à « pollinisateurs ». Donc, moins d’abeilles, moins de fruits et légumes. Le nom scientifique utilisé pour l’enrobage n’est jamais inscrit. Seule une réglementation pourra y mettre un frein. Surpris par ces infos? Tournez-vous vers des semences certifiées biologiques. Vous pouvez déjà faire une différence.

LA PROVENANCE DES SEMENCES: On croit à tord que le distributeur produit toutes les variétés offertes dans son catalogue. ERREUR! Bien souvent, ce dernier fait appel à plusieurs producteurs payés au prix du « gros ». En divisant les lots, il peut s’assurer un profit lors de la revente. Pour un exemple très hypothétique, suggérons un achat de 250 semences de melon de Montréal au coût de 20$. Subdivisé en lots de 25 graines à 3.50$ le sachet, le négociant se trouve avec un profit de 15$ ou 75% sur son achat; un bon rendement. Il est impossible de savoir, à moins de le demander, où les semences ont été produites. Sans cette info, les graines pourraient donc avoir été cultivé de n’importe quelle manière. Donc, avoir été en contact avec des intrants chimiques (herbicide, insecticide, fongicide, etc.) à moins d’avoir la mention biologique (voir l’article précédent). Mais encore là, comment le distributeur peut-il assurer à 100% de la bonne culture par un tiers? Le phénomène ne date pas d’hier puisque toutes les grandes entreprises du siècle passé (Rennie’s, Ewing, Verret…) importaient presque toute leur production d’Europe, des États-Unis et d’ailleurs au Canada. Cette manière de procéder est souvent décrite dans la documentation et généralisé à l’industrie. Seuls de petits et très rares semenciers parviennent à développer une production totalement locale. Ça leur prend beaucoup d’organisation pour éviter les croisements, respecter les distances d’isolement et les rotations de cultures. RESPECT!

En conclusion…

Dans leur plus récente édition (revue et corrigée) de leur guide de production à petite échelle (2013), les semences du patrimoine affirme que les normes de production pour les semences commerciales sont basées sur la « confiance ». Ils ajoutent « ceux qui commercialisent leurs semences doivent penser à la réputation qu’elles pourraient acquérir, non seulement pour leur propre entreprise, mais aussi pour tout le secteur de la production semencière au Canada ».

Évidemment, l’achat de graines dans d’autres pays via les sites Internet (eBay, Amazon, entreprises privées, organismes de sauvegarde…) vous amène, en plus, à transiger avec des législations gouvernementales parfois plus restrictives, parfois très laxistes. Se donne t-on réellement la peine de vérifier la manière dont vos semences ont été produite? On achète, comme une bonne partie de nos biens, avec nos yeux, avec nos émotions. Parce qu’aujourd’hui, le jardinage est devenu un passe-temps, non une nécessité vitale comme avant. C’est une différence cruciale. Et les entreprises l’ont compris. Elles aussi, comme les plantes s’adaptent. Et qui les forcent à le faire….. VOUS!

Nous vous souhaitons une excellente saison de jardinage 2017!