Comment produire vos bleuetiers à partir de semences.

Voici une méthode par étape très économique et en images pour obtenir beaucoup de plants de bleuets. La machine à consommation nous fait oublier qu’on peut démarrer ses pousses chez-soi à partir de ses propres semences. Ce que vous acheter réellement chez les pépiniéristes et les centres jardins…. c’est du temps. Des plants plus matures et prêts à produire. Pour les patients-es comme moi, vous pouvez très bien vous contenter d’acheter un contenant de bleuets de votre épicier en spécial à 1.67$ au lieu d’un pot de bleuet d’un litre à plus de 15.00$.

Première remarque, ACHETER QUÉBÉCOIS (image 1). Oui à 100% pour l’achat local mais aussi parce que les plants pourront s’adapter à notre climat. Également, les fruits d’ici n’auront subi aucune irradiation comme ceux d’outre-frontière. Ce processus sanitaire consiste à éliminer tout élément pathogène (bactérie, champignon, virus, insectes, etc.) pouvant mettre en danger nos propres cultures mais il détruit en même temps la vie à l’intérieur de la semence. Pour ma part, je choisis des fruits d’un plant qui m’intéresse en allant faire une auto-cueillette chez un agriculteur et je peux ainsi voir les cultivars à maturité (productivité, hauteur des buissons, grosseur des fruits, etc.). Néanmoins, si vous récoltez des fruits où plusieurs variétés de côtoient, attendez-vous à une possible hybridation. La méthode par bouturage (voir vidéo en bas complètement de l’article) s’avérera plus pertinent pour vous. Mais, si ça ne vous dérange pas, allez-y gaiement.

Deuxième remarque: STRATIFIER VOS SEMENCES. Pour cela, vos bleuets devront passer 3 semaines au congélateur. Ceci pour simuler une période de dormance comme en hiver. Davantage de temps s’avère inutile et quelques fois même dommageable. Juste à mettre vos fruits dans un sac hermétique allant au congélateur et le tour est joué.

Par la suite, décongeler vos fruits. Transvidez-les dans un mélangeur avec 4 tasses d’eau (image 2). Lors du broyage (pas plus de 10 secondes), la pulpe aura tendance à aller vers le haut contrairement aux semences viables plus lourdes, qui elles, iront vers le bas (image 3). Enlever le surplus d’eau et de pulpe. Verser vos semences dans un pots en verre et ajoutez-y de l’eau pour rincer (image 4 et 5). Encore une fois, vider le surplus d’eau pour séparer les résidus afin de ne conserver que les semences viables au fond du contenant. Répétez l’exercice jusqu’à satisfaction (image 6), c’est-à-dire lorsqu’il ne restera que les semences viables au fond (image 7). L’opération du mixage n’aura pas brisé les graines car trop petites pour les lames. Elles passent au travers. Les adeptes de smoothies aux petits fruits comprendront maintenant pourquoi les graines de fraises ou de framboises ne parviennent pas à être détruites dans le processus pour finir par se loger entre les dents. Vous êtes maintenant prêts pour l’étape de la germination.

Pour cela, humidifier juste assez un papier essuie-tout (image 8) et insérez-le dans un sac refermable bien à plat (image 9). Prenez une cuillère à table de semences et répartissez-les de manière uniforme dans votre sac (image 10). Étalez-les avec vos doigts si vous avez de la difficulté (image 11). Gare, ça tache les doigts. Refermez le sac. Maintenant, déposez-le dans un endroit chaud à la noirceur (ex: un garde-manger). Vous devriez commencer à voir poindre des pousses 2 à 3 semaines plus tard. Vous n’aurez qu’à les planter dans un mélange composé d’une part égale de compost, vermiculite et mousse de tourbe. Au moment de planter à l’endroit final, investissez dans votre sol pour garantir votre succès. Vous êtes prêts à débuter votre bleuetière. Pas cher non!

Étapes pour démarrer vos plants de bleuets à partir des semences.

Finalement, comme ce n’est pas tout le monde qui souhaite démarrer des centaines de plants et ce, peu importe la raison, vous pouvez procéder à partir des tiges de vos propres spécimens. C’est un peu plus de travail. Ce n’est pas toujours garanti mais vous gagnerez du temps sur une première récolte. Je vous laisse donc sur cette vidéo si cette technique de reproduction vous inspire davantage. Celle-ci est en anglais car les vidéos en français ne montrent pas très bien cette technique. L’important, c’est d’expérimenter et de s’amuser!

Carte postale de juin 2021

Saule pleureur près du grand bassin du parc Westmount (image: Conrad Poirier, 1940)

Je possède un immense terrain. Lorsque j’y plante quelque chose (ex: un rosier ), il a l’air tout nu à cause de l’entendu des lieux. Ça me prend de grosses structures ou des massifs pour attirer l’œil. Vous comprendrez qu’il m’en coûterait une fortune pour acheter des dizaines de plants à la pépinière. Habituellement, j’achète des semences et les démarre à l’intérieur. Mais, pour les tiges plus difficiles à bouturer (ex: un bleuetier), j’utilise la technique ancienne de l’eau de saule pour m’assurer d’un bon enracinement. Voici quelques recettes naturelles utilisées par les anciens pépiniéristes avant l’apparition des hormones d’enracinement.

De fait, le saule possède la particularité de contenir deux éléments importants: l’auxine et la salycine. Le premier, un ingrédient anti-inflammatoire à l’origine de l’aspirine et le deuxième, essentiel à la croissance des plantes.

PREMIÈRE RECETTE: Écraser avec un marteau quelques rameaux de saule frais coupés (peu importe l’espèce) et laisser-les macérer dans un seau rempli d’eau (entre 1 et 3 jours). Comme guide, utiliser 2 tasses de morceaux de tiges de la grosseur d’un crayon dans 2 litres d’eau. Ce trempage libérera les hormones d’enracinement. Placez ensuite vos boutures dans cette eau jusqu’à voir un début de racines. Semez dans un terreau léger.

DEUXIÈME RECETTE (pour usage à plus long terme):  Faites macérer vos morceaux de jeunes branches de saule attendries au marteau dans une eau bouillie. Transvaser dans un contenant hermétique en verre. Fermer et mettre au froid. L’eau se conservera 2 mois. Utilisez-la pour arroser vos jeunes plants afin de stimuler leur enracinement. Deux applications s’avèrent suffisants. 

TROISIÈME RECETTE: Immerger 50 à 100 jeunes tiges (15 cm de longueur) dans une bassine avec 4 litres d’eau pendant 4 à 5 semaines. Vous pourrez alors: (1) replanter vos tiges pour obtenir d’autres saules, (2) tremper vos boutures quelques minutes dans l’eau restante (un genre de gel glissant) avant de les transplanter, (3) faciliter le marcottage de n’importe quelle plante ou (4) renforcer des arbres affaiblis (ex: par un rempotage).

Par ailleurs, l’eau de saule se veut à son meilleur sur les végétaux qualifiés de « moyennement difficiles à bouturer » tels les boutures semi-ligneuses. Pour les arbres (fruitiers, à noix, feuillus, etc.) et les lilas, mieux vaut recourir aux hormones d’enracinement commerciales conçues pour eux.

Un jardin-partage parti de presque rien….

La création d’un jardin-partage (avant-après) à partir de presque rien.


Et voilà! Une grande partie de mon travail printanier se veut presque terminé. L’une d’entre elle, la réalisation d’un jardin-partage pour un organisme d’aide en employabilité. Je le fais vraiment pour le plaisir et non pour l’argent. J’y vois le gain intérieur, l’impact auprès des gens; beaucoup plus qu’une simple équation de chiffres dans mon portefeuille. Et c’est souvent là le défi. Après plusieurs années à œuvrer auprès du communautaire, je ne m’étonne plus de constater l’immense fossé entre les besoins et l’offre. Par exemple, une grande municipalité m’a demandé un jour de confectionner le jardin potager d’un lieu historique. Après le tour de leurs attentes, arrive le moment de discuter du budget. Je ne vous dévoilerai pas le montant mais disons que la bourse était profonde; quasiment indécent.

En contre-partie, lorsque je m’assois avec la direction d’un OBNL, le processus d’évaluation se termine presque toujours de la même manière: « On veut un potager pour… (1) aider notre clientèle, (2) améliorer nos services, (3) répondre à un besoin spécifique … mais on n’a pas d’argent ». Le personnel bénéficie souvent de subventions modestes appuyé par une main-d’oeuvre ponctuelle (bénévoles, travaux communautaires, programmes d’insertion, stages, etc.). Où sera situé le site? Avez-vous les autorisations pour y construire ce genre projet? Où se situe votre source d’eau? Avez-vous de l’outillage? Qui arrosera, désherbera, récoltera, entretiendra? Comment allez-vous disposer de vos déchets végétaux? Quel sera son objectif principal et sa clientèle?

De fait, l’un voudrait briser l’isolement des personnes âgées, l’autre développer des compétences auprès des jeunes. Certains voudront un lieu d’échange pour les immigrants tandis qu’il deviendra une source de découverte et d’expérimentation pour les touts-petits d’une garderie. On ne construit pas un potager de la même manière s’il se destine à des gens à mobilité réduite versus à des étudiants d’un programme d’études en agriculture écologique.

De même, les plantes à inclure vont différer entre des gens n’ayant jamais cuisiné de leur vie en comparaison à des végétariens aux connaissances culinaires et gustatives évoluées. Novices, expérimentés, allergies, dégoût face aux vers de terre, handicap (physique ou mentaux), espace, type de terre deviennent autant d’enjeux à considérer. Mais, la finale reste trop souvent la même: 0$ (ou tellement minime) pour le financement. Je dois tempérer les attentes car la croyance selon laquelle c’est facile de jardiner et que ça ne coute pas cher prévaut.

En fait, oui, c’est facile de jardinier chez-soi. Extrêmement facile! Mais qu’un jardin joue un rôle précis (éducatif, social… à la limite pour combler des besoins de base) en lien avec la mission d’un organisme, c’est pas pareil du tout. De mon côté, ça ne me dérange pas de laisser pousser les mauvaises herbes ou laisser sécher mes plants par temps sec. Pour tout dire, je n’arrose quasiment jamais. Si je rate mes oignons, j’irai en acheter à l’épicerie à 0.99$ le sac de 5 lb en spécial. Je fais ça pour moi, pour mon plaisir.

Toutefois, pour un jardin-potager lié à des œuvres caritatives, on veut que ça fonctionne. Qu’il prenne le moins d’énergie à réaliser, à entretenir et à récolter pour un maximum de résultats. On veut qu’il soit beau, facile d’entretien, peu compliqué (car les responsables n’ont habituellement aucune expérience ou intérêt en jardinage), productif, durable, écologique, ludique… Ça fait beaucoup sur mes épaules en sachant qu’on me demandera de former les gens par la suite. Je dois donc sortir toutes mes notions de cultures modernes, tirer les ficelles du financement obligatoire et ce, jumelées aux trucs de nos anciens; lesquels faisaient tout avec rien. Et, voilà ici-haut, le réalisation. J’avoue qu’ajouter une pandémie où tout le monde travaille à distance, porte des masques en présentiel (même dehors) et les tests de détection créent un degré de difficulté difficile à battre. À cause de ce dernier élément, le projet s’est échelonné sur presque deux ans.

Ainsi donc, on voit une partie jardin (encore en devenir) et une section échange. Car l’un des objectifs étant de créer un endroit où des jeunes en difficulté hors du réseau scolaire et du marché du travail réaliseront des projets horticoles dans un lieu d’échange autre qu’une salle de classe. Ce jardin sera aussi dédié aux membres issus de la communauté immigrante (réfugiés, non citoyens, etc.), lequel sera converti pour un lieu d’inclusion à la société québécoise. Il est important de souligner que de nombreux employés engagés à la cause environnementale se sont portés volontaires pour m’aider dans ce processus. Ça fait toute une différence. Leur réflexion et leur dévouement ont permis de redonner vie à un lieu perdu, juste bon pour la tonte de pelouse. Ils ont donc pu:

  • Délimiter un espace avec une clôture en métal durable (une obligation par le propriétaire du terrain), laquelle donnera davantage d’intimité et sera utilisée pour des cultures en hauteur, l’une des caractéristique majeure de ce jardin. Tout sera érigé comme en témoigne les pots en toile géotextile. D’autres structures en hauteur seront bâties par les jeunes (tours à fraise, tipis en bambous, arbres en pots, etc.).
  • Étendre des bâches agricoles pour tuer la mauvaise herbe et éventuellement planter d’autres plantes alimentaires vivaces au printemps prochain. Cela évite de détourber et les mauvaises herbes se composteront.
  • Encourager l’achat de matériel locaux de fournisseurs sensibilisés à la cause communautaire. Par exemple, les tables de pique-nique ont été conçues par une entreprise d’économie sociale. Chaque pot en toile géotextile a permis de faire un don au Club des petits-déjeuners.
  • Privilégier les 5R (récupération, réduction, revalorisation, ré-utilisation, réparation). Nous avons donc eu de nombreux dons: paillis, boîte à compost, plantes, récolteur d’eau, pots de fleurs, boutures faits à partir de plants- mères, etc.
  • Plusieurs subventions ont été obtenue par des bailleurs de fonds liés à la cause. L’inauguration devrait se dérouler en septembre 2021. Des affiches en bois seront conçues par des jeunes qui s’initieront à un projet de Fab-lab. Elles seront installées sur les clôtures en remerciements.

Hier, toute l’équipe a pu se rassembler une première fois ensemble pour un repas et des jeux afin de célébrer sa réalisation et le retour à une vie professionnelle plus normale. Même petit, il a pu apporter de la joie, des rires et une ambiance festive trop longtemps oubliée. Ça part bien.

Vous souhaiteriez vous aussi démarrer quelque chose dans votre communauté? Il existe plusieurs ressources documentaires pour vous aider à planifier. Je vous en dresse quelques exemples: (1) Guide pour la création ou l’accompagnement d’un jardin communautaire ou collectif, (2) Démarrer un jardin partagé en milieu urbain, (3) Guide pratique pour démarrer un jardin communautaire en milieu rural, (4) Cadre de référence pour les jardins communautaires et collectifs. Si vous jamais, vous vous dirigez vers cette voie, un simple conseil… entourez-vous. Et qui sait! Peut-être deviendrez-vous le/la prochain.e Liz Christy d’un nouveau style de jardinage.

Au potager pour le printemps

J’agrandis encore mon potager et je plante des arbres dans mon verger. En plus, j’aide un organisme communautaire pour la mise sur pied de leur jardin-partage. Je fais aussi des expérimentations culinaires avec des variétés vivaces anciennes. Bref, je suis hyper occupé et ça prend pas mal de mon temps, en plus de mon travail habituel. Je vous reviens après les semis et les plantations du printemps lorsque ça se sera tassé un peu. Il se peut que j’écrive des petites brèves sur ma page Facebook de temps à autre. Vous pouvez vous y abonner si ce n’est déjà fait. Pour vous mettre en appétit, après avoir compilé vos résultats suite à mon sondage d’il y a deux semaines, je vous réserve de nouvelles belles histoires de variétés anciennes exclusives pour cet été, votre sujet de prédilection. À bientôt!

Pépinière de Berthierville: ensemencement en 1942 (photo:Tancrède Deslauriers)

La grelinette d’André Grelin (1906-1982)

André Grelin et son brevet d’invention

André Grelin et son brevet d’invention (Images: odysseebio.com)

Le vrai printemps se pointe enfin. Un de mes anciens professeurs d’université, Jacques Limoges, prétendait qu’il existe 6 saisons au Québec: l’hiver, l’été, l’automne chaud, l’automne froid, le printemps froid et le printemps chaud. Nous voici donc aux portes du printemps chaud. Pour les jardiniers et agriculteurs, cette période de l’année rime avec les labours. Ainsi, j’ai cru pertinent de vous entretenir d’un de mes outils préférés découvert il y a presque 20 ans: la grelinette. Elle m’accompagne tout le long de la saison de jardinage (entre mars et novembre). Elle me permet d’aérer la terre sans la retourner comme le ferait un motoculteur. Cela préserve l’écosystème du sol. Quasi sans entretien outre le nettoyage annuel et le huilage des manches, elle se transporte partout, économise mon dos, sans consommation d’énergie, durable (vous l’aurez à vie) et évidemment une facilité d’utilisation extrême. Ceci en fait un instrument privilégié en agriculture biologique, notamment en micro-agriculture biointensive mais aussi pour tous les petits espaces. Voici justement ici-bas une vidéo de 30 secondes dans laquelle on voit Jean-Martin Fortier, un jardinier-maraîcher populaire au Québec, en faire une démonstration. On se sert de son poids pour planter les dents dans la terre et les bras pour rehausser la motte. Pas mal moins fatiguant.

Dans mon cas, je dois me rappeler d’alterner mes coups de jambes sinon courbatures assurées le lendemain matin. De soulever quelques coups, ça va mais des centaines de fois, comme chez-moi, ça donne des crampes.

Par ailleurs, derrière la simplicité de ces outils, on oublie trop souvent la persévérance et l’ingéniosité de leurs inventeurs. Dans ce cas-ci, on attribut le crédit à André Grelin, horticulteur et pépiniériste français (son fils, Olivier. L’histoire débute réellement en 1928 lorsque André Grelin inaugure son entreprise d’horticulture et pépinière à Arbin, près de Chambéry. En 1956, il gagne le 1er prix du concours Lépine pour son invention.

Toutefois, ce n’est qu’en septembre 1963 que son brevet fût officiellement enregistré auprès de l’Office européen des brevets, sous la référence FR1378114. À partir de 1984, le brevet tombe dans le domaine publique et vous en retrouvez maintenant un peu partout offerte surtout par de petites entreprises. Achetez local et encouragez vos petits fabriquant.

Depuis cette époque, 3 types de grelinette sont apparus:

  1. À 3 dents: Pour les petites surfaces (50 à 100m carré) ou pour les travaux intercalaires de binage après des semis ou des plantations, rosiers, sous les arbres, massifs, rosiers ou les haies.
  2. À 4 dents: Pour les moyens et grands espaces. Parfait pour le travail en terrain de toute nature et même en friches. Suggérée pour les terres lourdes et plus facile à manipuler pour les personnes avec moins de force physique.
  3. À 5 dents: Pour les grands espaces en sol léger. Déconseillé pour les sols lourds car les manches risques de s’abîmer, voire fendre.

Le petit-fils d’André-Grelin, Thibault, a pris la relève de l’entreprise Graines Grelin Frères et il vous fait la démonstration de ces trois déclinaisons ici-bas. Pour ma part, après de nombreux commentaires partagés avec de fervents vendus à cet instrument, deux principaux bémols: le prix et les poignées. Ici au Québec, pour un modèle à 4 dents, on s’en tire rarement en bas de 200.00$ canadiens. Mais, si bien entretenue et surtout, bien utilisée, elle vous durera toute une vie. Habituellement, l’instrument est de bonne qualité. Là où le bât blesse souvent se situe au niveau des poignées.

 

En effet, les modèles proposés ont très souvent des manches qui, lorsque le sol devient moins travaillé, nous donne la désagréable impression qu’ils vont casser si on force trop. Dans mon cas, j’ai eu la chance d’acheter la mienne d’un vieux bricoleur aujourd’hui décédé ayant réglé ce problème. Les manches sont ainsi plus large à la base faisant augmenter le poids de l’instrument mais je n’ai jamais eu cette impression de sentir le manche vouloir craquer. D’autres commentaires négatifs recueillis proviennent aussi de la fixation du manche à la base fourchue. Elle aurait tendance à se détacher car mal vissée. Bref, pour le prix, mieux vaut payer un peu plus cher pour de la qualité au lieu de se retrouver avec un instrument médiocre en voulant épargner un peu.

Les manches de ma grelinette après un gros travail dans le jardin.

PS. WordPress a changé son interface pour l’écriture des articles. J’en suis à me l’approprier entre le jardin, le boulot, la vie familiale, les demandes et les imprévus. Soyez indulgents sur la mise en page. Bonne semaine!

C’est plus qu’un jardin, un premier pas vers l’autosuffisance alimentaire

Émission « C’est plus qu’un jardin » (image: TV5unis.ca)

Depuis le 08 avril 2021, une nouvelle série documentaire intitulée « C’est plus qu’un jardin » met en vedette deux familles québécoises désireuses de se rapprocher de l’autosuffisance alimentaire, un sujet d’actualité. Aidées de Jean-Martin Fortier, spécialiste de l’agriculture biologique de petites surfaces et Dany Bouchard, ancien apprenti, elles prendront part à la création et la construction d’un potager en passant par la récolte et la conservation de leur récolte. Leurs deux réalités permettront de démontrer qu’ils peuvent quand même atteindre leurs objectifs. En tout, 13 épisodes diffusées ce printemps sur TV5 unis. Pour tous les intéressés-ées qui se demandent souvent par où commencer et surtout… comment faire. Même moi, ça m’a donné des idées. 

Pérenniser vos poireaux

Poireau sous la neige en début d’hiver (image: blog.cobrahead.com)

Et voilà! Le printemps reprend ses droits. La soleil plus chaud fait fondre la neige et déjà les poireaux matures pointent leurs grosses tiges vertes. Oui, oui, oui… les poireaux…. en avril. Voici une ancienne technique de jardinage de nos aïeux qu’on gagnerait à imiter sous notre climat froid. À l’époque, on laissait toujours des touffes de poireaux matures en terre se multiplier pour en déguster au printemps. Et qui plus est, ça éliminait le stockage à l’intérieur. Alors, cette année, faites l’expérience. C’est hyper simple. Ça prend juste de la patience car estimer 3 ans pour une première grosse récolte. Voici les étapes:

  1. Au printemps, après le risque de gel au sol passé, semer à la volée.
  2. Recouvrir ensuite d’un centimètre de terreau.
  3. Garder le sol humide. La levée peut prendre jusqu’à 15 jours et la maturité entre 120 et 150 jours.
  4. Laisser en terre à l’automne. Les tiges resteront debout tout l’hiver.
  5. On peut aider nos plants en les entourant d’un paillis de feuilles mortes pour les protéger. Dégagez-les ensuite au printemps pour laisser la place aux nouvelles pousses.
  6. Au printemps, les plants fleuriront. Couper les tiges florales; elles se mangent.
  7. Après la floraison, la tige-mère dépérira et se divisera au pied pour former une touffe drue.
  8. Au deuxième automne, récolter une ou deux tiges pour laisser la chance aux générations futures de se régénérer.
  9. À la 3e année, faire une récolte printanière dès la fonte des neiges.
  10. Laisser les plus jeunes tiges en terre et consommer les plus grosses.
  11. TADAM! Votre plantation durable de poireaux est terminée. Dégustez!
  12. Penser à fertiliser à chaque année avec du bon compost.

Évidemment, insectes, maladies, fléaux météorologiques peuvent survenir mais, comme la nature, adaptez-vous. Il existe une foule de conseils sur le net pour traiter de manière biologique.

IMPORTANT: Ne pas confondre cette technique de culture avec la variété appelée poireau perpétuel.

Carte postale d’avril 2021

Saint-Fiacre, patron des jardiniers (Image: http://www.famillechretienne.fr)

Vents violents, lames d’un tracteur à gazon, roches projetées par la souffleuse ou la déneigeuse, écorce grugée par les rongeurs, froid extrême, maladresse; voilà tous des imprévus risquant d’abîmer nos arbres et nos arbustes. Le principe inculqué aujourd’hui par les pros en arboriculture consiste à faire une coupe préventive et laisser le cal cicatriciel faire son œuvre.

En effet, l’idée consiste à  laisser l’arbre guérir de lui-même en l’aidant par une coupe franche au niveau du tronc ou de nettoyer la plaie afin de la laisser à l’air libre pour limiter les dégâts. Évidemment, je simplifie.

Toutefois, cette manière de faire n’a pas toujours prédominé dans les mentalités. Une ancienne technique d’engluement appelée « l’onguent de Saint-Fiacre » augmentait la cicatrisation et pouvait même sauver votre arbre s’il était  vraiment abîmé (voir exemple ici-bas où l’écorce fût pas mal grugé par un animal en hiver). Si vous souhaitez un jour l’utiliser, assurez-vous de nettoyer la blessure en éliminant toute partie morte, insectes ou corps étrangers, voire refaites une coupe franche si une branche est trop cassée. Voici la recette ultra simple: bouse de vache et terre argile en partie égale. Beurk, diront plusieurs… de la merde de vache. N’oublions pas qu’on remonte plusieurs siècles en arrière. Et oui, ça peut pas être plus bio. Une fois les deux portions bien mélangées, assurez-vous d’une mixture collante. Ajouter un peu d’eau au besoin. Appliquer sur la blessure avec des gants. On parle quand même de bouse de vache…. dégueulasse si ça se glisse sous les ongles. Le surplus s’en ira au compost.

Toutefois, le composé a l’inconvénient de se gercer et de fendre en se desséchant ou il se délaye par l’action de l’eau de pluie. Pour cette raison, protéger à l’aide d’un vieux linge ou avec de la paille et attacher le tout avec une ficelle. Le but de cet exercice étant d’empêcher (1) l’extravasion de la sève, (2) le dessèchement du bois et (3) la pénétration de l’eau dans les blessures pour empêcher la pourriture. Ici-bas, une description en image de cette procédure. L’image 7 étant le résultat après 2 jours si vous n’avez pas protégé votre travail.

Étapes de réalisation de l’onguent de Saint-Fiacre.

À travers le temps, une foule d’autres recettes naturelles ayant le même objectif ont été créés avec l’ingéniosité de nos ancêtres et ce qu’ils avaient sous la main. Parmi celles-ci, 1/3 de partie d’huile, 1/3 de partie de cire jaune, 1/6 de partie de suif ou de graisse et 1/6 de partie goudron.

William Forsyth (image: Wikipedia)

Par exemple, le jardinier du roi d’Angleterre, William Forsyth (1737-1804), gagna une récompense de 76 000 francs (je n’ai pu trouver l’équivalent en dollars canadiens d’aujourd’hui) pour un onguent conçu à cet effet utilisant 1/2 partie de bouse de vache, 1/4 de partie de plâtre, 1/8 de partie de cendre de bois et 1/8 de partie de sable fin; recette à laquelle il ajoutait de l’eau de savon ou de l’urine pour éloigner les insectes attirés par la sève des plaies mal engluées.

Enfin, j’évite les autres utilisations de l’onguent de Saint-Fiacre autrefois pratiquée car le cœur risque de vous lever. Ce sera pour une autre fois. Pour les intéressés-ées à connaître l’histoire de Saint-Fiacre, je vous invite à consulter deux de mes anciens articles: Saint-Fiacre, patron des jardiniers et ma carte postale de mai 2018.

La tomate Latreille-Binette

Tomate Latreille-Binette (photo: Jacinthe Roy)

Jacinthe Roy et ses deux enfants en 2019 (image: Jacinthe Roy)

En 2019, Jacinthe Roy, habituée d’acheter ses œufs à la ferme de sa voisine, Pierrette Latraille-Binette (1934-….), se désole en apprenant sa résignation de ne plus cultiver ses grosses tomates. Faute d’énergie et d’intérêt de ses proches à poursuivre ce legs familial pour une 5e génération de femmes, Madame Roy l’a convainc de lui donner des semences pour garder la lignée vivante. Après les avoir plantées dans des bacs cet été-là et récolté les graines, elle contacte en février 2020 Lyne Bellemare, directrice de l’entreprise de semences « Terre Promise » pour lui proposer ce cultivar unique. Acceptée! Mis au courant de ce sauvetage in extremis un an plus tard, je vous partage l’histoire.


Issue d’une famille d’agriculteurs, Pierrette Latraille-Binette, cultivait depuis des décennies un immense potager à Les Cèdres dans lequel elle y plantait entre 100 et 150 plants d’une seule variété de tomate; un héritage familial. Cette tradition se perpétuait depuis sa mère, Marie-Rose Lefebvre (1895-1992), l’ayant reçue de sa grand-mère, Agnès Castonguay (1861-1948) et de son arrière grand-mère, Angélique Montreuil (1834-1921).

De gauche à droite: Angélique Montreuil, Agnès Castonguay et Marie-Rose Lefebvre (images: famille Latreille-Binette)

Son origine remonterait donc au début des premières tomates cultivées en sol québécois introduites aux alentours de 1870. Produisant de très gros fruits (entre 1.5 et 2 livres ou 0.6 à 1 kg), elle s’en servait pour la confection de son ketchup, son jus de tomate et ses conserves. Évidemment, avec la quantité obtenue, elle donnait des fruits à sa famille. Pour l’étape des conserves, elle les trempaient dans l’eau bouillante pour enlever le peau tendre et ensuite les « canner ». Elle se mange aussi fraîche et comme elle contient très peu de liquide, vos tranches de pain ne deviendront pas imbibées avant la fin de votre repas. Attendez-vous à cueillir vos premiers sujets après 75 jours suite à sa plantation. Selon les dires de son fils interviewé, Pierre-Yves Binette, elle prenait les graines d’une seule parmi tous ses spécimens. Elle les faisait sécher sur une « gazette de papier » pour les entreposer dans un pot de pilules vide jusqu’à l’année prochaine.

Au départ, elle démarrait ses semis à l’intérieur pour ensuite les faire profiter dans une serre en avril avant leur acclimatation et leur plantation définitive à là mi-mai. Selon les directives de Madame Bellemare:

Acclimater graduellement aux conditions extérieures environ 10 jours avant la plantation en les sortant le jour. Lors de la plantation, coucher les plants horizontalement en les arquant légèrement afin de faire ressortir les feuilles vers le haut. Arroser lors de la plantation et par temps sec.

Comme le plant mesure jusqu’à 5 pieds (0.9 a 1.2 mètre), assurez-vous de disposer d’un bon tuteur. Si vous souhaitez en planter plusieurs, espacer chaque plant d’au moins 30 cm et 70 cm entre les rangées. Pousse aussi très bien en bac. L’expérimentation de cette variété par Lyne Bellemare suggère une irrégularité dans la couleur des fruits (parfois tirant sur rouge, parfois sur le rose). Sélectionner vos meilleurs spécimens pour poursuivre la lignée. Pour respecter le souhait d’anonymat de Pierrette Latraille-Binette, aucune image, ni coordonnées ne seront transmises.

Un immense merci à Jacinthe Roy pour sa sagesse d’esprit de redistribuer ce trésor inestimable. Faites comme elle et devenez, vous aussi, un-e gardien-ne de votre patrimoine agroalimentaire. Soyez alertés! Il y en a encore beaucoup à sauver. Chacun peut faire sa part.

REPRODUCTION DES IMAGES INTERDITES SANS LE CONSENTEMENT DE JACINTHE ROY OU DE LA FAMILLE BINETTE.