Carte postale de juillet 2020

Une absence de plus de 2 mois, ça laisse le temps de réfléchir. Rédiger une chronique hebdomadaire gruge de l’énergie. Même avec une plume volubile comme la mienne, je n’ai pas envie de remplir les lignes juste sur mes états d’âme comme plusieurs blogues le font mais je souhaite plutôt apporter ma mini brique à l’édifice de la connaissance humaine. Ces neuf dernières semaines ont été productive au potager en l’agrandissant (voir photo ici-bas), le planifiant pour les prochains mois, récoltant, désherbant, plantant, paillant (bon, vous comprenez!). Je me suis posé à un moment donné la question: « Ai-je encore le goût de m’investir »?, c’est-à-dire expérimenter, rechercher et écrire?  Ça fait ça la terre… ça ramène à soi…ça « grounde ». Ça remet en perspective. Et l’état dans lequel le monde se trouve depuis mars 2020, la terre m’apaise. Pour quelqu’un qui ne veut pas étaler ses états d’âme… on repassera. Disons: « c’est pas coutume ».

Agrandissement de mon potager au printemps 2020

En effet, en remontant aux balbutiements de mon aventure il y a 10 ans, mon objectif premier se voulait de « transmettre une information la plus exacte possible et surtout, un désir de perpétuer des variétés ancestrales rares ou en voie de disparition de notre terroir Québec ».

Bref, j’en suis où aujourd’hui ? Ai-je atteint mon but même si je sais la tâche infinie? C’est bon de se remettre en question; surtout après une décennie de présence continue sur le web. D’un côté, à la surprise peut-être de plusieurs, je ne gagne aucun argent en publiant sur Internet…. rien. Je cultive uniquement pour ma famille, mon plaisir et, à partir de cela, mon opinion n’est influencée par aucune compagnie, groupe activiste, mode ou gourou (du moins je tend à le croire). J’ai bien reçu quelques cadeaux par le passé mais j’avertis chaque expéditeur que c’est à leurs risques et périls. Nombreux ont été déçus. Au pire, je ne publie rien.

Toutefois, je suis plus généreux en compliments qu’en critiques et cette dernière se veut habituellement constructive. J’ai la LIBERTÉ TOTALE de mes idées et opinions! Et, pour moi, ça vaux de l’or. Je n’ai aussi aucune rétribution pour les bandeaux publicitaires, ni sites de référencement. S’il y en a, dites-vous qu’ils sont générés par l’interface WordPress. Et pour les abolir, je dois payer. Pas question d’envoyer un sou car la compagnie fait déjà de l’argent sur mon dos par le trafic généré sur mon site. Alors, vous devrez les subir. Mais si j’écris en bien sur quelque chose… j’y crois réellement car je l’ai testé et ça va au diapason avec mes valeurs. Un jour, je monétiserai peut-être mon site mais j’avertirai, question d’être transparent. 

Par dessus cela, s’ajoute mon temps de recherche, mes réponses aux nombreux courriels (parfois farfelus), mes retours d’appels pour des questions… tout ça, c’est gratuit. Je vous mentirai si j’ai, à l’occasion, des invitations pour donner des conférences avec rémunération mais les intéressés se voient surpris par mes tarifs honnête. Pourquoi je me justifie au juste?

De plus, je n’ai pas de grosses installations. J’ai bel et bien un immense terrain mais rien de comparable à une entreprise en agriculture comme on se l’imagine. Certains peuvent avoir eu cette perception de par mes écrits. Je m’en excuse. En réalité, j’ai un emploi gratifiant totalement différent du monde agricole dans le milieu communautaire. Je pourrai très bien « tirer la plogue » et continuer à gagner ma vie de manière très honorable entourée de ma famille, mes enfants et amis. La vraie douce vie tranquille du jardinier à l’abris des projecteurs. Un jardinier bien ordinaire comme n’importe qui derrière sa propriété et invisible aux yeux des voisins et des autos passantes. Moi, j’ai décidé d’être un peu plus « voyant » car c’est ma manière de faire avancer la cause en donnant au suivant. Je fais du bénévolat depuis mon adolescence et c’est ma contribution à la vie pour l’abondance et l’amour reçues. Je suis donc mû par la passion, l’intérêt personnel et, je mentirais, la reconnaissance. Quand on fait quelque chose de désintéressé, il y a forcément quelque chose qu’on gagne ailleurs.

Justement, il y a une grande valorisation à voir 1000 personnes par jour depuis plusieurs années consulter mes pages liées à la culture et la production des semences. Mon tableau statistique a franchi depuis belle lurette le cap du million de pages vues et de visiteurs. Un super grand merci à chacun d’entre vous. Je ne dirais jamais assez. Mon objectif principal se voit donc atteint. J’aime à penser que j’aide mon prochain, peu importe où il se situe dans le monde. D’entendre des inconnus me qualifier de sommité flatte aussi l’ego, j’en conviens même si, au fond de moi, je doute très très très fortement de cette affirmation. Des maisons d’édition m’ont même approchées pour publier un livre. D’habitude, c’est pas le contraire? Constater que des semenciers chevronnés, magazines, journaux et organismes gouvernementaux sérieux publient des références vers mes textes met de la joie dans mes journées. Lire des commentaires de jardiniers novices et aussi de seniors prenant le relais de la sauvegarde de variétés rares inspirés par mon expérience m’encourage en sachant qu’il existe de plus en plus d’individus pour porter le flambeau. En comparaison aux années 90, il y a maintenant une foule de petits semenciers québécois et canadiens consciencieux qui se sont lancés, créant un meilleur réseau de protection pour toutes ces plantes menacées. C’est fantastique! J’en suis là! Satisfait de la route accomplie mais désireux de donner une nouvelle tangente… un nouvel objectif. Tout change autour de nous, tout se transforme. Et je fais parti moi aussi de ce tout, comme vous. Il devient donc normal qu’il y ait ce besoin de m’ajuster. Ne pas m’encroûter. Devenir un vieux radoteur gâteux se vautrant de ses vieilles réalisations. WOUACH… pitié!

Une partie de mon potager (juillet 2020)

Donc, après deux décennies d’expérimentation, de lecture, de rencontres avec d’autres jardiniers, de formations, d’échanges, d’écrits, je me dois de constater que nous sommes à un tournant climatique. Cela bouleverse non seulement nos habitudes alimentaires, la manière de produire notre nourriture mais aussi sa distribution, sa gestion et son accès. Évidemment, je vais encore vous entretenir des variétés anciennes de notre patrimoine… mon dada. Mais, soyez avisés qu’il y aura une touche inspirée des thèmes précédemment cités. En prenant exemple de nos aïeuls ayant peu de moyens mais réussissant à se débrouiller avec rien, nous avons aujourd’hui autour de nous tellement d’abondance et de savoir. Ce sera ma source d’inspiration. Je suis donc de retour… « requinqué ». Mais, pour le moment, je serai un peu moins assidu dans mes articles jusqu’à cet automne car le temps passe si vite au jardin.

Le dimanche des « rameaux »

Rameau au dessus de la porte (photo: Guy Giguère, 1979)

À chaque année, mon père achetait un beau rameau béni tressé. Activité de financement pour l’église de notre paroisse, c’était aussi un moment de se rappeler la résurrection de Jésus et la fin prochaine du carême. Gamin, je l’associais davantage au chocolat, congés scolaires et rassemblements familiaux. Il le plaçait au-dessus de sa porte d’entrée entrelacé avec la croix de Jésus. Bien qu’il soit en évidence chaque fois qu’on sortait, on l’oubliait… jusqu’à l’année suivante. Vert tendre au début, il jaunissait. Il y a de ces petites traditions québécoises qu’on a tendance à oublier. Aujourd’hui, lors du dîner de famille avec mes enfants confinés, j’ai levé mon verre au « dimanche des rameaux » en souvenir de cette période. Hein! « C’est quoi ça? », dit aussitôt ma fille de 14 ans. Ce fût l’occasion, pour leur plus grand bonheur (noter ici ma pointe d’humour) de leur faire un brin d’histoire religieuse en l’associant à mon sujet préféré le monde végétal.

De fait, la fête des Rameaux rappelle l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem quelques jours avant sa crucifixion. En référence à l’Évangile, Jésus arrive dans la ville de Jérusalem à dos d’âne. En comparaison aux rois se promenant en char ou à cheval, il se présente seul sur un âne, le moyen de transport des pauvres. Aux portes de la ville, le peuple rassemblé l’acclame en grand nombre pour la Pâques. On agite devant lui ce qu’on trouve sous la main notamment des rameaux en guise de salutation. On lance son passage des branchages et étend des manteaux sous les pas de sa monture. Les plantes utilisées étaient soit des branches de palmiers, soit des rameaux d’oliviers. C’est pourquoi maintenant, le « Dimanche des Rameaux » se célèbre le dimanche précédent Pâques. Durant cette célébration, il y a, entre autre, une procession jumelée de chansons pour acclamer le Christ-Roi, un roi humble et pacifique qui ne cherche pas à s’imposer par la force. L’essence des arbres utilisée pour commémorer cet événement diffère d’un pays à l’autre. Jadis, au Québec, on choisissait le sapin ou le thuya.

Rameaux tressés (photo: RADIO-CANADA / MIREILLE CHAYER)

En effet, les palmes qu’on vendait de porte en porte étaient souvent trop dispendieuses ou n’arrivaient pas aux campagnes. Ainsi, les plus riches en achetait, mais, le plus souvent, on allait chercher des branches de conifères dans le boisé. Il arrivait de temps en temps qu’on recycle aussi quelques branches du sapin de Noël conservées pendant l’hiver dans la neige. Elles ne pouvaient être tressées mais plutôt attachées ensemble. On disposait ces rameaux de fortune un peu partout dans la maison, surtout sur les crucifix. Mais ils se retrouvaient de temps en temps dans les granges, greniers, étables et parfois jusque dans les voitures. On verra plus tard l’utilisation de brins de gerbes de blé. On lui attribuait la vertu de protéger contre le « Malin » mais aussi contre les orages et la maladie.

Bref, on le trempait dans l’eau bénite pour s’en servir et asperger ce qu’on voulait protéger. Il est important de souligner qu’on ne pouvait jeter cet objet béni comme un simple objet usuel. La pratique voulait qu’il soit remis à l’église pour être brûlé. Les cendres obtenues s’utilisaient lors du « Mercredi des cendres ».

Je me suis souvent demandé comment tresser un rameau.

Feuille de palmier de Jérusalem (photo: inconnue)

En fait, selon mes nombreuses lectures sur le sujet, il ne semble pas exister une technique particulière pour le tressage du rameau. Chacun peut se laisser aller à son imagination tant au nombre de feuilles qu’au modèle préféré. Mais, on voit une récurrence apparaître. La tresse à trois feuilles ressemble à celle que l’on fait dans les cheveux. La tresse à plus de trois brins de feuilles s’inspire de diverses techniques, dont le macramé. Une autre technique appelée « cagée » amène  des formes avec plus de volume qu’une tresse. On les nomme « cocottes ». C’est celle-là qu’on avait chez-nous. Ces cocottes, rondes ou carrées. se fermaient d’un ruban ou d’un nœud très serré pour leur assurer une solidité. Il existe toutes sortes d’autres variantes nommées rosettes, vire-vent, épis de blé, croix, couronnes, etc. Le temps nécessaire pour un tressage varie en fonction des modèles, de la grosseur et qualité des rameaux.

Ces modèles évoquaient parfois une signification pour l’artisan. Il pouvait se comparer à Jésus entouré d’un cœur ou, comme celui à trois cocottes, à la Sainte-Trinité. En commençant, on se devait de très bien séparer les feuilles l’une de l’autre. Pas évident car la partie centrale du rameau n’est pas toujours suffisamment mûre. Une autre caractéristique essentielle, vos rameaux doivent être humides, sinon ils cassent pendant le tressage. Pour éviter ça, on enveloppe feuilles dans une serviette humide. Et lorsque fini, on les place dans des bacs en plastique hermétiques ou, dans le cas des grands rameaux placés à l’église, on les fait sécher la tête en bas. Au Québec, les rameaux majoritairement utilisés proviennent des palmiers de Jérusalem et sont transportés dans des sacs en jute.

Pour la forme, consultez la vidéo ci-dessous mais sachez qu’il en existe bien d’autres sur Internet.

 

Carte postale de mars 2020

Jardins des Franciscains (Frère Joachim Monfette dans le jardin de l’infirmerie de Sainte-Geneviève-de-Pierrefonds, hôpital et maison de santé des franciscains du couvent Saint-Roch (Photo: Archives des franciscains, année inconnue)

(Mise à jour 17-03-20): Des petits pépins avec Facebook m’ont obligé à refaire cet article. Désolé pour celles et ceux l’ayant déjà reçu.
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Quel mois! Débâcle boursière, pandémie planétaire annoncée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), confinements volontaires et quarantaines, fermetures de tous les établissements scolaires et centres de la petites enfances, suspensions des activités regroupant plus de 250 personnes et la liste s’allonge tous les jours. Du même souffle, plusieurs, sinon la totalité des fêtes des semences ont annulé leur événement. Consulter leurs sites Internet dans ma liste proposée le 25 janvier 2020 pour en savoir davantage. Je me trouve donc bien ridicule de vous entretenir de semences ancestrales dans ce brouhaha qui chamboule nos vies. Mais j’ai quand même voulu remonter le temps sous un angle disons « horticole » pour comprendre la contribution des plantes dans des moments comme nous les vivons maintenant.

En effet, anciennement, bien avant l’avènement des médicaments, des supers hôpitaux modernes et de l’arsenal technologique qu’on dispose aujourd’hui, le jardin-hospitalier a longtemps été utilisé comme moyen de rétablissement des malades.

De fait, on construisait immanquablement un jardin à côté des hôpitaux gérés par les municipalités et les institutions religieuses. Ils devenaient indissociables et ils occupaient plusieurs fonctions:

  • Culture potagère pour les cuisines
  • Culture des plantes médicinales pour les dispensaires
  • Lieu de repos et de contemplation pour les malades

De très grands jardins, maintenant disparus, ont été créés à cette époque et, de nos jours, l’idée n’effleure même pas l’esprit des gouvernements d’en ajouter aux nouvelles constructions modernes, même pas un tout petit accessible aux usagers. Il existe bien quelques petites initiatives ça et là au Québec soutenues par du personnel intéressé ou des citoyens mais rien de très organisé. Quand on songe à la quantité phénoménale de prescriptions contre l’anxiété, la dépression et divers troubles de santé mentale, je vous invite à visiter l’établissement public de santé mentale d’Armentières érigé au début du XVIIe siècle, à Lille en Haut-de-France pour comprendre que déjà, on avait compris l’importance d’une atmosphère appropriée dans un processus de guérison.

De fait, Lille se distinguait en accueillant l’un des premiers jardins botaniques français, toujours en activité aujourd’hui. Elle en possède encore trois aujourd’hui : le Jardin des Plantes, le jardin de la Faculté de Pharmacie et le jardin de la Faculté Libre de Médecine. Les deux derniers étant toujours intimement liés au domaine de la santé. Tout cela évoque la constance du professionnel, soignant ou jardinier, dans l’acte de « prendre soin ». Évidemment, avec notre réalité nordique, pourquoi ne pas faire comme l’artiste Jyll Bradley et créer des installations intérieures reproduisant cet effet relaxant?Car, lorsque je vois une foule envahir les magasins pour dévaliser les tablettes de papier hygiénique, notre Premier Ministre Legault a raison de suggérer aux gens d’aller prendre une marche. Et j’ajouterai, en forêt. Le pouvoir calmant des plantes existe vraiment.

La tomate Ice Grow

Tomate Ice Grow (photo: Philippe Panassié)

Lors du dévoilement de la gagnante de notre concours de fin d’année 2019, j’avais promis de vous en dire davantage sur son prix remporté: des semences de tomate « Ice Grow », une variété rarissime. Je trouvais pertinent l’ajouter à ce palmarès de nos variétés ancestrales de notre terroir québécois. Vous avez même en primeur, la première photographie de tout le web (oui! oui! oui!) de ce fruit. Un merci tout spécial (et vraiment du cœur!) à Philippe Panassié, un amoureux fan fini des tomates, pour son aide. Une grande partie des infos techniques proviennent de ses observations suite à sa culture à l’été 2019.

En 2018, Monsieur René Paquet, membre-producteur du semencier du patrimoine Canada, offre pour la première fois des semences de cette tomate aux abonnés via leur catalogue annuel de semences. Ce dernier a reçu ses graines d’Antoine D’Avignon en 2001, le premier directeur bénévole (section Québec) de cet organisme pan-canadien. Selon les écrits de Monsieur Paquet, Monsieur D’Avignon les auraient reçues des mains de Suzanne Bourgeois, fille de Guy Bourgeois, jardinier-maraîcher de Sainte-Dorothée à Laval. Il cultivait cette variété dans les années 1950-1960 et les vendait à l’ancien marché public Bonsecours.

Cultivateurs et jardiniers garés au Marché Bonsecours devenu la place Jacques-Cartier dans le Vieux-Montréal en 1950 (Photo: Paul Girard)

Il l’aurait baptisé ainsi après qu’elle ait passé au travers d’une pluie de grêle. Certains se souviendront sûrement, avant l’arrivée des champs sans fin de soya et de maïs d’aujourd’hui, les immenses terres remplies de tomates destinées aux marchés publics mais surtout aux conserveries maintenant disparues.

Récolte des tomates pour la conserverie chez Daniel Guertin. Saint-Jean-Baptiste-de-Rouville en 1951 (Photo: Omer Beaudoin)

Vous pourrez vous attendre à cueillir un fruit d’environ 10 cm de diamètre à maturité (environ 70 jours après sa plantation) de 120 grammes lors des périodes de sécheresse. Sinon, une belle saison amènera son poids davantage entre 150 et 170 grammes. Comme c’est une tomate archi rare, j’ajouterai des infos au fur et à mesure.

Vous pouvez commander cette tomate chez Terre Promise.

REPRODUCTION DE LA PHOTOGRAPHIE DE LA TOMATE ICE GROW INTERDITE SANS LE CONSENTEMENT DE PHILIPPE PANASSIÉ. 

Le pois Charlevoix

Pois Charlevoix (image: Patrice Fortier)

Cette semaine, j’attire votre attention sur une variété ancestrale québécoise très rare, voire perdue: le pois Charlevoix (Pisum sativum var. arvense). Comme vous le savez, le pois s’est avéré un légume très important dans l’histoire du Québec pour ses qualités nutritives et pour sa conservation. Il accompagne notre assiette depuis si longtemps.

Toutefois, je tiens, dans un premier temps, à vous souligner qu’il est très important de ne pas le confondre avec le « haricot Charlevoix » originaire des États-Unis.

En effet, ce dernier légume buissonnant plutôt commun fût créé en 1963 par le département d’agriculture de l’état du Michigan aux États-Unis (voir image ci-contre). Il se veut apprécié pour la production de bouillons épais dans les soupes, ragoûts et chilis.

Haricot Charlevoix (USA 1963)

Quant au pois Charlevoix, une souche du Québec issue de la région du même nom, il n’est plus en circulation, même parmi les grainetiers spécialisés du Québec. À ma connaissance (mais je peux me tromper), il n’y a qu’une seule entreprise de semences à l’offrir: La Société des plantes. J’en profite pour remercier, son propriétaire, Patrice Fortier, de m’avoir autorisé à utiliser ses photographies. Il le décrit comme une variété à soupe naine, sans besoin de support et cultivé depuis de nombreuses générations. À ma demande, il me fournira des renseignements plus détaillée sur son histoire. J’inscrirai les infos à venir dès leur réception.

Pois Charlevoix (image: Patrice Fortier / La Société des plantes)

Par ailleurs, il ajoute qu’une fois séchées, les graines moulues en farine fournissent une excellente source de protéines pour la confection, entre autre, des « farinatas« , une galette de type méditerranéenne. Il peut aussi se cultiver en pousses comestibles.

Pour commander, visitez La Société des PlantesSociété des Plantes. Je vous invite finalement à visionner une partie (10 minutes) de l’épisode 37 de la saison 2 de l’émission télévisuelle « Y’a du monde à messe » où vous pourrez justement voir Patrice Fortier parler de son métier de semencier et de notre rapport au monde des plantes potagères. (Disponible pour visionnement jusqu’au 20 avril 2020).

Patrice Fortier a l’émission « Y’a du monde à messe » de Télé-Québec »

IMPORTANT: IL EST INTERDIT DE REPRODUIRE LES PHOTOGRAPHIES DU POIS CHARLEVOIX SANS LE CONSENTEMENT DE PATRICE FORTIER.

La tomate Adelin Morin (mise à jour)

Tomate Adelin Morin (en période de sécheresse)

Le début de l’année rime souvent avec l’achat des semences; qu’elles soient par catalogues, lors des fêtes des semences, en magasin ou via des échanges dans des clubs horticoles. Pour ma part, les deux premières options fournissent un choix bien supérieur. Pour les articles à venir, je vais profiter de cette période pour vous sensibiliser à quelques spécimens souvent peu connus de notre beau terroir québécois qui mériterait votre protection. Par exemple, il y a de nombreuses semaines, j’avais retiré la tomate « Adelin Morin » de mon blogue pour une mise à jour en fonction de nouvelles infos reçues. Je remercie Lyne Bellemare de l’entreprise de semences « Terre promise » pour ces précisions.

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Lettre Gabrielle Trahan (tomate Adelin Morin, 19 mars 2008)

En mars 2008, François Lebel, alors directeur bénévole (section Québec) de Semences du Patrimoine, reçoit une lettre de Madame Gabrielle Trahan de Rawdon. Celle-ci lui envoie des semences de tomate obtenues d’Hector Morin de Chertsey. Ce dernier les a reçues de son père, Adelin Morin, ayant vécu, lui aussi, dans la même municipalité mais les ayant cultivées plus précisément dans le secteur Marie-Reine des cœurs. Il est important de souligner que de nombreuses familles Morin habitent Chertsey depuis la fin du 19ème siècle. Les premières habitations furent érigées vers 1820 avant d’être officiellement reconnue pour être une terre de colonisation agricole en 1856.

François Lebel en 2007 dans sa serre de production aux Serres de chez-nous(Source: François Lebel)

De plus, pour faire du pouce sur Adelin Morin, le 3 janvier 2015, Jacques Carl Morin, alors secrétaire de l’Association des Morin d’Amérique, nous a gentiment envoyé une preuve généalogique prouvant l’existence d’Adelin Morin en nous faisant parvenir son ascendant depuis 1694 (voir description ici-bas). Nous vous l’inscrivons tel qu’il nous l’a fait parvenir.

I Pierre Morin-Marsolais Beauport, Montmorency22 Février 1694 Madeleine Lespinay-Bardet, Jean & Catherine Granger
II Noël Morin St-Sulpice, L’Assomption25 Janvier 1734 Madeleine Perrault, Pierre & Marie Champoux
III Benoît Maurin St-Sulpice, L’Assomption26 Septembre 1774 Madeleine Collin, Pierre & Françoise Thivierge
IV Jean-Baptiste Morin L’Assomption10 Août 1824 M-Esther-Anastasie Vaillant, Louis-Moïse & M-Angélique Piché
V André Morin St-Charles-Borromée, Joliette30 Octobre 1848 Éléonore Beaudry, Pierre & Marguerite Boisvert
V Gilbert Morin St-Théodore, Chertsey, Montcalm15 Juillet 1878 Césarine-Exérine Beaudry, Louis & Odile Venne
VI Adelin Morin St-Théodore, Chertsey, Montcalm10 Janvier 1923 Célina-Exérine Desrochers, Emery & Elizabeth Brooks

Tomate Adelin Morin (photo: François Lebel)

Quasi centenaire, on a affaire à une tomate rose aplatie. Elle se distingue par sa grosseur impressionnante (de 200 à 1000 grammes — entre 1 et 3 livres selon certains—) et sa laideur. Cela veut simplement dire en langage commun qu’on ne la retrouvera pas en épicerie. Un vrai fruit moche comme vous pouvez le constater sur les photographies. Pour faire dans la technique, elle possède une dépression profonde à l’attache pédonculaire. Chair ferme mais juteuse, n’attendez pas trop avant de la manger car elle se conserve moins d’une semaine, parfois moins, avant de commencer à « dépérir ». Limitez aussi vos manipulations. La peau mince fend lorsque mûre. Selon les commentaires recueillis, il y aurait un bel équilibre entre le côté sucré et l’acidité du fruit. Prévoyez une récolte entre 80 à 85 jours suite à sa plantation. Pas mal pour ce gros calibre en région froide. Croissance indéterminée (entre 1.20 et 2 mètres). Munissez-vous d’un bon gros tuteur pour la supporter. Cette tomate de collection, très, très, très rare se commande aux Jardins de l’écoumène.

Pour terminer, j’en profites pour vous montrer quelques photographies reçues de Monsieur Lebel dans lesquelles, il nous démontre les différences entre cette variété et celle de la tomate Mémé de Beauce; deux plantes qu’on a tendance confondre.

Dessous des tomates Adelin Morin et Mémé de Beauce (photo: François Lebel)

Coupes transversales des tomates Adelin Morin et Mémé de Beauce (photo: François Lebel)

Vous serez sûrement heureux d’apprendre que Monsieur Lebel s’est assuré de la pérennité de cette variété en achetant, au nom de la famille Morin, le plein montant de son maintien par l’intermédiaire d’un programme d’adoption de la bibliothèque de semences de Semences du Patrimoine Canada. Cette initiative permettant de sauvegarder un matériel génétique vivant à perpétuité dans des conditions de conservation optimales.

REPRODUCTION DES PHOTOS INTERDITES SANS LE CONSENTEMENT DE FRANÇOIS LEBEL.

Carte postale de février 2020

Récolte du foin (source et année inconnues)

Vos parents vous ont-ils déjà demandé « d’aller faucher ». Dans mon cas, cette phrase voulait simplement dire de « couper le gazon » ou plus spécifiquement « tondre la pelouse », une traduction pour nos amis français. Vous comprendrez qu’une telle expression tire sa source de l’action illustrée ci-haute. Évidemment, je ne sortais pas la faux mais un « tracteur à gazon ». Avec la quantité à couper, j’y aurai consacré tous mes week-ends. Il est sympathique de réaliser que, sans s’en rendre compte, même notre quotidien moderne se parsème d’une foule de ces termes ou citations empruntés d’une autre époque.

En effet, sans s’en apercevoir, la pelouse, un composé de graminées, a beaucoup contribué au développement de l’horticulture au 20e siècle. Avant son arrivée en Amérique du Nord, après la deuxième guerre mondiale, les terrains « du peuple » se voyaient dégarnis, remplis de mauvaises herbes, peu valorisés par la végétation, voire poussiéreux. Les soldats américains et canadiens ayant appris à entretenir les terrains gazonnés des bases alliés européennes, conjugués à l’invention des petits moteurs à essence, tout cela a fait en sorte qu’ils ont voulu reproduire chez-eux cet art de vivre. Aidées par des semencières importatrices de semences, les tondeuses manuelles ont graduellement fait place, dans les années 1950, à la fameuse tondeuse à essence; source de fierté et de passion de l’homme moderne…. et de corvée pour les enfants. Et oui, c’est maintenant à ma fille « d’aller faucher ». Comme quoi, l’histoire se répète constamment.

Jardin de Napoléon Laliberté, Bellechasse en 1957 (source: Archives Nationales du Québec)

Calendrier 2020 des fêtes des semences au Québec

(crédit photo: Yannick Rétif)

Et c’est parti pour une autre année…. C’est la saison des fêtes des semences et leur popularité ne cesse de croître. L’instigatrice, Diane Joubert, n’aurait probablement pas cru qu’un jour, cela aurait pris une telle ampleur depuis la première édition en 2000 à Montréal. Et oui, déjà 20 ans! Chaque année leur nombre varie mais je crois qu’en 2020, un record sera battu avec au moins 18 présences.

En effet, on en retrouve maintenant un peu partout au Québec. J’attire votre attention sur les cinq premières éditions (soulignées en vert). Il y en a sûrement une près de chez-vous. Je vous encourage à visiter ces petits producteurs ayant à cœur la préservation de notre merveilleuse biodiversité agricole. Eux aussi, sans s’en rendre compte augmente en nombre; une super bonne nouvelle.

En effet, ce sera l’occasion de rencontrer en chair et en os des producteurs de semences ancestrales, écouter des conférenciers, faire des échanges et côtoyer d’autres passionnés, voire faire la fête. Pour les jardiniers passionnés par le patrimoine horticole, ça vaut le détour puisqu’il y a de nombreuses variétés rares à des prix très raisonnables. Et pas de frais de transport à payer. Nous vous dressons la liste par date chronologique des endroits où vous pourrez faire le plein de trouvailles inusités et de trésors horticoles qu’on ne retrouve pas dans les grandes surfaces. L’entrée et les activités y sont habituellement gratuites, mais il peut y avoir des frais qu’on ne s’attend pas. Renseignez-vous en consultant les liens suggérés. Consultez les liens suggérés avant de vous déplacer car il pourrait y avoir des changements de dernières minutes faits par les organisateurs. S’il y avait un événement manquant, n’hésitez pas à nous le faire savoir. Je l’ajouterais.

— MISE À JOUR LE 30 JANVIER 2020—-

Samedi 25 janvier (9:30 à 16:30)
Fête des semences de la Petite-Nation (3e édition)

Samedi, 1 février (9:30 à 16:00)
Fête des semences de Nicolet (4e édition)

Samedi, 1er février (10:00 à 15:00)
Fête des semences de Saint-Jean-sur-Richelieu (1ère édition)

Dimanche 2 février (10:30 à 15:30)
Fête des semences de La Pocatière (1ère édition)

Samedi et dimanche le 8 et 9 février (9:00 à 17:00)
Fête des semences de Montréal (20e édition)

Samedi, 15 février (10:00 à 16:00)
Fête des semences de Thetford (2e édition)

Dimanche, le 16 Février (10:00 à 16:00)
Fête des semences de St-Apollinaire
(17e édition)

Samedi et dimanche les 22 (10:00 à 17:00) et 23 février (10:00 à 16:00)
Fête des semences de Lanaudière
(16e édition)

Samedi et dimanche, les 22 et 23 février (10:00 à 16:00)
Fête des semences de l’Estrie (Sherbrooke)

Samedi, 29 février (10:00 à 16:30)
Fête des semences de Sawyerville (7e édition)

Samedi et dimanche, les 7 et 8 mars (10h00 à 16h00)
Fête des semences de Québec (info à venir)

Samedi, le 14 mars (10:00 à 15:00)
Fête des semences de Verdun (6e édition)

Samedi, 21 mars (10:00 à 16:00)
Fête des semences de Val-David (3e édition)

Dimanche, le 22 mars (9:00 à 16:00)
Fête des semences de Saguenay – Lac Saint-Jean (7e édition)

Dimanche, 22 mars (10:00 à 16:00)
Fête des semences de Terrebonne (1ère édition)

Samedi et dimanche, les 28 (10:00 à 17:00) et 29 mars (10:00 à 16:00)
Fêtes des semences de la Montérégie (Saint-Lambert)

Samedi et dimanche, 4 et 5 avril (10:00 à 15:00)
Fête des semences Percé (1ère édition)

Samedi, 19 avril (9:30 à 17:30)
Fête des semences de Mont-Laurier (1ère édition)

Saviez-vous que?
Le 25 février 2020 coïncide avec la journée internationale d’échange de semences. Pour en savoir davantage sur l’historique de cette journée, lisez l’article du prolifique Larry Hodson via son blogue « le jardinier paresseux« .

L’épuisante récolte du tabac avant sa mécanisation

Plantation de tabac en Ontario dans les années 1940 (image: blog.nfb.ca)

Au Québec, la pénurie de main-d’oeuvre se voit partout et dans presque toutes les sphères de l’activité économique. Par exemple, vendredi dernier, j’ai assisté à une présentation des programmes de formation d’une commission scolaire et eux aussi vivent le manque cruel d’étudiants. Par manque d’inscriptions, on annule des cohortes de cours. À d’autres places, on ferme des restaurants, on refuse des contrats ou on reporte des investissements. Et l’agriculture y goûte aussi. Mais.. cela ne date pas d’hier.

En effet, dans les années 1930 et 1940, des milliers de québécois se dirigeaient à Delhi, en Ontario pour la cueillette du tabac. Plus de 30 000 travailleurs saisonniers non spécialisés de toutes origines se donnaient rendez-vous à la recherche de bons salaires. À l’époque, aucune machinerie n’avait encore été inventée pour la cueillette de cette plante. Et ça prenait une quantité phénoménale de salariés temporaires. Au temps de la grande dépression, le pays bénéficiait de beaucoup de bras en comparaison aux emplois disponibles. Mais, en 1942, les agriculteurs devaient rivaliser non pas juste pour les attirer mais surtout les retenir. Nombreux préféraient s’embaucher dans les villes, dans la construction ou autres travaux de même nature. Pour maintenir leurs employés, plusieurs ouvriers exigeaient 3 repas par jour, un salaire quotidien de 14$ et un endroit pour dormir. Mais, dans un contexte de pénurie de main-d’oeuvre et face à une industrie très lucrative, le jeu en valait la chandelle. Ça ne vous rappelle pas ce qu’on vit actuellement? Augmentation des salaires, améliorations des conditions de travail, magasinage des travailleurs… Bref, on disait de la culture du tabac qu’elle était la plus riche mais aussi la plus terrible.

Culture du tabac à Delhi (source: musée du tabac à Delhi, année inconnue)

En effet, cette culture incertaine en a ruiné plus d’un. En plus de devoir trouver la main-d’oeuvre nécessaire, faire face à d’énormes investissements, le producteur devait aussi vivre sous la menace de la grêle et du gel, une calamité pour les plantations. Par exemple, faute d’hommes pour la cueillette, 80 millions de produits à récolter (plus d’un milliard en dollars canadiens de 2019) pouvait pourrir aux champs. La récolte durait 6 semaines sans jours de repos. Le moindre orage provoquait des inquiétudes. La plante, bien qu’elle adore l’humidité, une seule averse pouvait faire le bonheur d’un cultivateur ou en ruiner un autre à un kilomètre de là. Jadis, aux dires des plus expérimentés, la grêle fût la catastrophe la plus ruineuse de ce type d’agriculture. On cultivait le tabac avec la seule issue: « être riche ou ruiné ». Bonjour le stress! Peu importe les aléas du climat, toute la récolte devait être terminée avant les premières gelées. Le secret pour l’ouvrier « se baisser et avancer ». Les premiers jours de la récolte étaient les plus difficiles. Les doigts devenaient écorchés à vifs.

Récolte du tabac à la main à Delhi en 1942 (image: documentaire « la plante qui brise les reins » ONF).

De fait, la seule manière de récolter la feuille de tabac consistait à courber l’échine jusqu’à terre et de la ramasser. Il fallait la cueillir feuille par feuille dès qu’elle arrivait à maturité. Les journaliers travaillaient par équipe de 6 hommes; avançaient de front et ne se levaient que pour remplir les caisses. La feuille de tabac brut est juteuse. La tige, gros comme un pouce d’homme, est gorgée d’eau. Un caisson plein pesait un quart de tonne. La rapidité devenait le facteur de succès de l’opération. On ne pouvait pas attendre. Une fois les feuilles mûres cueillies, les caissons se dirigeaient vers la table de tri. Chaque équipe de tri devait confectionner 1250 bottes de tabac par jour. Avant le coucher du soleil, les trieurs avaient tressé 20 000 nœuds. Les poignets enflaient terriblement. On assignait surtout les femmes au tri. Ce travail, si dur, méritait le même salaire que les hommes aux champs.

Récolte du tabac aux champs à Delhi, 1942 (image: documentaire « la plante qui brise les reins » ONF)

Pour les hommes aussi, les premiers jours étaient les plus pénibles. Selon eux, une fois baissé, ils devaient garder cette position jusqu’au bout. Ne surtout pas se relever car le dos ne supportait pas cette gymnastique du haut en bas à répétition. On ne souffrait pas tant si ce n’était de supporter également la température accablante. La récolte coïncidait avec les plus fortes chaleurs de l’année. Enfoncés dans les rangs de tabac, on y suffoquait. Il faisait plus de 100 degrés Fahrenheit (environ 38 degrés Celsius). D’habitude, quant un homme défaillait ce n’était pas tellement à cause du travail qu’à cause de l’eau; de l’eau qu’il avait trop bu. Les travailleurs se voyaient tirailler par une soif épouvantable au fond des rangées. Il leur fallait absolument éviter de boire sinon crampes douloureuses tout le long du corps et maux d’estomac assurés. Plusieurs renonçaient les premiers jours. S’ils pouvaient tenir la première semaine, l’habitude faisait le reste. Les journées étaient longues; couchés à 11:00 et levées à l’aube.

Trieuses de feuilles à Delhi à Delhi, année inconnue (image: Musée du tabac à Delhi)

À cause du sol sablonneux, merveilleux pour la culture du tabac, la terre se réchauffe rapidement et mais se refroidit tout aussi vite dès le soleil disparu. Au matin, les champs sont noyés de brume. Trempés d’humidité, les ouvriers avaient les doigts engourdis par le froid et par les feuilles mouillées. Même quant une matinée semblait belle, il fallait porter des imperméables, des cirés qui faisaient transpirer à grosses gouttes dès que le soleil montait. Désagréable pour les hommes, cette combinaison de chaleur, de froid et d’humidité favorisait la croissance du tabac. Lorsque les conditions étaient bonnes, la plante s’épanouissait tellement qu’elle donnait naissance à des « surgeons » qu’on surnommait des « rejetons ». Il fallait les arracher pour que la feuille profite au maximum de la sève. Une autre équipe spéciale était chargée de cette opération.

Récolte du tabac à Delhi, année inconnue (source: Facebook du musée du tabac de Delhi)

Dans un autre coin de la ferme, les séchoirs à tabac appelés « fours » devaient être bourrés à plein tous les jours. Cette opération s’avérait très délicate. Les producteurs ontariens, la plupart du temps, déléguaient cette opération à des hommes en provenance du sud des États-Unis. Ils avaient la charge de l’alimentation continue du four dont la température devait s’élever graduellement pendant 5 jours. Le tabac devait passer du vert au doré. S’il y avait une erreur, une fournée de 1500$ était perdue; soit 23 000$ en dollars canadiens équivalent de 2019.

En mémoire de tous ces milliers de femmes et hommes ayant trimé vraiment très dur dans les champs de tabac en Ontario, consultez le Delhi tobacco museum & heritage center. Sinon, pour les nostalgiques de la culture de cette plante au Québec du temps de nos grands-parents, je vous invite à consulter mes articles suivants: le tabac jaune du Québec, carte postale de janvier 2014, comment produire et conserver vos semences de tabac et le tabac « petit canadien ».

MISE À JOUR (19-01-20):

Suite à l’excellente suggestion de Douce Labelle, une lectrice assidue, je vous inclus ici-bas une chanson interprétée par le groupe Les charbonniers de l’enfer intitulée « O Marie ». Elle témoigne des souffrances vécues par celles et ceux partis « travailler au tabac ».