Carte postale de mars 2020

Jardins des Franciscains (Frère Joachim Monfette dans le jardin de l’infirmerie de Sainte-Geneviève-de-Pierrefonds, hôpital et maison de santé des franciscains du couvent Saint-Roch (Photo: Archives des franciscains, année inconnue)

(Mise à jour 17-03-20): Des petits pépins avec Facebook m’ont obligé à refaire cet article. Désolé pour celles et ceux l’ayant déjà reçu.
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Quel mois! Débâcle boursière, pandémie planétaire annoncée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), confinements volontaires et quarantaines, fermetures de tous les établissements scolaires et centres de la petites enfances, suspensions des activités regroupant plus de 250 personnes et la liste s’allonge tous les jours. Du même souffle, plusieurs, sinon la totalité des fêtes des semences ont annulé leur événement. Consulter leurs sites Internet dans ma liste proposée le 25 janvier 2020 pour en savoir davantage. Je me trouve donc bien ridicule de vous entretenir de semences ancestrales dans ce brouhaha qui chamboule nos vies. Mais j’ai quand même voulu remonter le temps sous un angle disons « horticole » pour comprendre la contribution des plantes dans des moments comme nous les vivons maintenant.

En effet, anciennement, bien avant l’avènement des médicaments, des supers hôpitaux modernes et de l’arsenal technologique qu’on dispose aujourd’hui, le jardin-hospitalier a longtemps été utilisé comme moyen de rétablissement des malades.

De fait, on construisait immanquablement un jardin à côté des hôpitaux gérés par les municipalités et les institutions religieuses. Ils devenaient indissociables et ils occupaient plusieurs fonctions:

  • Culture potagère pour les cuisines
  • Culture des plantes médicinales pour les dispensaires
  • Lieu de repos et de contemplation pour les malades

De très grands jardins, maintenant disparus, ont été créés à cette époque et, de nos jours, l’idée n’effleure même pas l’esprit des gouvernements d’en ajouter aux nouvelles constructions modernes, même pas un tout petit accessible aux usagers. Il existe bien quelques petites initiatives ça et là au Québec soutenues par du personnel intéressé ou des citoyens mais rien de très organisé. Quand on songe à la quantité phénoménale de prescriptions contre l’anxiété, la dépression et divers troubles de santé mentale, je vous invite à visiter l’établissement public de santé mentale d’Armentières érigé au début du XVIIe siècle, à Lille en Haut-de-France pour comprendre que déjà, on avait compris l’importance d’une atmosphère appropriée dans un processus de guérison.

De fait, Lille se distinguait en accueillant l’un des premiers jardins botaniques français, toujours en activité aujourd’hui. Elle en possède encore trois aujourd’hui : le Jardin des Plantes, le jardin de la Faculté de Pharmacie et le jardin de la Faculté Libre de Médecine. Les deux derniers étant toujours intimement liés au domaine de la santé. Tout cela évoque la constance du professionnel, soignant ou jardinier, dans l’acte de « prendre soin ». Évidemment, avec notre réalité nordique, pourquoi ne pas faire comme l’artiste Jyll Bradley et créer des installations intérieures reproduisant cet effet relaxant?Car, lorsque je vois une foule envahir les magasins pour dévaliser les tablettes de papier hygiénique, notre Premier Ministre Legault a raison de suggérer aux gens d’aller prendre une marche. Et j’ajouterai, en forêt. Le pouvoir calmant des plantes existe vraiment.

La tomate Ice Grow

Tomate Ice Grow (photo: Philippe Panassié)

Lors du dévoilement de la gagnante de notre concours de fin d’année 2019, j’avais promis de vous en dire davantage sur son prix remporté: des semences de tomate « Ice Grow », une variété rarissime. Je trouvais pertinent l’ajouter à ce palmarès de nos variétés ancestrales de notre terroir québécois. Vous avez même en primeur, la première photographie de tout le web (oui! oui! oui!) de ce fruit. Un merci tout spécial (et vraiment du cœur!) à Philippe Panassié, un amoureux fan fini des tomates, pour son aide. Une grande partie des infos techniques proviennent de ses observations suite à sa culture à l’été 2019.

En 2018, Monsieur René Paquet, membre-producteur du semencier du patrimoine Canada, offre pour la première fois des semences de cette tomate aux abonnés via leur catalogue annuel de semences. Ce dernier a reçu ses graines d’Antoine D’Avignon en 2001, le premier directeur bénévole (section Québec) de cet organisme pan-canadien. Selon les écrits de Monsieur Paquet, Monsieur D’Avignon les auraient reçues des mains de Suzanne Bourgeois, fille de Guy Bourgeois, jardinier-maraîcher de Sainte-Dorothée à Laval. Il cultivait cette variété dans les années 1950-1960 et les vendait à l’ancien marché public Bonsecours.

Cultivateurs et jardiniers garés au Marché Bonsecours devenu la place Jacques-Cartier dans le Vieux-Montréal en 1950 (Photo: Paul Girard)

Il l’aurait baptisé ainsi après qu’elle ait passé au travers d’une pluie de grêle. Certains se souviendront sûrement, avant l’arrivée des champs sans fin de soya et de maïs d’aujourd’hui, les immenses terres remplies de tomates destinées aux marchés publics mais surtout aux conserveries maintenant disparues.

Récolte des tomates pour la conserverie chez Daniel Guertin. Saint-Jean-Baptiste-de-Rouville en 1951 (Photo: Omer Beaudoin)

Vous pourrez vous attendre à cueillir un fruit d’environ 10 cm de diamètre à maturité (environ 70 jours après sa plantation) de 120 grammes lors des périodes de sécheresse. Sinon, une belle saison amènera son poids davantage entre 150 et 170 grammes. Comme c’est une tomate archi rare, j’ajouterai des infos au fur et à mesure.

Vous pouvez commander cette tomate chez Terre Promise.

REPRODUCTION DE LA PHOTOGRAPHIE DE LA TOMATE ICE GROW INTERDITE SANS LE CONSENTEMENT DE PHILIPPE PANASSIÉ. 

Le pois Charlevoix

Pois Charlevoix (image: Patrice Fortier)

Cette semaine, j’attire votre attention sur une variété ancestrale québécoise très rare, voire perdue: le pois Charlevoix (Pisum sativum var. arvense). Comme vous le savez, le pois s’est avéré un légume très important dans l’histoire du Québec pour ses qualités nutritives et pour sa conservation. Il accompagne notre assiette depuis si longtemps.

Toutefois, je tiens, dans un premier temps, à vous souligner qu’il est très important de ne pas le confondre avec le « haricot Charlevoix » originaire des États-Unis.

En effet, ce dernier légume buissonnant plutôt commun fût créé en 1963 par le département d’agriculture de l’état du Michigan aux États-Unis (voir image ci-contre). Il se veut apprécié pour la production de bouillons épais dans les soupes, ragoûts et chilis.

Haricot Charlevoix (USA 1963)

Quant au pois Charlevoix, une souche du Québec issue de la région du même nom, il n’est plus en circulation, même parmi les grainetiers spécialisés du Québec. À ma connaissance (mais je peux me tromper), il n’y a qu’une seule entreprise de semences à l’offrir: La Société des plantes. J’en profite pour remercier, son propriétaire, Patrice Fortier, de m’avoir autorisé à utiliser ses photographies. Il le décrit comme une variété à soupe naine, sans besoin de support et cultivé depuis de nombreuses générations. À ma demande, il me fournira des renseignements plus détaillée sur son histoire. J’inscrirai les infos à venir dès leur réception.

Pois Charlevoix (image: Patrice Fortier / La Société des plantes)

Par ailleurs, il ajoute qu’une fois séchées, les graines moulues en farine fournissent une excellente source de protéines pour la confection, entre autre, des « farinatas« , une galette de type méditerranéenne. Il peut aussi se cultiver en pousses comestibles.

Pour commander, visitez La Société des PlantesSociété des Plantes. Je vous invite finalement à visionner une partie (10 minutes) de l’épisode 37 de la saison 2 de l’émission télévisuelle « Y’a du monde à messe » où vous pourrez justement voir Patrice Fortier parler de son métier de semencier et de notre rapport au monde des plantes potagères. (Disponible pour visionnement jusqu’au 20 avril 2020).

Patrice Fortier a l’émission « Y’a du monde à messe » de Télé-Québec »

IMPORTANT: IL EST INTERDIT DE REPRODUIRE LES PHOTOGRAPHIES DU POIS CHARLEVOIX SANS LE CONSENTEMENT DE PATRICE FORTIER.

La tomate Adelin Morin (mise à jour)

Tomate Adelin Morin (en période de sécheresse)

Le début de l’année rime souvent avec l’achat des semences; qu’elles soient par catalogues, lors des fêtes des semences, en magasin ou via des échanges dans des clubs horticoles. Pour ma part, les deux premières options fournissent un choix bien supérieur. Pour les articles à venir, je vais profiter de cette période pour vous sensibiliser à quelques spécimens souvent peu connus de notre beau terroir québécois qui mériterait votre protection. Par exemple, il y a de nombreuses semaines, j’avais retiré la tomate « Adelin Morin » de mon blogue pour une mise à jour en fonction de nouvelles infos reçues. Je remercie Lyne Bellemare de l’entreprise de semences « Terre promise » pour ces précisions.

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Lettre Gabrielle Trahan (tomate Adelin Morin, 19 mars 2008)

En mars 2008, François Lebel, alors directeur bénévole (section Québec) de Semences du Patrimoine, reçoit une lettre de Madame Gabrielle Trahan de Rawdon. Celle-ci lui envoie des semences de tomate obtenues d’Hector Morin de Chertsey. Ce dernier les a reçues de son père, Adelin Morin, ayant vécu, lui aussi, dans la même municipalité mais les ayant cultivées plus précisément dans le secteur Marie-Reine des cœurs. Il est important de souligner que de nombreuses familles Morin habitent Chertsey depuis la fin du 19ème siècle. Les premières habitations furent érigées vers 1820 avant d’être officiellement reconnue pour être une terre de colonisation agricole en 1856.

François Lebel en 2007 dans sa serre de production aux Serres de chez-nous(Source: François Lebel)

De plus, pour faire du pouce sur Adelin Morin, le 3 janvier 2015, Jacques Carl Morin, alors secrétaire de l’Association des Morin d’Amérique, nous a gentiment envoyé une preuve généalogique prouvant l’existence d’Adelin Morin en nous faisant parvenir son ascendant depuis 1694 (voir description ici-bas). Nous vous l’inscrivons tel qu’il nous l’a fait parvenir.

I Pierre Morin-Marsolais Beauport, Montmorency22 Février 1694 Madeleine Lespinay-Bardet, Jean & Catherine Granger
II Noël Morin St-Sulpice, L’Assomption25 Janvier 1734 Madeleine Perrault, Pierre & Marie Champoux
III Benoît Maurin St-Sulpice, L’Assomption26 Septembre 1774 Madeleine Collin, Pierre & Françoise Thivierge
IV Jean-Baptiste Morin L’Assomption10 Août 1824 M-Esther-Anastasie Vaillant, Louis-Moïse & M-Angélique Piché
V André Morin St-Charles-Borromée, Joliette30 Octobre 1848 Éléonore Beaudry, Pierre & Marguerite Boisvert
V Gilbert Morin St-Théodore, Chertsey, Montcalm15 Juillet 1878 Césarine-Exérine Beaudry, Louis & Odile Venne
VI Adelin Morin St-Théodore, Chertsey, Montcalm10 Janvier 1923 Célina-Exérine Desrochers, Emery & Elizabeth Brooks

Tomate Adelin Morin (photo: François Lebel)

Quasi centenaire, on a affaire à une tomate rose aplatie. Elle se distingue par sa grosseur impressionnante (de 200 à 1000 grammes — entre 1 et 3 livres selon certains—) et sa laideur. Cela veut simplement dire en langage commun qu’on ne la retrouvera pas en épicerie. Un vrai fruit moche comme vous pouvez le constater sur les photographies. Pour faire dans la technique, elle possède une dépression profonde à l’attache pédonculaire. Chair ferme mais juteuse, n’attendez pas trop avant de la manger car elle se conserve moins d’une semaine, parfois moins, avant de commencer à « dépérir ». Limitez aussi vos manipulations. La peau mince fend lorsque mûre. Selon les commentaires recueillis, il y aurait un bel équilibre entre le côté sucré et l’acidité du fruit. Prévoyez une récolte entre 80 à 85 jours suite à sa plantation. Pas mal pour ce gros calibre en région froide. Croissance indéterminée (entre 1.20 et 2 mètres). Munissez-vous d’un bon gros tuteur pour la supporter. Cette tomate de collection, très, très, très rare se commande aux Jardins de l’écoumène.

Pour terminer, j’en profites pour vous montrer quelques photographies reçues de Monsieur Lebel dans lesquelles, il nous démontre les différences entre cette variété et celle de la tomate Mémé de Beauce; deux plantes qu’on a tendance confondre.

Dessous des tomates Adelin Morin et Mémé de Beauce (photo: François Lebel)

Coupes transversales des tomates Adelin Morin et Mémé de Beauce (photo: François Lebel)

Vous serez sûrement heureux d’apprendre que Monsieur Lebel s’est assuré de la pérennité de cette variété en achetant, au nom de la famille Morin, le plein montant de son maintien par l’intermédiaire d’un programme d’adoption de la bibliothèque de semences de Semences du Patrimoine Canada. Cette initiative permettant de sauvegarder un matériel génétique vivant à perpétuité dans des conditions de conservation optimales.

REPRODUCTION DES PHOTOS INTERDITES SANS LE CONSENTEMENT DE FRANÇOIS LEBEL.

Carte postale de février 2020

Récolte du foin (source et année inconnues)

Vos parents vous ont-ils déjà demandé « d’aller faucher ». Dans mon cas, cette phrase voulait simplement dire de « couper le gazon » ou plus spécifiquement « tondre la pelouse », une traduction pour nos amis français. Vous comprendrez qu’une telle expression tire sa source de l’action illustrée ci-haute. Évidemment, je ne sortais pas la faux mais un « tracteur à gazon ». Avec la quantité à couper, j’y aurai consacré tous mes week-ends. Il est sympathique de réaliser que, sans s’en rendre compte, même notre quotidien moderne se parsème d’une foule de ces termes ou citations empruntés d’une autre époque.

En effet, sans s’en apercevoir, la pelouse, un composé de graminées, a beaucoup contribué au développement de l’horticulture au 20e siècle. Avant son arrivée en Amérique du Nord, après la deuxième guerre mondiale, les terrains « du peuple » se voyaient dégarnis, remplis de mauvaises herbes, peu valorisés par la végétation, voire poussiéreux. Les soldats américains et canadiens ayant appris à entretenir les terrains gazonnés des bases alliés européennes, conjugués à l’invention des petits moteurs à essence, tout cela a fait en sorte qu’ils ont voulu reproduire chez-eux cet art de vivre. Aidées par des semencières importatrices de semences, les tondeuses manuelles ont graduellement fait place, dans les années 1950, à la fameuse tondeuse à essence; source de fierté et de passion de l’homme moderne…. et de corvée pour les enfants. Et oui, c’est maintenant à ma fille « d’aller faucher ». Comme quoi, l’histoire se répète constamment.

Jardin de Napoléon Laliberté, Bellechasse en 1957 (source: Archives Nationales du Québec)

Calendrier 2020 des fêtes des semences au Québec

(crédit photo: Yannick Rétif)

Et c’est parti pour une autre année…. C’est la saison des fêtes des semences et leur popularité ne cesse de croître. L’instigatrice, Diane Joubert, n’aurait probablement pas cru qu’un jour, cela aurait pris une telle ampleur depuis la première édition en 2000 à Montréal. Et oui, déjà 20 ans! Chaque année leur nombre varie mais je crois qu’en 2020, un record sera battu avec au moins 18 présences.

En effet, on en retrouve maintenant un peu partout au Québec. J’attire votre attention sur les cinq premières éditions (soulignées en vert). Il y en a sûrement une près de chez-vous. Je vous encourage à visiter ces petits producteurs ayant à cœur la préservation de notre merveilleuse biodiversité agricole. Eux aussi, sans s’en rendre compte augmente en nombre; une super bonne nouvelle.

En effet, ce sera l’occasion de rencontrer en chair et en os des producteurs de semences ancestrales, écouter des conférenciers, faire des échanges et côtoyer d’autres passionnés, voire faire la fête. Pour les jardiniers passionnés par le patrimoine horticole, ça vaut le détour puisqu’il y a de nombreuses variétés rares à des prix très raisonnables. Et pas de frais de transport à payer. Nous vous dressons la liste par date chronologique des endroits où vous pourrez faire le plein de trouvailles inusités et de trésors horticoles qu’on ne retrouve pas dans les grandes surfaces. L’entrée et les activités y sont habituellement gratuites, mais il peut y avoir des frais qu’on ne s’attend pas. Renseignez-vous en consultant les liens suggérés. Consultez les liens suggérés avant de vous déplacer car il pourrait y avoir des changements de dernières minutes faits par les organisateurs. S’il y avait un événement manquant, n’hésitez pas à nous le faire savoir. Je l’ajouterais.

— MISE À JOUR LE 30 JANVIER 2020—-

Samedi 25 janvier (9:30 à 16:30)
Fête des semences de la Petite-Nation (3e édition)

Samedi, 1 février (9:30 à 16:00)
Fête des semences de Nicolet (4e édition)

Samedi, 1er février (10:00 à 15:00)
Fête des semences de Saint-Jean-sur-Richelieu (1ère édition)

Dimanche 2 février (10:30 à 15:30)
Fête des semences de La Pocatière (1ère édition)

Samedi et dimanche le 8 et 9 février (9:00 à 17:00)
Fête des semences de Montréal (20e édition)

Samedi, 15 février (10:00 à 16:00)
Fête des semences de Thetford (2e édition)

Dimanche, le 16 Février (10:00 à 16:00)
Fête des semences de St-Apollinaire
(17e édition)

Samedi et dimanche les 22 (10:00 à 17:00) et 23 février (10:00 à 16:00)
Fête des semences de Lanaudière
(16e édition)

Samedi et dimanche, les 22 et 23 février (10:00 à 16:00)
Fête des semences de l’Estrie (Sherbrooke)

Samedi, 29 février (10:00 à 16:30)
Fête des semences de Sawyerville (7e édition)

Samedi et dimanche, les 7 et 8 mars (10h00 à 16h00)
Fête des semences de Québec (info à venir)

Samedi, le 14 mars (10:00 à 15:00)
Fête des semences de Verdun (6e édition)

Samedi, 21 mars (10:00 à 16:00)
Fête des semences de Val-David (3e édition)

Dimanche, le 22 mars (9:00 à 16:00)
Fête des semences de Saguenay – Lac Saint-Jean (7e édition)

Dimanche, 22 mars (10:00 à 16:00)
Fête des semences de Terrebonne (1ère édition)

Samedi et dimanche, les 28 (10:00 à 17:00) et 29 mars (10:00 à 16:00)
Fêtes des semences de la Montérégie (Saint-Lambert)

Samedi et dimanche, 4 et 5 avril (10:00 à 15:00)
Fête des semences Percé (1ère édition)

Samedi, 19 avril (9:30 à 17:30)
Fête des semences de Mont-Laurier (1ère édition)

Saviez-vous que?
Le 25 février 2020 coïncide avec la journée internationale d’échange de semences. Pour en savoir davantage sur l’historique de cette journée, lisez l’article du prolifique Larry Hodson via son blogue « le jardinier paresseux« .

L’épuisante récolte du tabac avant sa mécanisation

Plantation de tabac en Ontario dans les années 1940 (image: blog.nfb.ca)

Au Québec, la pénurie de main-d’oeuvre se voit partout et dans presque toutes les sphères de l’activité économique. Par exemple, vendredi dernier, j’ai assisté à une présentation des programmes de formation d’une commission scolaire et eux aussi vivent le manque cruel d’étudiants. Par manque d’inscriptions, on annule des cohortes de cours. À d’autres places, on ferme des restaurants, on refuse des contrats ou on reporte des investissements. Et l’agriculture y goûte aussi. Mais.. cela ne date pas d’hier.

En effet, dans les années 1930 et 1940, des milliers de québécois se dirigeaient à Delhi, en Ontario pour la cueillette du tabac. Plus de 30 000 travailleurs saisonniers non spécialisés de toutes origines se donnaient rendez-vous à la recherche de bons salaires. À l’époque, aucune machinerie n’avait encore été inventée pour la cueillette de cette plante. Et ça prenait une quantité phénoménale de salariés temporaires. Au temps de la grande dépression, le pays bénéficiait de beaucoup de bras en comparaison aux emplois disponibles. Mais, en 1942, les agriculteurs devaient rivaliser non pas juste pour les attirer mais surtout les retenir. Nombreux préféraient s’embaucher dans les villes, dans la construction ou autres travaux de même nature. Pour maintenir leurs employés, plusieurs ouvriers exigeaient 3 repas par jour, un salaire quotidien de 14$ et un endroit pour dormir. Mais, dans un contexte de pénurie de main-d’oeuvre et face à une industrie très lucrative, le jeu en valait la chandelle. Ça ne vous rappelle pas ce qu’on vit actuellement? Augmentation des salaires, améliorations des conditions de travail, magasinage des travailleurs… Bref, on disait de la culture du tabac qu’elle était la plus riche mais aussi la plus terrible.

Culture du tabac à Delhi (source: musée du tabac à Delhi, année inconnue)

En effet, cette culture incertaine en a ruiné plus d’un. En plus de devoir trouver la main-d’oeuvre nécessaire, faire face à d’énormes investissements, le producteur devait aussi vivre sous la menace de la grêle et du gel, une calamité pour les plantations. Par exemple, faute d’hommes pour la cueillette, 80 millions de produits à récolter (plus d’un milliard en dollars canadiens de 2019) pouvait pourrir aux champs. La récolte durait 6 semaines sans jours de repos. Le moindre orage provoquait des inquiétudes. La plante, bien qu’elle adore l’humidité, une seule averse pouvait faire le bonheur d’un cultivateur ou en ruiner un autre à un kilomètre de là. Jadis, aux dires des plus expérimentés, la grêle fût la catastrophe la plus ruineuse de ce type d’agriculture. On cultivait le tabac avec la seule issue: « être riche ou ruiné ». Bonjour le stress! Peu importe les aléas du climat, toute la récolte devait être terminée avant les premières gelées. Le secret pour l’ouvrier « se baisser et avancer ». Les premiers jours de la récolte étaient les plus difficiles. Les doigts devenaient écorchés à vifs.

Récolte du tabac à la main à Delhi en 1942 (image: documentaire « la plante qui brise les reins » ONF).

De fait, la seule manière de récolter la feuille de tabac consistait à courber l’échine jusqu’à terre et de la ramasser. Il fallait la cueillir feuille par feuille dès qu’elle arrivait à maturité. Les journaliers travaillaient par équipe de 6 hommes; avançaient de front et ne se levaient que pour remplir les caisses. La feuille de tabac brut est juteuse. La tige, gros comme un pouce d’homme, est gorgée d’eau. Un caisson plein pesait un quart de tonne. La rapidité devenait le facteur de succès de l’opération. On ne pouvait pas attendre. Une fois les feuilles mûres cueillies, les caissons se dirigeaient vers la table de tri. Chaque équipe de tri devait confectionner 1250 bottes de tabac par jour. Avant le coucher du soleil, les trieurs avaient tressé 20 000 nœuds. Les poignets enflaient terriblement. On assignait surtout les femmes au tri. Ce travail, si dur, méritait le même salaire que les hommes aux champs.

Récolte du tabac aux champs à Delhi, 1942 (image: documentaire « la plante qui brise les reins » ONF)

Pour les hommes aussi, les premiers jours étaient les plus pénibles. Selon eux, une fois baissé, ils devaient garder cette position jusqu’au bout. Ne surtout pas se relever car le dos ne supportait pas cette gymnastique du haut en bas à répétition. On ne souffrait pas tant si ce n’était de supporter également la température accablante. La récolte coïncidait avec les plus fortes chaleurs de l’année. Enfoncés dans les rangs de tabac, on y suffoquait. Il faisait plus de 100 degrés Fahrenheit (environ 38 degrés Celsius). D’habitude, quant un homme défaillait ce n’était pas tellement à cause du travail qu’à cause de l’eau; de l’eau qu’il avait trop bu. Les travailleurs se voyaient tirailler par une soif épouvantable au fond des rangées. Il leur fallait absolument éviter de boire sinon crampes douloureuses tout le long du corps et maux d’estomac assurés. Plusieurs renonçaient les premiers jours. S’ils pouvaient tenir la première semaine, l’habitude faisait le reste. Les journées étaient longues; couchés à 11:00 et levées à l’aube.

Trieuses de feuilles à Delhi à Delhi, année inconnue (image: Musée du tabac à Delhi)

À cause du sol sablonneux, merveilleux pour la culture du tabac, la terre se réchauffe rapidement et mais se refroidit tout aussi vite dès le soleil disparu. Au matin, les champs sont noyés de brume. Trempés d’humidité, les ouvriers avaient les doigts engourdis par le froid et par les feuilles mouillées. Même quant une matinée semblait belle, il fallait porter des imperméables, des cirés qui faisaient transpirer à grosses gouttes dès que le soleil montait. Désagréable pour les hommes, cette combinaison de chaleur, de froid et d’humidité favorisait la croissance du tabac. Lorsque les conditions étaient bonnes, la plante s’épanouissait tellement qu’elle donnait naissance à des « surgeons » qu’on surnommait des « rejetons ». Il fallait les arracher pour que la feuille profite au maximum de la sève. Une autre équipe spéciale était chargée de cette opération.

Récolte du tabac à Delhi, année inconnue (source: Facebook du musée du tabac de Delhi)

Dans un autre coin de la ferme, les séchoirs à tabac appelés « fours » devaient être bourrés à plein tous les jours. Cette opération s’avérait très délicate. Les producteurs ontariens, la plupart du temps, déléguaient cette opération à des hommes en provenance du sud des États-Unis. Ils avaient la charge de l’alimentation continue du four dont la température devait s’élever graduellement pendant 5 jours. Le tabac devait passer du vert au doré. S’il y avait une erreur, une fournée de 1500$ était perdue; soit 23 000$ en dollars canadiens équivalent de 2019.

En mémoire de tous ces milliers de femmes et hommes ayant trimé vraiment très dur dans les champs de tabac en Ontario, consultez le Delhi tobacco museum & heritage center. Sinon, pour les nostalgiques de la culture de cette plante au Québec du temps de nos grands-parents, je vous invite à consulter mes articles suivants: le tabac jaune du Québec, carte postale de janvier 2014, comment produire et conserver vos semences de tabac et le tabac « petit canadien ».

MISE À JOUR (19-01-20):

Suite à l’excellente suggestion de Douce Labelle, une lectrice assidue, je vous inclus ici-bas une chanson interprétée par le groupe Les charbonniers de l’enfer intitulée « O Marie ». Elle témoigne des souffrances vécues par celles et ceux partis « travailler au tabac ».

Gagnante de notre concours de fin d’année 2019

Je tiens, dans un premier temps, à vous souhaiter tous mes vœux de bonne année. Vous êtes, à mon plus grand bonheur, de plus en plus nombreuses et nombreux et, sans m’en rendre compte, septembre 2020, célébrera mon 10e anniversaire comme blogueur. Wow! Qui l’eût cru. Je n’aurai pu imaginer le puit sans fond d’histoires concernant le monde des variétés agricoles anciennes. Je m’efforce de rendre ces anecdotes les plus intéressantes possibles avec un soucis encore plus grand qu’elles soient validées par des sources crédibles. J’espère y réussir. Je remercie particulièrement toutes celles et ceux qui, de près ou de loin, m’aident dans cet objectif. Vous n’imaginez pas combien cette aide est précieuse. J’aimerai vous citez personnellement mais la liste deviendrai très longue. J’espère juste que vous vous reconnaîtrez.

Quoi qu’il en soit, je tiens aussi, en second lieu, à féliciter Madame Nancy Villeneuve, la gagnante de notre concours de fin d’année 2019. Elle s’est méritée une variété de tomate ancestrale québécoise, la « Ice Grow ». J’écrirai sous peu un article sur cette variété unique. Vous avez été vraiment beaucoup à répondre « la carotte » à notre question- quiz: QUEL LÉGUME A AIDÉ LES ALLIÉS À GAGNER LA SECONDE GUERRE MONDIALE?

Naissance du mythe de la vision de nuit en mangeant des carottes (image: smithsonianmag.com)

En effet, le mythe selon lequel les carottes améliorent la vue puise ses racines dans une campagne de propagande diffusée durant la Seconde Guerre mondiale. Ayant conçu un radar capable d’aider les pilotes à abattre les avions allemands en pleine nuit, la British Royal Air Force voulant garder cette nouvelle technologie secrète aussi longtemps que possible, déclara au public que la consommation de carottes demeuraient à l’origine de ce succès. Pour renforcer cette idée, plusieurs publicités écrites vantaient largement les avantages de manger carottes pour conserver une bonne santé en ajoutant qu’elles aidaient aussi à voir la nuit pendant les pannes. Bien entendu, avec une bonne source de vitamine A, on comprend aujourd’hui qu’elle aide à la bonne santé visuelle mais n’améliore pas réellement la vision et encore moins voir dans l’obscurité.

Carottes glacées durant la 2e guerre mondiale en 1941 (image: britishpathe.com)

Par ailleurs, cette campagne de 1942 fût un tel succès que plus de 100 000 tonnes de carottes en excès ont été récoltées par les anglais. Devant une telle manne, accentuée par un slogan « dig for victory » (traduit grossièrement par « cultivons pour la victoire »), la Grande-Bretagne, via un programme radiophonique, a voulu éduquer sa population dans la manière de les cultiver, de les stocker et de les cuisiner et ce, de différentes manières notamment par l’invention de la fameuse tourte Lord Woolton, ministre de l’Alimentation en 1940.

En effet, il fallait guider les gens dans un contexte de rareté alimentaire mais aussi parce qu’elle n’a jamais été reconnue pour sa gastronomie. On a vu justement apparaître des créations plutôt bizarres comme les carottes glacées telles qu’illustrées sur la photographie ci-contre. On comprendra qu’une telle idée n’a pas survécu longtemps après la fin des hostilités. Pour en savoir davantage sur le sujet et découvrir d’autres images anciennes sur le rôle de la carotte durant la seconde guerre mondiale, consultez le musée de la carotte (site en anglais seulement).

Docteur Carotte, le meilleur ami des enfants (image: carrotmuseum.co.uk)

 

Carte postale de décembre 2019

Adrien et ma mère, Lucille Laliberté à Saint-Liboire (1932)

J’ai l’impression qu’il s’est passée une éternité depuis ma dernière publication. J’avoue qu’entre l’inondation de mon sous-sol, l’abattage de deux arbres monstrueux plus que centenaire menaçant ma maison, mon emploi, les bris mécaniques de la laveuse à linge et de l’automobile, mes autres obligations professionnelles, les rendez-vous des enfants (et j’en passe beaucoup), je crois que j’avais de bonnes raisons. La vie va si, si, si vite.

Entre toutes mes péripéties, j’ai reçu il y a plusieurs mois une petite commande de ma famille pour les préparatifs des funérailles de ma mère. Rassurez-vous. Elle se veut en pleine forme mais à 90 ans, mieux vaut commencer à y songer. En plongeant dans ses anciens albums photos pour sa rétrospective, un constat frappant m’a sauté au visage. Quelle accélération historique! Fille d’agriculteur, elle a dû laisser l’école à l’âge de 12 ans pour s’occuper de sa mère malade. Personne n’imposerait cela à son enfant aujourd’hui. Fille unique, elle a pris en charge toutes les tâches quotidiennes exigées par une femme adulte (ménage, préparation de la nourriture, lavage, s’occuper de ses frères…) sans rechigner et sans les commodités d’aujourd’hui. De ses paroles, « j’en ai travaillé une shot » me dit-elle souvent. Sans vouloir faire son historiographie ici, son parcours a été jalonné d’un dur labeur incessant du matin au soir; une réalité pour presque tous à l’époque. Elle qui s’en allait au village en carriole tirée par des chevaux, conservait son beurre dans un seau descendu au fond d’un puits, cousait des courtepointes à la main avec des retailles, mangeait du gras de lard sur les toasts cuites sur le poêle…. De mon point de vue, cela me semble un autre monde et pourtant si proche du mien en même temps. J’imagine à peine les transformations des prochains 50 ans. J’ai adoré fouiller dans ses albums photos parmi les veilles images jaunies. Je ne voudrais jamais vivre cette vie très rude, austère, voire de survivance. Mais, en même temps, un jour mes enfants, eux aussi, regarderont mes albums et se diront, avec leurs yeux de 2060, « comment a t-il pu vivre ainsi? ». Parce que j’ai le sentiment, moi aussi en 2020, d’en « avoir travaillé une shot ». Mais, comme ma mère résiliente, je suis le « flow« . Ça ne sert à rien de se lamenter. C’est juste comme ça. Et, sans m’en rendre compte, j’attendrai mes 90 ans. Je me dirais alors: « merci la vie de m’avoir autant appris ».