Le Pacte pour la transition

L’urgence de la situation exige une mobilisation sans précédent et de vigoureuses actions collectives pour protéger le monde dans lequel nous vivons, l’eau, l’air, les sols qui nous nourrissent, nous et nos enfants.

Des changements profonds, sages et intelligents, de nos façons de vivre permettront de soutenir une meilleure qualité de vie ET de maintenir la création d’emplois. Avec les ressources physiques et humaines dont il dispose, avec son sens inné de la coopération et son génie d’innovation, de la permaculture à l’écoconstruction et jusqu’à l’intelligence artificielle, le Québec peut et doit devenir un leader et une inspiration pour le monde entier.

Pour toutes ces raisons, le regroupement « le pacte » propose  ─ un pacte qui n’est pas un engagement à être parfait mais un engagement solennel à réduire son empreinte écologique. Avec la force du nombre, nous pouvons renverser la vapeur, pour la suite du monde.​​

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Curiosité au potager: l’épinard du Caucase

L’épinard vivace du Caucase (image: wallogreen.com)

Le froid… Brrrr! En voyant le petit tapis de neige cette semaine, j’ai compris qu’encore une fois, nous n’allions pas y échapper. Comme bon nombre de québécois, j’ai une relation ambiguë avec la température, surtout en bas du 0. La belle province (moi inclus) aurait tout intérêt à considérer l’agriculture hivernale comme une opportunité, une ressource sur laquelle composer pour se démarquer en agriculture. Concentration des sucres dans la plante, quasi aucun insecte, endormissement des mauvaises herbes, un sol humide constant ne sont que quelques-uns des avantages en faisant abstraction des engelures bien sûr. Suffit de trouver des plantes capables de résister comme celle-ci.

Stephen Barstow surnommé l’homme à la salade extrême (image: botaniska)

De fait, en 2002, l’écrivain britannique Stephen Barstow reçoit un courrier électronique de la suédoise, Lena Israelsson. Elle lui explique qu’elle a déjà écrit plusieurs livres touchant les légumes et les herbes et se dit très intéressée d’essayer de nouvelles espèces, plus spécifiquement des oignons rustiques originaires de Stockholm, son lieu de résidence.  Après échange et en guise de remerciements, elle lui fait parvenir deux bouquins. L’un d’entre eux, intitulé « Köksträdgården: Det Gröna Arvet » (pouvant être traduit grossièrement en français par: « La cuisine du jardin: notre patrimoine comestible »), écrit en 1996, fût une révélation pour lui. Parmi les légumes inhabituels mentionnés dans l’ouvrage, un lui est complètement inconnu; le Hablitzia tamnoides. Sans nom anglais officiel, on le surnomme de manière familier comme l’épinard du Caucase. Après maintes recherches, tant littéraires qu’auprès d’organismes de sauvegarde d’espèces horticoles menacées, il réussit à obtenir des semences grâce a un échange avec un autre suédois.

feuilles matures du hablitzia-tamnoides (image wallogreen.com)

Selon les écrits de Madame  Israelsson, cette variété vivace originaire du Caucase (présente tant au sud qu’au nord), survit dans les forêts d’épinettes et d’hêtres, parmi les rochers à flanc de ravin et le long des rivières. Nommé en l’honneur de Carl Ludwig Hablizl (1752-1821), un botaniste du 18e siècle et vice-gouverneur de Crimée, l’épithète « tamnoides » quant à lui fait référence à sa ressemblance avec la Black Bryony (Tamus communis), un autre cultivar indigène trouvé dans le sud de l’Angleterre, lui aussi alpin et ressemblant à la plante. Dans l’antiquité, les jeunes pousses de Tamus se voyaient apparemment préférées aux asperges et elles s’utilisent encore de nos jours dans divers plats traditionnels printaniers composés d’une cinquantaine d’herbes sauvages et ce, plus particulièrement en Italie. On aurait même retrouvé des graines dans les cales des drakkars vikings retrouvés dans les tourbières danoises d’Oseberg en Norvège occidentale. Vers 1870, la plante aurait été introduite dans les jardins comme grimpante mais il aura fallu quelques années pour découvrir son caractère comestible. Elle n’a jamais eu une très grande popularité mais elle peut s’enorgueillir d’avoir été cultivée dans certains des plus grands jardins de manoir.

En effet, notre spécimen peut grimper jusqu’à une hauteur entre 2 et 3 mètres sur une période échelonnée entre le printemps et le début de l’été. Les feuilles de la base, en forme de cœur, possèdent une longue tige. Les fleurs vertes et petites rappellent un peu le manteau de l’Alchemilla sp.. Les graines, plutôt inhabituelles et petites (environ 1,5 mm) deviennent, à maturité, noires et très brillantes. Elle se multiplie soit via ses graines ou par division des racines. Rustique jusqu’à -40 degrés Celsius, seules les limaces attaquent les jeunes feuilles. Sinon, il n’y a plus de problèmes ou de maladies connues.

Des références littéraires du 19e siècle estiment qu’il se répand comme de la mauvaise herbe mais on l’a trop souvent confondu avec son cousin le chénopode Bon-Henry (Chenopodium bonus-henricus), connu pour son envahissement. La stratification (traitement par le froid) aide à la germination des graines. Au début de son stade de croissance, elle poussera lentement la première année. Mais celui-ci s’accélère dans la seconde pour atteindre sa pleine maturité. À la fois heureux au soleil ou à l’ombre, elle peut s’accommoder du couvert forestier. Cela en fait ainsi une plante fantastique dans un jardin-forêt. Peu exigeant côté fertilisation, elle résiste à la sécheresse et aussi aux gelées tardives. Il pousse même en période de froid sous un couvert de neige et vous pourrez déjà récolter des pousses très tôt au printemps. Vous pourrez l’apprêter partout où l’on exige des épinards. J’oubliais, on estime sa survie entre 20 et 50 ans. Que des avantages pour une culture permanente. Vous pouvez vous en procurer parmi de très rares semenciers au Québec ou au Canada.

Carte postale d’octobre 2018

Récolte du maïs à grain avant l’apparition de la machinerie agricole (image: Ministère de l’agriculture, 1942)

Et voilà! Encore cette année, tout autour de chez-nous des champs à perte de vue de maïs à grain prêts à être récoltés. Du « blé d’Inde à vache » comme dirait nos anciens. Sans l’apparition de la machinerie agricole et l’augmentation de la productivité, jamais de telles superficies n’auraient pu être cultivées. Bon ou mauvais? Voici un autre débat.

Toutefois, comme le montre ces images ci-dessus, imagineriez-vous encore tout faire à la main? Avec le manque de main-d’œuvre, le désintérêt du secteur agricole par les jeunes et l’absence de relève pour de nombreuses fermes, inutile de dire qu’il aurait été impossible de rentabiliser l’entreprise. Couper, entasser les épis de maïs récoltés et les tiges puis les égrener à la main reviendrait à faire faillite. Quoique pour une version agrotouristique, ça pourrait s’avérer une activité familiale de sensibilisation intéressante pour recréer l’esprit d’antan.

Par ailleurs, en 1967, le Ministère de l’agriculture et de la colonisation publia une brochure intitulé « la culture du maïs » dans laquelle les agronomes  Maurice Hardy, Gaétan Lussier et Réal Martineau comparent les périodes de récolte du maïs-fourrager versus celui du maïs-grain (aujourd’hui celui le plus répandu) dans le sud de la province. Dans le premier cas, on l’ensilera au stade de grain denté ou après la première gelée. Dans le deuxième cas, on le récoltera avant les premières grosses gelées meurtrières; l’important étant qu’il contienne un taux d’humidité suffisamment bas pour qu’il se conserve. C’est pour cette raison qu’on entend depuis quelques jours les récolteuses toute la nuit…car « winter is coming« .

 

La tomate « rose italienne »

La tomate rose italienne (photo: Philippe Panassié)

Les québécois ont ceci de particulier. À une certaine époque (entre 1950 et 1980), ils adoraient les tomates roses comparativement au reste du Canada. L’apogée de cette popularité survient dans les années soixante où les compagnies de semences proposaient presque la moitié de leurs choix en tomates roses. Par exemple, que ce soit la Québec no.245, Apha rose, Beauté de Livingstone, Champion naine, Rose de juin, Rose à feuille de patate (McMullen) ou encore la Oxheart (la fameuse « cœur de bœuf »), toutes ont comme point commun la couleur de la chair du fruit… comme celle-ci: la « rose italienne ».

De fait, en provenance du bas Saint-Laurent et plus spécifiquement de Rivière-du-Loup, les semences originent de Madame Francine Mailloux. Qualifiée de plante « costaude » par René Paquet qui a obtenues les graines de celle-ci (été moi de lui), il ajoute que le plant indéterminé aura un « gros rendement » avec des fruits produisant « peu de graines » (à discuter) et « à peau rouge et chair rose ». Ceux-ci pèseront, en général, entre 400 et 850 grammes mais pourront aller au-delà comme en fait fois le spécimen au bas de l’article.

La tomate rose italienne (photo: Philippe Panassié)

Par ailleurs, au début début 2018, j’ai reçu une charmante invitation d’Allemagne de Philippe Panassié (lui-même grand collectionneur de tomates rares) me proposant son aide dans la culture de mes anciennes variétés de tomates; ce que j’accepta avec une très grande gratitude. À la fin de la saison, il me fit parvenir ses semences cultivées, ses observations, ses commentaires et ses photographies. REPRODUCTION DU TEXTE ET DES PHOTOGRAPHIES INTERDITES SANS LE CONSENTEMENT DE PHILIPPE PANASSIÉ.

————– texte de Philippe Panassié ——————–

La tomate rose italienne (phot: Philippe Panassié)

Jolie tomate rose-rouge. Plante très robuste à croissance indéterminée environ 180 cm, feuillage normal, gros fruit rond un peu aplati de 500 à 900 g légèrement côtelé aux épaules, très charnues, chair douce, beaucoup de graines (environ 10 loges). Bonne production de mi-juillet à fin septembre (les changements climatiques qu’on le veuille ou non ont demandé plus d’arrosages que normal et la fin de saison a sans doute été plus précoce: à mi-octobre les plantes sont encore pleine de fruits qui ne mûrirons plus).

La tomate rose italienne (photo: Philippe Panassié)

 

Comme cette année a été sèche, je ne peux pas dire si cette plante est résistante ou non aux maladies cryptogamiques (je l’ai cultivée en extérieur sans abri). J’ai cultivé 7 plantes et ai obtenu une récolte de 3,5 kg par plante, ce qui en saison « normale » devrait pouvoir atteindre 5 kg au vu de ce qui reste encore sur les plantes à mi-octobre. (À noter qu’à la mise en place à mi-mai j’ai fait un arrosage copieux avec purin d’ortie à 20% et qu’ensuite elles ont reçu tous les 15 jours une ration de purin de consoude à 10%). En résumé une bonne grosse tomate à déguster crue avec une pointe de fleur de sel, un voile de poivre, un filet d’huile d’olive et une touche de pesto ou de tapenade, un régal!

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Saviez-vous que? Vous cultivez des anciennes variétés et n’arrivez pas à déterminer leur couleur exacte. Sachez qu’il existe une manière très simple de les distinguer. Consultez mon ancien article inspiré des écrits de Madame Michèle Renaud intitulé « Tomate… rouge ou rose?« .

La culture de la betterave à sucre au début du 20e siècle

À la lumière des méthodes de culture anciennes, nombreuses sont celles méritant d’être réintégrées, voire adaptées à nos pratiques modernes. Je trouves vraiment pertinent d’en faire la recension car elles nous permettent de se réapproprier le savoir de nos aïeux, vieux de plus de 300 ans. La betterave à sucre ou betterave sucrière fût découverte en Europe au 18e siècle. Au début du 20e siècle, on comptait plus de 100 raffinerie aux États-Unis.

De fait, le Canada et les États-Unis étaient les deux pays où il se mangeait le plus de sucre au monde. Par exemple, au début du siècle passé, la consommation annuelle des États-Unis se chiffrait à plus de 12 milliards de livres. Quant à elle, la part moyenne de chaque canadien s’estimait à 105 livres (47.6 kilos) par année. Ayoye! À titre comparatif, nous en absorbons encore aujourd’hui (2018) environ 40 kilos (88 livres). C’est donc vous dire combien cette plante se retrouvait importante dans l’alimentation. Au départ, la culture de la betterave s’est faite d’abord en Ontario, l’Alberta et le Manitoba. La première entreprise viable de transformation du sucre fût construite à Wallaceburg en Ontario en 1902.

Quant à elle, la fabrique de Chatham, construite en 1916, fût considérée comme la plus grande au Canada. Sa production de sucre blanc raffiné dépassait les 60 millions de livre. À quelques kilomètres de là, Pain Court (qu’on prononçait Pincourt); l’un des centres canadien-français les plus florissant de l’Ontario. Avant que l’on y cultive la betterave, Pain Court était une humble paroisse agricole. Son sol mal drainé foisonnait de mauvaises herbes. Un peu de foin, d’avoine et de blé demeurait la principale source de revenus des habitants.

Par ailleurs, Pain Court devait son énorme prospérité à la culture de la betterave à sucre. Là demeurait les familles Roy, Caron, Lévesque, Gagné, Pinsonneault, Martin, Trudel, Béchard, Trahan, Mailhoux, Robert, venus de Saint-Jean-Tracadie, Sorel, Verchères, Saint-Hyacinthe et d’ailleurs. Pour égoutter ces terres basses, on a été obligé de construire de longs et larges canaux. Le niveau du sol étant plus bas que celui du lac Ste-Claire, il a fallu faire monter l’eau des canaux inférieurs aux canaux supérieurs. Ces énormes travaux furent une bénédiction pour la betterave à sucre.

En effet, la betterave exige un sol profond, frais, sans être humide. Les terres fortes, les bonnes terres à grains, si elles sont bien égouttées, conviennent, de même que les terres où la luzerne et le trèfle poussent bien. L’ameublissement profond du sol est essentiel. Remarquez sur la photo ici-contre la couche de terre arable qui varie entre 8 et 10 pouces (20 et 25 cm).

La herse

Après un labour profond et un hersage bien fait, le sol mérite encore beaucoup de soin. Le producteur de betteraves savait très bien qu’à chaque fois qu’il passait le brise-motte, la herse et le rouleau, il diminuait le travail du sarclage à la main, conservait l’eau du sol et augmentait son rendement. C’était la guerre totale aux mauvaises herbes que ce traitement radical faisait disparaître au bout de quelques années. Le rouleau se voyait utilisé fréquemment. Il était important de bien niveler le sol pour obtenir une levée uniforme.

Semoir

Le semoir ensemence quatre rangées à la fois, distant de 22 pouces (55 cm) les uns des autres. La graine est plantée à une profondeur entre 1 pouce et demi à deux pouces (2.5 à 5 cm). On recommandait de semer 15 livres (6.8 kilos) de semences à l’acre. Cette quantité ne devrait pas vous étonner car il faut se rappeler que la semence de betterave n’a souvent qu’un faible pourcentage de germination. Et qu’un dollar de semences investis de plus pour le producteur, pouvait lui en rapporter quinze à la fin de la récolte. Le fumier restait encore le meilleur engrais pour la betterave à sucre.

Épandage de fertilisant

Comme pour toute culture sarclée cependant, il fallait un fumier bien décomposé pour faciliter le contrôle des mauvaises herbes. Dans les anciens écrits, on estimait que les engrais chimiques donnaient un excellent rendement. 200 à 300 livres (90 à 136 kilos) à l’acre avec un mélange de 2-8-10, 2-16-6 ou 2-12-6 était généralement une application suffisante. La formule employée (azote-phosphore-potassium) dépendait de la nature su sol et du système de culture établi.

Sarcleuse

Toutefois, on comprend qu’avec les méthodes de culture biologique actuelles, d’autres alternatives peuvent compenser. Ainsi, aussitôt que l’on pouvait distinguer les rangs de betteraves, on passait la sarcleuse mécanique. Les petits plants n’étaient nullement endommagés car la sarcleuse était munie d’un dispositif facilitant la conduite. Les dents et les disques étaient disposés de manière à laisser une bande de sol non remué de 3 à 4 pouces de largeur (7.5 à 10 cm). L’instrument pouvait sarcler entre 5 à 10 acres (0.02 à 0.04 kilomètres carré) par jour.

Par la suite, le rouleau brisait ce qui restait de croûte en foulant le sol et ainsi diminuant l’évaporation de l’eau nécessaire à la croissance des plantes. La pression du rouleau ne détériorait pas les tiges souples mais forçait les racines à prendre un meilleur contact avec le sol. C’était la lutte pour la survie et les meilleurs plants se redressaient plus vigoureux que jamais. Immédiatement avant l’éclaircissage, avait lieu le deuxième sarclage mécanique.

La houe

On savait qu’il était temps d’éclaircir les rangs lorsque les jeunes plants avaient entre quatre et six feuilles d’environ deux pouces (5 cm) de longueur. La houe dont on se servait possédait un manche d’environ 20 à 24 pouces (50 a 55 cm) de longueur. Comme l’homme devait rester penché pour faire son travail, la houe à long manche l’aurait obligé à se lever et à se courber continuellement; ce qui rendait sa besogne plus pénible. L’éclaircissage consistait à enlever la majeure partie des plants superflus. Le démariage consistait à ne laisser qu’un plant à tous les 12 à 14 pouces (30 à 35 cm). L’éclaircissage et le démariage pouvaient se pratiquer en même temps. Un as pouvait faire son acre (4000 mètres carré) dans la journée. Après le démariage, les jeunes plants sont couchés et il ne semblait pas qu’ils pourront reprendre vie.

Éclaircissage et démariage des rangs de betteraves à sucre

Rouleau

Il était toutefois inutile de les relever par un renchaussage car le lendemain ils se seront déjà redressés. Ce qui n’empêchera pas le rouleau de venir une fois de plus les écraser de nouveau contre terre. Ces épreuves de vitalité étaient nécessaires au développement d’une racine forte et robuste. On sarclait et roulait chaque fois que les mauvaises herbes apparaissaient ou que la croûte de la terre se fendillait.

Sarcleuse modifiée

À mesure que les plants se développent, la sarcleuse devait être modifiée. On enlevait les disques, la forme et la disposition des dents étaient changés de manière à favoriser la croissance des racines. On recommandait de faire au moins cinq sarclages. La sarcleuse n’enlevait pas les mauvaises herbes sur les rangs même. Le sarclage à la main devenait donc nécessaire. Vers la mi-juillet, la famille se donnait rendez-vous dans le champ.

Racines de betteraves

Par ailleurs, puisqu’il est reconnu depuis belle lurette que la betterave améliore le sol, la cultiver c’était augmenter les autres récoltes. La betterave venait en tête de la rotation de la plupart des assolements. La racine de la betterave améliorait le sol en pénétrant parfois jusqu’à plus de six pieds (180 cm) de profondeur. Elle y puise dans le sous-sol l’eau et la nourriture nécessaire là où les autres plantes à racines superficielles sont incapables de s’approvisionner. Après l’arrachage, les bouts de racines se décomposent, enrichissent le sol en humus et favorise l’aération des couches profondes. Les céréales profitent beaucoup des conditions du sol après la culture de la betterave. Dans la région où on l’a pratiqué, les statistiques démontraient que le rendement des céréales étaient de 50 à 100% meilleur que dans les autres régions. Les rendements de 60 à 70 minots (2340 à 2730 litre) à l’acre n’étaient pas rares à Pain Court. La luzerne aidait beaucoup à maintenir la fertilité là où le fumier de ferme ne pouvait suffire. La culture de la betterave allait de paire avec industrie laitière. Les feuilles, la pulpe, les collets et les mélasses étaient une nourriture excellente pour les bestiaux. Il fallait avoir soin d’en servir au vache qu’après la traite, jamais avant, pour que la saveur du lait ne soit pas changée. L’élevage des animaux de boucherie devenait aussi moins coûteux lorsqu’on avait ces déchets pour les engraisser.

L’arracheuse

À la fin de septembre, le temps était idéal pour le temps de la récolte. Les feuilles basses déjà jaunies montraient un premier signe de maturité. L’analyse sur le champ devait révéler une teneur en sucre de la racine dépassant 15%. Avec la venue de la nouvelle machinerie mécanique, récolter la racine n’était plus le travail pénible d’autrefois. L’arracheuse mécanique faisait en quelques heures ce qu’un homme aurait fait en quelques jours. La conduite de l’arracheuse mécanique soulevait les racines si facilement que les chevaux pouvaient marcher aisément sans fatigue. 4 et 5 acres d’arrachage se faisaient par jour sans effort. Dans les terres fortes, deux disques étaient ajoutés à l’instrument pour faciliter le travail. Il arrivait que les mottes adhèrent si fortement à la betterave qu’il fallait passer la herse pour dégager les racines.

Couteau à décolletage

À cette étape, voici venu le temps du « décolletage » des betteraves.  Muni d’un large couteau dont la pointe se termine par un crampon, on pique la betterave adroitement pour la ramasser. On la saisi dans sa main gauche et on la tranche à la base du collet; quant on est pas gaucher, bien entendu. La faucille faisait aussi un bon couteau de décolletage.

En effet, il ne fallait pas juste couper les feuilles mais tout le collet. Le collet (la partir verte) n’est pas riche en sucre et s’il n’était pas convenablement enlevé, le producteur voyait le pourcentage en sucre de sa récolte s’abaisser; diminuant par le fait même le prix payé par la fabrique.

Écimage de la betterave à sucre avant son expédition à la fabrique

Une autre méthode consistait à prendre deux rangs à la fois. On ramassait une betterave à droite, l’autre à gauche. On les choquait ensemble afin de dégager la terre adhérente pour ensuite les jeter en tas. C’est à côté de celui-ci qu’on laissait de côté les feuilles après le décolletage, tandis que les racines étaient lancées sur un tas central pour faciliter le chargement. On pouvait produire jusqu’à 20 tonnes à l’arpent. Si les betteraves n’étaient pas transportées à la fabrique immédiatement, il fallait recouvrir les tas avec les feuilles afin de prévenir les pertes occasionnées par les intempéries.

Les betteraves se voyaient finalement chargées dans un wagon au moyen d’une fourche dont les dents sont arrondies au bout pour ne pas piquer les racines. C’était en tout, 225 000 tonnes par année qui étaient raffinées dans la région de Chatham. Toute une époque!

Ramassage des betteraves à sucre à la main avec une fourche arrondie (Pain Court, 1942)

Chargement de la betterave à sucre avec un convoyeur (Pain Court, 1942)

William Warnock, premier canadien créateur de citrouilles géantes

William Warnock et ses filles, Iris May et Isabelle Grace, la plus grosse citrouille du monde en 1930 (photo: Huron Shores Museum)

Avec le retour de l’automne, les citrouilles réapparaissent un peu partout pour annoncer la venue prochaine de l’Halloween. À les regarder, je me suis demandé par quels concours de circonstances certains spécimens avaient pu devenir si énormes? Il est loin le temps où, grosses comme une balle de baseball, les paresseux géantes de l’Amérique du Sud, s’en nourrissaient au sol. Vous vous en douterez, la contribution de l’homme y a joué un rôle déterminant.

En effet, cet intérêt pour la culture des grosses courges remonte au 19e, un siècle faste pour la dispersion des cucurbitaceas « maxima » à travers le monde.

De fait, les semences ramenées par les capitaines des navires américains via les Antilles et l’Amérique du Sud se retrouvent dans les petits jardins de ces derniers ou remis à des tiers. Parmi ceux-ci, James J.H. Gregory, un cultivateur de Marblehead au Massachusetts, introduisit la courge Hubbard sur le marché de l’oncle Sam en 1854. Vague quant à ses origines, il explique avoir reçu ses graines d’Elizabeth Hubbard, les ayant elle-même obtenues d’un capitaine de bateau du nom de Knott Martin. Avouant n’avoir jamais mangé de courge si bonne, Gregory la nomma en l’honneur de la dame. Aux alentours de 1847, en Amérique et en Angleterre, on voit aussi apparaître une souche de ces Hubbards, encore plus grosse, surnommée  « Mammoth » (Mammouth en français). Pesant souvent plus de 100 livres, c’était, selon le magazine « The Gardeners Assistant » (octobre 1857), « la plus grosse connue au monde ».

Comment faire pousser des grosses citrouilles par Wm Warnock – version anglaise –

On y lit d’ailleurs (en traduction libre): « qu’avec un compost très riche, plantés dans une grande quantité de fumier et dans des conditions climatiques favorables, les fruits atteignent souvent le cap des 120 livres ». Lors d’une exposition à Sutcombe en 1857, dans le Devonshire en Angleterre, on y expose un spécimen de 245 livres. Pour l’époque, c’était le plus lourd jamais enregistré. On arrivait même à le préserver pendant les longs mois d’hiver à condition de l’entreposer dans un endroit sec, aéré et suspendu par un très fort filet.

Par la suite, l’Europe se désintéresse progressivement  de ces « géants ». Au contraire, en Amérique du Nord, les nouveaux records encouragent les férus de cette culture marginale en contribuant à préserver les stocks de semences vivantes. Dans cette vague de passionnés, William Warnock, le premier canadien à marquer l’histoire mondiale du 20e siècle avec une nouvelle variété de courges géantes de type « mammoth ». Supposément de la souche « gros potiron jaune de Paris » obtenue d’Henry David Thoreau, le premier à produire des courges géantes en Amérique du Nord (gagnant au Middlesex Show de 1857 avec un poids de 123.5 livres), il domestiquera davantage la souche.

En effet, dans l’un de leurs catalogues de 1883-1884, le semencier américain « Burpees » fait référence aux dimensions énormes d’une courge d’un producteur canadien de Goderich en l’Ontario, fracassant records après records. Petit fabricant de voitures canadiennes et machiniste / agriculteur, il se distingue avec des échantillons inédits comme on le voit ici-bas. En plus de cultiver cette plante pour nourrir sa famille, ses connaissances acquises de génération en génération, il parvient à perfectionner son art et sélectionne un des plus gros cultivars au monde.

Citrouilles géantes du jardin de William Warnock / année inconnue (photo: Reuben Sallows)

Son premier moment de gloire survient en 1900 où il se rend à Paris lors de la Foire mondiale pour y présenter un fruit pesant 400 livres. Pour cet exploit, il reçoit une médaille en bronze  d’environ 2 1/2 pouces. Autre fait intéressant, notre gagnant réussi à dépasser de 17 livres son record précédent de 1893.

William Warnock de retour de la foire avec ses courges d’exposition en 1898 (photo: Susan Glousher, arrière, arrière petite fille de William Warnock)

Catalogue Reenie 1906 page 27

Loin de s’arrêter, il surpasse encore une fois sa propre marque de 3 livres à la Foire mondiale de St-Louis de 1903. Intéressée, l’entreprise de semences canadienne, « Rennie » lui achète sa citrouille pour en vendre les graines 25¢ le sachet, incluant le secret pour « faire pousser des courges géantes » sous le nom de « Rennie’s Mammoth Green squash ». Selon le livre « Backyard Giants: The passionate heartbreaking and glorius quest to grow the biggest pumpkin ever« , il faudra attendre 73 ans (1976) pour pulvériser ce record avec une citrouille de 451 livres, une marque établie par Bob Ford, un citoyen de Pennsylvanie.

Catalogue canadien Reenie de 1913

Pour les personnes intéressées par le sujet, la Great Pumpkin Commonwealth (GPC) réunit la majorité des concours de citrouilles géantes dans le monde. On y dénombre une quarantaine de sites officiels de pesée dont celui du potirothon de Gentilly. L’apogée de cet événement converge vers le « Weigh off Day », soit la pesée officielle, habituellement prévue vers le premier samedi du mois d’octobre. Si ce genre d’attrait vous attire, sachez qu’elle survient à la dernière semaine de septembre pour celle de Gentilly et la régate en début octobre. Vous ne serez pas surpris d’apprendre qu’on n’a cessé d’atteindre de nouveaux records pour aujourd’hui voir un nouvel exploit inégalé en 2016 avec un fruit de 2624 livres. Ayoye! Jusqu’où va t-on aller?

Record du monde de la plus grosse citrouille 2624 livres en 2016 (photo: bigpumpkins.com)

Saviez-vous que?  La médaille de bronze gagnée par William Warnock se veut identique à celle remise aux sportifs gagnants des Jeux Olympiques de Paris en 1900. Pour le prouver, vous remarquerez le nom du récipiendaire au bas de la pièce à droite.

Médaille gagnée en 1900 par William Warnock lors de la Foire mondiale de Paris (image: Susan Glousher)

Carte postale de septembre 2018

Travaux des champs, 19 août 1913 (image: Collection Monique Mercure-Vézina)

Avec des records de chaleur pulvérisés au Québec en 2018, il devient difficile de croire qu’en 1816, ce fût l’opposé. Appelée l’année sans été, on croit aujourd’hui qu’une telle « plaie d’Égypte » fût attribuable aux éruptions volcaniques du Mont Tambora sur l’île de Sumbawa en Indonésie survenues entre le 5 et le 15 avril 1815. Éjectant des tonnes de poussières volcaniques dans l’atmosphère, l’impact perturba tellement l’équilibre météorologique qu’il détruisit l’été suivant les récoltes du nord-est des États-Unis, celles de l’est du Canada (Bas-canada) et de l’Europe septentrionale.

Dès mai 1816, le gel tua les semis. Au mois de juin, deux blizzards situés dans l’Est du Canada et en Nouvelle-Angleterre emportèrent dans la mort de nombreuses personnes. Presque 30 centimètres de neige tomba sur la ville de Québec durant ce mois-là. Avec d’autres phénomènes météo de même nature pendant l’ensemble de la saison estivale, on comprend qu’il devint très difficile de faire pousser quelques récoltes que ce soit; tant pour les humains que pour le bétail. Si on se fit aux écrits, on vit de la glace sur les lacs et les rivières d’aussi loin vers le sud qu’en Pennsylvanie et cela en juillet et en août. Partout dans les régions touchées, la famine, la mort d’animaux et de personnes, le froid, l’immigration massive vers des régions plus clémentes et l’arrivée de maladies contagieuses me font dire qu’au fond… on était pas si pire que ça.

Les oignons de Beauport

Durant le Régime français et ce, pendant tout le 18e siècle, l’activité économique principale de la Seigneurie de Beauport se résume à l’agriculture. Vers le dernier quart du 19e siècle, la proximité de la ville de Québec poussent les agriculteurs du rang Saint-Joseph à délaisser peu à peu leur mode de vie d’auto-suffisance. Ils conservent l’élevage, une activité traditionnelle, mais mettent de côté la culture du blé pour la remplacer par celle de la culture maraîchère pour fournir les marchés de Québec.

Lavage des légumes chez les Dubeau, 1949 (source: Collection famille Dubeau)

À partir de 1930, ils se consacrent exclusivement à la production de légumes et le paysage agricole se transforme. Bye laiteries, clôtures de perche, bergeries, poulaillers et porcheries. Les granges se reconvertissent pour la préparation des légumes récoltés tels: choux, pommes de terre, laitues pommées, carottes et surtout les « petits oignons », très, très, très en demande. Il est important de préciser que les petits oignons, appelés faussement « échalotes », sont en réalité des oignons verts. Les conditions particulières du rang Saint-Joseph rend cette culture tout à fait adaptée.

En effet, des lots de terres trop étroits et de faibles superficies (en moyenne, 2 arpents de front sur 22 de profondeur) ne permettent aucun élevage laitier rentable et encore moins une culture de céréales.

Chez David Drouin, vers 1940 (source: Collection famille Dubeau)

Par contre, le bon drainage et la qualité de la terre encourage la culture des légumes. En plus, un versant exposé au sud et un ensoleillement maximum permet un réchauffement accru du sol. L’écoulement du ruisseau Rouge et de la rivière Beauport en facilite l’irrigation pendant les période de sécheresse.

Enfin, il est important de souligner l’excellente capacité d’adaptation et le dynamisme de plusieurs familles de jardiniers-maraîchers comme celles les Marcoux, Binet, Mailloux, Drouin, Lortie, Dubeau, Larochelle, Dubé, Jobin, Parent, Renaud et Filteau qui contribuent à la réputation de leurs produits.

Justement, selon l’ouvrage « Découvrir Québec, arrondissement Beauport » Monsieur Réjean Binet, l’un des membres de l’une de ces familles, explique en 1962:

La modernisation et l’expansion des fermes maraîchères étaient plus ou moins généralisées dans tout le voisinage […] à cette époque, on appelait les jardiniers de notre région “les oignons de Beauport”, sans doute parce que beaucoup de maraîchers se spécialisaient dans la culture des “petites échalotes” qu’on appelait aussi “petits oignons”. C’était donc l’époque où nous avons commencé à vraiment optimiser l’utilisation de toute la terre et même à louer des parcelles de terre afin d’augmenter la superficie en culture […].

Pour en savoir davantage sur la magnifique histoire agricole de Beauport, consultezle bel ouvrage historique « Découvrir Québec, arrondissement Beauport« .

Le rang Saint-Joseph à la jonction de la rue Seigneuriale vers 1925 (source: Collection Famille Dubeau)

Enfin de retour!

Je suis de retour après un superbe été ensoleillé. Très heureux de vous retrouver et aussi de vous faire (re)découvrir des pans oubliés de notre histoire agroalimentaire québécois. Je m’appliquerai avec autant de ferveur à faire connaître cette biodiversité en perte de vitesse, si importante. Malheureusement, pour des raisons bien personnelles, j’ai dû me résoudre à mettre de côté la vente de semences ancestrales. Sans entrer dans les détails, la dernière année m’a obligé à rediriger mes énergies.

En effet, depuis plus de 15 ans, j’offrais une multitude de variétés très rares et en voie de disparition. J’en étais très fier. Pour plusieurs, je ne pouvais me résoudre à les voir disparaître dans mon potager. Faut être conséquent n’est-ce pas?

Je me suis donc organisé pour les protéger, notamment en faire bénéficier quelques-uns triés sur le volet. J’avais à cœur de transmettre ces sélections à des gens ayant autant de passion et partageant les mêmes valeurs du vivant. Parmi ceux-ci, Rémy Bousquet, un nouveau producteur d’ail excessivement consciencieux de La Présentation, près de Saint-Hyacinthe. Rencontré lors d’une de mes conférences, j’avais été séduit par son énergie et sa soif d’apprendre. Lui-même fils d’agriculteur, il a roulé sa bosse dans le domaine plusieurs années pour finalement tomber en amour avec cette plante merveilleuse en fondant son entreprise avec sa conjointe Maude. Nommée « la ferme Le champs libre », il avoue candidement avoir fait une faute d’orthographe lors de l’attribution de son nom d’entreprise en croyant, à tort, le mot « champs » invariable avec un « s ». Par une combinaison d’expérimentation, d’auto-apprentissage et d’échanges entre pairs, ce bachelier universitaire offre de multiples variétés d’excellente qualité, dont quelques-unes des miennes. Je vous encourage à le contacter, lui ou sa conjointe, par courriel ou Facebook pour la vente directe. Il se déplace aussi lors d’événements inscrits via sa page Facebook. Je vous encourage à visionner sa capsule vidéo sur sa page pour les connaître davantage. Dans un genre de « donner au suivant », il se dit aussi très intéressé à partager son expérience et ses trucs à toutes personnes désireuses d’en savoir davantage sur cette culture à grande échelle en échange d’un petit coup d’un main. Peut-être qu’un jour j’offrirais à nouveau des semences mais pour le moment, je continuerai d’écrire. C’est la vie!

Moi (à droite) et Rémy Bousquet (à gauche) lors de la récolte d’ail 2018

Fleurs d’antan: la capucine

Illustration botanique de la capucine

Originaire de la cordillère des Andes, entre la Bolivie et le Pérou, la petite capucine (Tropaeolum minus), nasturtium en anglais, fût apportée en Europe aux alentours de 1580. Accolée par les gens des surnoms inexacts de « cresson d’Espagne » et « cresson des Indes » augurant de l’origine du pays par lequel la plante immigrante avait traversé, les Quechuas l’utilisait à la fois comme plante alimentaire et médicinale. Par exemple, Elisabeth Christina von Linné (1743-1782), botaniste et fille de Carl von Linné (1707-1778), père de notre système de classification moderne des plantes, découvrit qu’en mangeant les fleurs ou les feuilles, elle pouvait combattre le scorbut. Depuis, on lui a trouvé d’autres vertus notamment comme tonifiant du cuir chevelu, anti-irritant et antibactérien. Quant à elle, la grande capucine (tropoeolum majus) a été supposément introduite en Hollande en 1684 dans le jardin du comte de Beverning près de Leyde par l’empire colonial néerlandais où, par la suite, on la cultivera surtout dans les jardins de monastères.

D’ailleurs, elle tire son nom vulgaire de l’apparence de sa fleur en forme de « capuce », soit le nom du capuchon taillé en pointe porté par certains moines. Les histoires racontent qu’elle débute vraiment sa période de gloire à la cour du roi de France avec Louis XIV (1638-1715) où ce dernier l’offre en bouquets à Madame de Maintenon (1635-1719), sa fleur favorite. Mère de ses enfants non officieux et femme très pieuse, le roi attentionné savait qu’elles poussaient autour des églises et des jardins de curé; d’où l’attention.

De plus, la couleur de la fleur jouait un rôle important dans la symbolique sentimentale. Par exemple, le blanc se voit synonyme de pureté, le jaune la déclaration du premier amour, l’orange à une volonté de séduction et le rouge à l’amour ardent.

Jeune fille déguisée devant des capucines retombantes (origine et date inconnues)

À l’époque, on l’a aussi comparé à l’ouvrière comme en témoigne cette petite histoire tirée de la Bibliographie Catholique, revue critique des ouvrages de religion, de philosophie, d’histoire, de littérature, d’éducation, etc . (1857, p.144)

Babet à bien des occupations diverses; il n’est pas impossible qu’elle ait oublié d’arroser sa plante, qu’elle néglige de la remplacer à temps par une nouvelle graine. Bah!, bah!, dit la capucine. Ne t’inquiète pas de moi chère enfant, si tu manques un ou deux matins à me donner de l’eau, je serai patiente comme tu es patiente, j’attendrai et tu ne me verras pas la mine moins joyeuse. Je travaillerais aussi fort comme tu travailles, jetant moi-même la graine en terre sans que tu y mettes la main. Que ferais-je de plus pour toi? Tu n’es pas seulement couturière Babet, tu es cuisinière aussi. Et bien! Cueilles mes boutons, prends mes graines, mets-moi en salade, baigne-moi dans le vinaigre, changes-moi en conserve; ce n’est pas assez d’orner ta fenêtre, de réjouir tes yeux, je veux encore donner du piquant à ton dîner.

Capucines grimpantes avec Gordon Eby vers 1910 (photo: semencier du patrimoine no. 31.1)

De fait, tout ou presque de la plante se mange. Les feuilles dans la salade goûtent le cresson piquant, les fleurs le radis et les boutons floraux marinés remplacent les câpres. Ce n’est donc pas un hasard si nos anciens catalogues de semences canadiens d’avant 1910 l’incluaient dans la section des légumes. Vivace en terre d’origine, elle se cultive aisément comme annuelle en région nordique à partir de semis directs. Disponible dans de nombreux coloris, on retrouve des variétés retombantes pour les balconnières, naines pour vos platebandes ou rocailles et grimpantes pour les tonnelles, galeries, clôtures ou encore les treillis. Vous plantez la graine et c’est tout. Vous ai-je dis qu’elle éloignait aussi les pucerons de votre potager? Tout un spécimen. Plantez-la donc autour de votre potager. Une autre merveilleuse plante multi-usage pour la construction d’un aménagement d’un « ancien jardin » comme en témoigne la photo ci-contre.