Les oignons de Beauport

Durant le Régime français et ce, pendant tout le 18e siècle, l’activité économique principale de la Seigneurie de Beauport se résume à l’agriculture. Vers le dernier quart du 19e siècle, la proximité de la ville de Québec poussent les agriculteurs du rang Saint-Joseph à délaisser peu à peu leur mode de vie d’auto-suffisance. Ils conservent l’élevage, une activité traditionnelle, mais mettent de côté la culture du blé pour la remplacer par celle de la culture maraîchère pour fournir les marchés de Québec.

Lavage des légumes chez les Dubeau, 1949 (source: Collection famille Dubeau)

À partir de 1930, ils se consacrent exclusivement à la production de légumes et le paysage agricole se transforme. Bye laiteries, clôtures de perche, bergeries, poulaillers et porcheries. Les granges se reconvertissent pour la préparation des légumes récoltés tels: choux, pommes de terre, laitues pommées, carottes et surtout les « petits oignons », très, très, très en demande. Il est important de préciser que les petits oignons, appelés faussement « échalotes », sont en réalité des oignons verts. Les conditions particulières du rang Saint-Joseph rend cette culture tout à fait adaptée.

En effet, des lots de terres trop étroits et de faibles superficies (en moyenne, 2 arpents de front sur 22 de profondeur) ne permettent aucun élevage laitier rentable et encore moins une culture de céréales.

Chez David Drouin, vers 1940 (source: Collection famille Dubeau)

Par contre, le bon drainage et la qualité de la terre encourage la culture des légumes. En plus, un versant exposé au sud et un ensoleillement maximum permet un réchauffement accru du sol. L’écoulement du ruisseau Rouge et de la rivière Beauport en facilite l’irrigation pendant les période de sécheresse.

Enfin, il est important de souligner l’excellente capacité d’adaptation et le dynamisme de plusieurs familles de jardiniers-maraîchers comme celles les Marcoux, Binet, Mailloux, Drouin, Lortie, Dubeau, Larochelle, Dubé, Jobin, Parent, Renaud et Filteau qui contribuent à la réputation de leurs produits.

Justement, selon l’ouvrage « Découvrir Québec, arrondissement Beauport » Monsieur Réjean Binet, l’un des membres de l’une de ces familles, explique en 1962:

La modernisation et l’expansion des fermes maraîchères étaient plus ou moins généralisées dans tout le voisinage […] à cette époque, on appelait les jardiniers de notre région “les oignons de Beauport”, sans doute parce que beaucoup de maraîchers se spécialisaient dans la culture des “petites échalotes” qu’on appelait aussi “petits oignons”. C’était donc l’époque où nous avons commencé à vraiment optimiser l’utilisation de toute la terre et même à louer des parcelles de terre afin d’augmenter la superficie en culture […].

Pour en savoir davantage sur la magnifique histoire agricole de Beauport, consultezle bel ouvrage historique « Découvrir Québec, arrondissement Beauport« .

Le rang Saint-Joseph à la jonction de la rue Seigneuriale vers 1925 (source: Collection Famille Dubeau)

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Enfin de retour!

Je suis de retour après un superbe été ensoleillé. Très heureux de vous retrouver et aussi de vous faire (re)découvrir des pans oubliés de notre histoire agroalimentaire québécois. Je m’appliquerai avec autant de ferveur à faire connaître cette biodiversité en perte de vitesse, si importante. Malheureusement, pour des raisons bien personnelles, j’ai dû me résoudre à mettre de côté la vente de semences ancestrales. Sans entrer dans les détails, la dernière année m’a obligé à rediriger mes énergies.

En effet, depuis plus de 15 ans, j’offrais une multitude de variétés très rares et en voie de disparition. J’en étais très fier. Pour plusieurs, je ne pouvais me résoudre à les voir disparaître dans mon potager. Faut être conséquent n’est-ce pas?

Je me suis donc organisé pour les protéger, notamment en faire bénéficier quelques-uns triés sur le volet. J’avais à cœur de transmettre ces sélections à des gens ayant autant de passion et partageant les mêmes valeurs du vivant. Parmi ceux-ci, Rémy Bousquet, un nouveau producteur d’ail excessivement consciencieux de La Présentation, près de Saint-Hyacinthe. Rencontré lors d’une de mes conférences, j’avais été séduit par son énergie et sa soif d’apprendre. Lui-même fils d’agriculteur, il a roulé sa bosse dans le domaine plusieurs années pour finalement tomber en amour avec cette plante merveilleuse en fondant son entreprise avec sa conjointe Maude. Nommée « la ferme Le champs libre », il avoue candidement avoir fait une faute d’orthographe lors de l’attribution de son nom d’entreprise en croyant, à tort, le mot « champs » invariable avec un « s ». Par une combinaison d’expérimentation, d’auto-apprentissage et d’échanges entre pairs, ce bachelier universitaire offre de multiples variétés d’excellente qualité, dont quelques-unes des miennes. Je vous encourage à le contacter, lui ou sa conjointe, par courriel ou Facebook pour la vente directe. Il se déplace aussi lors d’événements inscrits via sa page Facebook. Je vous encourage à visionner sa capsule vidéo sur sa page pour les connaître davantage. Dans un genre de « donner au suivant », il se dit aussi très intéressé à partager son expérience et ses trucs à toutes personnes désireuses d’en savoir davantage sur cette culture à grande échelle en échange d’un petit coup d’un main. Peut-être qu’un jour j’offrirais à nouveau des semences mais pour le moment, je continuerai d’écrire. C’est la vie!

Moi (à droite) et Rémy Bousquet (à gauche) lors de la récolte d’ail 2018

Fleurs d’antan: la capucine

Illustration botanique de la capucine

Originaire de la cordillère des Andes, entre la Bolivie et le Pérou, la petite capucine (Tropaeolum minus), nasturtium en anglais, fût apportée en Europe aux alentours de 1580. Accolée par les gens des surnoms inexacts de « cresson d’Espagne » et « cresson des Indes » augurant de l’origine du pays par lequel la plante immigrante avait traversé, les Quechuas l’utilisait à la fois comme plante alimentaire et médicinale. Par exemple, Elisabeth Christina von Linné (1743-1782), botaniste et fille de Carl von Linné (1707-1778), père de notre système de classification moderne des plantes, découvrit qu’en mangeant les fleurs ou les feuilles, elle pouvait combattre le scorbut. Depuis, on lui a trouvé d’autres vertus notamment comme tonifiant du cuir chevelu, anti-irritant et antibactérien. Quant à elle, la grande capucine (tropoeolum majus) a été supposément introduite en Hollande en 1684 dans le jardin du comte de Beverning près de Leyde par l’empire colonial néerlandais où, par la suite, on la cultivera surtout dans les jardins de monastères.

D’ailleurs, elle tire son nom vulgaire de l’apparence de sa fleur en forme de « capuce », soit le nom du capuchon taillé en pointe porté par certains moines. Les histoires racontent qu’elle débute vraiment sa période de gloire à la cour du roi de France avec Louis XIV (1638-1715) où ce dernier l’offre en bouquets à Madame de Maintenon (1635-1719), sa fleur favorite. Mère de ses enfants non officieux et femme très pieuse, le roi attentionné savait qu’elles poussaient autour des églises et des jardins de curé; d’où l’attention.

De plus, la couleur de la fleur jouait un rôle important dans la symbolique sentimentale. Par exemple, le blanc se voit synonyme de pureté, le jaune la déclaration du premier amour, l’orange à une volonté de séduction et le rouge à l’amour ardent.

Jeune fille déguisée devant des capucines retombantes (origine et date inconnues)

À l’époque, on l’a aussi comparé à l’ouvrière comme en témoigne cette petite histoire tirée de la Bibliographie Catholique, revue critique des ouvrages de religion, de philosophie, d’histoire, de littérature, d’éducation, etc . (1857, p.144)

Babet à bien des occupations diverses; il n’est pas impossible qu’elle ait oublié d’arroser sa plante, qu’elle néglige de la remplacer à temps par une nouvelle graine. Bah!, bah!, dit la capucine. Ne t’inquiète pas de moi chère enfant, si tu manques un ou deux matins à me donner de l’eau, je serai patiente comme tu es patiente, j’attendrai et tu ne me verras pas la mine moins joyeuse. Je travaillerais aussi fort comme tu travailles, jetant moi-même la graine en terre sans que tu y mettes la main. Que ferais-je de plus pour toi? Tu n’es pas seulement couturière Babet, tu es cuisinière aussi. Et bien! Cueilles mes boutons, prends mes graines, mets-moi en salade, baigne-moi dans le vinaigre, changes-moi en conserve; ce n’est pas assez d’orner ta fenêtre, de réjouir tes yeux, je veux encore donner du piquant à ton dîner.

Capucines grimpantes avec Gordon Eby vers 1910 (photo: semencier du patrimoine no. 31.1)

De fait, tout ou presque de la plante se mange. Les feuilles dans la salade goûtent le cresson piquant, les fleurs le radis et les boutons floraux marinés remplacent les câpres. Ce n’est donc pas un hasard si nos anciens catalogues de semences canadiens d’avant 1910 l’incluaient dans la section des légumes. Vivace en terre d’origine, elle se cultive aisément comme annuelle en région nordique à partir de semis directs. Disponible dans de nombreux coloris, on retrouve des variétés retombantes pour les balconnières, naines pour vos platebandes ou rocailles et grimpantes pour les tonnelles, galeries, clôtures ou encore les treillis. Vous plantez la graine et c’est tout. Vous ai-je dis qu’elle éloignait aussi les pucerons de votre potager? Tout un spécimen. Plantez-la donc autour de votre potager. Une autre merveilleuse plante multi-usage pour la construction d’un aménagement d’un « ancien jardin » comme en témoigne la photo ci-contre.

Fleurs d’antan: la pivoine

Je laisse de côté les fruits, légumes et fines herbes pour quelques semaines m’attarder sur les fleurs. J’ai amassé pas mal de trucs dans ma boîte d’articles brouillons à leur sujet et je me sens d’inspiration. Elles nous côtoient depuis toujours et pas juste comme plante d’agrément. J’opterai pour un angle typiquement « potagers d’antan » comme toujours. Bonne lecture!

Inga Jewel penchée vers un massif de pivoines, 29 juin 1943 (photo: Conrad Poirier)

Durant ma jeunesse, je me souviens des énormes pivoines ornant le bureau des enseignantes au mois de juin. Cette pensée a refait surface la semaine dernière après avoir souligné la fin du primaire de ma fille. Leur odeur enivrante et le colori des fleurs me rappellent tellement le début des vacances scolaires. J’imagine qu’à leur tour, mes rejetons se créeront leur propre mémoire visuelle et olfactive.

Bosquet de pivoines au Jardin botanique de Montréal, 29 juin 1943 (photo: Conrad Poirier)

Quoi qu’il en soit, l’enchantement de cette plante remonte très loin dans temps soit jusqu’aux botanistes occidentaux de la fin du 17e siècle où déjà, les jardiniers chinois réussissaient à créer des variétés à partir d’espèces indigènes de leur pays. Dans son livre de 1753 intitulé Species Plantarum, le naturaliste suédois Carl Von Linné lui donnera le nom latin aujourd’hui reconnu de pæonia en référence au plus ancien guérisseur des Dieux de la Grèce antique dénommé Péon. En herboristerie la plante s’utilise justement de manière traditionnelle pour soigner la toux nerveuse car on en fait des sirops calmants. Les fleurs entrent aussi dans la composition de suppositoires pour soulager les douleurs anales et intestinales. Évidemment, consultez une ressource professionnelle pour un accompagnement adapté.

Par ailleurs, Pline l’ancien (23-79), un naturaliste romain, considérait la pivoine officinale (pæonia officinalis ou petite pivoine herbacée d’Europe) comme étant la plus ancienne des fleurs cultivées. Admirées à Versailles, elle compta très vite parmi les «fleurs du roi». Facile à multiplier, les nobles l’ont ajouté à leur collection jusqu’aux jours où il y en avait partout… même chez les « pauvres ». Évidemment, pour ne pas s’associer aux miséreux, les « riches » les arrachèrent aussitôt de leurs parterres et platebandes.

Elle s’est donc rapidement retrouvée chez-nous au Québec. Si vous vous attardez à admirer les devantures d’anciennes maisons, il y en a sûrement une quelque part. Son espérance de vie et sa résistance l’aident à perdurer dans le temps. D’une viabilité estimée entre 30 et 100 ans, voire, selon certaines sources, jusqu’à 500 ans pour de très vieux cultivars, ce n’est pas un hasard si elles accompagnent nos anciens bâtiments. Elle demande peu d’entretien et s’acclimate de tous les types de sols si ce n’est un site avec un minimum de 6 heures d’ensoleillement. Lors d’une entrevue radiophonique, à l’émission « La semaine verte », du 11 juin 2011 à Radio-Canada, Martinus Mooijekind, alors président de la Société québécoise de la pivoine, y faisait mention des plus anciennes pivoines cultivées au Canada telles la Sarah Bernhardt (1906), la Kansas (1940) et la Mother’s choice (1950). Mais il y en a d’autres encore plus anciennes si vous cherchez un peu. Par exemple, dans le catalogue de semences Dupuy & Ferguson de 1929, on en dénombre pas moins de 175 variétés avec des appellations telles Duchesse de Nemours (1856), Madame Auguste Dessert (1899), Eugène Verdier (1864), Lamartine (1860) et Victor Hugo (1885). Je n’ai aucune idée si ces dernières existent encore. Pour les intéressés, sachez que la société canadienne des pivoines propose des échanges de graines de multiples variétés entre membres. Pour les plus pressés, vous pouvez facilement en trouver sur Internet et commander des racines en ligne chez plusieurs entreprises québécoises. Il en existerait près de 5000 variétés. Elle prend entre 3 et 5 ans pour s’établir mais elle devient une plante merveilleuse et incontournable pour recréer un aménagement paysager d’antan comme le montre la photo ici-bas.

Promeneuse dans une allée bordée de fleurs, des pivoines, sur le parterre de l’Hôtel de ville de Westmount, 14 juin 1938 (photo: Conrad Poirier)

Carte postale du mois de juin 2018

Maison-mère de l’Hôtel-Dieu et son jardin… date inconnue (photo: La Presse).

Au VIe siècle, les bénédictins (ou ordre de Saint-Benoît) furent les premiers religieux à devenir végétariens en adhérant à ce mode d’alimentation. L’objectif du fondateur, Benoît de Nursie (ou Saint-Benoît) demeurait la recherche de Dieu. Par conséquent, l’énergie des moines devait se diriger vers ce but ultime.

Selon les règles de Saint-Benoît :

Le monastère doit, autant que possible, être disposé de telle sorte que l’on y trouve tout le nécessaire : de l’eau, un moulin, un jardin et des ateliers pour qu’on puisse pratiquer les divers métiers à l’intérieur de la clôture. De telle sorte que les moines n’auront pas besoin de se disperser au-dehors, ce qui n’est pas du tout avantageux pour leurs âmes.

De plus, en agissant ainsi, ils « s’abaissaient » au niveau du petit peuple et par la même occasion syntonisaient leurs valeurs liées à l’humilité, la pauvreté et celles du partage.

En effet, contrairement à l’alimentation de la royauté et de la noblesse, où viande, pain et vin côtoyaient épices, noix et fromage, le paysan devait très souvent se contenter de racines, herbes et petits fruits, voire moins en temps de disette. Il n’est pas surprenant qu’une multitude d’autres communautés religieuses aient emprunté les mêmes courants de pensée et leurs méthodes de production alimentaire lors de leur fondation.

Religieuses dans le jardin du cloître de l’Hôtel-Dieu Vers 1970 (photo: Arbour Landry)

Par exemple, les communautés cloîtrées, comme celle des Hospitalières de Saint-Joseph vivaient dans un espace privé fermé au public jusqu’à la seconde moitié du XXe siècle. Elles étaient séparées du monde extérieur par un mur d’enceinte entourant tout le monastère érigé en 1861 suite à leur déménagement du Vieux-Montréal et ce, jusqu’à leur emplacement actuel au pied du Mont Royal. Ces jardins assuraient subsistance monétaire et alimentaire à l’hôpital et aux hospitalières grâce à la vente de denrées mais aussi des moments de repos et de contemplation. En 1950, une religieuse hospitalière bénéficiait d’un seul jour de congé par an et celui-ci se prenait dans les jardins. Il se devait donc d’être très reposant. Les jardins de l’Hôtel-Dieu jouit aujourd’hui d’une reconnaissance historique. Situé dans l’arrondissement du Mont Royal, on peut le visiter à de rares moments dans l’année et les places s’envolent rapidement.

Toutefois, les lieux ont bien changés mais il reste un petit potager, le jardin de l’hôpital avec ses plantes médicinales et un beau verger (avec de vieux pêchers, pommiers et pruniers) qu’on reboise encore aujourd’hui. L’ancien caveau à légumes sert encore d’entrepôt notamment pour les pommes. Il y a quantité de fleurs et d’arbres de toutes sortes; un véritable oasis caché en pleine ville. Une belle visite pour les curieux et les amoureux du jardinage empreinte d’une atmosphère d’antan.

Plan des lieux de 1734 à 1828 (image: Musée des hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Montréal)

Plan des lieux de 1734 à 1828 (image: Musée des hospitalières de l’Hôtel-Dieu de Montréal)

La pomme St-Hilaire

Pomme Saint-Hilaire

Ah! les anciennes pommes québécoises! Il y en a tellement dans l’histoire de notre patrimoine agricole qu’elles occuperaient plusieurs articles. Pour éviter une certaine redondance et une lassitude pour vous lectrices et lecteurs, je distance mes écrits sur le sujet.

Surnommée aussi « Cabane du Chien », « Fameuse Baldwin » ou simplement « Hilaire », le rapport du Montreal Agricultural and Horticultural Society de janvier 1847, retrace l’arbre originel au verger d’Alexis Déry (1789-1858) situé à Mont-Saint-Hilaire en Montérégie. Tué par les chenilles aux environs de 1822, on l’avait déjà propagé de façon limitée pendant de nombreuses années en observant sa tendance à produire un fruit dont la saveur s’intensifiait en fin de saison. Créé à partir de pépins de la « Fameuse« , cette variété devrait justement s’utiliser là où cette dernière produit mal.

Par ailleurs, on retrouve sa trace dans plusieurs anciens écrits tels, par exemple, le mensuel de la « Pomologie française » publié par la Société de pomologique de France en 1912. On qualifie l’arbre comme produisant des fruits de formats gros à moyen, globuleux, plus ou moins aplatis et irréguliers. La peau mince, tendre, lisse, jaune pâle ou blanchâtre est presque entièrement couverte d’une beau rouge, qui elle, est recouverte d’une pruine peu visible. La chair, quant à elle, aura une couleur blanchâtre, parfois teintée de rouge et elle sera aussi juteuse, croquante, tendre, incluant une texture fine. Les écrits scientifiques décrivent sa saveur comme « vive, sub-acide » et sa capacité d’entreposage de « bonne à très bonne », soit jusqu’en janvier. On qualifie finalement le pommier quant à lui de « rustique, grand, vigoureux et produisant abondamment une année sur deux ».

SAVIEZ-VOUS QUE?: Dans la tradition orale, on entend de temps à autre de vieux pommiculteurs parler qu’au moment de planter leurs jeunes pommiers, ils disposaient une dalle ou quelque chose de plat (ex: une pierre) sous les racines de l’arbre. Ce stratégème obligeait les racines à contourner l’objet en se frayant un passage au ras du sol, là où se trouve la matière organique plus abondante plutôt qu’en profondeur. Les racines s’étallaient ainsi à l’horizontale plutôt qu’à la verticale. En ingérant davantage de matières organiques, l’arbre se fortifiait, donc plus résistant. Par la même occasion, cet apport d’énergie se transmettait aux fruits. Un truc simple mais efficace.

Édouard-André Barnard (1835-1898), grand éducateur agricole

Édouard-André Barnard (photo: Wikimedia commons)

2018 marque le 120e anniversaire du décès de Édouard-André Barnard (baptisé Edward André Benjamin). Pourquoi souligner cet anniversaire?

En fait, Barnard fût à l’origine de moults changements qui, encore aujourd’hui, touchent le monde agricole québécois. Né à Trois-Rivières en 1835, il interrompt ses études au séminaire de Nicolet en 1851 pour devenir commis-marchand à Trois-Rivières, puis à Montréal, avant de revenir s’occuper des terres de son père malade aux prises avec des difficultés financières. En 1867, il complète des études en droit tout en poursuivant l’exploitation agricole familiale. Un détour déplaisant dans l’armée d’une année le ramène chez-lui pour poursuivre ses expérimentations à la ferme. À partir de là, il devient correspondant pour l’hebdomadaire « Semaine Agricole » pour en devenir le rédacteur en chef. Il commence, du même coup, à offrir des conférences sur l’agriculture; une activité remarquée par Louis Archambeault, commissaire de l’Agriculture et des Travaux publics de la province de Québec. Ce dernier lui propose en 1871 un poste d’agent d’immigration pour l’Europe; qu’il accepte. L’objectif de cette mission étant de « faire venir de bons agriculteurs francophones et catholiques de France, Belgique et de Suisse« . À son retour, on l’attitre au poste d’agent de colonisation et il parcours les régions rurales pour offrir des rencontres de groupes sur l’art de bien cultiver. Cette tâche aura, selon toute vraisemblance, ouvert la voie à un réseau de conférenciers agricoles faisant la promotion du savoir agronomique.

On lui doit d’ailleurs l’implantation de la culture de la betterave à sucre pour diminuer la dépendance au sucre importé. À la création de la Confédération en 1867 et le remplacement de la Chambre d’agriculture du Bas-Canada par le Conseil d’agriculture de la province de Québec, il encourage beaucoup la mise sur pied des cercles agricoles. Établis dans chaque paroisse, le gouvernement n’en reconnaîtra la pertinence qu’en 1894, un événement qui, avec du recul, a permis le lancement d’un grand mouvement coopératif et de modernisation. En 1876, Bernard obtient le poste de directeur de l’agriculture du département de l’Agriculture et des Travaux publics et, par la même occasion, la responsabilité d’une nouvelle publication intitulée « Journal d’agriculture ». En combinant ces deux fonctions, cela lui laisse toute la latitude à ces idées de réformes par l’éducation.

Toutefois, l’une de ses plus grande contribution demeurera le développement de l’industrie laitière. Par ses actions, on voit une croissance fulgurante des exportations du beurre et du fromage amenant une nouvelle prospérité dans les campagnes en 1882. Il vante justement les qualités laitières de la vache canadienne et lui attitre un statut de « race pure ». Il devient également l’instigateur de la première école, celle des Ursulines de Roberval (1891-1895) dont la mission consiste à instruire les futures conjointes des cultivateurs aux secrets de l’économie domestique agricole. Avec la venue d’un nouveau gouvernement conservateur, celui d’Honoré Mercier, on le nomme secrétaire du Conseil d’Agriculture. Cette démotion ne l’empêche pas d’élaborer les règlements du Mérite agricole en 1890. Cet ordre reprend la pratique des concours de fermes organisés par les sociétés d’agriculture de comté sous les auspices du Conseil d’agriculture et s’inspirera de la loi française de Jules Méline ayant créé le Mérite agricole en 1883.

École Ménagère, Ursulines de Roberval, Lac St. Jean 19–? (Image: Bibliothèque et Archives Nationales du Québec)

Toutefois, d’après Barnard lui-même, qui travaille à ce projet depuis plusieurs années, la ressemblance s’arrête au nom car, dans le cas français, c’est une distinction honorifique et discrétionnaire offerte par le gouvernement pour couronner une longue et fructueuse carrière agricole, alors qu’au Québec il s’agit d’un concours avec un jury indépendant qui visite les exploitations.

Manuel d’agriculture de Édouard-André Barnard (1875)

À la fin de 1893, Barnard rédige l’ouvrage majeur de sa vie intitulé « Manuel d’agriculture« . Ses multiples causeries agricoles et son expérience personnelle l’aident à pondre l’un des premiers ouvrages d’agronomie typiquement québécois au service de l’agriculture. S’ensuit la publication d’un deuxième livre, la « Colonisation bien faite ». Sous son influence et celle du clergé, ils convaincront la mise sur pied d’une formation universitaire en agronomie; dont les premiers bacheliers graduent en 1913. Il travaillera jusqu’à sa mort en 1898 en combinant une présidence au sein de la Société générale des éleveurs d’animaux de pure race du Québec (entre 1895-1898), une présence comme secrétaire de la Société des bons chemins (1895) et l’invention (non breveté) d’un nouvel engrais chimique. Vous ais-je aussi dit qu’avec sa conjointe, Amélie Chapais (fille de Jean-Charles Chapais) ils avaient eu 14 enfants (dont 3 morts en bas âge). Wow! Quelle vie!

Pour en savoir davantage sur l’homme, consultez sa biographie plus détaillée.

La journée horticole de Saint-Ours

Une première pour la municipalité de Saint-Ours.

En effet, samedi le 02 juin prochain, entre 10h00 et 16:30 venez assister à des conférences gratuites autour de leur journée horticole. Pour cette nouveauté, les responsables m’ont gentiment invité à tenir une présentation à 13:00 sur les semences ancestrales. Pour celle-ci, j’apporterai, entre autre, des spécimens uniques à faire tirer ou à offrir aux gens qui participeront  (j’hésite encore quant à la formule à adopter). N’hésitez pas non plus à apporter vos propres plantes alimentaires de famille car mes plus belles trouvailles l’ont été lors d’échanges. J’aime toujours apprendre leurs histoires et leur chemin parcouru. Ce sera un bon moment pour partager. Au plaisir de vous rencontrer lors de cette journée.

Une forêt nourricière « témoin » au Fort Chambly

Jardin-forêt nourricier 2018 (photo: Hélène Coulombe, Agente de développement de produits, Parcs Canada)

Pour la première journée de leur calendrier 2018, les responsables du Fort Chambly m’ont gentiment invité à participer au lancement de leur nouvelle saison et l’inauguration de l’exposition « Contrebande, une exposition à déjouer ». Pour ma part, aidé aussi d’autres professionnels du domaine et des animateurs du Fort, je planterai et animerai un nouvel aménagement de leur forêt nourricière, le samedi, 19 mai (entre 13:00 et 16:00), beau temps, mauvais temps. Je vous préviens, j’ai plein d’anecdotes à vous raconter. C’est gratuit! Une foule d’autres activités vous seront aussi présentées durant cette journée. C’est un rendez-vous.

Jardin-forêt nourricier 2018 (photo: Hélène Coulombe, Agente de développement de produits, Parcs Canada)

Carte postale de mai 2018

Ah les pomme de terre! Tant de choses à dire sur ce tubercule. Pourquoi l’explorateur-botaniste Pehr Kalm n’en trouve t-il pas dans les potagers de Nouvelle-France lors de son voyage de 40 jours en 1749? Cela ne veut pas dire qu’il n’y en avait pas puisqu’on connaissait déjà son existence et ses propriétés gastronomiques en Europe depuis le 16e siècle.

En fait, il y a de fortes chances pour que la réponse vienne de France où l’on considérait, à cette époque, qu’en manger pouvait rendre stérile, causer des maladies, voire mourir. J’imagine que ça donne pas trop envie aux colons d’en cultiver même sur le nouveau continent. Ainsi, il aura fallu un décret du tribunal révolutionnaire de France le 25 nivôse an 1  (25 avril 1792) pour obliger les agriculteurs à en planter.

Qui plus est, selon Jean-Marie Francoeur, auteur du livre « Genèse de la cuisine québécoise« :

Ailleurs en Europe, le roi de Prusse Frédéric II somme ses paysans de la cultiver, sinon on leur coupe les oreilles et le nez ! Nicolas Ier de Russie offre un choix à ses serfs : ou ils cultivent la pomme de terre ou c’est la Sibérie !

On ne niaise plus. J’aurai moi-même planté n’importe quoi en recevant la menace des autorités de m’amputer un membre.

Bref, ce n’est pas sans heurt qu’aujourd’hui cette plante à pris une si grande place dans notre alimentation et devenue, par la même occasion, la reine de nos fameux stands à patates. Pour les curieux d’en savoir davantage, consultez l’ouvrage « Épatante patate » relatant son histoire et son apport au patrimoine culturel du Québec. Y’a pas à dire, les chemins tortueux parcourus par nos fruits et légumes m’émerveillent à chaque fois.