Valoriser vos déchets au potager: vos bas nylon

Achat d’un bas nylon (photo: Conrad Poirier, 1948)

Lors d’un appel à tous pour récupérer de vieux bas nylon dans mon entourage, la question la plus fréquente fût: « qu’est-ce que tu veux faire avec ça ? ». Ma famille, mes amis, mes voisins et mes collègues de travail de longue date ne me posent plus la question car ils savent qu’il y a un lien avec le jardinage. Malgré cela, il leur arrive de demander à quels objectifs leurs « détritus » vont me servir. Question légitime car on pourrait penser à mal.

En effet, durant l’hiver avec la pesanteur de la neige mouillée sur les branches ou lors de grands vents d’été, il arrive qu’elles cassent. Si elles tiennent encore à l’arbre grâce à l’écorce, il est possible de refermer la blessure en l’attachant de manière solide avec un matériau non irritant comme par exemple un morceau de tissu recyclé ou, justement, de vieux bas nylon. L’écorce intacte permettra à la sève de continuer à circuler et la branche se ressoudera tranquillement; un peu comme lorsqu’on pratique une greffe sur un arbre fruitier. Bon, ça semble facile écrit de cette façon mais tout dépendant de la grosseur de la branche et de l’endroit de la blessure, vous devrez peut-être aider votre attache en installant un support, une attelle, voire la couper si trop endommagée. Plus facile à effectuer sur vos petits arbres ou arbustes.

Bas de nylon comme attaches à un tuteur

Toutefois, ma plus grande préoccupation concerne les mulots, lièvres et tout animal à l’affût d’une belle base  de tronc d’arbre à grignoter. Après avoir testé différents produits vendus sur le marché, mon meilleur rapport qualité-prix-protection revient au bon vieux bas de nylon récupéré.

De fait, les matériaux inertes étouffent le tronc après un certain temps lorsqu’on les oublient. Les spirales en plastique, peu dispendieuses, vont casser et les rongeurs parviennent quand même à passer au travers. Les tubes (ex: pour l’irrigation) fabriqués soi-même sont trop larges. Pire, ils fournissent souvent un abri aux rongeurs ou aux fourmis qui y font leur nid. Alors, soit l’arbre se fait bouffer l’écorce par les souriceaux ou les fourmis, avec leurs tunnels, assèchent les racines. Dans tous les cas, l’arbre meurt. J’en ai perdu beaucoup par ignorance.

Donc, perte de temps, d’argent, d’énergie et d’intérêt. Le bas de nylon… wow! Il laisse passer l’air, reste flexible, rapide d’installation, protège contre le fil du coupe-bordure et il résiste aux intempéries. Il se peut que vous deviez en utiliser plusieurs tout dépendant de la grosseur de vos arbres. Évidemment, l’élasticité va en diminuant avec le temps. Mais, tant qu’à jeter à cause des déchirures ou des trous, autant les réutiliser à bon escient. En passant, parfait également pour vos plants de tomate ou vos autres plantes nécessitant d’être attachés.

Outre pour ces trois premières utilités, mon passé de semencier m’a aussi amené à les réhabiliter comme outil de conservation pour mes bulbes séchés notamment les oignons. La vidéo ici-bas se veut la meilleure manière d’illustrer mes propos. Malheureusement, je n’ai pu trouver qu’une version anglaise mais les images parlent d’elles-mêmes. Si vous les entreposez dans un lieu froid et à l’abri de la lumière, cette stratégie permettra d’allonger leur période de conservation de plusieurs mois; juste à temps pour la replantation au printemps. Il est important de préciser qu’avant de les déposer dans leur bas nylon, le séchage des tubercules doit être optimum sinon vous la moisissure et la pourriture vous guettent. Consulter ma section « production de vos semences » pour plus d’infos sur la manière de produire et conserver vos semences d’oignon.

De même, plusieurs des semences de mes précieuses anciennes variétés se devaient d’être protégées des animaux et des insectes notamment pour assurer une croissance saine ou simplement pour empêcher qu’elles soient mangées. Encore une fois, l’utilisation de bas nylon m’assurait une protection quasi optimale. Bien qu’inesthétique, « ça fait la job » comme on dit chez-nous.

Finalement, en faisant quelques recherches, j’ai trouvé cette astuce, c’est-à-dire des sacs de trempage pour du thé de compost. J’avoue, je ne l’ai pas encore testé; peut-être cet été. J’y reviendrai. Remplissez une jambe avec du compost. Attachez l’extrémité ouverte et laissez reposer dans 5 gallons (11 litres) d’eau pendant une journée. Lorsque prêt, appliquer le thé de compost riche en nutriments sur vos plantes en soulevant le nylon et verser le thé dans un arrosoir. Réutiliser plusieurs fois la même section de votre bas nylon, en vidant le compost usagé et en le remplissant à nouveau entre les trempages.

Vous avez d’autres applications aux bas de nylon pour le jardinage, laissez vos trucs de grands-mères dans la section commentaires. Merci!

2 millions de fois… merci!

Michel Richard, jardinier-blogueur (photo: mon bon ami Yannick Rétif)

Cette semaine, j’ai vu le chiffre magique de « 2 millions de visites » à mon compteur de fréquentation. Jamais, jamais, jamais, je n’aurai imaginé atteindre ce sommet et cela, grâce à vous. En décidant de débuter ce blogue en 2010 et traiter du monde méconnu des variétés ancestrales du Québec, mon sentiment premier me portait à croire qu’un tel sujet n’intéresserait presque personne sinon quelques férus comme moi. Et bien, me voilà gouré sur toute la ligne. J’imagine qu’être l’un des rares à traiter de ce thème de manière assidue doit aider mais je ne dois pas sous-estimer un élément fondamental… votre fidélité.

En effet, vous êtes maintenant des milliers d’abonnés. 900 personnes fréquentent cet humble blogue de manière quotidienne. Parfois, ça frise le 2500 par jour selon les moments de l’année. Yahoo!!!! Il y a sûrement quelques faux clics dans ces chiffres mais la tendance demeure. Et chose encore plus touchante pour moi après plus de 700 articles, ceux en lien avec la multiplication et la préservation de vos semences demeure LE sujet le plus consulté et ce, depuis mes débuts. Je peux me dire « mission accomplie ». Cet ancien savoir et ces trésors pourront se perpétuer pour nos générations futures. Vous pourrez le transmettre vous-mêmes à vos enfants, amis-es et connaissances. Bravo!

Pour cette occasion, je voulais vous le dire moi-même de visu. Vous montrer la binette derrière le clavier dans son sous-sol de sa maison ancestrale. Nombreux abonnés et amis-es savent ma réserve à m’afficher. Je veux concentrer les énergies au sujet et non sur ma personne. Et il a bien changé celui qui, il y a 20 ans, a débuté cette aventure. Un peu plus de blanc et de gris, des rides, quelques courbatures plus longues à soulager mais toujours curieux…. intéressé… et cette flamme à l’intérieur de lui désireux de vous montrer ce monde merveilleux accessible à tous et pour tous les âges. Avec ce renouveau pour le jardinage, l’autonomie alimentaire et l’agriculture biologique, le sujet se veut encore plus d’actualité et je vais m’employer à suivre le flot. Comme le dit l’adage « ce n’est pas parce que je suis un vieux pommier que je donnes de vieilles pommes ». Je m’adapte mais curieusement, ça me ramène souvent à notre patrimoine, là où on avait déjà trouvé les réponses.

Je termine en vous remerciant pour tous vos fantastiques commentaires, ajouts de liens ou ressources, anecdotes, suggestions et compléments d’infos. Ils me font toujours autant plaisir et contribuent à rehausser la valeur de mes écrits. Deux millions de fois merci de me laisser entrer dans vos milliers de boîtes aux lettres virtuelles, vos pages Facebook et prendre de votre précieux temps d’attention pour me lire. C’est un honneur pour moi. Et qui sait…. pourquoi pas 3 millions maintenant!

Carte postale de février 2021

Marché de Bluets à Roberval (Image: livre « le Québec d’antan », 2010)

Au début du siècle passé, Roberval est au cœur du pays des bleuets. Ce petit fruit sucré, cousin de la myrtille, a proliféré dans les brûlis de la partie sud du Lac Saint-Jean après le terrible incendie de forêt de 1870. Et, les familles ont pris l’habitude de cueillir cette manne bleue pour leur consommation personnelle. L’arrivée du chemin de fer en 1893 dans la région permet par la suite d’expédier à l’extérieur une partie de la récolte de cette petite baie sauvage. Des wagons complets sont chargés à la gare de Roberval. Le rôle important de cette ressource naturelle vaut aux gens du Lac Saint-Jean d’être surnommés « les Bleuets ». Le meilleur exemple revient à Mario Tremblay, un célèbre joueur de hockey québécois (1972-1986) d’Alma, devenu entraîneur (1995-1997) du Canadien de Montréal et surnommé le bleuet bionique par le journaliste Pierre Bourdon du journal Le Quotidien (du Saguenay) pour qualifier ses talents offensifs.

Bleuets sauvages (image: le quotidien.com)

Saviez-vous que ? Si vous remarquez sur la photo du haut,  vous y lirez le terme « Bluets » et non « bleuets ». En fait, le mot « bluet » se veut le nom vernaculaire servant à identifier les plantes à fleurs bleues de la famille des Asteracées. Presque disparu de notre vocabulaire d’aujourd’hui, ce fût cependant durant plus de 100 ans le mot usuel donné par les habitants de Lac-Saint-Jean pour identifier le bleuet.

Valoriser vos déchets au potager: vos vieux tee-shirts

Épouvantail à corneilles pour un champ de fraises à la municipalité de Sainte-Famille à l’Île d’Orléans (photo: Omer Beaudoin, 1951)

Je fréquente les friperies locales. Ça vous surprend? Premièrement pour encourager des entreprises d’économie sociale et communautaires. Dans ma région, plusieurs redistribuent leurs bénéfices en services auprès des plus démunis. En plus, elles procurent des emplois à des gens en réinsertion professionnelle, officialisent les heures de travaux communautaires obligatoires, brisent l’isolement de personnes seules ou valorisent notre sentiment de se sentir encore utile dans la vie. Deuxièmement, pour remettre en circulation des vêtements qui, autrement, se seraient retrouvés au dépotoir. Je trouve malheureux salir, déchirer, transpirer dans du linge neuf en sachant qu’il servira pour des tâches super salissantes. Quatrièmement, pour le prix. Mon épouvantail se contente d’une chemise laide à 2$ et il ne s’est jamais plaint.

Avant la venue des friperies, nos grands-mères et arrières grands-mères parvenaient à confectionner toutes sortes d’objets utiles avec des vieilles retailles. Que ce soit courtepointes, tapis crochetés ou catalognes, la récupération créative devenait mère des besoins. Si l’envie vous vient de redécouvrir ces arts anciens, inscrivez-vous à un atelier (lorsque cette foutue COVID-19 sera passée) à l’École des métiers et traditions. Mais trêve de détours pour vous expliquer qu’au bout du rouleau, vos vieux gaminets peuvent servir encore un dernier tour en passant par le jardin avant d’aboutir chez un recycleur textile.

Madame Lévis Laflamme à son métier à tisser. Sainte-Henédine, comté de Dorchester (image: Omer Beaudoin, 1952)

Attaches pour vos plantes. Déchiré en lanières, un tee-shirt pourra vous fournir une quarantaine d’attaches. Qu’elles soient pour vos tomates, arbustes, grimpantes, grandes fleurs (ex: tournesols), le coton flexible et souple s’adaptera à l’expansion des tiges au cours de l’été. Pas assez long? J’en attache deux ensemble. Un truc de moins à acheter en jardinerie. Ici-bas les étapes proposées.

  1. Tee-shirt foutu, très usé, rempli de trous. Je fais la honte de ma fille auprès de ses amies tellement je ressemble à un jardinier-guenillou.
  2. Inciser avec un ciseau et déchirer à la main le long des coutures.
  3. Pans du vêtement sans couture. Les coutures serviront aussi d’attaches. On ne perd rien.
  4. Couper quelques centimètres chaque début de déchirures. Ça permet de les faire égaux ou presque et plus facile pour déchirer.
  5. Le vêtement affaibli par les lavages récurrents rendent la tâche super facile. Allez y dans le sens de la fibre sinon, vous déchirerez n’importe comment.
  6. Au final une trentaine d’attaches et au moins 4 guenilles. Si vous ne faites pas de guenilles, vous ferez 40 attaches de différentes grosseurs.

IMPORTANT 1: Lorsque installerez vos attaches, croisez-les (voir image) entre le tuteur pour empêcher celles-ci de scier la tige bougeant au rythme du vent. Sur la photo, mon doigt représente la tige de la plante.

IMPORTANT 2: À cause du soleil et des conditions climatiques, ces attaches ne dureront qu’un an. Privilégier les plantes annuelles ou un « attendant » pour les arbres ou arbustes, le temps de les retirer à l’automne et les remplacer par quelque chose de plus durable. Recyclez ensuite.

  • Harold Jewel tente, à l’aide d’un mouchoir, d’enlever une poussière de l’oeil de Rita Bode (Photo: Conrad Poirier, 1944)

    Guenilles pour les dégâts. J’ai toujours une ou deux guenilles dans mes poches pour essuyer quelque chose, surtout mes mains ou mon front l’été. Sinon, me moucher. Avant l’invention du mouchoir jetable, les us et coutumes voulaient qu’on se serve d’un pan de tissu lavable. Vous en souvenez-vous?

  • Dessus pour vos bocaux en verre. Par exemple, j’ai concocté en 2020 un vin de griottes dans des bocaux en verre; assez costaud côté pourcentage d’alcool mais un succès général auprès de celles et ceux l’ayant goûté. Je déchire donc mes tee-shirts comme je le ferai pour mes guenilles, soit assez grande pour cacher les rebords des bocaux constamment recouvert de poussière après un certain temps. Utilisez-les aussi pour des pots remplies de semences annuelles (ex: haricots), marinades, gelées, confitures, bref… tout ce qui se conservent. Attacher avec ce que vous avez sous la main (corde, élastique, autre retaille de vêtement…) et écrivez l’année sur le dessus avec un crayon indélébile pour vous retrouver. Quand c’est caché, ça fait plus beau et rustique. Si c’est pour un cadeau, ayez la présence d’esprit de prendre vos plus belles parties et de laver votre vieux linge avant de les déchirer. Des ronds de sueurs et une petites odeurs de fumier laissera vos interlocuteurs se poser des questions sur votre jugement.

Une religieuse des Filles de la Sagesse dépose des bocaux de médicaments sur une étagère à l’hôpital Sainte-Justine à Montréal (Photo: Conrad Poirier, 1944)

Vous n’avez aucun vieux tee-shirts ou pas assez pour votre projet. Pas de problèmes, les friperies vous accommoderont en vous en vendant à un prix dérisoire, si elles ne vous les donnent carrément pas, un gros sac de poubelle rempli de tee-shirts qu’elles considèrent impossibles à vendre. Vous leur rendrez un service en les débarrassant. Si le prix vous paraît injustifié, négociez! Et, en passant… pas de taxes.

PS. N’oubliez pas de consulter notre section commentaires car certains ont d’autres idées pour recycler vos vieux tee-shirts au potager. Merci à nos précieuses jardinières-lectrices et précieux jardiniers-lecteurs.

Valoriser vos déchets au potager: les coquilles d’oeuf

Ma famille consomme vraiment beaucoup d’œufs. Pratique, nutritif, simple. Hop! Mes jeunes enfants se préparent une omelette, un œuf tourné, des crêpes, un œuf cuit dur. Au moins, tant qu’il y aura des œufs, ils ne mourront pas de faim si je ne suis pas là. Avant d’emménager dans ma maison, je fulminais en appartement de voir les coquilles se diriger à la poubelle faute de service municipal de compostage ou de composteur domestique. Maintenant, toute la marmaille les recueillent précieusement dans un contenant en plastique qu’on ressort au moment voulu. Personne ne sait qu’il existe un plat rempli de coquilles vides tellement le plat se confond dans notre cuisine. Cela devient juste une question d’habitude. En séchant, il n’y a aucune odeur. Du moment qu’il y en a trop, un coup de cuillère pour les écraser de manière grossière et on en rajoute un étage.

Par ailleurs, saviez-vous qu’enfouir vos coquilles d’œufs simplement écrasées exigera peut-être des centaines d’année avant de se décomposer? Le mythe selon lequel les coquilles d’œufs procurent du calcium à la terre me paraît un peu surestimé…. s’il ne s’accompagne pas de la mouture. Si vous souhaitez vraiment amener un peu de calcium à votre terre, vous devrez les réduire en poudre pour qu’elles s’assimilent mieux par les plantes. Utiliser pour cela un moulin à café. C’est peut-être à cette étape qu’arrive une légère odeur passagère. Un peu comme lorsque le dentiste vous fraise la dent lors d’un plombage. Mais, ça passe vite.

Non écrasées, utilisez-les comme barrière protectrice autour de vos plantes extérieures attaquées par les limaces. En s’y frottant, elles se couperont le ventre et mourront. Ça vous en prendra quand même beaucoup. Sinon, si vous avez des poules, elles raffoleront des coquilles écrasées. Comme elles ont des besoin élevés en calcium pour la production de leurs propres œufs, elles ne s’en lassent jamais. Nos anciennes familles fermières  l’avaient compris. Encore une fois, l’entreposage d’œufs broyés ne dégage aucune odeur. J’attends que mon bol soit plein avant de m’en départir dans un coin propice du jardin. Un beau résidu vert pour chez-vous.

Pour en savoir davantage sur l’utilisation de vos œufs au jardin.

Poulailler de l’orphelinat Nazareth des Sœurs de la Charité de Québec en 1914 (source: Fonds des Sœurs de la charité de Québec / Bibliothèque et Archives Nationales du Québec)

Semis dans des œufs (image: pinterest)

Saviez-vous que? À la fin du 19e siècle, de nombreuses lectrices de journaux expliquaient débuter leurs semis dans toutes sortes de pots, y compris à l’intérieur de coquilles d’œufs. Par exemple, dans La Gazette de Joliette du vendredi 16 mai 1890, on expliquait que, laissés sur les rebords des fenêtres les plus exposées au soleil (entre mars et avril), on parvenait à devancer une récolte de plusieurs semaines. Là où certaines commençaient seulement à planter leurs premières semences en terre, elles avaient déjà réussi à récolter certains légumes. De même, les coquilles n’occasionnaient aucune pollution lorsqu’elles étaient cassées lors du repiquage au jardin. Peut-être qu’avant, les maigres moyens obligeaient les familles à utiliser tout ce qu’ils avaient sous la main mais aujourd’hui, j’avoue qu’il existe des manières beaucoup moins fastidieuses de faire des semis. J’attire également votre attention à l’effet que cette pratique ne s’adapte pas à toutes les cultures (ex: les légumes racines). Mais, si l’idée vous tente….ça peut devenir une activité ludique intéressante avec vos très jeunes ou petits-enfants.

La tomate Montreal Tasty

Tomate Montreal Tasty (photo: James S. Marshall)

Le 26 janvier 2020, je reçois un commentaire sur mon blogue de James S. Marshall. Il prétend connaître l’histoire de cette tomate. Enfin!, me dis-je, mes multiples prières vont peut-être se voir exaucées. Vous l’aurez lu, j’attends une version crédible depuis longtemps; presque 20 ans. Fébrile, je garde mon calme car la recherche historique du monde des anciens fruits et légumes recèle trop souvent son lot de déceptions. Mais, des perles se présentent parfois sans crier gare. Serait-ce l’une d’entre elles?  En conservant une certaine réserve, il éveille vraiment mon attention lorsqu’il pointe l’image de ma tomate dans mon article (voir photo ici-dessous). Celle-ci, selon ses affirmations, devrait être beaucoup plus ronde et d’une grosseur maximum de 5 pouces (13 cm) de diamètre. Alors là, cette description hyper précise me fait un peu plus considérer le sérieux de l’expéditeur.

Fausse représentation sur le web de la tomate Montreal Tasty, une tomate où deux types de tomate semblent pousser côte-à-côte, l’une côtelée et l’autre lisse.

Pour revenir un peu en arrière, cette supposée « mauvaise » photographie, prise à mes débuts de gentleman farmer, correspondait aux critères de l’époque et validée par des collectionneurs sérieux. Après l’avoir fait pousser, elle répondait parfaitement aux descriptions véhiculées sur cette dernière (hauteur du plant, forme des fruits, couleur, etc). Comment expliquer cela alors?

Monsieur Marshall commença son récit à savoir que dans les années 1980, il fit un échange avec un américain contre des semences de tomate John Baer, une variété qu’il avait souvent semée mais perdue. Cet américain lui aurait alors déclaré posséder plus de 100 cultivars de tomates. N’ayant jamais fait aucun autre échange par la suite, il réalisa un jour qu’une tomate de ce nom circulait sur Internet mais elle ne ressemblait pas du tout à la sienne. Il soupçonna cet homme d’avoir fait d’autres échanges et qu’aux travers de ceux-ci, il y aura sûrement eu une personne peu soucieuse de la pureté de la lignée. L’histoire aurait donc débuté sur une fausseté et aujourd’hui, il souhaiterait rectifier les faits; d’où sa communication avec moi.

Ainsi donc, après quelques coups de téléphone et plusieurs messages courriels plus tard (presqu’un an), j’ai pu assembler son récit. Je remercie toutes les personnes (certaines souhaitant rester dans l’ombre) pour leur temps, les photographies et leur grande générosité à replacer l’histoire de cette tomate dans son réel contexte.


L’origine de la Montreal Tasty

James S.Marshall (photo James S. Marshall 2020)

Au milieu des années 1960, le jeune James S. Marshall habite à Benny Farm, un développement résidentiel montréalais du quartier Notre-Dame-de-Grâce, près de l’école Ste-Monica. Avec sa famille, ils ont l’habitude de faire leurs courses au marché Atwater. Son père remarque qu’à la fin de leur journée, les agriculteurs jettent  leurs tomates non vendues mais, curieusement,  rachètent celles d’une vieille dame dont le kiosque en contient uniquement deux sortes sans nom. Un jour, il décide d’acheter les deux types et, par la suite, il en conserve les semences. Plus tard, à la mort de la dame, personne n’eut l’air de reprendre sa relève au marché et son père ne revit jamais ces deux variétés nul part ailleurs.

Il les cultiva ainsi chaque année jusqu’en 2014 dans des contenants près de ses fenêtres et sur le balcon de son appartement. La première variété, qu’il nomma « Montreal Tall » montre une hauteur du plant plus élevées et des tomates légèrement plus petites comparé à la deuxième évaluée à environ 110 grammes (4 oz). La deuxième, plus trapue, paraissait mieux adaptée à la culture en pot sur un balcon et fût appelée « Montreal Tasty ». Avec tout son bagage d’expérience, James S. Marshall explique qu’elles ont tendance à mieux performer lorsqu’elles ne sont pas bien traités (après ±48 ans de vent, un soleil limité, dans des contenants dont le volume de sol ne dépasse pas 2 à 3 pieds cubes). À la demande de son père et le sachant plus intéressé par le jardinage comparativement aux autres membres de sa famille, celui-ci repris la culture des tomates en 1983 pour le rassurer qu’elles survivraient. Jusqu’à aujourd’hui, il alterne chaque année chacune des deux variétés de sorte qu’il n’y ait jamais de pollinisation croisée.

Voyage de pêche du père de James S. Marshall au nord de l’Ontario à la fin des années 1970. (Photo: James S. Marshall)


Trucs pour la culture de la tomate « Montreal tasty »

Variété aromatique rouge vif à peau fine destinée aux jardiniers amateurs ou ceux souhaitant faire pousser un petit nombre de fruits pour la cueillette à la main dans de petits espaces. Voici quelques conseils:

  • Beaucoup de soleil et à l’abri du vent si cultivée dans des contenants sur le balcon.
  • Tailler pour contrôler la hauteur de la plante.
  • Si cultivée à l’intérieur sur le rebord d’une fenêtre, la traiter comme une plante vivace. Élaguer en ne laissant pousser que les tiges. Une fois par an, vous pourrez refaire des rejetons à partir des tiges. Elles repoussent mieux ainsi plutôt qu’à partir des graines.
  • Utiliser la plus grande cage à tomate que vous trouverez pour la faire pousser à l’extérieur et pour la tuteurer.
  • Exige un sol meuble avec beaucoup de compost, de la matière végétale avec un peu de farine d’os ou quelques douzaines de coquilles d’œufs écrasées mélangés à la terre pour donner du calcium et prévenir la pourriture apicale.
  • Utiliser très peu d’engrais, sinon en très petite quantité à la fois.
  • Garder le sol humide constamment sinon les fleurs vont faner sans produire de fruits. Éviter aussi l’arrosage excessif. Pailler pour empêcher l’eau d’éclabousser et d’atteindre les feuilles propageant des maladies.
  • Ne jamais planter au même endroit d’une année à l’autre.
  • Si jamais la terre s’assèche et que les fruits arrivent à maturité, prévoyez reprendre l’arrosage de manière progressive sur 3 à 4 jours. Sinon, les fruits éclateront.

Honneur à une famille d’hybrideurs

Dans nos entretiens, Monsieur James S. Marshall fit mention qu’il descend d’une lignée d’agriculteurs hybrideurs. Il donne l’exemple de son grand-père et son arrière-grand-père (tous deux du même nom que lui), arboriculteurs fruitiers à Hamilton en Ontario. Son grand-oncle, Cecil Marshall, devint floriculteur et juge à Hamilton. Il créa notamment des glaïeuls géants dont sa première création, nommée « Albatross » un glaïeul blanc atteignait près de 6 pieds (1.8 mètre). Ce dernier, souhaitant redonner à sa mort ses registres de sélection et ses bulbes à James S. Marshall, sa tante en décida autrement et brûla tout.

Son autre grand oncle, Henry Heard Marshall, fût lui aussi un hybrideur réputé œuvrant à la ferme expérimentale du gouvernement canadien à Morden, au Manitoba. Il joua un rôle important dans le développement de roses de la série «Canada», la monarde Marshall’s Delight (résistante à la moisissure), la « Petite Delight », « Petite Wonder », etc… Il a aussi développé une variété de tomate résistante au vent appelée «Starfire».

Henry Hear Marshall (image: thestarphoenix.com)


Pour obtenir la « vraie » tomate Montreal tasty, commander via le site des Semis urbains. Pour sauvegarder cette variété, Monsieur Marshall a offert ses semences à cette entreprise pour que les responsables puissent les reproduire. À mon tour, je souhaite contribuer afin qu’elle reprenne sa place vraie place dans l’histoire de la belle province. Reproduction des photographies interdites sans l’accord de James S. Marshall.

Valoriser vos déchets au potager: le rouleau de papier toilette

Cour typique québécoise des années 1950 incluant la « bécosse » au fond. Famille Belisle au 2026 de la rue Saint-Alexandre à Ville Jacques-Cartier en 1954 (image: monde.ccdmd.qc.ca)

Avez-vous déjà lu ou entendu l’histoire du papier de toilette? Toute une question hein! Pour les curieuses et curieux du passé, ça vaut la peine de cliquer sur le lien précédent pour visionner la capsule vidéo.

En effet, nos facilités modernes nous font oublier qu’avant les années 1960, l’hygiène intime se faisait encore plus plusieurs québécois de manière plutôt rudimentaire. Les trous dans les anciens catalogues W.H. PERRON et SEARS nous rappellent que les pages ne s’utilisaient pas seulement pour les commandes postales. On accrochait les catalogues à un clou dans la bécosse et on déchirait ce qu’on avait besoin. Comme une grande majorité des trouvailles, l’adhésion du papier hygiénique à grande échelle a amené son lot de pollution. Coupe d’arbres par milliers, utilisation de produits chimiques pour le blanchiment, pétrole pour le transport des marchandises, emballages plastiques et j’en passe. Et au final, nous reste le rouleau. C’est bien peu, s’il retourne à la terre.

Semis en godets de rouleaux en papier de toilette (image: monjardinenpermaculture.fr)

Habituellement, il se retrouvait à la récupération. Maintenant, tout au long de l’année, je les ramasse et les utilise comme pots à semis pour le repiquage dans mon jardin-potager une fois le gel au sol passé. Mon très grand terrain me permet d’en utiliser beaucoup. Suivez les étapes ici-dessous pour les confectionner avec un fond assez solide pour contenir la terre.

Étapes pour créer un godets pour semis (image: astucesenligne.fr)

Par contre, comme pour toutes choses, il y a des plus et des moins pour ce genre de création.

LES PLUS:

  • Allonge votre saison de culture. Vous pouvez démarrer vos semis à l’intérieur avant de les repiquer en pleine terre au moment voulu.
  • Accélère la rotation au potager. Vous pouvez débuter vos semis afin de remplacer vos plants arrivés rapidement à maturité. Par exemple, les épinards montent en graines lorsqu’arrive la chaleur. Remplacez-les par une autre culture (ex: fleurs comestibles). Vous augmenterez votre production tout en habitant l’espace; diminuant du même coup la chance de voir s’établir de mauvaises herbes.
  • Contrôle les conditions de germination et de croissance. J’ai souvent de vieilles graines et j’en sème plusieurs dans un même godet. J’arrive ainsi à mieux répartir les semis dans chacun pour ensuite les redistribuer de manière égale au moment du repiquage. Je garde juste les plus beaux spécimens. Je ne perds rien car je fais des cadeaux à mes proches et amis.
  • Protège contre les indésirables et les possibles erreurs. Qu’ils soient félins 🐈‍⬛ ou ravageurs 🐛, ça limite beaucoup les dégâts. Mes amis aussi peuvent voir où mettre les pieds sans piétiner par erreur mes protégés ou simplement moi-même éviter d’arracher mes petits semis en croyant être une mauvaise herbe.
  • Pousse au travers le paillage. Par expérience, je laisse rarement mon sol à nu pour éviter la levée des mauvaises herbes. Des années d’arrachage inutile m’ont obligées à revoir la gestion de mon temps. Aussi, la plantation des godets au travers du paillis laisse une plus grande marge de manœuvre aux petites pousses pour se développer sans enlever la couverture naturelle anti-indésirables.
  • Devance les mauvaises herbes. Justement, en début de saison, vous prendrez un bon mois d’avance et vous éviterez la compétition. Attendez au moins que chaque plantule ait développé 4 vraies feuilles avant de repiquer.

LES MOINS:

  • Ne permet pas de tout cultiver. Éviter d’utiliser cette technique pour les légumes-racines (carotte, radis, rutabaga, navet, panais, etc) car elle ne permet pas un développement optimal des racines, au contraire.
  • Exige davantage de temps en comparaison aux semis directs. De repiquer vous exige un acte supplémentaire. Pour les petites surfaces, peu chronophage, mais pour de grandes superficies, ayoye!. C’est pourquoi, je l’emploi davantage pour l’établissement de mes nouvelles fleurs vivaces poussées à partir de semences.

Avant-après repiquage au jardin (image: astucesenligne.fr)

IMPORTANT: Au moment du repiquage, avec l’aide de la pointe d’un couteau pointu, faites des trous autour du godet. Cela laissera de la place aux racines pour se faufiler. Le godet de carton se compostera durant l’année.

Rouleaux en attente pour leur dernier séjour comme pots de semis… création de mes enfants.

Valoriser vos déchets au potager: la conserve

En 2021, notre MRC nous a officiellement annoncé qu’elle mettait de l’avant une nouvelle procédure pour le ramassage des ordures. Un seul bac roulant (max: 240 ou 360 L) par adresse ramassé une fois aux trois semaines au lieu de deux. Le tout pour augmenter l’utilisation du bac de compost et celui du recyclage car ils contribuent aux redevances retournées aux municipalités au lieu d’une dépense pour les déchets. Bravo! Je souhaite encourager à ma façon. Évidemment, ça exige des changements dans nos achats et la gestion de nos détritus.

De plus, comme la tendance jardinage semble vouloir se poursuivre encore cette année, je me suis dis pourquoi ne pas allier ces deux thèmes et mettre à profit le contenu de votre poubelle pour celui de votre potager. Sous le concept des « 7 R » (1) refuser, (2) réduire, (3) ré-utiliser, (4) revaloriser, (5) réparer (6) recycler et (7) rendre à la terre, l’idée n’est pas de changer le monde mais changer votre monde. Les petits changements commencent par soi. Ensuite, ils influent sur l’entourage et ainsi de suite.

De fait, il existe une foule d’articles de tous les jours qu’on peut convertir autrement en les adaptant aux besoins de nos jardins plutôt que de les jeter. Vous verrez, je n’invente rien du tout. J’adapte. Et surtout, je suis du genre pratique et pas trop déco. Ça doit avoir une fonction. Nos ancêtres, les maîtres dans cet art, pourraient encore nous en montrer. Inspirez-vous! La saison morte vous procurera le temps nécessaire pour ramasser ces items si le cœur vous dit d’essayer cet été. Pour débuter cette série, je commence avec la conserve, un item qu’on possède tous chez-nous.

Étalage de soupe en conserve de la compagnie Heinz dans la vitrine de l’épicerie J. Anatole Gingras, rue de Montigny Est (devenue boulevard de Maisonneuve Est) à Montréal en décembre 1944 (photo: Conrad Poirier)

L’arrivée de la conserve a permis d’améliorer notre qualité de vie. Du même coup, cette nouvelle technique a généré des déchets supplémentaires sans oublier l’utilisation d’une ressource naturelle non renouvelable. La récupération efficace à 100% permettrait de réduire une partie l’impact environnemental mais pour commencer à freiner ces conséquences quelque part, vous pourriez les réutiliser comme:

  • Barrières protectrices pour vos pousses. Pour cela, enlever les deux extrémités avec votre ouvre-boîte. Je vous suggère un ouvre-boîte repliant le métal pour des bordures lisses non coupantes. Enfoncez-les bien dans la terre pour éviter qu’elles partent au vent. Vous les enlèverez une fois vos plants bien pris. Elles protégeront des vents froids printaniers, des insectes rampants et créeront un mini effet de serre. Se réutilise de nombreuses années en les remisant après utilisation. Avant la venue de la conserve, les anciens entouraient chacune des pousses de grosses feuilles de consoude, une plante réputée répulsive contre les insectes et produisant un engrais vert en se décomposant.

Travailleurs aux champs (image: Omer Beaudoin, 1948)

  • Contenants pour vos plantes (fines herbes, feuillages ou fleurs comestibles, fraises, etc…). Ils s’installent partout. Vous remarquerez les trous de drainage tout autour sur le côté et non dans le fond. À quelques centimètres de la base, ils laissent un peu d’eau au fond comme source d’humidité. Percer à l’aide d’une pointe émoussée d’un tournevis ou marteler avec un gros clou. Avec sa mince épaisseur, la conserve se transperce facilement. Réserver vos grosses boîtes rondes métalliques pour vos plants plus volumineux à maturité. Le hic… la rouille. Certains aiment le look, d’autres pas. Vous pouvez peinturer avec de l’antirouille mais côté écologique, on repassera. Un autre déchet à gérer. Pour les grosses quantités de cannes rouillées, la solution consiste à rincer vos pots et appeler un ferrailleur à domicile. Mettez-les lui dans un endroit précis et lorsqu’il passera dans votre coin, il sera content de vous en débarrasser. Profitez-en pour lui donner d’autres trucs inutiles qu’il pourra recycler. Pour les petites quantités, hop!.. dans le bac de récupération.

Culture en conserves (images: se-preparer-aux-crises.fr)

  • Rangement pour votre garage ou votre atelier. Avec trois vis à bois ou à gypse percés au fond de la conserve et vous obtiendrez gratos un espace pour toutes vos babioles de jardin (balles de corde, étiquettes pour plantes, crayons…). Il y a toujours des petits objets traînant partout et on ne sait jamais où les ranger. Posez-en plusieurs pour créer des coins thématiques pour faciliter vos recherches. Ça vaut la peine de les peinturer avec des restes de peinture car ils seront à l’abris de l’humidité. Ajoutez-en au fur et à mesure de vos besoins. J’en ai chez-moi mais pas mal plus moches que celles ci-dessous. Les araignées adorent ce genre d’endroits fermés pour tisser leur toile. Un coup d’aspirateur et ni vu, ni connu.

Rangement avec des boîtes de conserves (sources: doodlecraft.blogspot.com)

  • Étouffer certaines mauvaises herbes. Vous pourriez installer une boîte de conserve avec une roche par-dessus pour empêcher une indésirable de pousser. Par exemple, il y a quelques années, j’ai eu la malchance de manquer de temps pour m’occuper d’une section de mon jardin. Je ne savais pas qu’un plant de liseron en profiterait pour s’éparpiller. Certains endroits difficiles d’accès m’ont obligé à installer plusieurs grosses boîtes de conserve par-dessus n’ayant pas le temps de les arracher. Je ne voulais surtout pas leur laisser encore une chance de fleurir et perdre le contrôle. Les plants affaiblis ont presque tous disparu.

En fait, il existe tellement de secondes chances à une conserve qu’il n’en tient qu’à vous de consulter les multiples sites et pages Instagram sur le sujet pour vous convaincre. S’il vous manque d’inspiration, nos voisins américains sous les mots « garden et cans » ne manqueront pas de vous laisser pantois. Et pourquoi pas une journée de cannage comme dans le bon vieux temps.

Mise en conserve des tomates chez monsieur Alphérée Plante à Berthierville, comté de Berthier (Photo: Omer Beaudoin, 1953)

Bonne année 2021

Femme avec une fillette et un garçonnet tenant des étrennes en 1900 (Source: Archives Nationales du Québec)

Certains s’en souviendront peut-être mais, à l’époque, la coutume voulait qu’on se donne nos cadeaux lors du premier jour de l’an. Appelées étrennes cette pratique remonte à l’Antiquité romaine. Ayant cours dans plusieurs cultures, elles célèbrent le début d’une nouvelle année ou d’une saison. Du mot latin Strenae ou Strena, il désigne chez les Romains les cadeaux donnés à titre d’heureux présage et offerts plus spécifiquement aux calendes de janvier. D’autres auteurs suggèrent plutôt que le mot Strena dériverait d’un terme sabin (de l’Italie centrale) signifiant santé. Quoi qu’il en soit, les étrennes se sont données au Québec le premier jour de l’année jusqu’au début du XXe siècle où, avec l’apparition du père Noël, la coutume fut déplacée au 25 décembre. Parmi les cultivateurs, plusieurs offraient une ration de nourriture plus substantielle aux animaux le jour de l’An au matin, qu’ils appelaient «étrennes des animaux». C’est ce qu’on a fait avec nos chats ce matin pour souligner cette vieille coutume à leur plus grand plaisir. Pour de nombreux enfants, c’était également le moment où ils recevaient une enveloppe avec de l’argent ou un cadeau de leur parrain et marraine, souvent seule occasion de rencontre de l’année. Pour ma part, je vous souhaiterais surtout SANTÉ, SANTÉ et SANTÉ, l’un des plus beaux cadeaux pour 2021.

Décès de Percy Schmeiser, un agriculteur hors de l’ordinaire

Percy Schmeiser (1931-2020) Image: http://www.rightlivelihoodaward.org

Décédé à l’âge de 89 ans, le fermier saskatchewanais Percy Schmeiser s’est distingué comme étant l’homme ayant tenu tête à Monsanto, un combat juridique qui a fait le tour du monde.

Cette bataille, malheureusement perdue pour lui en cour Suprême du Canada, l’opposait à l’un des brevets de l’entreprise et un de ses organismes génétiquement modifié: le Roundup Ready Canola. Pendant 6 ans, il lutta contre « le droit des entreprises à breveter non seulement des semences, mais les générations futures des plantes qu’elles produisent ».

Le petit contre le puissant

Tout commence le 6 août 1998. Monsanto lance une poursuite contre l’agriculteur de la petite municipalité de Bruno et allègue à l’agriculteur de faire pousser son canola génétiquement modifié dans ses champs. Au départ, cette variété brevetée avait été conçue pour résister à l’herbicide Roundup et devenir, du même coup plus forte et généreuse.

Pour sa défense, Schmeiser explique que, pollinisé par le vent et par accident, ce canola se serait retrouvé mélangé à ses cultures, des graines cultivées l’année précédente. Par ce hasard naturel, ce canola « modifié » serait devenu indissociable de ses anciens versus ses nouveaux grains. Dès lors, une bataille pour la propriété intellectuelle s’engage entre les deux partis… David contre Goliath. De la cour fédérale du Canada en passant par la Cour d’appel fédérale, la cause se termine en Cour Suprême du Canada en 2004 (avec un verdict serré de 5 contre 4) où chacun des paliers donneront raison à Monsanto. Avec un verdict de culpabilité, la Cour lui reconnaît d’avoir « planté des graines de Monsanto sur ses terres et d’avoir violé les lois sur les brevets ». Elle ajoute que «Monsanto peut exercer son brevet sur les générations futures des plantes issues de ses semences génétiquement modifiées ».

Néanmoins, aucun dommages et intérêts n’est remis à l‘entreprise car, à l’unanimité, la Cour Suprême spécifie « qu’il n’a pas profité des modifications génétiques du canola OGM organisme génétiquement modifié de Monsanto, puisqu’il n’a jamais répandu l’herbicide Roundup dans ses champs ».

Une victoire dans la défaite

Malgré un verdict en sa défaveur, l’agriculteur aura quand même attiré le regard du monde entier sur un phénomène nouveau en agriculture, c’est-à-dire les OGM (Organismes génétiquement modifié) et les problèmes qu’ils peuvent générer auprès des agriculteurs. Son histoire aura même inspiré la création en octobre 2020 d’un long métrage intitulé par son nom « Percy », interpreté par l’acteur Christopher Walken. Pour en savoir davantage sur l’histoire de cet homme, consulter sa biographie (en anglais seulement).