Carte postale d’octobre 2021

Une famille de l’île d’Orléans en 1948 (photo: Omer Beaudoin)

Lorsqu’on y pense, outre l’école et le compagnonnage, les moyens de transmission de la connaissance ont considérablement évolué depuis le début de l’humanité. Que ce soit par le bouche-à-oreille de génération en génération et  souvent de père/mère en fils/fille ou par les livres, aujourd’hui, on utilise beaucoup Internet. Quel outil! Combien d’heures de recherche je me suis tapé dans de vieilles bibliothèques poussiéreuses, des fonds d’archives de sociétés d’histoire, des greniers de particuliers ou via des appels téléphoniques infructueux. Aujourd’hui, du bout du doigt, on peut accéder à une quantité phénoménale de renseignements et entrer en contact avec à peu près n’importe qui. Je n’en reviens pas encore. Arrive au 21e siècle me direz-vous.

Pourtant, avec du recul, ça ne fait pas si longtemps mais ça s’est inséré dans nos vies comme si de rien n’était. Pfiou! Ainsi, parmi les nombreux nouveaux outils à notre disposition, il existe entre autre des communautés québécoises de partage Facebook gravitant autour du thème du jardinage. Certaines plus pointues, d’autres plus généralistes, il n’en demeure pas moins qu’elles recèlent des trésors de connaissances, d’opportunités, d’auto-formation, de rencontres virtuelles (peut-être même en vraie) voire de plaisirs quasi infinis. Tout ça gratuit. J’en cite quelques exemples ici-bas. Bon nombre de « bonnes âmes » sur ces réseaux sont prêtes à échanger, éduquer, conseiller, éveiller votre intérêt. Juste à demander ou à offrir. Le potager s’endormira bientôt et ce sera à nouveau, pour le jardinier, le moment de s’auto-instruire.


Une pièce de vêtement essentielle du potager d’antan: le tablier

Les plus âgés-es se souviendront sûrement du fameux tablier de leurs grand-mères. L’expression « se cacher dans la jupe de sa mère » tire justement son origine des enfants timides cherchant à s’y réfugier pour ne pas se faire voir des visiteurs. En raison de leur peu de vêtements de rechange, cette pièce de linge s’est avérée non seulement indispensable pour les protéger contre la saleté mais aussi pour les assister dans une foule de travaux, y compris ceux au champ et au potager. Fabriqué en coton, un tissus plus facile à nettoyer, il évitait une corvée de lavage d’une blouse, une jupe ou une robe conçue avec un autre textile. Dans notre coin gaulois francophone d’Amérique de nord, ce sont surtout les femmes qui l’ont porté depuis le début de la colonie et ce, jusqu’au milieu du 20e siècle.

Représentation illustrée de travaux au champ des premiers colons français en Acadie

Ses racines européennes exactes sont mal définies mais lorsqu’on remonte jusqu’au moyen-âge, c’était un essentiel de la garde-robe. L’esthétique passait au second plan. Fabriqué ample et en lin, tout le monde le portait y compris les hommes. À travers les âges, selon sa composition, son look et sa fonction, il fût le reflet de la société et à partir du XIXe siècle, on pouvait même détecter votre classe sociale juste par son aspect. Par exemple, il fût et est encore de nos jours, un symbole hiérarchique d’appartenance aux Franc-maçons (apprenti jusqu’au grand maître). Au Québec du XIXe siècle, on le retrouvera porté par la majorité des domestiques (aussi appelées  « bonne à tout faire ») et des femmes au foyer. Que ce soit cuisine, lessive, ménage, repassage, allumage du poêle ou cirage des chaussures, il convient à toutes les tâches.

Domestique et un chien vers 1913 (photo: collection Monique Mercure-Vézina, Bibliothèque et Archives Nationales du Québec)

Ainsi, avant l’invention des « mitaines de fourneau », mis-à-part sa fonction de gant pour sortir un plat mijoté brûlant du fourneau, essuyer les chagrins des enfants, les frimousses sales, transporter les oeufs du poulailler, s’éponger le front, se protéger du temps frais en le plaçant sur les épaules, ranimer le feu à la manière d’un soufflet, signaler aux  « hommes au champ » que le repas était prêt en l’agitant ou nettoyer un comptoir à la va-vite devant un visiteur improviste, il convenait aussi parfaitement aux travaux légers de la terre. Souvenez-vous, ce sont en grande partie les femmes qui s’occupaient du potager.

De fait, il devenait un allié parfait pour transporter le bois sec pour la cuisinière, les patates ou les pommes tombées par terre. Sinon, il transportait à ravir les très nombreux légumes allant des petits pois jusqu’aux choux.

En haut: Madame Conrad Perrault travaillant dans le potager à Notre-Dame-du-Nord, comté Témiscamingue. En bas à gauche: Madame Adrien Allard dans son jardin à Saint-Alexis, comté de Montcalm. En bas à droite: Madame Sylvio Doire dans son potager à Lorrainville, comté Témiscamingue. Photos: Omer Beaudoin en 1953. À l’époque, les femmes portaient le nom de leur mari.

Dès la fin du XIXe siècle jusqu’au début du XXe, il change d’aspect. L’esthétique entre en jeu. On voit apparaitre des broderies, dentelles ainsi que des tissus de qualité pour en faire un vêtement d’apparat. On fait ici une distinction entre le tablier de tous les jours versus celui du dimanche. De gros changements surviennent à partir des années 1960. La société change à vitesse grand V. Terminé le tablier des  « domestiques ». Il devient le symbole de la ménagère de la classe moyenne. 

Tabliers tissés pour publication en 1950 (photo: Omer Beaudoin)
Tabliers tissés pour publication en 1950 (photo: Omer Beaudoin)

Par la suite, l’apparition des électroménagers, la révolution sexuelle et la présence de plus en plus grande des femmes sur le marché du travail le relègue à un symbole anti-féministe et graduellement, il disparait. Car, faut l’avouer, même si on le retrouve encore en restauration, auprès des forgerons, jardiniers, artistes-peintres, sa dimension se limite très souvent à se protéger (chaleur, saleté, éléments projetés, etc.) et une fois terminé, fiou! on l’enlève. Malgré la forte remontée de l’intérêt de la cuisine auprès de la population, il demeure vieillot et personne ne semble intéressé à le reprendre dans sa version ancienne. Malgré les bons souvenirs qu’il évoque dans nos séries télévisées qui recréent notre passé, il se fait bouder par les jeunes car disons-le…. il n’est pas très tendance.

Monique Aubry et Nicole Leblanc (à droite) dans le téléroman « Le temps d’une paix » diffusé entre 1980 et 1986 (Photo: Radio-Canada/André Le Coz)

Pour les nostalgiques, sachez qu’il existe une version du tablier en coton offerte par « Quelle histoire! », une entreprise québécoise. Avec différents thèmes imprimés, elle offre une collection de linges de maison née de la passion de sa propriétaire pour l’histoire fascinante des races et des semences patrimoniales du Québec et celle de nos emblèmes culinaires

Carte postale de septembre 2021

Champ de pommes de terre, père de Saint-Francois Régis, Péribonka, Lac Saint-Jean au Quebec vers 1906 (source: Wm. Notman & Son)

Au Québec, l’expression  « être dans les patates » fait référence à quelqu’un qui se trompe. La formule  « être dans le champs » signifie exactement la même chose. On commence à entendre ces deux tournures de phrases au début de l’avènement de l’automobile. Comme aucune route n’était asphaltée et encore moins signalisée au sol, vous comprendrez qu’il devenait parfois difficile de distinguer où rouler. Dans certaines régions, le seul moyen de repères consistait à suivre les traces de la voiture précédente. Lorsque cette route passait à travers un champ et, par temps de pluie, un conducteur distrait pouvait facilement se retrouver à rouler… dans un champ de culture ou… un champ de patates.

Les cloches de jardin

Cloches et paillassons, Bobigny (France) date inconnue

L’automne sonne à nos portes et ça m’amène à vous entretenir d’une technique ancestrale pour allonger la saison de culture. Encore utilisées de nos jours par les jardiniers amateurs, surtout européens, il n’y a malheureusement aucun historique concernant les cloches de jardin en agriculture au Québec ou pas que je connaisse. Laissez-moi vos commentaires si je me trompe.

Inventées en France depuis le début du 17e siècle grâce à l’apparition des premières usines de verre, elles ont influencé nos fameuses couches chaudes, tièdes et froides dans notre belle province. Fabriquées par milliers, leurs principaux inconvénients consistaient à l’espace de stockage exigé, la manipulation importante, leur lourdeur, fragilité et évidemment le coût. Anciennement, le verre coûtait très cher à importer. Seuls les artisans arrivaient à reproduire ces formes élégantes et la production à la chaîne n’a jamais fonctionné faute de réels processus de fabrication fiables. Le transport des vitres se faisait par bateaux à l’intérieur de tonneaux remplis de mélasse; celle-ci faisant office de matière anti-choc et anti-grafignure. Une fois arrivées à bon port, on nettoyait les vitres et on récupérerait la mélasse. On faisait ainsi d’une pierre deux coups. Ingénieux! Ce processus n’était pas possible pour ces jolis objets à moins d’un emballage adéquat. Cela en faisait donc des objets de luxe pour nos ancêtres.

Cloche de verre pour melon du 19e siècle (image: proantic.com)

De notre côté de l’Atlantique, la couche chaude avec châssis doubles a eu préséance car plus économique. Le verre plat, comparé aux cloches courbes en verre épais coûtaient bien moins cher à importer et il s’incorporait aux châssis en bois (comme on le voit ici-bas). Dans nos contrées québécoises où les températures hivernales et printanières froides n’avaient quasi aucune commune mesure comparée à celles de nos cousins français, les ballots de foin très épais ceinturaient ces fenêtres versus les paillassons de brindilles utilisées par les européens. Ces paillassons pouvant aussi se dérouler et s’installer par dessus les cloches par temps très ensoleillé pour éviter les plants de cuire. Cette technique de couche chaude pour démarrer les semis plus tôt fût celle qu’on adopta ici jusqu’à leur électrification dans les années 1940.

Source: agro-conseil-carnavalet.eu

Source et date inconnues

Cette méthode de culture sous cloche sert donc à protéger les plants contre les intempéries et les ravageurs. Leur format curvé permet une pénétration maximale des rayons du soleil. Cela agit comme des mini-serres et favorise un développement accéléré des jeunes plants. Leur utilisation en début de printemps ou à la fin de l’automne est idéal pour protéger les semis ou étire la saison de culture de plusieurs semaines.

Pour un look historique dans nos potagers modernes.

Au printemps, si l’envie vous titille d’en installer quelques-unes dans votre potager, faites une marque au sol avec votre cloche. Planter votre jeune plant au centre. Déposer des cales par terre sous la cloche pour laisser l’air passer. Un manque de circulation d’air pourrait amener l’apparition de champignons et différents pathogènes pour les plantes. Par temps très ensoleillé, retirer les cloches pour ne pas brûler vos plants. Lorsque le temps se réchauffe à la fin du printemps, retirez-les définitivement. Les semis seront alors suffisamment vigoureux pour se développer de manière saine.

Source: agro-conseil-carnavalet.eu

À l’inverse, à l’automne, placer les cloches sur les cultures tardives. Cela prolongera la durée de production de plusieurs semaines. Laver les cloches à l’eau savonneuse à chaque changement de saison pour éviter la propagation de maladies d’une culture à l’autre.

Si vous en cherchez et je ici m’adresse aux gens du Québec, visitez les magasins (en kiosque ou en virtuel) qui vendent des produits de cuisine ou de décoration. Curieusement, elles se sont recyclées en « cloches à fromage » ou  « cloches à pâtisseries ».

Source: potagers.forumactif.com

Saviez-vous qu’il existait une version intérieure de la cloche de jardin? Inventée en Grande-Bretagne par Nathaniel Bagshaw Ward (1791-1868), elle se distingue par son appellation « cage de verre » et d’une ouverture sur le dessus laissant circuler l’air. Ce médecin et collectionneur anglais a accidentellement découvert que les plantes, en particulier les fougères, poussaient et s’épanouissaient avec vigueur dans des boîtes en verre presque hermétiques (ou, comme il les appelait, « étroitement vitrées »). Jusque-là, ses fougères avaient résisté à la culture à l’intérieur, surtout à cause l’air vicié de Londres. En 1833, un ami de Ward emporta plusieurs  « boîtes en verre » de Ward en Australie lors d’une expédition de collecte de plantes. Il découvrit que 95 % de ses spécimens avaient survécu au voyage de retour; là où leur taux de survie avoisinait 5 % jadis. Ward écrit plusieurs articles sur sa découverte, puis en 1842, il rédigea un petit livre intitulé : On the Growth of Plants in Closely Glazed Cases. Cette découverte lança la culture sous verre pour la riche bourgeoisie.

À gauche: Portrait de Nathaniel Ward par Richard James Lane, lithographie, 1859 (source: National Portrait Gallery, Londres). À droite: Trois exemples de cloches intérieures illustrés par J. R. Mollison, The New Practical Window Gardener, 1877 (source: Linda Hall Library).

Gagnante estival 2021 (Potagers d’antan)


Bonjour à tout le monde et heureux de vous retrouver après quelques semaines pour une autre série de chroniques qui, je l’espère, sauront vous intéresser, vous divertir et, je l’espère, vous conscientiser à nos variétés anciennes québécoises.

Dans un premier temps, je tiens à féliciter Nathalie Baron de Gaspésie. Grâce à sa participation à mon petit concours estival 2021, le hasard lui a permis de gagner des semences de haricot MODA. Ce spécimen hyper rare m’a été transmis directement de Louise Proulx qui, sans elle, aurait disparu. J’écrirai bientôt sur celui-ci mais en attendant, vous pouvez lire un texte du 08 août 2021 dans La Presse pour comprendre son importance. Merci aussi à tout le monde de votre intérêt à participer. Vous avez été comme toujours très nombreuses et nombreux. J’aurai bien voulu en envoyer à tous mais la faible quantité poussée cet été m’a fait pencher plutôt à les acheminer à une banque de semences canadienne pour leur protection.

Par ailleurs, parmi toutes les personnes ayant répondu, une seule a obtenu la bonne réponse à ma question: L’un des artistes ci-dessous a déjà fait une pause dans sa carrière avec un retour à la terre. Dites-moi lequel?

Je vous ai vraiment eu cette fois avec Sir Paul McCartney.
En 1968, pour sauver de l’argent au fisc (et oui, personne n’aime payer de l’impôt), Jane Asher, sa petite amie de l’époque, l’encourage à acheter « High Park Farm » à Campbeltown près de Mull of Kintyre d’Argyll.

Toutefois, il décide de s’y établir vraiment lorsqu’il se marie et fonde sa famille avec l’américaine Linda Eastman en 1969. Coïncidence? Au début des années 70, il trône au sommet de sa gloire. Cela n’empêche pas les Beatles de se séparer dans l’acrimonie et Londres devient un lieu disons « pesant » pour lui. L’Écosse se propose alors comme une destination idéale où s’échapper de l’emprise des « Fabs Four », se ressourcer, recommencer à écrire et créer le groupe de musique les « Wings ». Le 07 décembre 2018, il déclara au Daily Record que (traduction libre de l’anglais au français):

L’Écosse fût une vraie liberté, une évasion, un moyen de trouver une nouvelle direction et d’avoir le temps de réfléchir à ce que nous voulions vraiment faire.

Paul McCartney avec sa famille à sa maison de campagne à Mull of Kintyre en 1971 (Image: Linda McCartney)

Malheureusement, depuis la mort de sa femme en 1998, cela mit quasi un terme aux visites de la maison écossaise par l’artiste. Trop de souvenirs j’imagine! Allez hop! Un peu de nostalgie pour nous aussi avec la chanson Mull of Kintyre de 1977 du groupe Paul McCartney and the Wings.

Histoire du Jardin Daniel A. Séguin

Pour le 25e anniversaire du Jardin Daniel A. Séguin, la Fondation en horticulture ornementale de l’Institut Technologie Agricole (ITA) de Saint-Hyacinthe a donné le mandat à l’historien, Gilles Bachant, de dresser le parcours du lieu. Considéré parmi les 10 plus beaux jardins du Québec, parcourez les étapes chronologiques de cette aventure débutée sur les terrains de l’École de laiterie (1903-1985), pour se transformer en jardin pédagogique (1966-1995), en Jardin Daniel A. Séguin (1995-2019) et finalement en jardins-écoles (2005-…). Avec beaucoup d’illustrations, l’ouvrage veut rendre également un hommage aux rêves devenus réels de ses bâtisseurs soit celui d’offrir aux étudiants un milieu éducatif « plus grand que nature ».

Il est important de souligner que tout l’argent recueilli suite à la vente du livre sera destiné à assurer la continuité du Jardin, comme souhaité par ses bâtisseurs. Quantité limitée. Premier arrivé, premier servi. On comprendra le coût relativement élevé de 48.99$ plus taxes. Une belle lecture estivale et une manière de contribuer à une belle initiative. Et si l’envie vous prend, la visite en vaut la peine. Aucune rétribution ne m’a été versé pour cette suggestion.

Comment produire vos bleuetiers à partir de semences.

Voici une méthode par étape très économique et en images pour obtenir beaucoup de plants de bleuets. La machine à consommation nous fait oublier qu’on peut démarrer ses pousses chez-soi à partir de ses propres semences. Ce que vous acheter réellement chez les pépiniéristes et les centres jardins…. c’est du temps. Des plants plus matures et prêts à produire. Pour les patients-es comme moi, vous pouvez très bien vous contenter d’acheter un contenant de bleuets de votre épicier en spécial à 1.67$ au lieu d’un pot de bleuet d’un litre à plus de 15.00$.

Première remarque, ACHETER QUÉBÉCOIS (image 1). Oui à 100% pour l’achat local mais aussi parce que les plants pourront s’adapter à notre climat. Également, les fruits d’ici n’auront subi aucune irradiation comme ceux d’outre-frontière. Ce processus sanitaire consiste à éliminer tout élément pathogène (bactérie, champignon, virus, insectes, etc.) pouvant mettre en danger nos propres cultures mais il détruit en même temps la vie à l’intérieur de la semence. Pour ma part, je choisis des fruits d’un plant qui m’intéresse en allant faire une auto-cueillette chez un agriculteur et je peux ainsi voir les cultivars à maturité (productivité, hauteur des buissons, grosseur des fruits, etc.). Néanmoins, si vous récoltez des fruits où plusieurs variétés de côtoient, attendez-vous à une possible hybridation. La méthode par bouturage (voir vidéo en bas complètement de l’article) s’avérera plus pertinent pour vous. Mais, si ça ne vous dérange pas, allez-y gaiement.

Deuxième remarque: STRATIFIER VOS SEMENCES. Pour cela, vos bleuets devront passer 3 semaines au congélateur. Ceci pour simuler une période de dormance comme en hiver. Davantage de temps s’avère inutile et quelques fois même dommageable. Juste à mettre vos fruits dans un sac hermétique allant au congélateur et le tour est joué.

Par la suite, décongeler vos fruits. Transvidez-les dans un mélangeur avec 4 tasses d’eau (image 2). Lors du broyage (pas plus de 10 secondes), la pulpe aura tendance à aller vers le haut contrairement aux semences viables plus lourdes, qui elles, iront vers le bas (image 3). Enlever le surplus d’eau et de pulpe. Verser vos semences dans un pots en verre et ajoutez-y de l’eau pour rincer (image 4 et 5). Encore une fois, vider le surplus d’eau pour séparer les résidus afin de ne conserver que les semences viables au fond du contenant. Répétez l’exercice jusqu’à satisfaction (image 6), c’est-à-dire lorsqu’il ne restera que les semences viables au fond (image 7). L’opération du mixage n’aura pas brisé les graines car trop petites pour les lames. Elles passent au travers. Les adeptes de smoothies aux petits fruits comprendront maintenant pourquoi les graines de fraises ou de framboises ne parviennent pas à être détruites dans le processus pour finir par se loger entre les dents. Vous êtes maintenant prêts pour l’étape de la germination.

Pour cela, humidifier juste assez un papier essuie-tout (image 8) et insérez-le dans un sac refermable bien à plat (image 9). Prenez une cuillère à table de semences et répartissez-les de manière uniforme dans votre sac (image 10). Étalez-les avec vos doigts si vous avez de la difficulté (image 11). Gare, ça tache les doigts. Refermez le sac. Maintenant, déposez-le dans un endroit chaud à la noirceur (ex: un garde-manger). Vous devriez commencer à voir poindre des pousses 2 à 3 semaines plus tard. Vous n’aurez qu’à les planter dans un mélange composé d’une part égale de compost, vermiculite et mousse de tourbe. Au moment de planter à l’endroit final, investissez dans votre sol pour garantir votre succès. Vous êtes prêts à débuter votre bleuetière. Pas cher non!

Étapes pour démarrer vos plants de bleuets à partir des semences.

Finalement, comme ce n’est pas tout le monde qui souhaite démarrer des centaines de plants et ce, peu importe la raison, vous pouvez procéder à partir des tiges de vos propres spécimens. C’est un peu plus de travail. Ce n’est pas toujours garanti mais vous gagnerez du temps sur une première récolte. Je vous laisse donc sur cette vidéo si cette technique de reproduction vous inspire davantage. Celle-ci est en anglais car les vidéos en français ne montrent pas très bien cette technique. L’important, c’est d’expérimenter et de s’amuser!

Carte postale de juin 2021

Saule pleureur près du grand bassin du parc Westmount (image: Conrad Poirier, 1940)

Je possède un immense terrain. Lorsque j’y plante quelque chose (ex: un rosier ), il a l’air tout nu à cause de l’entendu des lieux. Ça me prend de grosses structures ou des massifs pour attirer l’œil. Vous comprendrez qu’il m’en coûterait une fortune pour acheter des dizaines de plants à la pépinière. Habituellement, j’achète des semences et les démarre à l’intérieur. Mais, pour les tiges plus difficiles à bouturer (ex: un bleuetier), j’utilise la technique ancienne de l’eau de saule pour m’assurer d’un bon enracinement. Voici quelques recettes naturelles utilisées par les anciens pépiniéristes avant l’apparition des hormones d’enracinement.

De fait, le saule possède la particularité de contenir deux éléments importants: l’auxine et la salycine. Le premier, un ingrédient anti-inflammatoire à l’origine de l’aspirine et le deuxième, essentiel à la croissance des plantes.

PREMIÈRE RECETTE: Écraser avec un marteau quelques rameaux de saule frais coupés (peu importe l’espèce) et laisser-les macérer dans un seau rempli d’eau (entre 1 et 3 jours). Comme guide, utiliser 2 tasses de morceaux de tiges de la grosseur d’un crayon dans 2 litres d’eau. Ce trempage libérera les hormones d’enracinement. Placez ensuite vos boutures dans cette eau jusqu’à voir un début de racines. Semez dans un terreau léger.

DEUXIÈME RECETTE (pour usage à plus long terme):  Faites macérer vos morceaux de jeunes branches de saule attendries au marteau dans une eau bouillie. Transvaser dans un contenant hermétique en verre. Fermer et mettre au froid. L’eau se conservera 2 mois. Utilisez-la pour arroser vos jeunes plants afin de stimuler leur enracinement. Deux applications s’avèrent suffisants. 

TROISIÈME RECETTE: Immerger 50 à 100 jeunes tiges (15 cm de longueur) dans une bassine avec 4 litres d’eau pendant 4 à 5 semaines. Vous pourrez alors: (1) replanter vos tiges pour obtenir d’autres saules, (2) tremper vos boutures quelques minutes dans l’eau restante (un genre de gel glissant) avant de les transplanter, (3) faciliter le marcottage de n’importe quelle plante ou (4) renforcer des arbres affaiblis (ex: par un rempotage).

Par ailleurs, l’eau de saule se veut à son meilleur sur les végétaux qualifiés de « moyennement difficiles à bouturer » tels les boutures semi-ligneuses. Pour les arbres (fruitiers, à noix, feuillus, etc.) et les lilas, mieux vaut recourir aux hormones d’enracinement commerciales conçues pour eux.

Un jardin-partage parti de presque rien….

La création d’un jardin-partage (avant-après) à partir de presque rien.


Et voilà! Une grande partie de mon travail printanier se veut presque terminé. L’une d’entre elle, la réalisation d’un jardin-partage pour un organisme d’aide en employabilité. Je le fais vraiment pour le plaisir et non pour l’argent. J’y vois le gain intérieur, l’impact auprès des gens; beaucoup plus qu’une simple équation de chiffres dans mon portefeuille. Et c’est souvent là le défi. Après plusieurs années à œuvrer auprès du communautaire, je ne m’étonne plus de constater l’immense fossé entre les besoins et l’offre. Par exemple, une grande municipalité m’a demandé un jour de confectionner le jardin potager d’un lieu historique. Après le tour de leurs attentes, arrive le moment de discuter du budget. Je ne vous dévoilerai pas le montant mais disons que la bourse était profonde; quasiment indécent.

En contre-partie, lorsque je m’assois avec la direction d’un OBNL, le processus d’évaluation se termine presque toujours de la même manière: « On veut un potager pour… (1) aider notre clientèle, (2) améliorer nos services, (3) répondre à un besoin spécifique … mais on n’a pas d’argent ». Le personnel bénéficie souvent de subventions modestes appuyé par une main-d’oeuvre ponctuelle (bénévoles, travaux communautaires, programmes d’insertion, stages, etc.). Où sera situé le site? Avez-vous les autorisations pour y construire ce genre projet? Où se situe votre source d’eau? Avez-vous de l’outillage? Qui arrosera, désherbera, récoltera, entretiendra? Comment allez-vous disposer de vos déchets végétaux? Quel sera son objectif principal et sa clientèle?

De fait, l’un voudrait briser l’isolement des personnes âgées, l’autre développer des compétences auprès des jeunes. Certains voudront un lieu d’échange pour les immigrants tandis qu’il deviendra une source de découverte et d’expérimentation pour les touts-petits d’une garderie. On ne construit pas un potager de la même manière s’il se destine à des gens à mobilité réduite versus à des étudiants d’un programme d’études en agriculture écologique.

De même, les plantes à inclure vont différer entre des gens n’ayant jamais cuisiné de leur vie en comparaison à des végétariens aux connaissances culinaires et gustatives évoluées. Novices, expérimentés, allergies, dégoût face aux vers de terre, handicap (physique ou mentaux), espace, type de terre deviennent autant d’enjeux à considérer. Mais, la finale reste trop souvent la même: 0$ (ou tellement minime) pour le financement. Je dois tempérer les attentes car la croyance selon laquelle c’est facile de jardiner et que ça ne coute pas cher prévaut.

En fait, oui, c’est facile de jardinier chez-soi. Extrêmement facile! Mais qu’un jardin joue un rôle précis (éducatif, social… à la limite pour combler des besoins de base) en lien avec la mission d’un organisme, c’est pas pareil du tout. De mon côté, ça ne me dérange pas de laisser pousser les mauvaises herbes ou laisser sécher mes plants par temps sec. Pour tout dire, je n’arrose quasiment jamais. Si je rate mes oignons, j’irai en acheter à l’épicerie à 0.99$ le sac de 5 lb en spécial. Je fais ça pour moi, pour mon plaisir.

Toutefois, pour un jardin-potager lié à des œuvres caritatives, on veut que ça fonctionne. Qu’il prenne le moins d’énergie à réaliser, à entretenir et à récolter pour un maximum de résultats. On veut qu’il soit beau, facile d’entretien, peu compliqué (car les responsables n’ont habituellement aucune expérience ou intérêt en jardinage), productif, durable, écologique, ludique… Ça fait beaucoup sur mes épaules en sachant qu’on me demandera de former les gens par la suite. Je dois donc sortir toutes mes notions de cultures modernes, tirer les ficelles du financement obligatoire et ce, jumelées aux trucs de nos anciens; lesquels faisaient tout avec rien. Et, voilà ici-haut, le réalisation. J’avoue qu’ajouter une pandémie où tout le monde travaille à distance, porte des masques en présentiel (même dehors) et les tests de détection créent un degré de difficulté difficile à battre. À cause de ce dernier élément, le projet s’est échelonné sur presque deux ans.

Ainsi donc, on voit une partie jardin (encore en devenir) et une section échange. Car l’un des objectifs étant de créer un endroit où des jeunes en difficulté hors du réseau scolaire et du marché du travail réaliseront des projets horticoles dans un lieu d’échange autre qu’une salle de classe. Ce jardin sera aussi dédié aux membres issus de la communauté immigrante (réfugiés, non citoyens, etc.), lequel sera converti pour un lieu d’inclusion à la société québécoise. Il est important de souligner que de nombreux employés engagés à la cause environnementale se sont portés volontaires pour m’aider dans ce processus. Ça fait toute une différence. Leur réflexion et leur dévouement ont permis de redonner vie à un lieu perdu, juste bon pour la tonte de pelouse. Ils ont donc pu:

  • Délimiter un espace avec une clôture en métal durable (une obligation par le propriétaire du terrain), laquelle donnera davantage d’intimité et sera utilisée pour des cultures en hauteur, l’une des caractéristique majeure de ce jardin. Tout sera érigé comme en témoigne les pots en toile géotextile. D’autres structures en hauteur seront bâties par les jeunes (tours à fraise, tipis en bambous, arbres en pots, etc.).
  • Étendre des bâches agricoles pour tuer la mauvaise herbe et éventuellement planter d’autres plantes alimentaires vivaces au printemps prochain. Cela évite de détourber et les mauvaises herbes se composteront.
  • Encourager l’achat de matériel locaux de fournisseurs sensibilisés à la cause communautaire. Par exemple, les tables de pique-nique ont été conçues par une entreprise d’économie sociale. Chaque pot en toile géotextile a permis de faire un don au Club des petits-déjeuners.
  • Privilégier les 5R (récupération, réduction, revalorisation, ré-utilisation, réparation). Nous avons donc eu de nombreux dons: paillis, boîte à compost, plantes, récolteur d’eau, pots de fleurs, boutures faits à partir de plants- mères, etc.
  • Plusieurs subventions ont été obtenue par des bailleurs de fonds liés à la cause. L’inauguration devrait se dérouler en septembre 2021. Des affiches en bois seront conçues par des jeunes qui s’initieront à un projet de Fab-lab. Elles seront installées sur les clôtures en remerciements.

Hier, toute l’équipe a pu se rassembler une première fois ensemble pour un repas et des jeux afin de célébrer sa réalisation et le retour à une vie professionnelle plus normale. Même petit, il a pu apporter de la joie, des rires et une ambiance festive trop longtemps oubliée. Ça part bien.

Vous souhaiteriez vous aussi démarrer quelque chose dans votre communauté? Il existe plusieurs ressources documentaires pour vous aider à planifier. Je vous en dresse quelques exemples: (1) Guide pour la création ou l’accompagnement d’un jardin communautaire ou collectif, (2) Démarrer un jardin partagé en milieu urbain, (3) Guide pratique pour démarrer un jardin communautaire en milieu rural, (4) Cadre de référence pour les jardins communautaires et collectifs. Si vous jamais, vous vous dirigez vers cette voie, un simple conseil… entourez-vous. Et qui sait! Peut-être deviendrez-vous le/la prochain.e Liz Christy d’un nouveau style de jardinage.

Au potager pour le printemps

J’agrandis encore mon potager et je plante des arbres dans mon verger. En plus, j’aide un organisme communautaire pour la mise sur pied de leur jardin-partage. Je fais aussi des expérimentations culinaires avec des variétés vivaces anciennes. Bref, je suis hyper occupé et ça prend pas mal de mon temps, en plus de mon travail habituel. Je vous reviens après les semis et les plantations du printemps lorsque ça se sera tassé un peu. Il se peut que j’écrive des petites brèves sur ma page Facebook de temps à autre. Vous pouvez vous y abonner si ce n’est déjà fait. Pour vous mettre en appétit, après avoir compilé vos résultats suite à mon sondage d’il y a deux semaines, je vous réserve de nouvelles belles histoires de variétés anciennes exclusives pour cet été, votre sujet de prédilection. À bientôt!

Pépinière de Berthierville: ensemencement en 1942 (photo:Tancrède Deslauriers)