Concours de fin d’année 2017

Et oui, 2017 s’en va déjà! Pour la période des fêtes, nous prendrons une petite pause de blogue jusqu’au 8 janvier 2018. Et comme depuis plusieurs années, nous voudrions vous laissez mijoter avec une petite question quizz, histoire de vous faire patienter jusqu’à notre retour.


Il existe une foule de courges dans le monde appartenant à la famille des cucurbitaes. On les classe selon plusieurs espèces dont, parmi les plus populaires, les pepo, maxima, moschata et argyrosperma. Pour toutes personnes ayant devant elle un sujet dont elle ignore le nom latin, il existe un petit truc pour identifier grosso modo l’espèce en se basant sur le pédoncule. Pouvez-vous trouver la « pepo » parmi les quatre anciennes variétés qu’on vous propose ici-bas (voir choix de réponses au bas de l’image). Vous pouvez cliquer sur la photographie pour l’agrandir.

A (en haut à gauche) – Yokohama

B (en haut à droite) – Tennessee sweet potato

C (en bas à gauche) – Pâtisson blanc

D (en bas à droite) – Rouge vif d’Estampe

E – Aucune de ces réponses


Évidemment, il n’est pas nécessaire d’avoir la bonne pour participer. Envoyez votre sélection et votre nom à l’adresse suivante: potagersdantan@hotmail.com. Les courriers électroniques reçus non gagnants seront détruits aussitôt l’acceptation du prix par la ou le récipiendaire. La ou le récipiendaire recevra des semences de poivron « Vinedale » en voie de disparition et quasi introuvable. Nous vous rappelons que nousne vendons ni ne participons à aucun échange d’adresses électroniques. Le nom de la personne gagnante, à moins d’un refus de sa part, sera mentionné avec la réponse dans un prochain article. Le tirage se fera au sort parmi les réponses reçues. Vous avez jusqu’au 07 janvier 2018 pour participer.

On vous souhaite bonne chance et de l’abondance dans tout pour 2018.

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La perte de biodiversité à la ferme

Poule Chantecler (image: moulindespionniers.com)

En temps normal, mon sujet de prédilection tourne autour du monde végétal alimentaire et plus spécifiquement celui des fruits et légumes ancestraux du Québec. Je fais un petit détour en cette fin d’année pour porter votre regard du côté de la basse-cour.

En effet, il y a 10 ans, l’organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) exprimait déjà une urgence d’agir en soulignant qu’entre 2000 et 2007 « une race domestique d’animaux de ferme a disparu tous les mois ». Dans son rapport, le sous-directeur général de la FAO, Alexandre Müller, mentionnait:

 

Le temps presse pour un cinquième des races de bovins, caprins, porcins, équins et volailles du monde. D’autant que l’inventaire des races est incomplet dans de nombreuses parties du monde.

10 ans plus tard cette perte de diversité se poursuit.

De fait, le même organisme souligne en 2016 dans un deuxième Rapport sur l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde que:

quelque 17 pour cent (soit 1 458) des races d’animaux d’élevage sont actuellement menacées d’extinction, tandis qu’on ignore tout simplement l’état de risque de nombreux autres (58 pour cent) à cause du manque de données sur la taille et la structure de leurs populations. Près de 100 races d’animaux de ferme ont disparu entre 2000 et 2014.

Cheval canadien (image: breedsavers.blogspot.com)

Mais, il est encore temps d’agir. Pour cela, il existe une fondation canadienne très peu connue au Québec appelée « Rare Breeds Canada » (site uniquement en anglais… pour le moment). Située au Manitoba, elle a pour mission de sensibiliser les canadiens à leur patrimoine agricole et, par le biais de l’éducation et du marketing de niche, de les impliquer dans la conservation des races de bétail et de volailles menacées. Pour cela, les responsables comptent:

  • Sauver et augmenter la population de ces races canadienne ayant une importance historique et qui risque de disparaître. 
  • Éduquer le public de l’importance de ce sauvetage et de la nécessité de les maintenir en tant que groupe génétique pour une utilisation future dans un monde en évolution rapide.
  • Stabiliser et augmenter le nombre de spécimens de manière à améliorer leur valeur commerciale.
  • Réintégrer des races n’existant plus au Canada.

En haut: Cheval suffolk punch. En bas (de gauche à droite): vache canadienne, oie pilgrim, chèvre angora, cochon Hampshire et poule speckled

Pour vous montrer la richesse de ce monde, j’ai cru pertinent vous montrer ci-dessus quelques magnifiques représentants. Évidemment, il en existe beaucoup d’autres mais ces quelques images font foi qu’une telle diversité s’avérerait une véritable perte pour toute l’humanité.

Poule Dominique (image: ubilio.com)

Saviez-vous que?:  
Outre la poule Chantecler, le cheval canadien et la vache canadienne, trois dignes représentants également menacés de notre patrimoine québécois, figure également la race unique de poule appelée anciennement « Dominique » et mieux connue aujourd’hui sous les noms anglais de « Dominicker ou Pilgrim Fowl ». Conçu à l’époque de la Nouvelle-France, ce poulet est considéré comme la plus ancienne race d’Amérique du Nord. Après la création de la race Plymouth Rock à partir de la génétique des « Dominiques » dans les années 1870, sa popularité déclina graduellement jusqu’en 1950. À partir des années 50, ils étaient devenus si rares qu’ils furent presque considérés comme disparus. Au pire de son histoire (dans les années 70), l’American Livestock Breeds Conservancy, un organisme américain de protection des animaux d’élevage en voie de disparition, l’a même classé au statut de «critique» avec moins de 500 oiseaux en Amérique du Nord. En raison d’un regain d’intérêt aux États-Unis, la race à fait un retour et elle est maintenant inscrite sur la liste  » à surveiller », indiquant un moindre risque d’extinction.

La citrouille Algonquienne (mise à jour)

Citrouille algonquine

Citrouille algonquienne

À l’été 2017, Ashley Barbosa, étudiante à la mineure en Études indigènes de l’Universite Wilfrid Laurier, eut à réaliser, dans le cadre de son emploi estivale au Semencier du patrimoine, une collecte d’informations sur certaines variétés de leur collection et plus spécifiquement sur celles du patrimoine autochtone nord-américain. Elle a réussi le tour de force de trouver des sources « authentiques et honorables » permettant une meilleure compréhension partielle de l’historique ethnobotanique de cette courge très ancienne. Je vous inscris ici-bas une traduction intégrale en français du résumé de ses découvertes telle qu’elles ont été citées dans leur bulletin d’août 2017.

On fait donc une mise à jour, 6 ans après la parution de notre premier article.


La courge « algonquian » (ou citrouille) est une cucurbitacée extrêmement rare qui provient de la Nouvelle-Angleterre et qui a été cultivée historiquement par les Abénakis. Bien qu’elle puisse sembler avoir des liens avec les Algonquins, il n’en est rien.

Portraits de Meriwether Lewis et de William Clark (1807) par Charles Willson Peale.

En fait, l’orthographe du nom de la courge «Algonquian» est due au fait que les Algonquin sont une tribu alors que les Algonquiens sont une combinaison de tribus qui parlent la langue des Algonquins divisée en différents dialectes. Les Abénakis étaient l’une des tribus algonquiennes des régions habitées du Maine, du New Hampshire et du Massachusetts occidental. Les Abénakis pratiquaient en ces temps-là la méthode de culture des Trois Sœurs avec l’ajout de tournesols, et utilisaient les graines de la courge pour fabriquer de l’huile. Comme beaucoup d’Amérindiens, ils utilisaient ces huiles pour fabriquer des colorants pour des matériaux artistiques. Traditionnellement, la courge était utilisée dans les soupes et les ragoûts, ainsi que les plats de légumes communs. La courge algonquienne faisait partie des denrées alimentaires que Lewis et Clark* commercialisaient avec les Indiens Mandan au début du 19ème siècle, ce qui nous donne un historique du processus par lequel les semences ont été déplacées par le commerce entre les tribus ».

Auteur — Ashley Barbosa —


Selon nous, les nuances apportées par Madame Barbosa deviennent importantes car la variété se fait appeler « algonquine » un peu partout par les semenciers et sur le web alors qu’elle devrait se nommer « algonquienne ». Les transmissions orales ou les fameux « copier-coller » pourraient être à l’origine de cette mauvaise traduction d’aujourd’hui. C’est pas tous les jours qu’on retrouve le nom originel d’un légume. Va falloir réécrire les étiquettes et l’historique de ce cultivar.

Je vous encourage également à consulter les résultats de ses autres recherches notamment celui des haricots « Cherokee Trail of Tears », « Deseronto Potato et « Anasazi » ou encore la tomate « Cherokee Purple ».

 

Expédition Clark et Lewis (auteur: Charles Marion Russell)

*Saviez-vous que? Le trappeur-explorateur québécois Toussaint Charbonneau (1767-1843) et sa femme amérindienne Sacagawea (1788-1812), traductrice, sont considérés comme les acteurs principaux dans la réussite de l’expédition de Lewis et Clark (1804-1806). Bien que l’homme pourrait se faire qualifier aujourd’hui de véritable « ordure », lui et sa femme permirent aux 42 membres, sauf un, de traverser les États-Unis à terre jusqu’au Pacifique sains et saufs et ce, aux périls de maints dangers (animaux sauvages, tribus amérindiennes guerrières, obstacles naturels, climat rude …).

Le tabac jaune du Québec

Le tabac se cultive depuis des temps immémoriaux même ici au Québec. Aux temps où la culture amérindienne dominait, les hommes s’occupaient de cette plante sacrée comme nourriture de l’esprit comparativement aux femmes qui elles, plantaient et récoltaient la nourriture du corps. Il en existait de très anciennes variétés locales maintenant disparues. Vers la fin du 18e siècle, le gouvernement voyant une possible source de revenu pour les agriculteurs canadiens, aida l’industrie à identifier et sélectionner des cultivars répondant mieux aux contraintes climatiques nordiques.

Marché Bonsecours 19XX (image: collection Michel Bazinet)

Aux 18e et 19e siècle, les meilleurs tabacs poussaient dans les Antilles Françaises, les Caraïbes et aux États-Unis (Virginie, Caroline du Nord, Dakota, etc.) où l’histoire nous ramène jusqu’à la période esclavagiste de nos voisins du sud. Pour rivaliser avec ces régions reconnues depuis longtemps, l’industrie du Haut et du Bas Canada se devait d’améliorer la constance et la qualité de sa production. Au fil des décennies, la région de Joliette devint une plaque tournante notamment avec son « tabac jaune ». Cette appellation faisant référence aux feuilles qui, une fois séchées, devenaient totalement jaunes. Il s’agissait principalement de la variété appelée « Virginie » destinée au tabac à cigarette.

Récolte du tabac en Caroline du Nord 1939 (image : shorpy.com)

De fait, il existait une foule d’autres cultivars pour l’isage de la pipe, à chiquer ou pour le cigare. Nous avons pu retracer une vidéo détaillée de 1951 (photos à l’appui) tirée d’un documentaire de l’Office provinciale de publicité Ciné-Photo Québec concernant la manière dont on le cultivait dans ces années. Pour des raisons historiques et aussi parce que nous recevons de nombreuses questions concernant la culture de cette plante, nous avons cru pertinent vous en faire la description. Évidemment, ces étapes concernent une pratique commerciale à grande échelle. Vous pouvez vous en inspirer pour votre production domestique.

Stérilisation du sol par vapeur (1951)

Gardez en mémoire qu’on remonte 65 ans en arrière. Certaines techniques n’ont plus cours ou méritent qu’on les remplacent par des moyens plus écologiques. Ces notes se veulent avant tout une retranscription historique.

Pour commencer, dans une serre préparée à cet effet, le sol est stérilisé à la vapeur pour détruire tous les germes et les maladies avant de faire les semis directs. Les semences sont déposées directement sur le sol préparé car elles ont besoin de lumière pour germer et d’une température d’au moins 20 degrés Celsius. Vers le 24 mai, c’est le début officielle de la plantation au champ. Seuls les plants les plus robustes et de hauteur égale sont choisis pour assurer une plantation uniforme. Ils sont ensuite transportés sous un abris pour l’acclimatation. Cette étape se surnomme « l’attaque ».

Sélection des plants uniformes (1951)

Plantation du tabac (1951)

Par la suite, les transplants sont déposés dans des sillons espacés de 22 à 24 pouces en ayant soin d’inclure une tasse d’eau pour chaque plantule. À l’époque, à la brunante, on répandait du  » son empoisonné » pour tuer le vers gris. Cet insecte nocturne attaque le collet de la plante pour le dévorer en coupant la tige net. Cette bestiole se repose durant la journée dans le sable chaud pour s’enfoncer vers la mi-juin dans le sol pour se transformer en pupe durant 3 semaines et devenir un papillon appelé  » fil de fer ». Il existe évidemment aujourd’hui des moyens naturels pour s’y attaquer.

Sarclage du tabac (1951)

Il est donc nécessaire de repiquer de nouveaux plants au fur et à mesure de leur destruction. Il faut sarcler le plus tôt possible pour réchauffer la terre et stimuler la croissance des plants (sur le rang et entre les rangs). Vers la mi-juillet, les plants devenus trop haut, le sarclage se fait à la main. La mosaïque, une autre maladie du tabac, peut être contrôlée par la rotation des cultures. Le ver à tabac, à l’époque, se voyait détruit par l’arrosage de DDT. Il existe aujourd’hui, d’autres méthodes naturelles pour y remédier. Cet arrosage se faisait de manière hebdomadaire.

Écimage du tabac (1951)

À la fin de juillet, c’est l’apparition des boutons floraux. Voici venu le temps de l’écimage. L’écimage permet de transmettre la sève au feuillage. On le fait à la main. L’œil rapide décide où doit être cassé la tige selon la force et la forme du plant. Ça permettra au feuillage de grandir. La récolte débute au début août et dure 6 semaines. Comme les feuilles mûrissent à mesure qu’elles poussent, le cassage commence au pied de la tige. Vers le même temps, se fait l’ébrageonnage. Après l’écimage, des drageons ou rejets se forment au détriment du feuillage. En les enlevant, on augmente la qualité des feuilles et leur maturité. Le deuxième cassage des feuilles se fait 8 jours après le premier en enlevant 2 à 3 feuilles au plant. Mais l’important étant de les choisir de manière uniforme.

1er cassage des feuilles de tabac (1951)

Ébrageonnage des rejets (1951)

Attachage des feuilles de tabac (1951)

D’autre part, près des séchoirs, ce sont les « attacheuses » qui s’appliquent à attacher les feuilles par groupe et les déposer sur les supports. Pour obtenir des feuilles épaisses et bien mûres, le type de sol, la date du semis et la manière de cultiver sont autant de facteurs permettant d’augmenter ou de diminuer la qualité du tabac. Après 4 ou 5 cueillettes, c’est le dernier cassage. Il ne reste que quelques feuilles sur le dessus du plant. Les feuilles sont rangées sur des supports pour le séchage. Seul quelqu’un de très expérimenté peut parvenir à trouver le séchage adéquat. 2 fourneaux au bois ou à l’huile réchauffent les tuyaux à la base du séchoir qui va répandre une chaleur égale à travers les lattes. Lors des 4 à 5 jours de séchage, la température devra être surveillée jour et nuit. Une fois séchée, on étend le tabac. Les feuilles doivent être assez souples pour être entreposées.

Entrée du tabac au séchoir (1951)

Enfouissement des tiges de tabac (1951)

Par ailleurs, il est important de couper les tiges du tabac restées au champ pour les réintroduire dans le sol afin d’y retourner de la matière organique. Semer du seigle tout de suite après cette étape car il aura le temps de pousser jusqu’à l’automne et de se récolter en juillet de l’année suivante. On parcellait ainsi le terrains pour abriter des vents le tabac que le producteur revendait si le prix était bon. Mais la majorité préférait enfouir le seigle à la herse pour ajouter de la matière organique  donnant de la consistance aux terres légères. Cela produira des pousses vigoureuses qui protégera aussi le sol jusqu’au printemps prochain; l’important étant de ne pas laissez le sol dénudé. On y ajoutera 4 à 5 tonnes de fumier à l’argent.

Triage manuelle des feuilles de tabac (1951)

Les brises-vents naturels (épinettes ou pins) complète cet attirail pour aider les terres sablonneuses à reprendre du tonus. Sur la ferme, en octobre, on s’occupe de l’expédition. Les feuilles sont assouplies à là vapeurs. Elles sont triées à savoir, les feuilles trop sèches, brûlées, mortes et surtout celles de qualité. Cette étape se fait par le responsable selon la texture, l’élasticité et les nervures fines. Les balles de 50 à 60 livres chacune portent le sceau du producteur et le numéro de la cueillette.

Finalement, elles étaient envoyées à Joliette à la coopérative de tabac Laurentien pour être classé par des « classeuses ». Il est à noter qu’en 2012, la culture du tabac jaune cessa définitivement au Québec.

Traitement et classage des feuilles de tabac (1951)

Champs intercalés de tabac de seigle (1951)

Saviez-vous que? Le 4 juillet 1931, L’action populaire publiait une note intéressante. Le docteur Lionel Stevenson, auteur du bulletin fédéral « Parasites, animaux qui nuisent aux moutons dans l’est du Canada » suggérait aux éleveurs de leur faire manger du tabac. Dans le but de réduire les malaises intestinaux causés par ces bestioles, il proposait de mélanger une proportion de dix livres de sel pour une livre de feuilles de tabac broyées. En faisant sécher les feuilles de manière qu’elles puissent être broyées en petits morceaux, d’une grosseur comparable à celle du son de blé, la poudre mélangée au sel va former un genre de gâteau que les animaux pourront lécher. Évidemment, pour la première fois, habituer les animaux avec de plus petites quantités deux semaines au préalable. 

Une 4e bibliothèque de semences à Montréal

Après l’inauguration de la première bibliothèque de semences en 2015, voici que l’idée fait son chemin.

En effet, après celle d’Ahuntsic, Atwater et de Rosemont Petite-Patrie, une quatrième a ouvert ses portes le 20 septembre 2017 dans le quartier Centre-Sud ou l’Arrondissement Ville-Marie grâce aux 5 stagiaires de Katimavik. Rappelons que la mission première se veut « d’emprunter gratuitement (pour les citoyens de Centre-sud) des semences de plantes potagères et fleurs comestibles à pollinisation libre ». Pour cela, ils demandent aux emprunteurs, si possible, de remettre quelques mois plus tard des semences des variétés empruntées une fois la récolte terminée. Pour les novices, des ateliers sur les techniques de récolte des semences sont offerts gratuitement. Consulter leur page Facebook. Ceci, dans le but précis de garder en vie les graines et surtout d’offrir à d’autres la chance de les cultiver les années subséquentes. Rien n’empêche d’en remettre davantage pour permettre à plus de gens d’en profiter.

3 des 5 stagiaires de Katimavik: (De gauche à droite): Isabelle Gareau, Caroline Lemieux-Houle et Marie Legivre

Justement, pour commencer du bon pied, Madame Amelie Fraser P., chargée de mobilisation citoyenne – projet Quartier nourricier, invite toute la population, peu importe votre lieu de résidence, à contribuer en lui envoyant des semences à pollinisation libre. Envoyez-lui le tout au: 2187 Larivière, Montréal, (Québec) H2K 1P5. Vous pouvez aussi la rejoindre pour obtenir davantage d’information au 514.523.9220, par télécopieur au 514.523.2653 ou par courrier électronique à info@quartiernourricier.org. Pour en savoir davantage, consulter la page web créée à cet effet. Félicitations pour ce merveilleux projet.

Carte postale de novembre 2017

Dans le cadre de son 150e anniversaire, le gouvernement du Canada tient aussi à souligner la contribution des premiers ministères notamment celui de l’agriculture.

En effet, la création du Ministère fédéral de l’Agriculture remonte au 1er juillet 1867. Aujourd’hui, connu sous le nom d’Agriculture et Agroalimentaire Canada, l’organisme a créé pour l’occasion une section bien spéciale sur son site Internet où vous pourrez visionner, entre autre, 5 capsules vidéos d’environ une minute chacune sur le thème « d’hier à aujourd’hui ». Elles touchent la disponibilité des aliments, la lutte antiparasitaire, la préservation du sol, la traite des vaches et la récolte des grains. On vous en donne un exemple ici-bas.

De plus, vous y retrouverez de belles affiches chronologiques portant sur les découvertes importantes durant ce dernier siècle et demi, les personnalités féminines marquantes en sciences durant cette période, une analogie aux code-barres et les insectes, des « saviez-vous que? », etc. Vous verrez, il s’en est passé des choses.

 

Avis de recherche: la patate du pêcheur.

Lors d’une de mes animations à l’été 2017, j’ai rencontré une représentante du mouvement Slow Food (région de Batiscan) qui m’a entretenu d’un légume bien particulier.

En effet, celle-ci aurait eu vent d’une petite pomme de terre qu’on cultive uniquement sur la région côtière du Québec. Consommée depuis des générations, elle aurait été recueilli, à l’origine, flottant au bord de l’eau, jetée par-dessus bord par les cuisiniers des bateaux car trop petites pour être apprêtées. Mangée surtout avec du poisson, on aurait poursuivi sa culture depuis des générations car elle se serait adaptée à son nouvel environnement, toujours en conservant sa petitesse. Selon les dires de cette dame, on la semait dans des barils remplis de terre juste à côté de la maison pour qu’elles soient à portée de main. Si vous ou une personne de votre entourage reconnaissez cette patate ou son histoire, faites-nous en part. On l’ajoutera à notre merveilleuse liste de fruits et légumes uniques issus de notre terroir québécois. Et si vous avez des photographies, envoyez-les nous. On se fera un plaisir de les publier en mentionnant votre contribution.

 

La courge Buffalo Creek

Courge Buffalo Creek

Il existe tant de magnifiques courges. Pourquoi ne pas faire changement et opter pour de belles variétés amérindiennes peu communes pour décorer vos demeures en cette période d’halloween. Par exemple, directement des jardins de Monsieur Stephen McComber de Kahnawake, la Buffalo Creek  » cucurbitae maxima » fait partie des rares survivantes du patrimoine agroalimentaire autochtone de nos climats froids. Très difficile à trouver au Québec, elle peut devenir énorme en respectant certaines précautions (voir image ci-dessous). Certains écrits en anglais avancent le chiffre impressionnant de près de 50 livres (plus de 22 kg). Soyez indulgent avec notre spécimen plutôt chétif. Le printemps très pluvieux de 2017 a eu des conséquences désastreuses sur cette variété et a décimé quasiment l’ensemble de la récolte.

En effet, assurez-vous pour commencer d’avoir un sol très bien drainé car le légume déteste le contact avec le sol humide. Par expérience, déposer une roche plate en dessous car vous risquez de tous les voir pourrir avant d’atteindre leur maturité, prévue en 98 jours. Auparavant, semer 5 à 7 semences sur un site ensoleillé directement dans un sol au PH entre 5.5 et 6.2 (donc, plutôt alcalin). La tradition amérindienne veut qu’on fasse cette tâche 2 à 3 jours avant la pleine lune de mai et ce, sur une butte d’environ 1 1/2 (30 cm) par 2 1/2 pieds (61 cm). Distancez-les de 6 pieds (182 cm) car la plante prend beaucoup d’espace. Pour les deux à trois premières semaines, temps habituellement prévu pour la germination, conserver votre sol humide mais pas détrempé. Par la suite, conserver vos 3 plus beaux spécimens et arracher les autres. Pour les conservateurs de semences, espérer un taux de germination pour les quatre prochaines années avant de refaire vos stocks. Joyeuse Halloween!

Semences disponibles via le site le Noyau, une ressource québécoise protectrice des variétés ancestrales tradiditionnelles autochtones.

Courge Buffalo Creek (image: festivalcrowmoon.com)

Comment produire et conserver vos semences de melon

Semences de melon d’eau (image: juicing-for-health.com)

J’avoue humblement que la culture du melon exige des connaissances techniques et pratiques qui me font souvent défaut. En terme de taux de réussite, la sélection manuelle se trouve parmi les plus bas du royaume végétal à cause de la petite dimension des fleurs à féconder. J’ai beau tenter l’expérience chaque année, je suis rarement satisfait. Absence de temps pour arroser ou contrôler les maladies, manque de motivation pour la fécondation manuelle, surveillance des indésirables deviennent autant de tracas rendant l’expérience déplaisante. Si l’envie vous prend cette année de récolter vos propres semences, sachez que le chemin est plutôt ardu. Mais, qui sait! Il y a peut-être un expert du melon en vous.

Culture du melon de Montréal sous chassis

Au départ, pour la production de semences, il existe de petites différences entre melon d’eau (pastèque), melon à confire et cantaloup. Dans les deux premiers cas, on exige de 6 à 20 spécimens pour assurer une biodiversité comparativement à un minimum de 8 plants pour le troisième. Même chose concernant la durée de conservation des graines des melons à confire et des melons d’eau qu’on estime entre 4 et 6 ans tandis qu’on évalue entre 5 et 8 ans pour le cantaloup.

Melon citron (citrulus lanatus)

De plus, vous devrez porter une attention très spéciale de ne pas croiser les melons avec la même famille. Par exemple, les melons d’eau et les melons à confire, citrulus lanatus, devront se distancer entre 400 et 1500 mètres. Même chose concernant les melons brodés, melons miel, melons Casaba et cantaloups de la famille des cucumis melo qui pourraient se croiser s’ils ne sont pas isolés eux aussi entre 400 et 1500 mètres. Vous pourriez ainsi produire côte-à-côte un melon à confire (citrulus lanatus) et un melon miel (cucumis melo) sans danger. Faites seulement attention au concombre arménien, aussi appelé concombre serpent car, bien qu’identifié sous l’appellation « concombre » il n’est en fait qu’un melon appartenant à la famille des cucumis melo.

Ainsi donc, la meilleure manière de s’assurer de la pureté de vos graines consistera à poser une ceinture de chasteté autour des fleurs femelles et mâles (voir photo ci-dessous). Pour cela, choisissez les plants en santé les plus vigoureux. Le soir venu, repérez les fleurs mâles et femelles prêtes à éclore le matin suivant. Apposez-leur un ruban adhésif qui se décollera aisément et ce, pour les tenir fermés. Faites attention à la marque d’adhésif car plusieurs peuvent décoller sous l’effet de la rosée ou de l’humidité. Pour contrecarrer cette possibilité, certains vont envelopper uniquement les fleurs femelles avec un genre de sac en tissus léger qui, lorsque fécondées, vont les enlever une fois les fruits bien formés.

Différence entre fleur mâle (en haut) et femelle (en bas) (images: jardinierparesseux.com)

Par la suite, le lendemain, prenez du pollen d’une fleur mâle et, avec l’aide d’un coton-tige, féconder les fleurs femelles d’un autre plant. Évitez de prendre du pollen du même plant. Ceci dans le but de mélanger la génétique et empêcher de reproduire des tares non désirées. Les sources suggèrent même de multiplier l’application de pollen de multiples plants mâles pour gagner en biodiversité. Rattachez ensuite les rubans des fleurs femelles pour empêcher qu’un autre insecte s’introduise réduisant à zéro vos efforts. Une fois cette étape faite, surveillez l’évolution des fruits et aussi des plants. Ne soyez pas déçu si vous échouez. Il y a 80% d’avortements naturels prévisibles pour les cucumis melo contrairement au melon d’eau où l’inverse se produit, c’est-à-dire entre 50 et 75% de chances de réussite. Pour augmenter votre rendement:

  • conservez un taux d’humidité du sol constant mais pas détrempé;
  • poliniser les premières fleurs à éclore;
  • fertiliser le sol avec un bon amendement de compost car la plante est gourmande
  • éliminer tous les fruits du même plant non polinises à la main;
  • poliniser vers la fin de l’avant-midi car la fleur nécessite de la chaleur.

Pollinisation manuelle (image: semences-partage.net)

En fait, tout est question d’observation. Pour la récolte, ayez soin d’identifier les fruits sélectionnés avec un ruban de couleur. J’ai trop souvent omis cette opération en me fiant à ma seule mémoire. Je l’ai tellement regretté car la nature prend un malin plaisir à tout changer. Pour les visuels comme moi, je vous propose une vidéo pour mieux comprendre, une suggestion très pertinente de Sylvain, un de nos lecteurs.

Au moment de la récolte, les fruits des cucumis melo devront se séparer facilement de leur tige tandis que les melons d’eau iront au-delà de leur consommation humaine. Les semences continueront leur maturation à l’intérieur des fruits. Pour cela, il est suggéré de les rentrer dans la maison quelques semaines avant de les ouvrir. En principe, plus vous attendez, meilleur sera le résultat. Mais l’odeur et les mouches rendent parfois cette étape difficile à gérer auprès de votre famille. Pour éviter les commentaires désobligeants et même menaçant de vos proches, il y a des batailles sur lesquelles je m’avoue vaincu.

Donc, ouvrez le fruit. Rincer les graines à l’eau claire. Installez-les sur une surface à l’air libre (ex:papier ciré). Faire sécher jusqu’à ce que la semence casse sous la tension des doigts. Insérer dans une enveloppe en papier opaque en inscrivant le nom du cultivar et l’année de la récolte. Ranger dans un endroit sec, aéré et au frais.

En me relisant, je comprends beaucoup mieux pourquoi je redoute chaque année le moment de la préservation des semences de melon. Mais au final, si personne autour de chez-vous ne cultive de melons, le mieux reste encore de laissez faire la nature et de garder les plus beaux sujets.

Le 100e anniversaire du Bulletin des Agriculteurs

1ere édition Bulletin des Agriculteurs en 1912 (image: archives du Québec)

Jeune enfant, je me souviens de ce mensuel trônant dans la salle d’attente du garage rural de mécanique automobile de mon père. Il m’interdisait d’y aller mais avant qu’il ne prenne le chemin du commerce, il transitait par la maison. Je me vois encore lire la BD « Onésime ». On vous donne un exemple ici-bas de la première parution.

En 2012, un reportage de l’émission « c’est ça la vie » de Radio-Canada, estimait que « quatre générations de Québécois avaient appris à lire avec cette bande dessinée », une œuvre d’Albert Chartier, parue de novembre 1943 à mai 2002. Et puis un jour, après m’avoir côtoyé durant plus d’une décennie, je suis parti de la maison en l’oubliant. Quelle ne fût pas ma surprise d’apprendre récemment par ma conjointe son centenaire.

Première parution d’Onésime (source: Bulletin des agriculteurs, nov. 1943, p.64)

De fait, le 2 février 1918 paru le premier numéro du Bulletin des Agriculteurs, anciennement sous le nom « le bulletin de la Société Coopérative des Fromagers de Québec ». Pour justifier cette transformation de l’époque, le premier éditorial du fondateur, Auguste Trudel (XXXX-1931) expliquait:

De sa petite liste de prix bi-mensuelle inaugurée il y a quelques années, la Société Coopérative Agricole des Fromagers, à la demande générale de ses sociétaires, avait dû faire un bulletin hebdomadaire à 8 pages, il y a deux ans, à 12 pages l’an dernier. Malgré ces transformations successives, le Bulletin ne répondait pourtant plus aux besoins. C’est pourquoi il a été de nouveau transformé, cette fois-ci, en un véritable journal: c’est Le Bulletin des Agriculteurs que nous avons aujourd’hui l’avantage de présenter à la classe agricole.

Au départ, la mission consistait surtout à informer principalement une clientèle masculine sur l’actualité agricole et agroalimentaire mais aussi sur les techniques de production, les nouveautés (produits et tendances), l’économie et la vie familiale sur la ferme. Tout ceci dans un contexte où les systèmes coopératifs s’implantaient pour rendre plus facile le travail des fermiers et augmenter leur revenu.

D’ailleurs, vous pouvez lire un historique beaucoup plus complet des motifs ayant motivé la création de cette revue en consultant l’article de Jocelyne Mathieu intitulé: Le Bulletin des agriculteurs » : pour vous mesdames. : L’empreinte d’Alice Ber (1938-1979). Au départ, les influences et les idées politiques s’entrechoquaient dans une mouvance rurale agricole en plein changement.

Toutefois, vers la fin des années 1930 les ventes du mensuel décollèrent lorsqu’on commença à y intégrer des nouvelles, romans canadiens à série, de la mode, des recettes et toute une gamme de thèmes et de publicités touchant davantage les « femmes d’agriculteurs ».

Bref, pour son centenaire, l’éditeur d’aujourd’hui recherche des producteurs ayant fait l’objet d’un article au cours du dernier 100 ans. Si jamais la ferme de vos grands-parents, parents ou peut-être même arrières grand-parents a été cité dans le magazine durant cette période et qu’elle est encore en activité, écrivez à Marie-Claude Poulin (marie-claude.poulin@lebulletin.com) ou par téléphone au 450-486-7770 poste 221.

Pour les nostalgiques, vous pouvez consulter une vaste gamme de numéros numériques (entre 1916 et 2006) aux archives nationales.