Édouard Roy et Anne-Marie Passebon

Selon nous, il existe des histoires de vie qui, même si elles paraissent anodines pour certains, sont de véritables trésors pour d’autres. C’est dans cette optique qu’il nous est apparu essentiel de rendre hommage à un pan de vie de Monsieur  Édouard Roy. Âgé de 87 ans, il est peut-être aujourd’hui l’une des rares personnes encore capables de nous raconter la façon dont on cultivait le melon de Montréal de manière commerciale dans les années 1930. Nous tenons à remercier chaleureusement sa nièce, Anne-Marie Passebon et son conjoint Michel Passebon sans qui, cette rencontre n’aurait jamais été possible.En effet, suite à un commentaire de Madame Passebon sur ce blogue, celle-ci nous révéla que son oncle avait cultivé ce fruit sur la ferme parentale de 25 hectares, la ferme Roy, autrefois située sur ce qu’on appelle aujourd’hui le parc KENT sur le chemin de la Côte-des-Neiges à Montréal. Elle nous expliquait qu’il se souvenait de nombreux anecdotes et chose encore plus rare, la vraie manière dont on le cultivait anciennement.

De fait, de nombreux écrits ont été publiés sur l’historique, sa description physique, son goût, les raisons possibles de sa disparition, sa redécouverte jusqu’à sa réintroductions dans nos potagers.

Toutefois, combien de gens en 2011 peuvent encore se vanter d’avoir encore le souvenir des techniques de sa culture ancestrale. J’étais donc impatient de les rencontrer et d’entendre de vive voix cette version vivante du passé.

Édouard Roy et Marie-Louise Beaucage

Dès le départ, Monsieur Roy explique qu’adolescent, il revient du pensionnat à chaque été pour travailler sur la ferme de son père, lui aussi nommé Édouard Roy. Ce dernier avait appris les techniques de culture de la famille Décarie, l’une des plus grandes entreprises à produire ce fruit si convoité par les familles fortunées anglaises tant américaines que canadiennes. Les « big shots » se plaisait-il à dire.

Selon les dires de Monsieur Roy (fils), les Décaries produisaient de « véritables chef-d’oeuvres ». Cette manne avait incité Édouard Roy (père) à se lancer dans cette production; pratiquant déjà la culture maraîchère.

Effectivement, la production de ce fruit en valait la peine car une tranche pouvait s’échanger jusqu’à 1,50$ dans les hôtels luxueux de New-York, Tennesse, Boston, etc. (voir article du 27 octobre 2010). Une véritable fortune pour cette période et peu de gens pouvaient se l’offrir. Ce n’est donc pas pour rien si la ferme Roy devait embaucher un homme armé pour garder les champs la nuit tellement ils valaient chers.

Tout d’abord, les graines étaient sélectionnées en fonction de la grosseur du fruit à produire (petits ou gros). Celles-ci étaient plantées dans des pots de tourbes en couche chaude dès la fin février – début mars. Êtes-vous certains des mois lui demandais-je? Oui, oui, répondit-il mais les couches étaient munies de châssis doubles et orientés plein soleil pour contrer le froid. De cette manière, « on pouvait produire du melon prêt beaucoup plus tôt » renchérit-il.

Melon de Montréal (Ferme Roy) août 1938

Par la suite, dès que la température le permettait, « on creusait des fosses en lignes d’environ 2 pieds par 2 pieds remplies de fumier ». Le melon est gourmand en eau et en énergie. Il était très important de le changer d’endroit chaque année pour empêcher le développement de maladies.

De plus, selon l’expérience de Monsieur Roy (fils), le melon exigeait de fréquentes manipulations.

Par exemple, pour qu’il mûrisse de manière uniforme mais aussi assurer sa rondeur, il se devait d’être tourné à la main régulièrement. Un quart de tour par semaine. On le déposait sur de grosses roches plates (voir photo ci-haut). La chaleur accumulée pendant la journée était transférée au fruit durant la nuit mais l’empêchait aussi de toucher le sol et occasionner son pourrissement.

Avec ces soins, il pouvait être récolté dès la mi-août et envoyé au marché Dionne & Dionne, leur lieu de distribution. « On mettait 6 ou 7 fruits par panier qu’on avait pris soin de séparer avec du foin » et ce, pour éviter les meurtrisseures. Le melon de Montréal est fragile et il ne se conserve pas longtemps après sa cueillette (une semaine maximum). Des entreprises spécialisées étaient attitrées uniquement à son transport.

Champs de melons de Montréal (Ferme Roy) août 1938

Il sourit en se remémorant les moments où le premier Ministre du Québec, Louis-Alexandre Taschereau venait chercher personnellement son melon. Lorsque son père avait connaissance de sa visite en début de saison, il choississait un petit melon qui allait devenir très gros et y gravait les initiale L. A. T.

Il se souvient aussi de l’abandon de cette production dans les années 40 par la ferme à cause des changements d’habitude des consommateurs. « Les gens se sont tannés de manger du gros melon ». « Ils voulaient du petit cantaloup » ajouta t-il. Effectivement, leurs plus gros melons de Montréal pouvaient peser jusqu’à 16 livres.

En plus, « ça prenait beaucoup de monde » pour le cultiver. « Ça coûtait cher », conclua t-il.

Malheureusement, la rencontre de ce vendredi 26 août 2011 fût trop brève. Monsieur Roy était attendu ailleurs. En remerciements, j’offris à mes hôtes pour leur hospitalité deux sachets de semences du melon de Montréal cultivé chez-moi. Sa nièce promet à son oncle, si l’avenir le permet, d’en faire pousser l’année prochaine et de lui refaire goûter cette saveur du passé. J’espère seulement que les graines sauront digne du fruit de l’époque.

Merci de votre merveilleux témoignage. Merci aux noms de tous ceux qui s’en inspireront et ce, pour la postérité.

Toute reproduction des images est interdite sans le consentement de Madame Anne-Marie Passebon.

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