Jeanne Cartier dans sa cuisine, Saint-Antoine-sur-Richelieu (photo: Don de la famille Louis-Joseph Cartier au Musée McCord, 1903)

Événement gratuit (en rouge) à la fin de cet article.

À mon humble avis, le poste budgétaire alimentaire est l’un des plus mal administré (restaurant, épicerie, dépanneur, take-out, etc.) et je m’inclus là-dedans. Comment se fait-il qu’en bout de ligne, malgré son coût pourtant énorme, on gaspille autant de nourriture? Selon un récent rapport (en anglais seulement) des Nations-Unis publié le 4 mars 2021 :

Uniquement au Canada, les ménages jettent chaque année près de trois millions de tonnes de nourriture, soit l’équivalent de 79 kg (175 lbs) par personne.

Cela équivaut à environ 2000$/an. Les ménages sont responsables à 61% de ce gaspillage. C’est moi, c’est nous. Selon ce même rapport, on ne compte même pas les 30 % de toute la production alimentaire perdue avant même d’être consommée. Catastrophique, ne trouvez-vous pas? Une meilleure gestion permettrait une diminution des gaz à effet de serre, freinerait la perte d’habitats naturels des animaux sauvages, réduirait la faim dans le monde ou du moins, rendrait sa distribution plus équitable, etc.

Indifférence, mauvaise éducation, ignorance alimentaire, trop occupé, facilité, peu importe les raisons, les statistiques parlent. Pourquoi ne pas contrer cette tendance à notre profit. Voici l’un de mes objectifs personnels cette année. Évidemment, avant d’arriver dans notre potager, les restes devraient, avant tout, servir à leur utilité première soit nourrir les gens et non la poubelle à compost. Nos anciens ou plutôt nos « anciennes » parvenaient à merveille à trouver d’autres usages aux restants de table. Que ce soit par des bouillons, desserts, ragoûts, le repas du matin ou du midi se retrouvait très souvent dans le plat recomposé du soir. Et, si des résidus parvenaient à se faufiler, des recettes pratiques apprises de mère en fille clôturaient ce cercle vertueux du quasi zéro déchet alimentaire; une tendance revenue à la mode. Malheureusement, pour plusieurs d’entre nous, nos mères ont probablement oublié cet art culinaire emporté par les développements technologiques, l’ouverture sur le monde et par un nouveau mode de vie dit « moderne ».

De toute façon, qui veut encore récupérer la graisse de lard pour tartiner ses rôties le matin ou les retailles de pâtes à tartes pour confectionner des « pets de sœurs » dans le sirop d’érable. Mon point de vue étant qu’il y a un monde entre notre régime alimentaire actuel lié à notre sédentarité et celui de nos ancêtres très actifs mais à l’espérance de vie moindre. Pour nous aider, plusieurs livres récents réinventent le genre avec nos produits courants. On peut évidemment consulter de vieux ouvrages comme les premières parutions de la cuisine raisonnée pour nous inspirer mais de jeunes autrices et auteurs nous proposent à la fois l’objectif zéro reste et zéro déchet. Vous pourrez concevoir vinaigrettes, coulis, desserts, infusions, bouillons maison, tartes, galettes et j’en passe. Pour l’utiliser à la maison, la suggestion ici-contre se veut très personnelle et je vous encourage à ajouter vos autres propositions dans les commentaires au profit des lectrices et lecteurs. Si l’adhésion à cette tendance ne vous rejoint pas (désintérêt pour la cuisine, trop pressé, régime alimentaire particulier…) et vous produisez quand même des déchets de table de type végétal, je vous propose les alternatives suivantes pour votre potager.

Le compostage de surface ou en tranchée: Je vous fais une confidence; le compostage traditionnel, je trouve ça long, fastidieux et ça prend de l’espace. Et dites-vous, j’en ai essayé des techniques (en tas, en compartiments, avec des composteurs mécaniques, etc.). Constamment, j’oubliais un élément important ou quelque chose clochait (trop de matières vertes ou pas assez de matières brunes, manque d’eau, trop ensoleillé, chauffe pas assez, je brassais mal…). J’en suis devenu anxieux jusqu’à la découverte du compostage de surface ou en tranchée il y a quelques années. TELLEMENT SIMPLE ET PLUS RAPIDE… EURÊKA! Larry Hodgson, notre jardinier paresseux, vous en dresse les principaux avantages et surtout son application facile. Pour le compostage de surface, j’utilise quand même un léger paillis végétal sur le dessus (ex: feuilles mortes) pour un coup d’œil plus joli. Le vivant de la terre travaille pour nous et cela, beaucoup plus vite qu’un tas de compos.

En haut, compostage de surface (image: gerbeaud.com). En bas, compostage en tranchée (image: monjardinmamaison.maison-travaux.fr)

Détour côté basse-cour. J’avoue, peu de gens autour de moi possèdent des animaux pour la consommation humaine (poulets, cochons, cailles, canards, lapins…) chez-eux. À mon grand étonnement, la tendance semble les convertir davantage comme animaux de compagnie (cochon vietnamien, lapin miniature, etc.). Anciennement, il n’était pas rare qu’une partie des restes de table s’en aille aux animaux. Et, par la suite, on les mangeait. Un vraie économie circulaire. Pas de gaspillage. Je dois préciser qu’il y a un mythe véhiculé selon lequel on donnait n’importe quoi à manger aux cochons. ERREUR! Peut-être nos aïeux on utilisé de telles manières de faire mais les vieux documents indiquent que fourrage, céréales en bonnes proportions faisaient parties des us et coutumes. Personne ne voulait rendre les animaux malades; questions de survie. Comme avec nos chats et nos chiens, l’idée n’est pas de leur donner n’importe quels restes de table. Pour cette raison, je vous suggère de cliquer sur les liens précédents pour obtenir les aliments les plus adaptés selon chaque race pour éviter des maladies et problèmes de santé. Autrement, vous verrez la rapidité avec laquelle ils dévorent vos feuillages, épluchures et parties moins belles de vos fruits et légumes.

Porc sur l’île d’Orléans (Photo: Herménégilde Lavoie, 1942)

Le vermicompostage. J’en vois déjà exprimer leur dégoût. Et, je comprends l’hésitation. Pourtant, le fumier de ver de terre se veut le nec plus ultra en matière nutritive pour les plantes. Facile à faire, rapide, écologique, silencieux, ça prend juste un tout petit peu de temps. Dispendieux en sac, pourquoi ne pas faire travailler gratuitement des centaines de vers de terre spécialisés pour vous moyennant vos restants. Il y a toutes sortes de méthodes pour y arriver. Ici-bas, une vidéo d’environ 2 minutes avec l’agronome Lili Michaud pour vous montrer à quoi s’en tenir. Si vous souhaiter aller plus loin, il existe de nombreuses ressources sur Internet pour vous en apprendre davantage. Vous pouvez même fabriquer votre propre lombricomposteur avec toutes sortes de matériaux. Contrairement au plastique, j’ai un faible pour le bois car il respire. Il existe aussi une multitude de vidéos sur le web pour vous montrer. Simplement taper les mots-clés « lombricomposteur » et « fabrication ».

Le compostage alternatif. Bon! Je fais une entorse à mes valeurs liées au fait de suggérer des solutions très abordables pour jardiner. Sachez une chose. Je n’ai reçu aucun montant d’argent ou dédommagement quelconque pour cette suggestion. Je n’ai pas non plus testé ce produit. Donc, pub gratuite. Je ne dis pas non à un essai si l’entreprise me le proposait. Il m’apparaissait pertinent d’ajouter ce futur appareil domestique conçu au Québec par deux jeunes entrepreneures suite à l’engouement de leur sociofinancement où elles ont récolté en 2019 la somme de 1 750 000$ en seulement un mois. Ça en dit long sur le désir des gens d’encourager la réalisation de moyens concrets et accessibles pour composter le plus simplement possible et ce, selon le style de vie d’aujourd’hui. Depuis, elles ont mis leurs efforts à la fabrication à grande échelle et à la commercialisation de leur nouveau produit. Selon le site Internet de TERO, nom de leur concept:

La technologie de l’appareil Tero transforme facilement et rapidement vos déchets de table en un fertilisant naturel prêt pour nos plantes et notre jardin.

(Photo: teroproducts.com)

Principal « hic »… le prix. À plus de 500$ l’unité, presque 600$ sans les taxes, c’est dispendieux pour du compost. On s’en va vers une clientèle aisée. Mais, le luxe a la cote. Et, loin d’être chauvin, je crois qu’il est important de recourir à toutes sortes de moyens pour intégrer tout le monde dans la lutte aux changements climatiques. On fait chacun sa part tant qu’il ne se retrouve pas au site d’enfouissement. En prévente, la livraison se fera à partir de l’automne 2021. Je vous laisse le soin de faire votre propre idée en visitant leur site web.

Vous connaissez d’autres utilisations possibles à vos restes de table végétal, faites part de vos suggestions dans les commentaires. Merci!

Deux femmes font à manger (Photo: Conrad Poirier, 1942)

Vous voulez commencez à mieux gérer votre garde-manger mais ne savez comment vous y prendre? Je vous recommande « À vos frigos », une initiative des « jours de la terre ». Vous pourrez vous inscrire à un atelier virtuel gratuit d’une heure destiné au grand public (maximum 100 places) le 22 mars entre 12:00 et 13:00. J’ai obtenu la permission de l’hôte organisateur « Intégration Compétences », un organisme sans but lucratif d’aide en employabilité, de vous inviter. Moi, je serai du nombre des présents cette journée. Vous y apprendrez plein de trucs et astuces pour réduire vos déchets au quotidien. Si vous manquez votre coup, d’autres dates dans leur calendrier s’offrent à vous. Le changement, ça commence par soi.