Le Verger patrimonial du Témiscouata

Si vous allez faire un tour du côté du bas du fleuve cet été, sachez qu’un groupe de citoyens engagés font de grands efforts pour sauver un vieux verger.

En effet, depuis 2017, le comité pour la sauvegarde du Verger Patrimonial du Témiscouata tente de protéger les 120 pommiers restants âgés de 80 ans et plus. L’histoire remonte à 1932 lorsque la communauté des Frères de Notre-Dame-des-Champs décide de s’installer à Sully (voir photo ici-bas), aujourd’hui Pohénégamook (créé en 1973 de la fusion de Saint-Éleuthère (1903), Saint-Pierre-d’Estcourt (1922) et Sully (1916)). Les religieux décident de planter environ soixante pommiers pour constituer un verger-école pour « l’école moyenne d’agriculture de la Maison-Notre-Dame-des-Champs« .

Maison Notre-Dame-des-Champs (date inconnue / image: Bibliothèque et archives nationales du Québec)

Malheureusement, sur le lot, seuls six pommiers survécurent. En 1934, ils replantent 200 autres pommiers. Ce sont les survivants de cette époque qu’on tente de préserver aujourd’hui. Situé aujourd’hui sur la propriété de la commission scolaire du Fleuve-et-des-Lacs, en face de l’École secondaire du Transcontinental, l’institution met à la disposition des citoyens cette parcelle de terrain pour « favoriser l’émergence des projets novateurs« . Remis en production depuis 2015, ce lieu a subi d’importants travaux (taille des arbres, entretien, recherches historiques…) pour être remis en état.

Verger patrimonial du Témiscouata (image: webtemis.com)

Toutes sortes d’activités (visites, vente de pomme, auto-cueillette, journée champêtre, fête des récoltes, exposants d’artisans…) s’y déroulent.

Toutefois, il est important de noter, suite aux commentaires de sa présidente actuelle, Madame Francine Caron que:

ce verger n’est pas un lieu public. Il appartient à la Commission scolaire du Fleuve-et-des-Lacs. Notre organisme bénéficie d’une entente qui nous permet de l’exploiter et d’y réaliser certaines activités communautaires.

Ils recherchent justement des membres bénévoles pour s’impliquer. Pour en savoir davantage, visionnez la capsule vidéo ici-bas où Madame Francine Caron dresse un historique plus complet du lieu et des initiatives développées pour sa préservation. Vous pourrez du même coup voir la beauté des lieux. Consulter aussi leur page Facebook (mis à jour régulièrement) pour connaître les initiatives estivales et hivernales ou encore, contactez-les par courriel à l’adresse suivante pour davantage d’information: vergermaisonnotredamedeschamps@hotmail.com

L’ail des Jésuites

Bulbilles d’ail des Jésuites

En cette période de l’année, je consulte les sites des autres semenciers québécois offrant des variétés ancestrales car, de temps à autre, ils dénichent de véritables perles. Lorsque cela arrive, je trouve très important de le souligner car cela contribue à sensibiliser les gens à cette plante rare mais aussi d’augmenter ses chances de préservation via ceux qui en achèteront. Évidemment, je m’en remets à la bonne foi des semenciers pour l’authenticité historique et le sérieux de leurs recherches. Dans ce cas-ci, l’ail des Jésuites (allium sativum var. ophioscorodon), a particulièrement attiré mon attention. Avec la générosité de Lyne Bellemare, instigatrice du site « terre promise« , celle-ci m’a permis de traduire dans mes mots une partie de ses écrits via l’article qu’elle a publié en anglais dans son info-lettre de septembre 2016 destiné aux membres du semencier du patrimoine. Merci beaucoup!


Lyne Bellemare (source: biopolis.ca)

En mars 2015, lors de la Fête des semences de Québec, Lyne Bellemare reçoit de Kevin Bouchard une petite enveloppe en papier où elle y voit inscrite « ail du jardin des Jésuites ». Elle apprend de lui qu’après avoir pris soin l’été auparavant d’un jardin ayant appartenu aux Anglais et anciennement à la communauté jésuite, des rénovations aux bâtiments sur le même terrain l’ont motivé à sauver cette plante vouée à une mort certaine. Malgré ses tentatives pour l’identifier, personne ne fût en mesure de le renseigner. Madame Bellemare prit le petit paquet et après ses remerciements oublia l’histoire jusqu’au printemps suivant.

Par la suite, qu’elle ne fût pas son étonnement de voir apparaître des boules hérissées suspendues à plusieurs tiges d’ail poussant dans son jardin.

En effet, cette dernière avait planté les précieux bulbes dans une casserole au printemps puis les transplanta au jardin en oubliant leur présence et laissant faire la nature. Elle fût d’autant plus surprise par leur apparition précoce car, selon les explications de Monsieur Bouchard, les bulbilles auraient dû prendre habituellement 2 ans, voire jusqu’à 5 ans pour produire un ail récoltable. Voyant la tige fleurir dès sa première année, elle dû attendre leur récolte en juillet pour combler sa curiosité. À terme, un gros bulbe blanc et des bulbilles recouverts d’une enveloppe cylindrique verte pâle à l’aspect d’une boule pelucheuse. Elle se remémora alors qu’au cours de sa visite à son kiosque, Monsieur Bouchard lui avait fait part que, selon ses recherches, cet ail pouvait s’apparenter à une sorte « d’Allium vineale » ou « ail sauvage’ mais sans pouvoir le confirmer. Habituellement, l’ail sauvage fleurit de juin à septembre, bien plus tard que l’ail habituellement cultivé dans nos jardins.

Par ailleurs, la tradition orale fait état qu’un bovin qui broute de l’ail sauvage produit du lait et de la viande aromatisés à l’ail. Répandu en France et en Angleterre, on le considère comme une herbe nuisible car le grain récolté dans son voisinage peut porter l’odeur de l’ail et il résiste aux herbicides. Malgré ses bulbes plus petits comparativement à l’ail ordinaire et sa coiffure sauvage, il conservera toujours une place dans le jardin de Madame Bellemare car elle apprécie son goût mais aussi son histoire. Elle y voit là aussi une obligation et une responsabilité de préserver un tel héritage vivant si précieux de nos anciens jardins.

UNE HISTOIRE UNIQUE

La plus ancienne photo connue de la maison des Jésuites (source: Division de la culture, du loisir et de la vie communautaire de l’Arrondissement de Sainte-Foy-Sillery)

L’origine de cet ail se perd dans le temps mais il fût trouvé dans le jardin de la maison des Jésuites de Sillery à Québec. Les jardins d’origine ont disparu au fil du temps, mais quelques traces subsistent encore notamment cet ail vivace et une variété de menthe oubliée. L’occupation de la région a commencé bien avant l’arrivée des missionnaires. Des groupes autochtones nomades demeurèrent sur les rives du Saint-Laurent en saison pour pêcher et y faire du commerce. Dans les années 1720, les Jésuites construisirent une maison à Sillery, maintenant devenue un monument historique, comme endroit où cultiver une agriculture de subsistance et pour évangéliser. Cet ail pourrait avoir été introduit à ce moment-là. Après la guerre de Sept Ans (1756-1763), la maison fût louée aux Britanniques pour l’été.

Par après, l’écrivaine anglaise, Frances Brooke (1724-1789), ayant quitté son pays natal en 1763 pour rejoindre son mari à Québec, résida aussi dans cette maison pendant quatre ans où elle y écrit un roman tirant certaines de ses plus belles scènes de son environnement immédiat. À partir du XIXe siècle, la maison fut habitée par Richard Dobell, un prospère marchand de bois. Au fil du temps, les traces des Jésuites et des autres habitants de la maison disparurent. Seule la maison témoigne aujourd’hui de leur passage. En 1929, la Commission des monuments historiques du Québec transforme la maison en musée. Malgré cette nouvelle désignation, le bâtiment se voit, à plusieurs reprises, menacé de démolition ou négligé en raison d’un manque de financement. En 1986, en devenant la propriété de la ville de Sillery, on la restaure et la transforme en centre d’interprétation et d’exposition. Aujourd’hui, le vieux jardin est quasi disparu et le seul témoin de sa présence consiste en une touffe d’ail inhabituelle qui pousse sous un vieux pommier.


À NOTER: LA PLANTATION DE BULBILLES SE FAIT AU MOIS À L’AUTOMNE EN OCTOBRE. SI VOUS SEMEZ AU PRINTEMPS, LE TAUX DE GERMINATION DES BULBILLES DIMINUERA DE MANIÈRE SIGNIFICATIVE; SOIT AUX ALENTOURS DE 20%. Vous pouvez obtenir cette magnifique variété du passé en commandant par l’entremise du site Internet de Terre Promise. Faites vite, il se vend rapidement. 

Carte postale de mars 2018

C’est la semaine de la relâche scolaire et pour profiter de cette période, je me permet une petite pause de 7 jours pour entre autre, popoter. Entre-temps, je vous laisse sur de superbes anciennes photographies reçues et glanées un peu partout, par année croissante, au temps des grands marchés publics québécois. Parce que, comme l’a dit Léo Moulin (1906-1996) sociologue et écrivain belge:

cuisiner, c’est recréer le passé.

Marché Bonsecours entre 1903 et 1913 (image: The International Stationery Co.)

Marché Champlain en 1908 (source: inconnue)

Marché Montcalm 1908 (image: Archives Nationales)

Marché Bonsecours Montréal 1940 (image: Conrad Poirier)

Marché Saint-Jean au Lac-Saint-Jean 1941 (image: Fonds Ministère de la Culture et des Communications)

Marché Bonsecours à Montréal 1943 (image: Office du film du Québec)

Marché ? (Année: inconnue, image : Fred Brommet)

Curiosité au potager: le poireau perpétuel

Poireaux perpétuels (image: eBay.fr)

Nous n’en revenons jamais du nombre de légumes vivaces qu’on peut laisser au jardin sans s’en occuper. Très peu connu au Québec comparé à nos cousins français, le poireau perpétuel se veut, sans contredit, l’ami du jardinier paresseux. De pousser en petits bouquets autour du bulbe principal lui vaut le surnom de « poireau à gousses ». Connu depuis l’antiquité, certains écrits n’hésitent pas à affirmer qu’il remonterait même jusqu’aux hommes préhistoriques. Difficile de valider!

Par ailleurs, devant tant de facilité d’entretien, il est curieux qu’on ne le retrouve nul part offert par les anciens catalogues des semenciers québécois du siècle passé. Cela ne prouve pas son inexistence dans la belle province puisqu’on en fait mention dans le Journal du Nord de Joliette (jeudi, 21 août 1890) à savoir qu’il donne mauvais goût au lait si mangé par la vache. Des citations souvent retrouvées dans des textes européens néanmoins.

Toutefois, en consultant les vieux journaux ou magazines, il est très important de ne pas confondre l’expression commune québécoise « poireau sauvage » associée à l’ail des bois.

Quoi qu’il en soit, ancêtre de nos poireaux actuels sous le nom latin de allium ampeloprasum, il n’a aucun ennemi connu (insecte, maladie ou champignon). Le vers du poireau n’a même pas d’emprise sur lui. Il résiste à la sécheresse ou le froid jusqu’à -28 degrés (zone 5), supporte la compétition d’autres plantes en cas d’oubli et, bien qu’il se cultive mieux sur un site ensoleillé et riche, il se contentera même d’un sol ingrat semi-ombragé mais bien drainé. Que des bons côtés! Utilisé davantage comme condiment comparativement à son grand frère le poireau qui lui, se mange comme légume, ses feuilles ont une saveur beaucoup plus prononcées et s’ajoutent pour aromatiser vos plats (bouillons, sauces, salades, omelettes, etc). À la vapeur, poêlé, en vinaigrette, laissez aller votre imagination culinaire. Pour cela, coupez le feuillage à environ 2 cm de la base et utiliser selon vos besoins en cuisine. Il repoussera et d’autres petites gousses se formeront tout autour. Donnez-en à vos amis. Pour cela, attendez la période de dormance en surveillant le flétrissement complet du feuillage. Vous pourrez dès lors récupérer les petites gousses formées au pied du plant. Enfoncez-les dans la terre à près de 5 cm de profondeur et les espaçant de 20 cm entre chacun. Une fois bien installé, vous en aurez pour la vie. Tellement qu’en certains pays méditerranéens, on le considère comme une mauvaise herbe. Il se confond souvent avec son cousin, le poireau des vignes (allium polyanthum) qui lui, pousse à l’état naturel.

La couche chaude, tiède et froide

Un gros article qu’on vous propose cette semaine. En cette période de semis intérieurs (entre février et avril), nous oublions trop souvent les commodités dont nous disposons aujourd’hui à la maison. Vous comprendrez qu’avant l’électrification, il s’avérait très difficile pour les agriculteurs de faire des semis intérieures entre mars et mai. Lorsqu’on habite une région très froide comme le Québec, les cultivateurs devaient user d’imagination pour produire des fruits et légumes variés possédant de longues périodes végétatives. Ils utilisaient alors des stratagèmes ingénieux nommés couches « chaudes », « tièdes » et « froides » employées déjà depuis belles lurettes en Europe et adaptées ici à nos saisons. Grâce à un ancien documentaire de 1942 du Ministère de l’agriculture du Québec, nous avons pu retrouver les étapes exactes de ces anciennes techniques agricoles et aussi, leurs petits secrets. Et, photos à l’appui, certains de ces trucs gagneraient, encore de nos jours, à s’intégrer dans une culture dite biologique. Nous vous proposons donc cette semaine, en trois parties, les étapes de leur confection.

Photo 1: Enlèvement de la neige jusqu’au sol gelé.

Par exemple, à Sainte-Anne de la Pocatière, c’est en avril, qu’on forçait la nature à produire par le biais des couches chaudes. Les fermiers choisissaient pour cela un endroit bien protégé des vents dominants. Ici, la montagne offrait un endroit magnifique. La neige est enlevée jusqu’à la terre gelée mais elle aura tôt fait de dégeler sous l’action du soleil et du fumier chauffant (voir photo 1). Pour les couches chaudes, on utilisait, de préférence, du fumier de cheval parce qu’il chauffe bien et produit une chaleur uniforme pendant plusieurs semaines. On le déposait en tas près de la couche à élever. Le fumier est la litière des bestiaux mélangée à leurs fientes. Un bon fumier pour couche chaude doit contenir deux parties de paille pour une partie de crottin.

Photo 2: Calcul du contour de la couche.

De plus, cette paille doit avoir séjourné sous les chevaux pendant au moins 24 heures afin d’être imprégnée de purin. S’il y a trop de crotin, on doit prendre soin de le mêler à du fumier plus pailleux. S’il y a trop de purin, la meilleure façon de l’utiliser est de le mélanger à de la paille plus sèche. Quant au fumier pourri, il doit être mis de côté. On s’en servira seulement pour entourer les couches. Puis, on installe temporairement le cadre en place afin de déterminer la superficie de la couche à monter. Comme la meule de fumier devra dépasser le cadre d’un pied et demi à deux pieds tout autour, on prend les mesures en conséquences et on place les piquets aux quatre coins.

Photo 3: Distance prévue pour le fumier autour de la couche.

Pour étendre le fumier, une méthode consiste à le déposer par fourchée, tassée les unes contre les autres, en lit de 5 à 6 pouces d’épaisseur et en prenant bien soin de ne pas laisser de trous. Mais le montage de la meule sera plus uniforme si chaque fourchée est étendue. Remarquez sur la photo 4 que la meule est à quelques distances de la neige. Sur les bords, c’est très bien de piétiner le fumier pour le fouler.

Photo 4: Étapes d’étalement du fumier.

Photo 5: Compactage des bords de la couche.

Sur le centre de la couche cependant, on se contentera de la pelle car le fumier devra y être légèrement tassé. S’il est trop tassé, il mettra plus de temps à chauffer. Ensuite, il chauffera trop vite. Au contraire, insuffisamment tassé, la couche s’affaissera plus tard par le milieu.

Photo 6: Tapage pour égaliser

Ceci nous donne une surface bien plane et il n’y aura pas un brin de paille qui sera mélangé plus tard au terreau; ce qui favoriserait la pousse des champignons. Le cadre est posé définitivement. Il mesurera 16 pouces de hauteur à l’arrière et 12 pouces à l’avant; ce qui donne aux châssis une inclinaison de 4 pouces. Un cadre démontable quant il est bien construit est aussi facile à assembler qu’il se remise commodément lorsqu’il sera serré. Il est très important que le cadre soit bien appliqué sur la meule et touche tout le tour.

Photo 7: Installation du cadrage et élimination des fuites d’air.

C’est pourquoi après avoir marché dessus, on ajoute un peu de fumier tout le tour pour calfeutrer. Lorsqu’il y a un trou, bouchez-le soigneusement. On pose ensuite les traverses dont les extrémités en queues d’aronde maintiennent l’écartement des deux côtés. Les traverses doivent être suffisamment fortes pour supporter les travailleurs. Vous savez que les côtés doivent dépasser le cadre d’un pied et demi à deux pieds tout le tour. Cet excédent constitue le « réchaud » et il est fait avec les restants de fumiers qu’on a ramassé autour de la meule nouvellement montée. Et voilà pour le montage de la meule de fumier. Le terreau maintenant.

Photo 8: Pose des traverses.

Photo 9: Mise du terreau.

Le terreau est cette terre de construction artificielle qui est riche en élément nutritif. Elle est poreuse, légère et gonflée par l’action du gel à l’hiver. Il s’obtient en mélangeant par partie égale de la terre sablonneuse, de la terre noire et du fumier bien pourri. Pour être bien pourri, ce fumier doit être vieux de 18 à 24 mois. On en met une épaisseur de 6 pouces puis on pose les châssis et on attend de 4 à 8 jours avant de semer ou de planter. Ajoutons qu’on utilise pour le châssis de la vitre semi double.

Photo 10: Pose des châssis.

Photo 11: Exemples de châssis.

En effet, le verre double est trop épais tandis que le verre simple est trop fragile et conserve moins la chaleur. À remarquer que les vitres sont posées comme des bardeaux, c’est-à-dire que la vitre supérieure superpose la vitre inférieure pour permettre l’écoulement facile de l’eau tout en restant étanche.

Plus la saison avance, moins les couches ont besoin de chaleur. Au début, la meule de fumier devait avoir entre 15 et 18 pouces d’épaisseur mais plus tard, 10 à 12 pouces suffiront. En mai, on ne met plus que 6 à 9 pouces. Les couches se nomment alors « couches tièdes » ou « semi chaudes ». À la fin, on nettoie les environ et les côtés sont peignés. Avec tous ces restants de fumier, on fait le « réchaud ». Notez bien que le lit de terreau doit avoir invariablement 6 pouces d’épaisseur. Vous ai-je dit que les couches doivent être orientées est-ouest pour faire face au midi?

Photo 12: Finition des contours extérieurs de la couche chaude.

Photo 13: Enrichissement du terreau.

Et voilà, dans 4 à 8 jours, tout sera prêt pour le semis. Il est bien entendu qu’on doit attendre une journée chaude avant de travailler dans les couches. En 1940, on conseillait d’ajouter un peu d’engrais chimique au terreau, soit deux livres à deux livres et demi de super phosphate par couche. Pour les légumes tels que laitue, céleri, chou-fleur etc, on employait du 4-8-10. Il est évident qu’on suggère aujourd’hui une autre alternative plus écologique. Après avoir enfoui l’engrais chimique, on aplanie le terreau. Certains jardiniers finissent la surface au petit râteau mais il est préférable d’utiliser la planche car lors des arrosages, l’eau aura moins de chances de se creuser des sillons.

Photo 14: Semis manuels.

On repose les traverses qui avaient été enlevées pour le travail du terreau. Voici sur la photographie (numéro X) le gabarit qu’on utilise pour tracer des sillons bien droits. Une bonne méthode pour faire des sillons larges mais peu profonds.

Photo 15: Identification des futurs plants.

En effet, il faut une certaine largeur, si on veut que la graine s’éparpille bien. Mais le bon jardinier a des doigts et il s’en sert à propos (voir photo 14). Le jardinier n’a qu’à secouer son sachet de graines pour obtenir une distribution uniforme des graines sur une largeur d’un pouce environ. Pour enterrer, enfouir à profondeur et à distance égale, les graines lèveront uniformément. Immédiatement après le semis, il faut étiqueter. On inscrira sur la planchette le nom du légume, sa variété avec la date. Puis, on foule légèrement le terrain, on « plombe » comme le veut l’expression consacrée afin que chaque grain soit en contact avec le sol humide et germe plus rapidement. Voici, sur la photo 16, deux manières de « plomber », dont une pour ménager son dos.

Photo 16: Plombage des semis.

Photo 17: Aération des couches.

Rendu à cette étape, on se doit de traiter du triple problème de l’humidité, de la chaleur et de l’air nécessaire à la germination. Il est indubitable que les couches chaudes, dès la seconde journée de montage, ont un grand besoin de ventilation. Voici les crémaillères utilisées à cette fin (voir photo 17). Il faut ouvrir du côté opposé aux vents et faire en sorte que l’air froid ne frappe directement les plants. On commence par une très petite ouverture, pour ouvrir de plus en plus au fur et à mesure que la température extérieure se réchauffe. Un peu plus tard dans la saison, on ira jusqu’à enlever complètement les châssis pour quelques heures d’abord puis toute la journée et jusque dans la nuit si elle ne s’annonce pas trop fraîche. Souvenez-vous qu’un excès de chaleur serait tout aussi dommageable que le froid. Les couches ont besoin d’une constance surveillance.

Photo 18: Transplantation des pousses.

Par ailleurs, tous les légumes semés de bonne heure doivent être repiqués si on veut en faire des plants robustes. Une nouvelle couche est préparée à cette fin. Le terreau en est nivelé et la place des plantes marquées d’avance. Les plants sont très délicatement arrachés et conservés tout le temps à l’ombre pour qu’ils ne sèchent pas trop vite. La petite boîte renversée fait un bon parasol pendant la plantation (voir photo 18). Savez-vous planter des tomates à la manière des années 40? On les plantes avec le doigt. Mais pour cela, il faut que le terreau soit très très meuble car on s’expose à briser les jeunes racines toujours fragiles à l’excès. On peut aussi planter avec deux doigts. C’est la meilleure manière d’obtenir une plantation à hauteur égale sans risquer de briser la tige ou les racines. Mais il faut prendre garde de ne pas presser trop fortement le terreau contre les racines.

Photo 19: Division des couches pour la transplantation.

Photo 20: Protection lors des trop-plein de soleil

Après la plantation, quant le soleil est ardent, il est nécessaire d’en tamiser les rayons en recouvrant les couches de cotonnades. On peut également utiliser à cette fin recouvrir de veilles toiles cousues ensemble. Le moyen le plus simple est d’éparpiller de la paille sur les châssis. Il ne fait pas oublier que les mauvaises herbes poussent très bien en couche chaude. L’ivraie sera arrachée et jetée au feu. Des arrosages seront également nécessaires. Il vaut mieux arroser copieusement et moins souvent que très peu et plus souvent et cela, en tenant compte des besoins en eau des jeunes plants. Quand la saison est assez avancée, les couches n’ont plus besoin de fumier chauffant. On les appelle « couches froides ». Voici comment procéder pour confectionner les couches froides.

Photo 21: Arrosage des plants.

Photo 22: Couches froides

Le sol est à peine dégelé. On lui fait une application d’engrais puis, on le bêche. On installe ensuite le cadre. vous ai-je dit que la couche froide se montait sans fumier chauffant? Cela ne veut pas dire sans fumier du tout. Il en faut quand même un peu pour butter le cadre tout le tour et empêcher l’infiltration d’air par-dessus. 4 ou 5 jours après le posage des châssis, la terre sera suffisamment réchauffée. On y tracera des rangs et on plantera.

Photo 23: Division et plantation.

Pour économiser de l’espace, les jardiniers font ce qu’ils appellent de la « culture intercalaire ». C’est ainsi qu’entre les rangées de laitues, on plante des choux entre des rangées de céleris, d’oignons, etc. Lorsque les châssis de couche se font rares à la fin du printemps, on peut encore utiliser des panneaux de bois pour couvrir durant les nuits fraîches certains légumes rustiques en couches froides.

Photo 24: Production intercalaire.

 

Voici donc, comment les maraîchers parvenaient à cultiver en primeur des légumes les plus variés. Avec la motorisation des instruments aratoires et les moyens de transport, le fumier de cheval se fit de plus en plus rare. Aussi, pour remplacer le fumier chauffant, a-t-on eu recours à l’électricité pour obtenir de la chaleur. Selon le magazine, Le Bulletin des Agriculteurs d’avril 1939, les premières couches chaudes électriques ont été créé en Suède vers 1922 avant de prendre leur véritable essor dans l’ensemble de la belle province vers le début des années 1940. Elles assurèrent pendant encore de nombreuses années une transition avant l’arrivée des serres modernes. Il est ahurissant de constater la somme colossale de travail humaine exigée par un tel procédé comme on peut le voir sur cette photo ici-bas.

Vues des quartiers ruraux de Montréal et de l’île Jésus en juin 1950 à Saint-Léonard-de-Port-Maurice (devenu le quartier Saint-Léonard à Montréal (photo: Joseph Guibord)

Pour en savoir davantage sur ce type de construction, consultez l’ouvrage de mars 1934 du Ministère de l’agriculture de la province de Québec intitulé « Serres, couches et abris ». Et pour les « patenteux », Larry Hodgson vous propose quelques méthodes toutes simples et économiques pour vous en fabriquer.

Yves Auger, chasseur de pommiers ancestraux

Yves Auger (photo: CETAB+)

Depuis les années 1980, au printemps et à l’automne, l’arboriculteur Yves Auger arpente les Appalaches à la recherche des pommiers de nos ancêtres (écossais, anglais, français et aussi ceux sur les sites des communautés religieuses). Souvent cachés sur des terrains abandonnés, ces spécimens ont grandi à l’état sauvage et leur apparence en dit long sur leur résistance et leur potentiel commercial. « S’ils ont pu survivre des centaines d’années dans des endroits inhospitaliers, la génétique est là! » explique t-il dans la capsule de l’émission « secrets de jardinage » qu’on vous suggère ici bas et offert par la télé-communautaire des Bois-Franc.

De fait, souvent nos aïeux plantaient des pépins de pomme dans l’espoir qu’un jour, ils puissent récolter de beaux fruits. Malheureusement, il est improbable qu’en semant les graines d’une variété, nous puissions obtenir la même. C’est ainsi que, de manière imprévue, les plants ont pu générer des rejetons uniques aux caractéristiques diverses (rusticité, grosseur, couleur, goût des fruits, maturité précocité, défenses naturelles contre des maladies…). Et c’est ce qui motive ce « chasseur de pommiers anciens ». En les retrouvant dans leur environnement naturel, il peut les comparer aux autres à proximité. Si l’un d’entre eux montre les signes recherchés, il revient sur les lieux au printemps suivant pour y prendre des boutures. Jusqu’à maintenant, il a pu retrouver une centaine de cultivars perdus comme par exemple, la RUBI, un pommier apportés par les premiers colons. Résistant au feu bactérien et à la tavelure, les fruits, récoltés en octobre, s’avèrent juteux, croquants et sucrés. On les multiplie depuis 2016 dans un verger expérimental situé au pied des Appalaches et maintenant labellisé bio depuis 2013. Pour ceux que ça intéresse, on les nomme souvent du nom des familles chez qui on a prélevé des boutures. Les Belle d’Isabelle, McKillop, Verte délicieuse, Rouge d’autrefois, Sophie, Jaune d’autrefois et Rouge des Bois-Franc revivront grâce à cet homme.

Pomme RUBI (image: la terre de chez-nous)

Œuvrant pour le Centre d’Expertise et de Transfert en Agriculture Biologique et de Proximité (CETAB+) du cégep de Victoriaville, Monsieur Auger a publié en 2013 un document intitulé « Variétés ancestrales et biodiversité au potager » dans lequel il explique les avantages d’utiliser d’anciennes variétés dans les vergers actuels.

Saviez-vous que? Vous pouvez acheter en vente directe, lorsqu’il y a des surplus,  les trouvailles découvertes par Monsieur Auger au kiosque de la ferme-école les mercredis de 11 h à 18 h et les jeudis de 15 h à 18 h, au Cégep de Victoriaville, côté du Boulevard Jutras. Ce verger historique, appelé « Verger des Frères du Sacré-Coeur » et cultivé de manière extensive intègrera bientôt un centre d’interprétation.

Carte postale de février 2018

Je vais vous faire un aveu. Mon vrai gagne-pain se situe à des lunes de l’agriculture ou du jardinage. En vérité, depuis maintenant plus de 20 ans, j’exerce un métier à temps plein tout aussi magnifique et valorisant comme conseiller d’orientation. Surpris? Oubliez les écoles. Mon lot quotidien consiste à donner un sens à la vie professionnelle d’une clientèle démunie, voire très défavorisées. J’en ai rencontré des milliers. Ils ont tous un point en commun. Ils se sentent perdus et veulent être rassurés quant à de meilleures perspectives d’avenir pour eux. Dans ce sens, j’ai adapté mon style d’intervention il y a de nombreuses années pour me concentrer sur leur potentiel. J’amène chaque individu à reprendre conscience de la recette de leur succès pour qu’il la reproduise vers un choix de carrière car, trop souvent, elle est cachée derrière leurs peurs, échecs ou mauvaises opinions d’eux-mêmes. Cette technique qu’on appelle « orientée vers les solutions » fût déterminante dans ma pratique et contribua à augmenter de manière significative mon taux de réussite. Pour quelle raison cette confession et quel lien avec le sujet de notre blogue?

Et bien simplement qu’avec les tonnes d’informations auxquelles nous nous abreuvons ou qu’on nous suggère, il y a trop souvent une enflure des problèmes aux détriments des solutions. Comment ne pas perdre espoir devant tant de catastrophes naturelles, conflits armés, réchauffement climatique, perte de biodiversité, collusion (et j’en passe) si, en contre-poids, aucune emphase n’est mise à conscientiser la population avec autant d’énergie aux initiatives, parfois toutes petites, pour les résoudre. On en vient à se forger une carapace d’évitement ou un « je-m’en-foutisme » total.

C’est pourquoi, devant le froid, la grippe et la fatigue du mois de février, je vous suggère un documentaire lumineux gratuit produit en 2015 intitulé « DEMAIN« . Gagnant de l’Oscar du meilleur documentaire 2016, l’histoire parcours dix pays en proposant des points de vue et des solutions optimistes face à des défis sociaux et environnementaux de notre temps notamment celui de l’agriculture.

De fait, il existe des initiatives adaptées, fonctionnelles et pleines de bon sens qui, malheureusement, demeurent cachées derrière la masse de titres tape-à-l’œil des mauvaises nouvelles. On vous montre ici-bas un extrait pour vous titiller mais vous pouvez cliquez sur le lien ci-haut pour vous dirigez vers la production intégrale. Ça fait du bien à l’âme.

Comment produire et préserver vos semences de ciboulette

Pour les personnes désireuses de rentabiliser leur potager, un petit coin de terre, un balcon ou simplement un rebord de fenêtre, je vous suggère de cultiver des fines herbes. À leur prix actuelle en épicerie (environ 5.00$ pour 3 petits paquets) vous rentrerez vite dans votre argent si en plus, vous choisissez des vivaces. Pour les débutants ou les « paresseux », la culture de la ciboulette se veut très facile. Elle s’adapte à plein d’endroit, requiert un minimum d’entretien et résiste à la sécheresse. Il en pousse même dans mon stationnement remplie de gravier et sur les bords des rangs asphaltés de campagne près de chez-moi. Une fois levée, on l’oublie et on récolte.

Par ailleurs, qu’on les appellent ciboulette, ciboule commune (Allium schoenoprasum) ou encore ciboulette à l’ail, ciboulette chinoise ou ciboule de Chine (Allium tuberosum), deux plantes distinctes, elles appartiennent toutes les deux à la sous-famille des allioidées, c’est-à-dire membre du club de l’oignon, de l’ail et du poireau. Miam! C’est pour cette raison qu’il est très important de respecter les distances d’isolement de 400 et 1500 mètres entre les variétés du même groupe pour ne pas qu’il y ait pollinisation croisée par les insectes.

Ciboulette commune (image: rustica.fr)

De fait, les fleurs formant de belles boules rondes quasi parfaites attirent les butineurs car leur intermédiaire demeure essentiel pour la pollinisation et la production des graines. Pour assurer un minimum de biodiversité, les sources suggèrent entre 15 et 120 plants. Ça fait, je vous le concède, de fameuses rangées difficiles à contenir pour un petit espace. Mais, le coup d’œil en vaut la peine en période de floraison. Pour cela, planter les graines directement au jardin (au ras du sol) au printemps dès que le sol se travaille et ce, espacées de 5 à 10 cm. Recouvrir d’une fine couche de terre et tasser un peu avec la main ou le pied pour qu’il y ait un bon contact avec le sol. Arroser d’une fine pluie et tenir le sol légèrement humide jusqu’à la germination. Garder 20 et 25 cm entre les rangs. 2 semaines après la levée, éclaircir aux 10 cm et enlever les mauvaises herbes. Des semis intérieurs sont possibles pour garnir vos plates-bandes plus rapidement.

Pour produire vos semences, vous n’avez qu’à attendre l’apparition des boules de fleurs séchées, tige comprise. Vous verrez apparaître les graines toutes noires, dodues et très dures parmi les fleurs séchées. Elles auront tendance à tomber toutes seules par l’action du vent. Lors de leur prélèvement, il arrive très fréquemment qu’elles tombent à côté et, au printemps suivant, il y a de fortes chances que d’autres rejetons fassent leur apparition. Faites des heureux autour de vous en leur offrant.

Ciboulette chinoise ou à l’ail (image: jardinage.ooreka.fr)

Ainsi donc, couper les tiges rigides avec les fleurs séchées et déposez-les dans un gros bac en plastique avec couvercle refermable (ex: plat à légumes Tupperware). Rempli au trois-quarts, fermer votre plat et secouer-le avec vigueur. Le frottement dégagera les graines qui tomberont au fond du plat. Répéter l’exercice à une ou deux reprises pour être sûr d’avoir tout prélevé. Soulever ensuite le couvercle pour jeter les tiges et les fleurs séchées au compost. Nous utilisons par la suite deux passoires avec des treillis différents; l’une pour filtrer les gros débris et le deuxième pour les petites particules de poussière, les minuscules graines et les brindilles. Installez-vous ensuite à l’extérieur par temps calme et souffler très doucement sur les graines restantes pour enlever les petits résidus de feuilles séchées restantes.

Finalement, insérer votre récolte dans une enveloppe opaque en papier avec le nom et la date de récolte. Remiser dans un endroit sombre, sec et aéré. La durée de conservation de vos semences variera entre 1 et 2 ans.

Gagnant de notre concours de fin d’année 2017

2018 a déjà fait un chanceux du nom de Bernard Rivest. Il se mérite des semences super rares du premier poivron canadien Vinedale en ayant participé à notre concours de fin d’année 2017. Félicitations! Pour celles et ceux qui souhaiteraient essayer cette variété, elle se retrouve dans notre section « pour commander » en nouveauté 2018. Vous avez été nombreux à envoyer votre réponse et je vous remercie beaucoup pour les bons mots inclus avec. Je les lis tous et ils me touchent beaucoup. Vous avez été aussi plusieurs à choisir le pâtisson comme étant la bonne réponse à notre question portant sur l’identification de la courge « pepo » parmi les quatre choix proposés (voir image ci-contre en bas à gauche). Et il y avait un truc….

En effet, si jamais vous songez à vous lancer dans la production de semences de courge, il est très important de ne pas les croiser entre elles. Vous pourriez au moins vous servir de ces indices pour déterminer la famille en vous basant sur la tige.

De fait, la C. maxima affiche un pédoncule cylindrique, non côtelé et tendre (voir ici-bas).

Courge Maxima Hubbard-Baby-Blue (image: promessedefleurs.com)

La C. pepo sera quant à elle composée de cinq à huit côtes bien marqués. La tige sera aussi dure et fibreuse au toucher comme notre exemple suggéré.

Courge pepo pâtisson blanc

La C. moschata aura des bords côtelés et la base s’épaissit au contact du fruit.

Courge moschata futsu black (image: la ferme de Ste-Marthe)

Le pedoncule de la C. argyrosperma sera, quant à elle, épaisse et robuste.

Courge argyrosperma Tennessee Sweet potato

Finalement, la C. ficifolia se verra mince et anguleuse.

courge ficifolia (variété inconnue) image: jardinage.ooreka.fr

Charles Naudin (image: Manuel de l’acclimateur, 1887)

Évidemment, d’autres indices peuvent nous mettre sur la piste tels la grosseur, la forme du fruit et l’apparence des feuilles ou des vrilles. Il en existe des milliers de cultivars.

Quoi qu’il en soit, on doit la classification des courges Cucurbitas au naturalisme (biologiste et botaniste) français Charles Naudin (1815-1899) qui, dans les années 1850, parvint à mettre de l’ordre dans ce chaos. Ainsi, une courge C. maxima se nomme un potiron; une C. pepo, une citrouille, la C. moshata, une courge musquée, la C. ficifolia, une courge siam et la C. argyrosperma, une courge mexicaine.

Carte postale de janvier 2018

Jardin potager de 1950 de l’Île-aux-coudres (image: Lisa Moser)

La religion catholique, omniprésente dans la vie des anciens ruraux, se manifestait jusqu’au potager avec Saint-Fiacre, patron des jardiniers, qu’on célébrait le 30 août au Québec, le 3 septembre en France. Par sa représentation divine on demandait à ce Saint de veiller aux bonnes récoltes et à la protection du jardin. Il n’est donc pas rare de retrouver parmi les plantes des emblèmes sous forme de statues, de mini-autels ou encore de croix dans le but d’attirer la bienveillance divine.

Toutefois, selon la légende*, Saint-Fiacre n’aurait pas été tendre envers les femmes dont l’une l’aurait accusé d’utiliser la magie au lieu de miracles. À cause de cette réflexion, il anathémisa (excommunier publiquement) l’ensemble de la gente féminine au point où, lorsqu’on construisit une chapelle en son honneur, les femmes furent strictement interdites d’entrée.

Ainsi donc, comme ce sont les femmes qui s’occupaient en grande partie du potager, il n’est peut-être pas improbable de croire qu’il aurait été évincé des jardins-potagers pour un personnage religieux plus significatif. Dans ce cas-ci, Marie, aussi appelée la sainte mère, Notre-Dame ou la Vierge Marie, avec son « petit Jésus » chez qui on vouait un véritable culte. Elle se voyait régulièrement invoquée pour les protections en tous genres. Certains, encore vivant, se souviendront peut-être des attroupements autour de la madone lors de la prière du soir pour invoquer le ciel de leur accorder une récolte abondante. Et, c’est ce que nous vous souhaitons à notre tour pour vous tous pour 2018.

*Référence: Journal de l’Union des Cantons de l’Est, 22 juin 1906, p.4