Bulbilles d’ail des Jésuites

En cette période de l’année, je consulte les sites des autres semenciers québécois offrant des variétés ancestrales car, de temps à autre, ils dénichent de véritables perles. Lorsque cela arrive, je trouve très important de le souligner car cela contribue à sensibiliser les gens à cette plante rare mais aussi d’augmenter ses chances de préservation via ceux qui en achèteront. Évidemment, je m’en remets à la bonne foi des semenciers pour l’authenticité historique et le sérieux de leurs recherches. Dans ce cas-ci, l’ail des Jésuites (allium sativum var. ophioscorodon), a particulièrement attiré mon attention. Avec la générosité de Lyne Bellemare, instigatrice du site « terre promise« , celle-ci m’a permis de traduire dans mes mots une partie de ses écrits via l’article qu’elle a publié en anglais dans son info-lettre de septembre 2016 destiné aux membres du semencier du patrimoine. Merci beaucoup!


Lyne Bellemare (source: biopolis.ca)

En mars 2015, lors de la Fête des semences de Québec, Lyne Bellemare reçoit de Kevin Bouchard une petite enveloppe en papier où elle y voit inscrite « ail du jardin des Jésuites ». Elle apprend de lui qu’après avoir pris soin l’été auparavant d’un jardin ayant appartenu aux Anglais et anciennement à la communauté jésuite, des rénovations aux bâtiments sur le même terrain l’ont motivé à sauver cette plante vouée à une mort certaine. Malgré ses tentatives pour l’identifier, personne ne fût en mesure de le renseigner. Madame Bellemare prit le petit paquet et après ses remerciements oublia l’histoire jusqu’au printemps suivant.

Par la suite, qu’elle ne fût pas son étonnement de voir apparaître des boules hérissées suspendues à plusieurs tiges d’ail poussant dans son jardin.

En effet, cette dernière avait planté les précieux bulbes dans une casserole au printemps puis les transplanta au jardin en oubliant leur présence et laissant faire la nature. Elle fût d’autant plus surprise par leur apparition précoce car, selon les explications de Monsieur Bouchard, les bulbilles auraient dû prendre habituellement 2 ans, voire jusqu’à 5 ans pour produire un ail récoltable. Voyant la tige fleurir dès sa première année, elle dû attendre leur récolte en juillet pour combler sa curiosité. À terme, un gros bulbe blanc et des bulbilles recouverts d’une enveloppe cylindrique verte pâle à l’aspect d’une boule pelucheuse. Elle se remémora alors qu’au cours de sa visite à son kiosque, Monsieur Bouchard lui avait fait part que, selon ses recherches, cet ail pouvait s’apparenter à une sorte « d’Allium vineale » ou « ail sauvage’ mais sans pouvoir le confirmer. Habituellement, l’ail sauvage fleurit de juin à septembre, bien plus tard que l’ail habituellement cultivé dans nos jardins.

Par ailleurs, la tradition orale fait état qu’un bovin qui broute de l’ail sauvage produit du lait et de la viande aromatisés à l’ail. Répandu en France et en Angleterre, on le considère comme une herbe nuisible car le grain récolté dans son voisinage peut porter l’odeur de l’ail et il résiste aux herbicides. Malgré ses bulbes plus petits comparativement à l’ail ordinaire et sa coiffure sauvage, il conservera toujours une place dans le jardin de Madame Bellemare car elle apprécie son goût mais aussi son histoire. Elle y voit là aussi une obligation et une responsabilité de préserver un tel héritage vivant si précieux de nos anciens jardins.

UNE HISTOIRE UNIQUE

La plus ancienne photo connue de la maison des Jésuites (source: Division de la culture, du loisir et de la vie communautaire de l’Arrondissement de Sainte-Foy-Sillery)

L’origine de cet ail se perd dans le temps mais il fût trouvé dans le jardin de la maison des Jésuites de Sillery à Québec. Les jardins d’origine ont disparu au fil du temps, mais quelques traces subsistent encore notamment cet ail vivace et une variété de menthe oubliée. L’occupation de la région a commencé bien avant l’arrivée des missionnaires. Des groupes autochtones nomades demeurèrent sur les rives du Saint-Laurent en saison pour pêcher et y faire du commerce. Dans les années 1720, les Jésuites construisirent une maison à Sillery, maintenant devenue un monument historique, comme endroit où cultiver une agriculture de subsistance et pour évangéliser. Cet ail pourrait avoir été introduit à ce moment-là. Après la guerre de Sept Ans (1756-1763), la maison fût louée aux Britanniques pour l’été.

Par après, l’écrivaine anglaise, Frances Brooke (1724-1789), ayant quitté son pays natal en 1763 pour rejoindre son mari à Québec, résida aussi dans cette maison pendant quatre ans où elle y écrit un roman tirant certaines de ses plus belles scènes de son environnement immédiat. À partir du XIXe siècle, la maison fut habitée par Richard Dobell, un prospère marchand de bois. Au fil du temps, les traces des Jésuites et des autres habitants de la maison disparurent. Seule la maison témoigne aujourd’hui de leur passage. En 1929, la Commission des monuments historiques du Québec transforme la maison en musée. Malgré cette nouvelle désignation, le bâtiment se voit, à plusieurs reprises, menacé de démolition ou négligé en raison d’un manque de financement. En 1986, en devenant la propriété de la ville de Sillery, on la restaure et la transforme en centre d’interprétation et d’exposition. Aujourd’hui, le vieux jardin est quasi disparu et le seul témoin de sa présence consiste en une touffe d’ail inhabituelle qui pousse sous un vieux pommier.


À NOTER: LA PLANTATION DE BULBILLES SE FAIT AU MOIS À L’AUTOMNE EN OCTOBRE. SI VOUS SEMEZ AU PRINTEMPS, LE TAUX DE GERMINATION DES BULBILLES DIMINUERA DE MANIÈRE SIGNIFICATIVE; SOIT AUX ALENTOURS DE 20%. Vous pouvez obtenir cette magnifique variété du passé en commandant par l’entremise du site Internet de Terre Promise. Faites vite, il se vend rapidement. 

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