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Potagers d'antan

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Potagers d'antan

Archives de catégorie : Personnages liés à l’agriculture au Québec

Individus actuels ou passés ayant contribué au développement de l’agriculture au Québec

Barthélémie-Télésphore et Anatole Décarie, pères du melon de Montréal

13 vendredi Juin 2014

Posted by Michel in Personnages liés à l'agriculture au Québec

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On parle de plus en plus de la renaissance du melon de Montréal; un fruit dont la célébrité atteignit son apogée entre 1870 et 1920. Mais derrière cette ancienne vedette, se cache des artisans lui ayant consacré presque leur vie entière notamment Barthélémie-Télésphore Décarie (1841-190?) et son fils Anatole (1884-?).

En effet, l’une des traditions orales voudrait que l’origine du melon musqué proviendrait de semences de France apportées par l’un des employés du père.

Par ailleurs, la renommée de leurs terres (entre la rue St-Jacques jusqu’à la côte St-Luc) et situées sur ce qu’on appelle aujourd’hui Notre-Dame-de-Grâce faisait aussi en sorte qu’on conférait d’autres commentaires élogieux à d’autres types de récoltes comme le cite un article paru dans le journal « La Patrie » du 9 août 1903:

les pommes, les tomates, les choux et les oignons de Notre-Dame-de-Grâce y sont célèbres.

La famille établie depuis 1675 construisit une maison qui accueillie pas moins de 9 générations. C’est justement en leur honneur, l’une des premières à s’être installée à Montréal qu’on nomma l’avenue Décarie, aujourd’hui Boulevard, Décarie. On voit justement une photographie de la résidence familiale au tournant du XIXe siècle jusqu’au moment de sa démolition survenue en 1912 pour laisser place à la voie ferrée du Canadien Pacifique.

Maison Décarie construite en 1680 (photo: www.n-d-g.ca)

Maison Décarie construite en 1680 (photo: http://www.n-d-g.ca)

Même maison en 1850

Même maison en 1850

En effet, outre ses deux personnages, il y a eu d’autres artisans venus porter leur brique au monument de ce fruit typiquement québécois, notamment la famille Gorman mais la contribution, d’Anatole Décarie, réputé « grand-maître », fût sans contredit, celle de créer une souche 10 jours plus précoce que ses compétiteurs. Pour le commun des mortels, cela ne veut pas dire grand chose mais pour un agriculteur, c’est toute une différence pour l’époque. Cette technique aurait été inspiré par un soi-disant livre d’Europe bien particulier du nom de « livre des horticulteurs français et étrangers« .

En effet, selon l’ouvrage « Montréal, activités, habitants, quartiers« , d’Annette Beaulieu édité en 1984 par la Société historique de Montréal, celle-ci y fait la mention suivante:

La culture du fruit laissé par son père, Télesphore Décarie, a pu sélectionner de superbes gros melons mûrs à point sur ses terres de Notre-Dame-de-Grâce. Cette science aurait été inspiré, entre autre, d’un livre français intitulé: Livre des horticulteurs français et étrangers. Ce bouquin, gros comme un dictionnaire, avait été consulté si souvent que la couverture en était toute usée, tout comme les pages marquées de signets, surtout aux endroits où l’on traitait de la culture du melon.

C’était cette réputation exceptionnelle qui faisait en sorte que de nombreux établissements prestigieux tels l’hôtel Windsor de Montréal venait s’approvisionner chaque année. Une anecdote intéressante fait état que lors d’une mauvaise saison ou les melons s’avéraient peu présentables en raison de taches et d’une peau fendillée, Anatole Decarie suggéra en contrepartie au représentant de l’hôtel une confiture de melon confectionnée par sa femme Marie-Catherine. Ce dernier fut si impressionné qu’il en commanda suffisamment pour la faire travailler, elle et ses aides pendant quinze jours consécutifs juste pour répondre à la demande. Si nous tombons sur la recette, on vous la partagera c’est sûr.

Source: archives de Montréal

Source: archives de Montréal

Une autre histoire singulière mentionne qu’un jour, un ami personnel du roi Édouard VII (1841-1910), un dénommé Monsieur Dawson, client de l’hôtel Windsor, cherchait un cadeau particulier à offrir au souverain pour son retour au pays. Se souvenant du goût remarquable du fruit, il vint trouver Anatole avec lequel il choisit des spécimens de très bonnes dimensions qu’ils expédièrent entourés de mousse dans de grosses caisses à claire-voie (cela signifie avec fenêtres pour laisser passer le jour) étiquetées au nom du roi, comme on le voit sur l’image ci-contre. Nous n’avons pu trouver de traces de la réaction ou de commentaires de l’empereur sur ce cadeau.

Néanmoins, outre New-York, Philadelphie, Boston et Chicago où les melons étaient expédiés par des entreprises spécialisées, la compagnie familiale satisfaisait la bourgeoisie Montréalaise en distribuant les fruits en charrette comme le fait foi cette image à gauche (estimée vers 1910) sur laquelle on retrouve en arrière plan, Anatole Décarie.

Charette de melons de Montréal (vers 1910)
Photo: Yves Decarie

Malheureusement, le melon ne survécu pas aux grandes transformations technologiques agricoles, aux nouveaux goûts des consommateurs et le savoir des hommes, incluant leur créations. se perdirent avec le temps.

En effet, dès 1956, plus personne n’en produisait et les semences avaient disparu des catalogues. Aujourd’hui, des tentatives sont à l’essai pour sa réhabilitation mais de mémoires d’homme, il faudrait bien du temps avant de revoir une telle merveille gustative. Le travail et la passion d’une vie, cela ne se recrée pas du jour au lendemain. Vous pouvez visualiser une capsule vidéo de 6 minutes qui relate, entre autre, l’agriculture de cette époque dans la région de Montréal avec un petit clin d’œil sur ces deux hommes et leur melon.

 

Pour en savoir plus, consultez un de nos anciens articles intitulé : Le melon de Montréal (mise à jour).

John Chapman (1774-1845), l’homme qui plantait des pommiers

28 samedi Sep 2013

Posted by Michel in Personnages liés à l'agriculture au Québec

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Johnny Appleseed (photo: www.todayifoundout.com)

Johnny Appleseed (photo: http://www.todayifoundout.com)

L’une des figures singulières de l’histoire de la pomiculture américaine est sans contredit John Chapman connu sous le sobriquet de Johnny Appleseed. Dans notre jargon du Québec, on lui aurait reconnu les traits d’un « quêteux ». Original, habillé en haillons, cet homme aux très maigres moyens a littéralement changé à sa manière l’Amérique du 19e siècle. Tout comme le personnage principal du film de Frédéric Back, l’homme qui plantait des arbres, celui-ci plantait… des pépins de pommes.

Pendant des décennies, a travers l’Ohio, l’Indiana et l’Illinois, il en planta des milliers. Il est pertinent de se rappeler qu’en plantant un pépin de pomme, il est quasi impossible d’obtenir une copie du plant-mère.

Par contre, la semence contient la génétique d’une foule de ses prédécesseurs et on ne sait jamais quel genre de fruits le plant développera. En agissant de cette manière, Chapman mit au monde des centaines de variétés adaptées au climat de leur région avec toute une gamme de formes, saveurs, textures, rusticité, etc. Des cultivars qui, dans certains cas, migrèrent jusqu’ici au Québec.

Ainsi, sans domicile fixe, il se promenait inlassablement en semant ici et là sur les terres incultes et enseignant aux gens la manière d’en prendre soin, de les élaguer. La magie de ce geste incita les nouveaux colons à s’installer sur ces terres remplis de pommiers ayant sous la main un moyen de subsistance. L’histoire incita même Walt Disney a créer un court-métrage animé en 1948 intitulé « Johnny Appleseed » (voir ici-bas… en anglais seulement).

C’est donc dire qu’une personne sans instruction, sans le sous ni bien et ni moyen, fût capable, par un geste gratuit et dénué d’intérêt, d’influencer des milliers d’individus. Il pourrait sans aucun doute devenir une source d’inspiration pour tous ceux et celles qui croit qu’on ne peut rien changer.

Aujourd’hui devenu personnage de légende, on s’accorde pour dire qu’il fût l’un des premiers écologistes de notre temps.

Pour en savoir davantage, visionnez le reportage de la semaine Verte du 6 juillet 2013 (La botanique du désir – la pomme – partie 1). Ou encore le musée Johnny Appleseed (en anglais).

Wilfrid-Henri Perron (1897-1977)

13 mardi Nov 2012

Posted by Michel in Personnages liés à l'agriculture au Québec

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Wilfrid-Henri Perron (1898-1977)

Né en 1897 à St-Philippe-de-Chester dans les Cantons de l’Est, Wilfrid Henri Perron ne se doutait sûrement pas qu’il fonderait en 1929 l’une des entreprises de semences francophones les plus importantes du milieu du 20e siècle en Amérique. Issu d’une famille de 18 enfants de parents  d’agriculteurs, (Arthur Perron et Olivine Gagnon), il s’enrôle à l’âge de 20 ans (1917) dans le « 79th Battery » après avoir obtenu son diplôme de ¨French Specialist certificate » de l’Université McGill. Il revient d’Angleterre deux ans plus tard pour s »inscrire une fois de plus à l’université McGill (campus de McDonald) mais cette fois-ci pour y apprendre, pendant 4 ans, l’horticulture. Il graduera en 1923 avec un baccalauréat ès-science agricoles et il y recevra

même le prix du ministre de l’Agriculture.

Embauché par la maison Dupuy & Ferguson, il recevra peu de temps après (à l’automne 1927), une bourse d’études  sur les recommandations de Sir Arthur Currie de l’Université McGill qui lui permettra d’aller étudier une année en France et plus spécifiquement à l’École d’horticulture de Versailles et à l’École municipale et départementale de Saint-Mandé, près de Paris.

De retour au Québec en 1929, il fonde aussitôt sa propre compagnie « W.-H. Perron & cie Ltée, grainetiers et pépiniéristes ». Décorateur-paysagiste émérite, il cumule avec le temps les responsabilités telles:

  • Expert attitré de la Société d’Expertise Agricole de Montréal;
  • Membre de la « Canadian Society of Technical Agriculturists »;
  • Membre de la Chambre de Commerce;
  • Membre du Comité des jardins de la Ligue du Progrès Civique; et
  • Représentant du Commerce Canadien de Semences à Ottawa

1er Catalogue WH Perron 1930 (source: whperron1.wixsite.com)

L’entreprise W.-H. Perron & cie Ltée se spécialise dans la vente de semences et d’accessoires de jardin et elle s’oriente vers les clientèles des jardiniers amateurs et des professionnels. C »est justement en 1930 qu’il lance leur premier catalogue de vente par correspondance. Vous imaginez-vous, dans leurs premières années d’existence, ils ont publié plus de 100 000 exemplaires de leur catalogue. Cet outil a souvent servi de manuel pédagogique à plusieurs générations de québécois désireux de connaître les techniques de production horticole. Plusieurs se souviendront sûrement de leur slogan « Chez Perron, tout est bon ».

Façade du magasin W. H. Perron au 935, Boul. St-Laurent à Montréal (1936)

Pépinière à L’Abord-à-Plouffe – 1940 (source: whperron1.wixsite.com)

1er Catalogue WH Perron (source: whperron1.wixsite.com)

Jusqu’en 1953, ils seront situés au 935, Boulevard Saint-Laurent au centre-ville de Montréal. Vers 1936, ils y construiront un entrepôt de 4 étages attenant au magasin de sorte qu’ils occuperont l’espace de la rue Saint-Laurent à la rue Saint-Dominique. Mais leur expansion constante les obligeront à déménager en 1954 au 515, Boulevard Curé-Labelle à Laval.

Dès 1959, l’achat de 2 arpents de terrain leur permettra de produire eux-même arbustes, plantes vivaces, arbres et confères. C’est en 1969 que Monsieur Perron prend sa retraite en laissant sa place à son fils Henri Perron, agronome.

Cela ne l’empêchera pas toutefois de publier en 1971 l’encyclopédie du jardinier horticulteur, une oeuvre majeure de 415 pages dans laquelle il relate la somme de ses 40 années d’expériences en horticulture. Il meurt 6 ans plus tard en 1977 à l’âge de 80 ans.

Aujourd’hui, on se souvient encore du nom de W. H. Perron puisque maintes initiatives portent son nom notamment une chaire de recherche et l’Iris d’or W.H. Perron, un prix horticole québécois prestigieux.

WP Perron à Laval au 515, boulevard Curé-Labelle 1950-1954 (source: whperron1.wixsite.com)

Antoine D’Avignon (1948-2003), jardinier de la dernière chance

21 jeudi Juin 2012

Posted by Michel in Personnages liés à l'agriculture au Québec

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Antoine D'Avignon (source: Radio-Canada / Découverte 22 oct. 2001)

Antoine D’Avignon (source: Radio-Canada / Découverte 22 oct. 2001)

Antoine D’Avignon est inconnu du public en général.

À priori, il paraît avoir vécu une vie ordinaire. Comme le personnage principal du film d’animation « L’homme qui plantait des arbres » de Frédérick Back, il avait un but, une passion, peut-être même une mission invisible et peu « jet-set » aux yeux du monde: celle de sauver des fleurs, des fruits et légumes de la disparition. Il serait sûrement surpris d’apprendre aujourd’hui, qu’il en est l’un des précurseurs au Québec et qu’à cause de lui, nombreuses de ses protégées n’ont pas sombrées dans l’oubli. Comme aucune source écrite n’y faisait référence à sa juste part, nous trouvions normal qu’il puisse aspirer à une meilleure reconnaissance pour ses efforts passés.

Antoine d'Avignon (photo: Gisèle d'Avignon)

Antoine d’Avignon (photo: Gisèle d’Avignon)

Né le 28 mai 1948 à Coaticook, il est le cadet d’une famille de 5 enfants. Il habite sur la ferme familiale où il apprend rapidement les rudiments de l’agriculture. Dans la vingtaine, il étudie à l’Université de Sherbrooke pendant un an et par la suite, il sera embauché en 1973 à l’âge de 25 ans par Agriculture Canada comme technicien en agriculture et ce, jusqu’à sa retraite le 28 mai 1998.

Entre-temps, il achète le 30 mai 1974 l’une des plus anciennes maisons du village de Saint-Louis-de-Pintendre qu’il habitera jusqu’à son décès. Sur ses deux arpents de terrain, il construit ses nombreux potagers. Les distances d’isolement sont très importantes pour préserver la pureté des cultivars. Il cultivait annuellement une centaine de variétés de fleurs, fruits et légumes quasi éteints. Les 26 cultivars de pommes de terre occupaient à eux seuls, 150 mètres carrés de son potager.

De fait, il est important de se remettre en contexte qu’au Québec, avant 1990 et l’arrivée d’Internet, la transmission des semences anciennes se résume à des échange de savoir et de matériel génétique de personne à personne. Si un individu brise la chaîne et qu’il en est l’unique héritier, c’est terminé. Monsieur D’Avignon s’aperçoit qu’au Canada anglais, la sensibilisation à la préservation des semences anciennes est beaucoup plus avancée qu’au Québec. Ses lectures l’amènent à prendre conscience de la disparition progressive et rapide de cette biodiversité agricole. Il apprend l’existence d’un organisme canadien de protection de semences créé en 1984 peu connu dans notre province nommé « Heritage Seed Program ». Il se sent aussitôt interpellé et la passion le gagne rapidement. Il s’y inscrit en 1989. Même avant de devenir officiellement son premier représentant (section Québec) 5 ans plus tard, il donne déjà des entrevues pour attirer l’attention du public sur la dégradation rapide de ce patrimoine agricole.

Par exemple, dans un article paru en mai 2000 dans Québec science, il sonnait déjà l’alarme en disant:

95% des variétés vendues dans les catalogues de semences sont hybridées ou encore transgéniques. Nos variétés sont pures, c’est-à-dire quelles n’ont pratiquement pas été croisées depuis plus de un siècle. C’est ce qui fait toute leur valeur.

Antoine D’Avignon (photo: Gisèle D’Avignon)

Entre 1990 et 1995, il répond aux demandes grandissantes des journalistes de la télévision, des journaux, des revues spécialisées, au courrier postal et fait aussi visiter ses jardins aux curieux. Sa soeur Gisèle se souvient des appels téléphoniques constants pendant qu’elle, son frère Pierre et des amis s’affairaient au potager. Une telle culture exigeait beaucoup de travail et seul, la tâche aurait été impossible.

Ainsi, après l’avoir vu à la télévision ou lu un article, maints passants lui léguait leurs précieuses semences pour la postérité dans l’espoir de les perpétuer.

En 2003, il racontait justement à Anne-Louise Champagne, journaliste au Soleil:

Un jour, le vieux monsieur Ouelette m’a confié trois tubercules de ses pommes de terre uniques. « Ça brillait dans ses yeux! Il me confiait quelque chose qui lui tenait beaucoup à coeur. Ses enfants n’étaient pas intéressés à cultiver ses patates. » Ces pommes de terre à la pelure très foncée, presque bleue, et à la chair très blanche, sont tout simplement délicieuses.

Il les a appelé « patate crotte d’ours de Louis-Marie ».

En effet, il devait souvent leur donner un nom car leur provenance se confondait dans le temps et les appellations d’origine s’étaient perdues ou leurs propriétaires ne leur en avaient jamais donné.

Vers la fin de son mandat, c’était 450 lettres ou appels téléphoniques qu’il avait reçu en quelques mois. « Mon bureau de travail, c’est un coin de ma table de cuisine! » écrivait-il dans son aurevoir comme représentant. Et toutes ses correspondances se faisaient à la main.

Comme l’a écrit Bob Wilddfong, ancien président du Semencier du Patrimoine:

Je n’exagère rien en disant que si ce n’avait été des efforts d’Antoine, le Programme semencier du patrimoine ne serait quasiment pas connu au Québec.

Il fût une source d’inspiration pour les autres représentants ayant pris sa relève les années subséquentes notamment Diane Joubert qui lui a même écrit un mot intitulé: Il était une fois une personne qui a changé ma vie.

Malheureusement, l’homme s’est éteint beaucoup trop jeune, le 21 août 2003, âgé de seulement 55 ans.

Nous tenons à remercier sincèrement Madame Gisèle D’Avignon pour son temps, ses recherches et l’envoi de documents visuels uniques.

Le blé Marquis

03 mardi Avr 2012

Posted by Michel in Céréales du patrimoine:, Personnages liés à l'agriculture au Québec

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Seriez-vous surpris d’apprendre qu’avec la création du blé « Marquis« , un croisement entre le blé « Red Fife »(voir article du 02 avril 2012) et le « Hard Red Calcutta » de l’Inde, naissait du même coup la biotechnologie au Canada?

En effet, il fût sélectionné en 1892 par Sir Charles Edouard Saunders (1867-1937) à la Ferme expérimentale centrale d’Ottawa et testé à la Ferme expérimentale d’Indian Head en Saskatchewan pour la première fois en 1907. Cette découverte fît exploser la productivité de cette céréale au pays et fît du même coup une différence cruciale durant la première guerre mondiale. Décrit à l’époque comme:

…un des plus grands exploits du monde dans l’amélioration génétique des cultures sur le plan économique.

… sa culture dépassa les 200 millions de boisseaux en 1911, une première historique au Canada.

Charles Saunders (source: www4.agr.gc.ca)

Avant cette prodigieuse percée, les agriculteurs canadiens ne pouvaient cultiver  suffisamment de blé pour nourrir la population nationale parce qu’ils ne parvenaient pas à maturité suffisamment tôt avant l’hiver. L’exportation à l’étranger s’avérait hors de question.

Son arrivée transforma donc le Canada en l’un des plus grands producteurs de blé au monde. La hausse de cette production coïncida comme une véritable bénédiction pour nos alliés français en 1915 puisque les sources d’approvisionnements en blé en provenance d’Australie et d’Argentine étaient stoppées par les sous-marins allemands. L’exportation de 90% du blé envoyé en France par le Canada s’avérait du « Marquis », un cultivar de printemps, à maturité précoce, possédantt une haute valeur boulangère et meunière.

Timbre-poste blé Marquis en 1909 (source: Société canadienne des postes)

En 1928, 90% de toutes les surfaces cultivables dans les Prairies canadiennes (20 millions d’acres) avaient été remplacées par cette variété. C’est dire l’énorme potentiel qu’il possédait durant cette période. Ce n’est pas pour rien s’il domina le monde pendant les décennies suivantes.

Toutefois, bien qu’il y ait encore des spécimens disponibles pour les chercheurs à des fins d’études, le blé Marquis a été remplacé par des variétés encore plus précoces et résistantes aux souches plus récentes de la rouille. Encore aujourd’hui et ce, depuis les 100 dernières années, il est très rare de ne pas retrouver une variété de blé ayant des croisements génétiques avec le « Marquis »; une souche exceptionnelle.

Pour en savoir plus, consultez, la découverte du blé Marquis.

Décès de Daniel A. Séguin (1928-2012)

21 mardi Fév 2012

Posted by Michel in Personnages liés à l'agriculture au Québec

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Daniel A. Séguin (source: http://www.avisdedeces.ca)

Mis-à-part auprès d’une certaine élite dans le monde horticole, cette nouvelle a fait bien peu de vagues auprès du public en général en ce début d’année.

En effet, Daniel A. Séguin, agronome réputé et pionnier de l’horticulture ornementale au Québec, s’est éteint le 7 janvier 2012 à l’âge de 83 ans. Originaire de Rigaud, il obtient son diplôme à l’Institut agricole d’Oka dans les années 1950. Il concevra dans les années 1960, à la demande du Ministère de l’Agriculture, l’un des premiers programmes en horticulture ornementale au Québec notamment pour l’Institut de Technologie Agricole de Saint-Hyacinthe.

Cette réalisation lui vaudra d’ailleurs de recevoir l’Iris d’or W.H Perron en 1989.

Mais c’est surtout, avec l’aide de Wilfrid Meloche, autre enseignant en horticulture,  qu’ils créeront en 1975 un jardin-laboratoire destiné aux finissants de cette école.   Cette oeuvre ouvrira ses portes au grand public 20 ans plus tard. Aujourd’hui, d’une superficie de 4,5 acres, 50 000 plantes recréent 20 jardins thématiques renouvellés chaque année par les étudiants. Il fait justement parti des plus beaux jardins du Québec. Il se méritera en 2005 le prix Henry-Teusher; distinction remise aux  personnes ayant contribué à l’avancement de l’horticulture au Québec.

Merci Monsieur Séguin de nous avoir laissé tant de beautés.

Amable Morin (1793-1877)

13 lundi Fév 2012

Posted by Michel in Personnages liés à l'agriculture au Québec

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Amable Morin (source: http://www.ruralys.org)

Amable Morin a été le « pomiculteur le plus connu » de la Côte-Sud. C’est en ces termes que l’organisme Ruralys qualifie cet homme dont la renommée a fait en sorte qu’au milieu du 19e siècle, on venait de partout à travers le Québec  demander son aide pour l’implantation de vergers.

Toutefois, avant de connaître cette notoriété, il fût  notaire, une carrière sûrement financée (c’est mon interprétation) par son père Jean Baptiste Morin, un agriculteur prospère, membre de l’élite agricole de cette région.

Ayant obtenu son diplôme en 1814, à l’âge de 21 ans, il  épousa trois ans plus tard Marie-Reine Gauvreau, fille d’un riche marchand-tanneur de Québec. Ils se firent construire en 1830-1831 une énorme maison-magasin (voir photo ici-bas) à Saint-Roch-des-Aulnaies et c’est sur ce terrain, à 37 ans (1830), qu’il débuta ses premières plantations d’arbres fruitiers. 40 ans  plus  tard soit le 16 juin 1868, dans l’une de ses correspondances, il y dénombrait plus de 200 pruniers et 300 pommiers.

Maison-Magasin d'Amable Morin (source: Archives familiales d'Alain Pelletier)

Ainsi, ses fruits étaient expédiés sur le marché local mais aussi par bâteaux en complémentarité aux autres denrées dont il faisait le commerce. Pour l’aider à préserver ses récoltes avant leur transport, il construira en 1830, en face de sa résidence, un énorme entrepôt (voir photo ici-bas), malheureusement détruit depuis. Sa renommée en inspirera beaucoup d’autres (connus et moins connus) dans la production fruitière mais peut-être aussi en agriculture.

Entrepôt d'Amable Morin (source: archives familiales d'Alain Pelletier)

En effet, l’abbé François Pilote, fondateur en 1859 de la première école d’agriculture à La Pocatière aurait pu être influencé par cet ami très proche… Qui sait?  Aurait-il pu être la source d’autres réalisations encore présentes aujourd’hui dans nos campagnes? Pour en savoir davantage sur le sujet, allez y faire un tour via La Seigneurie des Aulnaies car il subsiste encore un petit verger à l’arrière de la grande résidence.

Dupuy & Ferguson, grainetiers et pépiniéristes (1886-1964) partie 1

08 jeudi Déc 2011

Posted by Michel in Personnages liés à l'agriculture au Québec

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Alexandre Dupuy (Fondateur décédé le 4 février 1920)

Archibald Ferguson (fondateur-associé décédé le 5 janvier 1926)

Les entreprises de semences occupent une place de plus en plus importante au Québec à partir du milieu du 19e siècle. Avant 1850, les cultivateurs produisent eux-mêmes leurs semences. L’importation de nouvelles espèces de plantes notamment des États-Unis et d’Europe (France, Angleterre, Pays-Bas…) fait en sorte qu’on met graduellement de côté les variétés traditionnelles. Plusieurs de ces entreprises deviennent florissantes et apportent exotisme, diversité et saveurs nouvelles auprès des agriculteurs mais aussi chez les familles qui possèdent souvent un potager. Comme elles ont été un maillon important dans l’introduction et l’évolution des goûts, nous avons cru pertinent vous dresser un portrait de l’une d’entre elles: Dupuy & Ferguson. 

Richard Ferguson

En 1886, Alexandre Dupuy fonde sa compagnie de semences. 15 ans plus tard, Archibald Ferguson s’y associera et ils fonderont dès lors la Maison Dupuy & Ferguson. Située à Montréal au 438-442, Place Jacques Cartier, ils y demeureront jusqu’à sa fermeture le 24 octobre 1964, soit pendant 78 ans.  Ils achèteront l’immeuble en 1929 et occuperont même dans les années 20 les étages inférieurs de l’édifice voisin; d’où les deux adresses mentionnées sur leurs catalogues. Si vous passez sur cette rue, vous remarquerez encore le lettrage fantôme du nom de la compagnie sur la brique. Les rennes de l’entreprise seront reprises par le fils d’Archibald, Richard Ferguson (année encore inconnue).

Le 08 avril 1933, le journal Le Devoir rapporte qu’elle exportait dans toutes les provinces canadiennes mais également aux Bermudes, en Irlande, en Pologne, au Brésil en France, aux États-Unis et dans différentes îles des Antilles.

L’an dernier, elle a même obtenu des commandes de la Chine en plus de son commerce régulier avec d’autres pays , rapportait Monsieur Ferguson.

Place Jacques Cartier (1931)

Ils se spécialisent dans l’offre de semences de fruits, légumes fleurs, gazon, bulbes et tout ce qu’il faut pour la ferme. Et ceci destinés aux fleuristes, les maraîchers et les propriétés privés. Par exemple, ils avaient expédié un tracteur aux Oblats, une congrégation religieuse établie à Good Hope près du cercle polaire.  

C’est également pour répondre aux besoins des agriculteurs d’étendre les surfaces cultivables en identifiant des variétés exigeant moins de temps pour venir à maturité mais aussi pouvant bien réagir à nos conditions climatiques, qu’ils mettent sur pied en 1930 une ferme d’essais et de démonstration. Située à Saint-Laurent, plus spécifiquement sur la Côte Saint-François, elle possède une superficie de 155 arpents et ce, pour tester toutes sortes de nouvelles variétés. Cet endroit se voulait l’ancêtre des contrôles aujourd’hui exercés par le gouvernement fédéral.

À titre d’exemple, on pouvait vérifier la viabilité d’au moins 900 cultivars différents à nos conditions climatiques tels: 15 variétés de broccolis, 48 de fêves, 40 de betteraves, 7 de choux de bruxelles, 19 de chicorées, 64 de choux, 29 de choux-fleurs, 48 de carottes, 24 de blé d’inde, 47 de concombres, 11 de céleris, 10 d’aubergines, 44 de tomates, 32 de navets, 45 d’oignons, etc.

Cet investissement allait propulser l’entreprise. Pour vous donner un exemple de l’effervescence de leurs affaires, en 1945, plus ou moins 35 000 commandes postales avaient été enregistrées à leur département de livraison.

Publicité Dupuy & Ferguson (source: Almanach de la langue française 1916)

Ken Taylor, créateur des fruits de demain

03 jeudi Nov 2011

Posted by Michel in Personnages liés à l'agriculture au Québec

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Ken Taylor (photo: Rémi Lemée / La Presse, 22 septembre 2007)

 
Avant qu’ils ne soient anciens, les fruits et les légumes du Québec ont débuté quelque part? Par de la sélection, des croisements, des essais et erreurs, ils ont parcouru les siècles pour qu’aujourd’hui par l’ardeur de nos ancêtres, nous puissions encore les savourer.
 
Et bien qu’il s’intéresse beaucoup aux anciens cultivars, Ken Taylor nous propose aujourd’hui ce qui sera sûrement les futures « anciennes » variétés du Québec de demain. Né en 1944 à Danville, une municipalité près d’Asbestos, il habite sur une ferme et ce n’est probablement pas un hasard s’il a toujours été attiré par ce qu’il y avait vraiment dans son assiette car ce qu’il y retrouvait étant jeune n’avait pas de ressemblances avec l’offre des supermarchés. Détenteur d’un doctorat en chimie de l’université McGill en 1969, il deviendra enseignant en biochimie au collège John Abbott à Sainte-Anne-de-Bellevue et ce, jusqu’à sa retraite en 2004. Ma formation m’a amené à
suivre pas à pas l’évolution du monde agricole en matière de fertilisation ou de lutte contre les maladies et les prédateurs. Et je surveille attentivement cette industrie alimentaire qui veut toujours nous entrer de force ses nouveautés dans l’estomac, comme les produits transgéniques, par exemple.
En effet, même si sa carrière principale se destine aux salles de classes, cela ne l’empêche pas d’acheter une grande ferme à l’Île Perrot, la ferme biologique de la Pointe-du-Moulin, où il mènera ses propres expériences agricoles notamment en matière de culture d’arbres fruitiers rustiques biologiques dans les territoires nordiques.
 
C’est d’ailleurs a lui qu’on attribue la redécouverte du melon de Montréal où, avec l’aide de multiples sélections, il hybridera le « mini-Montréal ».
 
De même, Au début des années 2000, il créera le melon « Lorraine » (voir photographie ci-haut), du prénom de sa conjointe, un fruit à la chair jaune sucrée et à la peau jaune vif .
C’est un pur hasard, dit-il. Un jour, parmi des dizaines de plants provenant de graines trouvées chez un collectionneur américain, voilà que l’un d’eux s’est mis à produire des melons à peau jaune en forme de ballon de football. Plutôt original, n’est-ce pas? Et il était délicieux.
L’une de ses grandes passions consiste à l’intérêt qu’il porte depuis plus de 30 ans aux variétés rustiques fruitières goûteuses qui produiront en quantité mais possèderont aussi des propriétés telles la fixation de l’azote dans le sol, la fructification même dans des sols pauvres, la rétention des terres, la résistance aux maladies et insectes… des supers plantes quoi! 
 
Pour ceux et celles intéressés aux variétés inusités, nous partageons avec vous deux courts vidéos montrant Ken Taylor dans sa jungle, comme il aime le citer, là où il vous propose ses dernières recherches en matière de culture d’arbres et d’arbustes fruitiers rustiques (en anglais seulement).
 

Joseph-O. Vandal (1907-1994), père de la viticulture au Québec

21 jeudi Juil 2011

Posted by Michel in Personnages liés à l'agriculture au Québec

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À droite: Joseph.O. Vandal (image: La semaine verte / Radio-Canada)

Bien que le frère Armand Savignac (voir article du 26 janvier 2011) soit l’un des premiers à avoir fait des croisements pour  l’acclimatation de la vigne au Québec, ce sera Joseph-O. Vandal qui permettra de sélectionner la première vigne 100% québécoise adaptée à nos saisons froides.

Diplômé de l’Institut d’Oka en agronomie en 1935, il poursuivra ses études à l’Université McGill (collège McDonald) puis aux États-Unis, plus spécifiquement dans l’État de New-York à l’Université Cornell.

C’est à partir de 1939 qu’il est embauché à l’Université Laval où il sera, entre 1940 et 1969,  professeur de génétique. D’abord au boulevard de l’Entente en 1940, puis à partir de 1962 à la Faculté des sciences de l’Université Laval à Sainte-Foy.

Ainsi, il développera toutes sortes de plantes, d’arbustes fruitiers et de cultivars de fruits plus robustes sous notre climat. Travailleur acharné, il souhaite fournir des plants à l’Université Laval et pour ce faire, il construit sa propre pépinière au nord du campus, près du chemin Ste-Foy. Par exemple, son inventaire de 1949 et 1950 montra qu’ il aurait planté plus de 11 000 jeunes plants appartenant à environ 130 espèces. Mais cette pépinière servira aussi à satisfaire ses goûts de collectionneur et son esprit de recherche dont une partie contribuera à l’avancement viticole.

En effet, en 1947, il débute la sélection de cépages adaptés à la viticulture québécoise.

Membres du Conseil des recherches agricoles. Dr G. Gauthier, M. Chevrette, J.O. Vandal, J.A. Ste-Marie, Dr Bernard et, au fauteuil présidentiel, le Dr G. Maheux. Bureau de M. Barré / Neuville Bazin . – 1947 (image: Bibliothèque et Archives Nationales du Québec)

Jusqu’en 1962, parmi les 12 000 semis de vignes produits, il transplantera les meilleurs spécimens à la ferme Deschambault, aujourd’hui le Centre de recherche en sciences animales de Deschambault.

Durant toute sa carrière, il étudiera près de 300 variétés de vignes en provenance de France, des États-Unis et du Canada. À sa retraite, en 1969, une partie des plants transportables prirent le chemin de ses propriétés à Lotbinière. Poursuivant son hobby avec autant de ferveur, ses recherches aboutiront dans les années 1970 à 4 cépages de sa collection suffisamment rustiques et précoces pour être cultivés au Québec: Minesota 78, Léon Millot, Maréchal Foch et Eona.

Entre-temps, il fondera, le 2 novembre 1979, l’association des viticulteurs du Québec avec quelques collaborateurs.

Selon le producteur de vin, Jean Larsen, Monsieur Vandal trouvera la véritable utilité de ses recherches lorsqu’il visita au milieu des années 80 les installations du vignoble Ste-Pétronille à l’Île d’Orléans.
Toutefois, c’est avec l’aide de Mario Cliche, enseignant à l’Institut de technologie Agroalimentaire de Saint-Hyacinthe  lui-même spécialisé dans les croisements de la vigne qu’il développera enfin le premier véritable hybride rustique de vigne en 1985, le Vandal-Cliche. Soit plus de 40 ans après le début de ses travaux de recherche… le travail d’une vie, quoi!
Monsieur Joseph-O.Vandal décéda en 1994 à Sainte-Foy.
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