C’est la semaine de la relâche scolaire et pour profiter de cette période, je me permet une petite pause de 7 jours pour entre autre, popoter. Entre-temps, je vous laisse sur de superbes anciennes photographies reçues et glanées un peu partout, par année croissante, au temps des grands marchés publics québécois. Parce que, comme l’a dit Léo Moulin (1906-1996) sociologue et écrivain belge:
cuisiner, c’est recréer le passé.
Marché Bonsecours entre 1903 et 1913 (image: The International Stationery Co.)
Je vais vous faire un aveu. Mon vrai gagne-pain se situe à des lunes de l’agriculture ou du jardinage. En vérité, depuis maintenant plus de 20 ans, j’exerce un métier à temps plein tout aussi magnifique et valorisant comme conseiller d’orientation. Surpris? Oubliez les écoles. Mon lot quotidien consiste à donner un sens à la vie professionnelle d’une clientèle démunie, voire très défavorisées. J’en ai rencontré des milliers. Ils ont tous un point en commun. Ils se sentent perdus et veulent être rassurés quant à de meilleures perspectives d’avenir pour eux. Dans ce sens, j’ai adapté mon style d’intervention il y a de nombreuses années pour me concentrer sur leur potentiel. J’amène chaque individu à reprendre conscience de la recette de leur succès pour qu’il la reproduise vers un choix de carrière car, trop souvent, elle est cachée derrière leurs peurs, échecs ou mauvaises opinions d’eux-mêmes. Cette technique qu’on appelle « orientée vers les solutions » fût déterminante dans ma pratique et contribua à augmenter de manière significative mon taux de réussite. Pour quelle raison cette confession et quel lien avec le sujet de notre blogue?
Et bien simplement qu’avec les tonnes d’informations auxquelles nous nous abreuvons ou qu’on nous suggère, il y a trop souvent une enflure des problèmes aux détriments des solutions. Comment ne pas perdre espoir devant tant de catastrophes naturelles, conflits armés, réchauffement climatique, perte de biodiversité, collusion (et j’en passe) si, en contre-poids, aucune emphase n’est mise à conscientiser la population avec autant d’énergie aux initiatives, parfois toutes petites, pour les résoudre. On en vient à se forger une carapace d’évitement ou un « je-m’en-foutisme » total.
C’est pourquoi, devant le froid, la grippe et la fatigue du mois de février, je vous suggère un documentaire lumineux gratuit produit en 2015 intitulé « DEMAIN« . Gagnant de l’Oscar du meilleur documentaire 2016, l’histoire parcours dix pays en proposant des points de vue et des solutions optimistes face à des défis sociaux et environnementaux de notre temps notamment celui de l’agriculture.
De fait, il existe des initiatives adaptées, fonctionnelles et pleines de bon sens qui, malheureusement, demeurent cachées derrière la masse de titres tape-à-l’œil des mauvaises nouvelles. On vous montre ici-bas un extrait pour vous titiller mais vous pouvez cliquez sur le lien ci-haut pour vous dirigez vers la production intégrale. Ça fait du bien à l’âme.
Jardin potager de 1950 de l’Île-aux-coudres (image: Lisa Moser)
La religion catholique, omniprésente dans la vie des anciens ruraux, se manifestait jusqu’au potager avec Saint-Fiacre, patron des jardiniers, qu’on célébrait le 30 août au Québec, le 3 septembre en France. Par sa représentation divine on demandait à ce Saint de veiller aux bonnes récoltes et à la protection du jardin. Il n’est donc pas rare de retrouver parmi les plantes des emblèmes sous forme de statues, de mini-autels ou encore de croix dans le but d’attirer la bienveillance divine.
Toutefois, selon la légende*, Saint-Fiacre n’aurait pas été tendre envers les femmes dont l’une l’aurait accusé d’utiliser la magie au lieu de miracles. À cause de cette réflexion, il anathémisa (excommunier publiquement) l’ensemble de la gente féminine au point où, lorsqu’on construisit une chapelle en son honneur, les femmes furent strictement interdites d’entrée.
Ainsi donc, comme ce sont les femmes qui s’occupaient en grande partie du potager, il n’est peut-être pas improbable de croire qu’il aurait été évincé des jardins-potagers pour un personnage religieux plus significatif. Dans ce cas-ci, Marie, aussi appelée la sainte mère, Notre-Dame ou la Vierge Marie, avec son « petit Jésus » chez qui on vouait un véritable culte. Elle se voyait régulièrement invoquée pour les protections en tous genres. Certains, encore vivant, se souviendront peut-être des attroupements autour de la madone lors de la prière du soir pour invoquer le ciel de leur accorder une récolte abondante. Et, c’est ce que nous vous souhaitons à notre tour pour vous tous pour 2018.
*Référence: Journal de l’Union des Cantons de l’Est, 22 juin 1906, p.4
Dans le cadre de son 150e anniversaire, le gouvernement du Canada tient aussi à souligner la contribution des premiers ministères notamment celui de l’agriculture.
En effet, la création du Ministère fédéral de l’Agriculture remonte au 1er juillet 1867. Aujourd’hui, connu sous le nom d’Agriculture et Agroalimentaire Canada, l’organisme a créé pour l’occasion une section bien spéciale sur son site Internet où vous pourrez visionner, entre autre, 5 capsules vidéos d’environ une minute chacune sur le thème « d’hier à aujourd’hui ». Elles touchent la disponibilité des aliments, la lutte antiparasitaire, la préservation du sol, la traite des vaches et la récolte des grains. On vous en donne un exemple ici-bas.
De plus, vous y retrouverez de belles affiches chronologiques portant sur les découvertes importantes durant ce dernier siècle et demi, les personnalités féminines marquantes en sciences durant cette période, une analogie aux code-barres et les insectes, des « saviez-vous que? », etc. Vous verrez, il s’en est passé des choses.
Fermier aux États-Unis dans les années 1950 (source: inconnue)
Voici un geste millénaire probablement disparu aujourd’hui des fermes québécoises modernes: la traite manuelle des vaches. Avec la venue des trayeuses automatiques et des stations de traite régit par informatique ou par robot, l’éleveur a gagné beaucoup en temps et en production. Pour en avoir fait l’essai, une dose d’aptitudes se veut nécessaire pour bien traire une vache. On voit ici sur l’image qu’avec le temps, le fermier arrive à une réelle précision. Il est vrai qu’à deux fois par jour, multiplié par le nombre d’animaux, ça devient rapidement monotone. « Faire le train », une expression canadienne-française, utilisée encore aujourd’hui, signifie qu’on va s’occuper des vaches pour les nourrir, nettoyer les stalles, les traire… Cette responsabilité s’acquitte matin et soir. Un peu une formule dérivée de l’expression « train-train quotidien ».
En fait, le terme « train » remonte au 12ème siècle, bien avant la construction de la fameuse locomotive qu’on appelle aussi « train ». Selon le Petit Robert, ce mot ancien signifiait, « manière d’aller, d’évoluer ou façon de faire les choses« . Comme le langage évolue constamment, l’origine de l’expression « faire le train » trouve sa source à partir du moyen-âge où on l’a consacré, avec le temps, à ce rituel répétitif quotidien entre la maison et l’étable.
À partir de 1851, s’installe au Québec une tradition inspirée de l’exposition universelle de Londres: les grandes expositions agricoles et industrielles. Lors de cet événement annuel prévu une semaine en août ou septembre, on pouvait y voir toutes sortes d’exposants liés aux animaux de la ferme, curiosités scientifiques, horticulture, machineries agricoles et aux beaux-arts. Ces derniers avaient la possibilité de gagner des prix au mérite comme lors des grandes expositions universelles d’Europe. Le public se faisait aussi offrir des divertissements comme des tours en ballon ou de manèges, des courses de chevaux, des feux d’artifices, etc. Aux cours des années, plusieurs de ces exhibitions se déroulèrent à Montréal dans un édifice appelé le Palais de cristal, une replique plus modeste du « Crystal palace » de Londres (voir image ici-bas). Situé sur la rue Sainte-Catherine, il sera relocalisé, en 1879, entre les rues de Bleury et Saint-Urbain, aujourd’hui devenue l’avenue Mont-Royal et le boulevard Saint-Joseph. 17 ans plus tard (1896), un violent incendie détruisit le Palais de cristal obligeant de déplacer l’exposition agricole à tour de rôle dans les villes de Saint-Hyacinthe, Trois-Rivières et Sherbrooke. L’affiche ici-haute de 1884 mesurant, en vraie, plus de deux mètres de hauteur, se veut une représentation typique du design graphique associé jadis à ce type d’activité; qu’il soit au Canada ou aux États-Unis. Pour ceux qui se poseraient la question, les anciens écrits expliquent que le terme « Puissance » mentionné sur l’affiche fait référence au Dominion du Canada, créé par la loi constitutionnelle de 1867.
Palais de cristal de Montréal (en haut: 1866) et de Londres (en bas: 1854) image: wikipedia
Sur la photo de haut à droite (de gauche à droite: Roberte, Hélène et Céline Perry) Photos: Harry Rowed
Alors que le nouveau président américain, Donald Trump, déconstruit tranquillement les réalisations de l’ancienne administration démocrate, il pourrait épargner un symbole réintroduit par l’ex-première dame, Michelle Obama: le potager de la Maison-Blanche. Produisant environ 1000kg de nourriture, il se voulait un outil pour conscientiser les gens à une saine alimentation. C’est dans cette même optique de conscientisation qu’il a été créé au départ par Eleanor Roosevelt en 1943 dans sa vision du «jardin de la victoire» (en anglais « Victory gardens ») comme le montre cette photographie ici-bas.
Eleanor Roosevelt et son potager de la victoire (Image: carlanthonyonline.com)
Aussi appelé « potager pour la défense » ou « jardin de guerre », on les retrouvaient autour des résidences privées ou dans des parcs publics pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale. Au Québec, on retrouve peu d’infos sur ces potagers peut-être mis-part cette image (en haut à gauche) prise le 24 août 1942 à Québec où les sœurs Perry aident à l’entretien du potager sur la propriété de l’usine de la Dominion Arsenals Ltd.. Destinés surtout à atténuer la pression de la guerre sur l’approvisionnement alimentaire public, on leur attribuait aussi la vertu de stimuler le patriotisme chez les civils; ceux-ci se sentant utile de contribuer à l’effort de guerre par les produits récoltés. Pour en savoir plus sur l’histoire du premier potager de la victoire, consulter le livre « American Grown: The Story of the White House Kitchen Garden and Gardens Across America » (version anglaise seulement) en vente ou en location dans certaines bibliothèques.
On fait une petite pause cette semaine le temps qu’on fasse nos semis. On attend toujours le plus longtemps possible mais là, on ne peut plus retarder. Entre-temps, on vous laisse sur quelques magnifiques photographies d’enfants et d’adolescents en apprentissage de techniques de culture prises en 1940 par le photographe Conrad Poirier. Nous tendons à croire qu’elles ont été prises au Jardin Botanique de Montréal car l’établissement offrait ce genre d’activités durant cette période et aussi en regard d’anciennes photographies. Mais, n’ayant aucune autre source, nous ne pouvons déterminer avec certitude nos dires. C’était vraiment un autre temps; il y a 77 ans.
Apprentissage du jardinage 1940 (photo: Conrad Poirier)
Apprentissage du jardinage 1940 (photo: Conrad Poirier)
Apprentissage du jardinage 1940 (photo: Conrad Poirier)
Apprentissage du jardinage 1940 (photo: Conrad Poirier)
Apprentissage du jardinage 1940 (photo: Conrad Poirier)
(08-04-17): Une très bonne amie (Lyne Bellemare) a contacté une de ses connaissances au Jardin Botanique de Montréal. Celle-ci, n’ayant pas d’information dans ses archives concernant Conrad Poirier, en a fait part à Violène Simard, responsable des Jardins Jeunes. Selon elle, « il est fort possible que ces photos aient été prises au JJeunes« . Elle ajoute qu’il « n’existait pas de projets similaires à cette époque« . « Depuis la création des JJeunes en 1938 et jusqu’en 1960, ce projet était géré en association avec la CECM« . Elle termine en disant: « Les jeûnes de plusieurs écoles venaient au Jardin pour apprendre à faire pousser des légumes« .
Je remercie ces bonnes âmes pour ces compléments d’information sur ces images.
J’adore les coccinelles… pas les asiatiques mais les belles rouges indigènes au Québec. Insecte ami au jardin, saviez-vous qu’on lui attribuait aussi le surnom de « bête à bon Dieu »? Intrigué? Pour faire changement de mes articles fleuves, je vous propose de voir sa petite légende en images ici-bas.