Voici venu l’un des moments préférés des jardiniers; choisir ce qu’on va semer. On a beaucoup de projets, de vouloir et d’espoir. Allez hop! On regarde sur Internet, visite les pépinières, les grandes surfaces, commande des catalogues. Bref, on magasine. Quel choix! Les images font saliver les yeux et cracher le portefeuille. Dans l’euphorie des futures grandes récoltes, on perd souvent des notions importantes relatives aux informations sur le sachet, trop impressionnés par les belles images. Des renseignements (présents ou absents) qui, lorsqu’on les connaît, font de nous des consommateurs plus éclairés. Pour les trois prochaines semaines, on vous présente un mini lexique en 3 parties: (1) ce qu’on vous montre, (2) ce qu’on aurait intérêt à vous mentionner et (3) ce qu’on vous cache.

 

LES RENSEIGNEMENTS HABITUELLEMENT AFFICHÉS

 

LE NOM DE L’ESPÈCE ET DE LA VARIÉTÉ
Outre une image occupant souvent les 3/4 de la devanture du sachet, le nom de la plante se veut un élément vendeur et payant. Qui ne connaît pas les fameuses tomates « cœur de bœuf »? Les amérindiens eux, ne donnaient aucun nom à leurs fruits et légumes. Un maïs, c’était un maïs un point c’est tout et ce, même si on leur en présentait différents. Aujourd’hui, avec les milliers de variétés disponibles, ce serait impossible de s’y retrouver. Le nom revêt ainsi une importance capitale; entre autre pour les effets de mode et les droits de propriété. N’oubliez jamais…. c’est de l’agro-business.

En effet, selon le bureau de l’obtention de la protection végétale, la loi sur l’obtention de la protection végétale (1990) et le règlement protège une entreprise…

pour une période maximale de 25 ans pour une variété d’arbre et de vigne (ainsi que leurs porte-greffes), et de 20 ans pour toutes les autres variétés végétales.

F1, F2…
Ces deux caractères font référence justement au terme « hybride de première ou de deuxième génération ». Dans le premier cas (F1) c’est une combinaison de gènes de deux variétés distinctes, sélectionnées pour une ou plusieurs caractéristiques spécifiques et produisant un croisement bien précis. Souvent plus performant, ils ne pourront être utilisés pour produire des semences car en replantant les graines, le rejeton aura une prédominance d’un des deux parents, habituellement très différente du plant-mère. La mention F2 quant à elle se voit réservée, la majorité du temps, aux marchés professionnels sauf peut-être en de rares occasions parmi les mélanges de fleurs. Encore une fois, pour obtenir ce type de variété, les sélectionneurs auront utilisé plusieurs parents. On peut même retrouver des F3, F4 et plus. Inutile de dire qu’il serait hasardeux de conserver vos semences. À moins bien sûr de vouloir jouer à l’hybrideur.


Georges-Harrison-Shull (image: www.genetics.org)

Georges-Harrison-Shull (image: genetics.org)

 

Saviez-vous que: Inventé par l’américain Georges Harrison Shull (1874-1954) en 1908, le concept de variété hybride F1 est parti du constat qu’on ne pouvait appliquer la même méthode pour créer des variétés de lignées pures chez les céréales comparativement au maïs, à cause d’une trop forte consanguinité. Shull a alors eu la présence d’esprit de croiser des lignées pures pour reproduire à l’identique un « génotype » intéressant d’un point de vue agronomique.


OP (« Open Pollinisation » ou traduction libre « pollinisation libre »)
Lorsqu’on lit cette description, en temps normal à la suite du nom de la plante, vous saurez qu’elle  pourra être ressemée à chaque année et sera fidèle au plant-mère (en respectant les distance d’isolement prévue). Actuellement, l’engouement pour les termes « traditionnel », « patrimoine », « héritage (« heirloom » en anglais) », « paysan », « ancestral », « cultivar fixé » et « ancien »  entrent dans cette même catégorie. Ce n’est qu’un leurre sémantique pour attirer la clientèle intéressée par des produits plus rustiques; un créneau en croissance. Adaptées au terroir (climat, sol et environnement), vous pouvez poursuivre leur amélioration en faisant votre propre sélection en conservant uniquement les plus beaux spécimens ou en préservant les individus dont vous voulez reproduire certaines caractéristiques. Par exemple, la gourgane Petite du lac, aujourd’hui unique à la région du Saguenay Lac Saint-Jean, se veut une version « fixée » de la variété d’origine « Windsor ». Habituellement, on peut s’attendre à devoir patienter entre 8 à 10 ans avant qu’une nouvelle variété soit considérée « fixée ».

BIOLOGIQUE
Au Québec, lorsqu’un produit porte la « certification biologique », il garantit qu’il a été produit selon les normes de l’agriculture biologique régies par le Conseil des appellations réservées et des termes valorisants (CARTV). Il existe 6 organismes reconnaissant la conformité biologique à 100% avec les sceaux Écocert CanadaPro-cert Organic et TransCanada Organic (certification canadienne), Québec vrai (certification québécoise) ainsi que LETIS et Quality Assurance International (certification internationale). Mais la certification coûte cher et doit se mériter avec de nombreux contrôles rigoureux. Un petit producteur pourrait cultiver bio sans posséder la certification totale (ex. Bio-Québec, Aliments bio du Québec ou Biologique Canada) qui suggère un contenu biologique entre 70% et 95%. Pour le consommateur, il y de quoi perdre son latin avec tous ces logos. Un producteur accrédité va assurément apposer sa certification sur le sachet; gage d’une rigueur dans ses méthodes de culture. Pour être reconnues, « biologiques », vos semences n’auront reçu aucun herbicide, ni insecticide chimique. Elles n’auront bénéficié non plus d’aucune boue d’épuration, ni de fertilisants de synthèse. Enfin, elles ne seront pas issues de semences d’OGM mais plutôt issues exclusivement des variétés originales.

 

LE GRAMMAGE
Indiqué par le nombre de graines ou par le poids (en gramme). Vous comprendrez qu’il y a une grande différence entre une semence de fraise minuscule versus celle d’une citrouille. Pour cela, les semenciers indiquent la quantité avec l’une ou l’autre de ces deux unités de mesure. Par exemple, 3 grammes de semences d’une carotte pourrait vous générer entre 1900 et 2000 plants. Pratique pour la planification d’une surface cultivable de quelques mètres carrés. À moins d’aimer beaucoup, beaucoup, beaucoup les carottes. À titre comparatif, en 1942, le catalogue de Dupuy & Furgeson Ltée proposait des sachets de carottes avec au minimum une demie once (15 grammes) à 0.10$ canadiens comparativement à aujourd’hui où vous retrouverez des enveloppes entre 0.5 et 3 grammes affichées entre 0.99$ et 3.50$. Lisez notre rare coup de gueule sur ce point. Selon le magazine en ligne français « semencemag« , une ressource sur les graines et les semences, ceux-ci ont dressé un tableau afin d’illustrer pour un gramme, le nombre de semences approximatif qu’on peut retrouver dans une enveloppe.

Aubergine:
250

Betterave potagère: 60 à 80

Carotte:
800 à 1200

Céleri:
2500 à 3000

Chicorée:
600 à 800

Choux:
400 à 800

Courgette:
8 à 10

Épinard:
100

Haricot:
2 à 6

Laitue:
900 à 1100

Melon:
35

Navet:
500

Oignon:
250 à 300

Persil:
700 à 800

Poireaux:
350 à 400

Radis:
80 à 100

Tomate:
250 à 450


LA MÉTHODE DE CULTURE

Avec des pictogrammes ou des calendriers, par écrit ou en images, chaque entreprise tente, du mieux possible fournir l’essentiel de la plantation; condamnées par la petitesse de la surface d’un sachet. Vous devriez au moins y retrouver:

  • Le type de plante: annuelle, vivace ou qui se ressème
  • le meilleur moment pour la plantation (intérieur et/ou extérieur)
  • Les dimensions à maturité (hauteur et largeur)
  • Le nombre de jours pour la récolte ou la floraison à partir du semis en terre
  • La description physique de la plante (couleur à maturité, forme, dimensions des fruits ou des légumes à la récolte)
  • Les techniques de plantation en semis intérieur et/ou extérieur (profondeur du semis, emplacement, distances entre les plants et les rangées, arrosage, repiquage, éclaircissage, etc.)
  • La zone de rusticité
  • Et autres trucs pertinents (mais pas nécessairement essentiel): se consomme sous quelles formes, conseils pour un taux de réussite supérieur, résistance aux insectes ou maladies, historique…

Les vieux catalogues de semences se voulaient une aide pédagogique. En plus de la description de leurs produits, ils expliquaient la manière de les cultiver. Un William Ewing Ltée de 1897 contenaient 84 pages. Les gens les lisaient durant l’hiver. Aujourd’hui, pour compenser, de plus en plus de semenciers fournissent un support web (fiches descriptives, vidéos, blogues, foires aux questions, services techniques par courriel ou téléphonique…).

LES SEMENCES PRÊTES À L’EMPLOI
Aussi appelées « graines sous voile » ou « ruban de semences », celles-ci sont contenues dans un ruban collées entre deux voiles très fins biodégradables. Pour les jardiniers paresseux, ceux-ci n’ont qu’à dérouler le ruban à l’espace prévu et chaque graine suit une ligne régulière standardisée ayant le même espace entre chacune. Vous aurez l’avantage de faire pousser en ligne droite et gagnez du temps pour le semis direct. Il existe également des tapis pour de plus grandes parcelles ou des formes arrondies à placer dans des pots de fleur. Ce conditionnement évite la corvée d’éclaircissage entraînant moins de pertes. Adapté tant aux jardiniers expérimentés qu’aux novices. Pour l’avoir essayé, il a y toujours la fameuse question « est-ce que j’achète de vieilles graines? ». Mais n’oubliez pas, gagner en vitesse et se faciliter la vie à un prix. Vos coûts grimperont. Pourquoi ne pas en faire un maison?

En résumé, toutes informations visuelles susceptibles de faire pencher la balance vers un achat se retrouvera sur l’enveloppe. La concurrence reste vive et chaque élément pour convaincre l’acheteur se verra utilisé pour conserver, voire accroître une part de marché. Que ce soit par des coloris pimpants, des photographies hyper réalistes, un graphisme vintage, une sachet biodégradable, un look écologique, des formats  familiaux, une promotion… Soyez à l’affût de notre deuxième partie. Nous vous entretiendrons des infos qui mériteraient d’être mentionnées.

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