Si comme plusieurs vous avez fait la tournée annuelle des catalogues de semences, avez-vous trouvé des variétés cultivées par les amérindiens (algonquins ou iroquois)? Il y a quelques spécimens ancestraux non autochtones mais comparé à la marée des produits, ils se perdent parmi les hybrides tellement il y en a peu. Et de surcroît, les mêmes spécimens reviennent constamment. On parle ici de quelques citrouilles, parfois de maïs mais mis-à-part cela, le néant. À croire qu’ils n’ont jamais existé. Quelles raisons expliquent cette rareté? Évidemment, les pistes de réponse qu’on propose demeurent des observations ressorties au fil de nos recherches et expériences depuis 15 ans.

Source: Catalogue Dupuy-&-Ferguson (1914)

Premièrement, il y a toujours la fameuse question de rentabilité. Les entreprises cherchent le rendement et le profit. Inutile d’alourdir un catalogue avec des cultivars non rentables. Par le passé, des commerces de semences ont été acheté et les nouveaux acquéreurs ont passé à la trappe les variétés les moins vendues notamment les souches anciennes dont celles des premières nations. Concurrence oblige, d’autres semenciers ont fait faillite laissant aussi en plan un éventail de choix, souvent non repris par un tiers compétiteur. Et, redevance oblige, l’avènement des hybrides, avec ses droits de propriété inondent le marché aujourd’hui. Ce n’est pas payant d’offrir des variétés qu’on peut reproduire chez-soi et qui, de toute façon, ne répondent pas très bien aux intrants chimiques modernes.

Deuxièmement, il y a les modes culinaires. Par exemple, un plant de courge « maxima« , en fonction de la variété peut produire des légumes pesant jusqu’à 50 livres. Ça fait beaucoup, beaucoup, beaucoup de purée à manger. Qui veut s’astreindre à tout couper, cuire, conserver voire entreposer. Aujourd’hui, le prêt-à-manger, malgré la flopée d’émissions culinaires, prend de l’ampleur à chaque année. Et l’écorce de certains fruits, quel enfer! Une scie mécanique aurait de meilleures chances. Si on ajoute, le manque de temps ou d’espace, le désintérêt ou l’absence de compétences pour la cuisine et voilà autant de raisons pour les reléguer aux oubliettes.

Source: Catalogue Dupuy-&-Ferguson (1914)

Troisièmement, les nations amérindiennes entretiennent une relation particulière avec les plantes cultivées. Considérées comme sacrées, la notion mercantile entourant la vente de semences n’est pas encouragée. Elle est même mal perçue.  Plusieurs communautés conservent jalousement leurs graines et elles se les transmettent entre membres par confiance et respect. J’ai souvent envoyé des lettres à différents groupes autochtones leur expliquant les motifs de notre approche mais sans résultat. Mais, le vent tourne.

En effet, conscients aussi de leur disparition éventuelle si elles ne sont pas cultivées, de timides initiatives s’organisent. Regardez un exemple de sauvegarde chez nos voisins du sud avec la vidéo ici-bas (en version anglaise seulement). Tout comme les jardiniers non autochtones, les cultivateurs amérindiens vieillissent. Peu de jeunes considèrent de prendre la relève et perpétuer ces traditions. Au Québec, il y a des projets comme celui de Teprine Baldo (via son site « le noyau« ) qui s’associe à des semenciers autochtones pour les multiplier et offrir ses semences traditionnelles d’ici. Le choix est très petit mais paraît prometteur.

Quatrièmement, l’absence de conscientisation dans la population n’aide évidemment pas à freiner cette tendance. Ce n’est pas par manque de volonté mais on comprend qu’un tel sujet attire peu la sympathie des médias en comparaison à des attentats terroristes à Londres, la congestion routière de Montréal, les frasques de Donald Trump, etc. Comme dirait ma mère: « c’est pas mal loin de mes préoccupations ». Justement, ça ne nous touche pas! On est tellement sollicité par toutes sortes de causes. On manque de temps ou on n’est simplement pas au courant qu’il existe des centaines de variétés en voie d’extinction.

Toutefois, avec l’arrivée d’Internet et des médias sociaux, le vent commence à tourner. Par exemple, Louise Gagnon, rédactrice du blogue québécois « ma citrouille bien-aimée » milite pour la réhabilitation des courges en se portant à leur défense. Elle y dresse toutes sortes de manières de les apprêter et ce, dans toutes les circonstances. Elle a compris qu’un sauvetage durable surviendra lorsqu’on recommencera à les réintégrer dans leur alimentation. Et c’est là la première étape! De mon côté, je continuerai à vous en faire découvrir.

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