Les canadiens doutent de ce qu’ils mangent dans leur assiette. Voilà un constat surprenant révélé par la première étude exploratoire pan-canadienne sur le sujet publiée au début de 2017 par la faculté d’agriculture de l’Université de Dalhousie. Selon les chercheurs, parmi les éléments alimentaires frauduleux, on y suggère entre autre:

…une étiquette non conforme, l’omissions dans la liste des ingrédients ou d’une erreur sur la provenance d’un produit.

Le monde des semences ne fait pas exception. Dans cette troisième et dernière partie, nous abordons justement les renseignements qu’on tente ou qu’on ne veut pas que vous sachiez. Les détails se cachent trop souvent entre les lignes.

LES RENSEIGNEMENTS JAMAIS AFFICHÉES

ORGANISMES GÉNÉTIQUEMENT MODIFIÉS (OGM): Selon OMG, une source d’information gouvernementale québécoise sur les organismes génétiquement modifiés, un OGM se définit comme:

un organisme vivant auquel on a ajouté un ou des gènes pour lui donner un caractère spécifique, par exemple, la résistance à un virus;

OU

un organisme vivant dans lequel on a bloqué ou atténué l’action indésirable d’un gène, par exemple, la synthèse d’une protéine allergène.

Il n’y a pas encore de cadre législatif obligeant les entreprises à indiquer la présence d’OGM dans leurs produits. Et ce n’est peut-être pas pour rien.

En effet, selon une étude faite en Alberta en 2010 concernant l’acceptabilité sociale des OGM auprès de la population canadienne, près de 50% des personnes interviewées se sont dites très préoccupées par le sujet; le Québec et la Colombie-Britannique étant les provinces les plus concernées par le phénomène. Au moment d’écrire ces lignes, treize espèces de plantes génétiquement modifiées ont été approuvées au Canada à des fins de commercialisation: le maïs-grain et le maïs sucré, la pomme de terre, la tomate, le coton, le soya, le lin, le canola, la betterave sucrière, la luzerne, le riz, la courge, la papaye et la pomme. Vous en mangez déjà probablement sans le savoir.


Dans l’ordre: en haut gauche (Avery) en bas (McCarty) et à droite (MacLeod)

Saviez-vous que? Le médecin américain d’origine canadienne, Oswald Théodore Avery (1877-1955) avec ses collaborateurs Colin Munro MacLeod (1909-1972) et Maclyn McCarty (1911-2005) furent à l’origine, en 1944, de la découverte du rôle de l’acide désoxyribonucléique comme support de l’hérédité; Le fameux ADN. Cette découverte montra le rôle de l’ADN comme molécule capable de transporter l’information héréditaire et qu’elle constitue les gènes à l’intérieur des chromosomes. Un cratère lunaire porte son nom n’ayant pu recevoir le prix Nobel de son vivant. Ce fût le début des OGM.


LES GRAINES ENROBÉES: Vous douteriez-vous qu’en achetant vos semences, celles-ci pourraient être enrobées de pesticides et/ou herbicides et/ou de fongicides très nuisibles pour l’environnement. Il s’agit d’un processus par lequel on entoure la graine d’un liquide argileux qui, une fois séché, va donner une apparence étrange (verte, blanche, rouge…) très différente de la couleur d’origine. L’exemple le plus commun s’illustre par les semences à gazon verte fluo. Souvent, on joue sur les mots en spécifiant qu’elles sont recouvertes d’une substance inerte sans vous préciser leur contenu. On mise sur l’effet recherché comme une germination accrue, une résistance aux champignons ou une protection face aux insectes. Aujourd’hui, avec le recul et les études, la recherche tend à prouver qu’une semence traitée avec la famille des « néonicotinoïdes » serait l’une des principales cause de la disparition des abeilles. Et qui dit « abeilles » fait référence à « pollinisateurs ». Donc, moins d’abeilles, moins de fruits et légumes. Le nom scientifique utilisé pour l’enrobage n’est jamais inscrit. Seule une réglementation pourra y mettre un frein. Surpris par ces infos? Tournez-vous vers des semences certifiées biologiques. Vous pouvez déjà faire une différence.

LA PROVENANCE DES SEMENCES: On croit à tord que le distributeur produit toutes les variétés offertes dans son catalogue. ERREUR! Bien souvent, ce dernier fait appel à plusieurs producteurs payés au prix du « gros ». En divisant les lots, il peut s’assurer un profit lors de la revente. Pour un exemple très hypothétique, suggérons un achat de 250 semences de melon de Montréal au coût de 20$. Subdivisé en lots de 25 graines à 3.50$ le sachet, le négociant se trouve avec un profit de 15$ ou 75% sur son achat; un bon rendement. Il est impossible de savoir, à moins de le demander, où les semences ont été produites. Sans cette info, les graines pourraient donc avoir été cultivé de n’importe quelle manière. Donc, avoir été en contact avec des intrants chimiques (herbicide, insecticide, fongicide, etc.) à moins d’avoir la mention biologique (voir l’article précédent). Mais encore là, comment le distributeur peut-il assurer à 100% de la bonne culture par un tiers? Le phénomène ne date pas d’hier puisque toutes les grandes entreprises du siècle passé (Rennie’s, Ewing, Verret…) importaient presque toute leur production d’Europe, des États-Unis et d’ailleurs au Canada. Cette manière de procéder est souvent décrite dans la documentation et généralisé à l’industrie. Seuls de petits et très rares semenciers parviennent à développer une production totalement locale. Ça leur prend beaucoup d’organisation pour éviter les croisements, respecter les distances d’isolement et les rotations de cultures. RESPECT!

En conclusion…

Dans leur plus récente édition (revue et corrigée) de leur guide de production à petite échelle (2013), les semences du patrimoine affirme que les normes de production pour les semences commerciales sont basées sur la « confiance ». Ils ajoutent « ceux qui commercialisent leurs semences doivent penser à la réputation qu’elles pourraient acquérir, non seulement pour leur propre entreprise, mais aussi pour tout le secteur de la production semencière au Canada ».

Évidemment, l’achat de graines dans d’autres pays via les sites Internet (eBay, Amazon, entreprises privées, organismes de sauvegarde…) vous amène, en plus, à transiger avec des législations gouvernementales parfois plus restrictives, parfois très laxistes. Se donne t-on réellement la peine de vérifier la manière dont vos semences ont été produite? On achète, comme une bonne partie de nos biens, avec nos yeux, avec nos émotions. Parce qu’aujourd’hui, le jardinage est devenu un passe-temps, non une nécessité vitale comme avant. C’est une différence cruciale. Et les entreprises l’ont compris. Elles aussi, comme les plantes s’adaptent. Et qui les forcent à le faire….. VOUS!

Nous vous souhaitons une excellente saison de jardinage 2017!

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