Pommes de terre Yukon Gold (image: www.plant.uoguelph.ca)

Pommes de terre Yukon Gold (image: http://www.plant.uoguelph.ca)

Il y a certaines variétés de fruits et légumes qu’on côtoie depuis si longtemps et ce, presqu’à tous les jours qu’on croirait qu’ils sont là depuis toujours. C’est presque le cas de cette ontarienne conçue à l’université de Guelph en 1966 par les chercheurs Norman Thompson et Garnet (Gary) Johnston (1916-2000), une des premières à avoir été développé pour la consommation de masse. Comme à notre habitude, en faisant quelques recherches, nous sommes tombés sur une foule d’histoires la concernant. Qui dit vrai? L’une des particularités lorsqu’on se retrouve en face d’une variété créée par des organismes gouvernementaux, c’est qu’on a juste à consulter les registres officiels de l‘agence d’inspection des aliments du Canada.

Garnet Richard Johnston (Image: université de Guelph)

Garnet Richard Johnston (Image: université de Guelph)

Toutefois, grâce à une lettre écrite en 1998 par Garnet Richard Johnston concernant l’historique de ce cultivar a beaucoup facilité nos questionnements. Ainsi, l’histoire débute en Ontario au début des années 1950 à la station de recherche de Harrow, un centre régional d’essai de la pomme de terre. A cette époque, les agriculteurs immigrants font des pressions pour qu’on développe une variété de pomme de terre à chair jaune telle qu’ils la cultivait dans leur région natale (Allemagne et Belgique). Plutôt incertain du potentiel d’une telle demande, le hasard fait en sorte que vers la fin de 1959, Monsieur Johnston met la main sur des tubercules très goûteux à chair très jaune apportés par un étudiant péruvien en provenance de Cuzo. Le père de ce dernier possédait une grande plantation de pomme de terre et vendait sa production au marché de Lima. Une année plus tard lors d’un colloque, Monsieur Johnston rencontre Roman Ross de la « Wisconsin Potato Introduction Station » et apprend qu’elle est cultivée à Sturgeon Bay en Ontario et qu’on lui attribut plusieurs noms à travers le monde tels: Amarillas, Careta, Yema de huevo, etc. Monsieur Ross lui envoie quelques spécimens en lui suggérant quelques possibilités d’hybridations pour l’améliorer. En y réfléchissant bien, Monsieur Johnston se dit:

Why not try to create a potato variety with normal size, shallow eyes, globular shape and yellow flesh. (Extrait tiré d’une copie d’une lettre de Gary Johnston en 1998 écrit à un collègue qui lui raconte l’histoire du Yukon Gold dans ses propres mots)

(Traduction libre): « Pourquoi ne pas créer une variété de pomme de terre de taille normale, aux yeux peu profonds, de forme globulaire tout en étant de chair jaune ». Il choisi donc comme sujet d’expérimentation le cultivar Norgleam du Dakota du Nord possédant toutes les caractéristiques décrites plus haut. Et dès 1966, le croisement fût fait sous l’appellation G6666.

Pomme de terre Yukon Gold (image: agence d'inspection des aliments du Canada)

Pomme de terre Yukon Gold (image: agence d’inspection des aliments du Canada)

Par la suite, durant la première année, de nombreux champs d’essais furent semés et l’un d’eux, le 4e (G666-4y) fût choisi afin d’être expédié vers six sites de cultures différents pour y être étudiés pendant 3 ans. Au moment de l’enregistrement du cultivar, Monsieur Johnston suggéra le nom de Yukon en référence à la ruée vers l’or au Yukon et au fleuve du même nom.

De plus, Charlie Bishop, un de ses collègues, lui suggéra d’y ajouter le mot « Gold » en référence à la couleur du tubercule. La Yukon Gold venait de naître. Pour sa commercialisation, le créateur misa sur une bonne dose de publicité. L’article du Harowsmith, un magazine national avec son titre “There’s Gold in these hills” (Traduction libre: Il y a de l’or dans ces collines) lui donna un bon coup de pouce.

Cependant, après maintes interviews à la télévision, à la radio et d’autres parutions dans des publications papiers tant canadiennes qu’américaines, le vrai départ survenu après que 2 grands producteurs de l’Ontario imprimèrent YUKON GOLD en grosses lettres sur leurs emballages de pommes de terre de 10 livres vendus et distribués dans de nombreux supermarchés.

Et finalement, les clients en redemandèrent. C’est ainsi que la pomme de terre Yukon Gold a été la première variété de pommes de terre d’élevage canadien à être promu, emballé et commercialisé sous son propre nom. Elle est devenue aujourd’hui la préférée des chefs cuisiniers adorant sa texture, sa couleur et son goût presque beurré. Versatile, on la consomme surtout en purée mais elle se consomme aussi frites, rissolées, bouillies ou au barbecue.

Saviez-vous que? Monsieur Johnston fût un hybrideur de pommes de terre tellement prolifique qu’il fut nommé membre honoraire à vie de la Potato Association of America. Outre la Yukon Gold, il a aidé à concevoir d’autres variétés telles la Huron, Nipigon, York, Rideau, Trent, Simcoe, Longlac, Conestoga, Eramosa , Saginaw Gold, Red Gold, Ruby Gold, Temagami et Royal Gold. Parmi celles-ci neuf d’entre elles sont encore cultivées par des grainetiers de l’Ontario. La Yukon Gold quant à elle fût la version la plus réussie et est devenue extrêmement populaire au Canada, en Europe, dans une majorité des pays du Pacifique et aux États-Unis. À titre d’anectode, il est intéressant de conclure que durant le mandat du président américain Bill Clinton, sa conjointe, Hillary Clinton, avait déclaré lors d’un souper officiel offert à la Maison-Blanche en l’honneur du président chinois, que tous les aliments du menu provenaient des États-Unis.

Toutefois, un journaliste observateur du New York Times avait noté que les pommes de terre s’avéraient être des Yukon Gold, une création canadienne. La Maison-Blanche a dû rectifier le tir en publiant un communiqué afin de s’excuser de l’erreur et rectifier les faits.

Pour en savoir davantage sur la biographie de Monsieur Gary Johnston, consulter le lien suivant.

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