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Un des mes souvenirs gastronomiques d’enfance m’amène automatiquement à penser à la pomme de terre. Rissolée, frite, en fricassée, au four, pillée, revenue avec du gras de lard mais surtout bouillie. Il y en avait pratiquement à chaque repas et apprêtées de toutes les manières. Je me souviens de l’unique formule de politesse de ma mère pour mettre fin à une conversation: « Faut que j’aille éplucher mes patates ». J’ai longtemps banni ce tubercule de mon alimentation une fois quitté la maison; trop associé à des repas hebdomadaires plutôt ternes. Je n’en veux absolument pas à mes parents puisque c’était un légume-phare de l’époque.

En effet, vivant en campagne au début de 1970, peu de moments dans l’année nous amenaient une diversité gustative dans nos assiettes. 35 ans plus tard, j’ai redécouvert son goût en y ajoutant mon grain de sel, notamment en variant les cultivars et en calmant mes ardeurs quant à sa fréquence dans notre menu. J’ai même commencé à en planter il y a quelques temps, histoire de faire plaisir à mon beau-père. Je crois aujourd’hui l’avoir suffisamment puni et décidé de faire définitivement la paix avec ce légume qui nous accompagne au Québec depuis le milieu du 18ème siècle.

Source: goodlifepermaculture.com

Image: goodlifepermaculture.com

Pour cela, je vous dresse ici-bas la technique pour en reproduire et les conserver avec en prime, un lien vers un excellent texte en français de Bob Wildfong pour multiplier encore davantage le nombre de variétés sans devoir vos astreindre à entreposer de gigantesques quantités dans votre chambre froide. Lisez aussi un de nos anciens articles pour une production accrue sur un même espace.

De même, il existe une autre manière originale d’en cultiver sans labour, une vraie petite révolution en marche qu’on décrira éventuellement dans un article futur. Pour vous donner une idée, on vous joint une vidéo pour vous montrer le concept.

Toutefois, il est important de souligner que la production de tubercules amène, à un moment donné ou un autre, une dégénérescence de la lignée. C’est pour cette raison qu’une attention particulière doit être apportée si vous voyez de tels signes apparaître (diminution de la production, champignons, virus, maladies pathogènes…). Vous devrez prendre les dispositions nécessaires en sélectionnant toujours vos plus beaux spécimens exempts de maladie.

Néanmoins, si vous deviez refaire vos stocks, les sources suggèrent de planter des tubercules sains à 10-15 cm de profondeur par environ 10-15 cm de distance et ce, dans de grands contenants munis de trous de drainage dans lesquels vous y aurez déposé du terreau de germination acheté en commerce ou fait maison. Une fois les tiges poussées d’à peu près 20 cm, rabattez-les à 5 cm de hauteur pour replanter la motte à 15 cm de profondeur. Après 2 semaines, retransplanter le tout au jardin dans un espace où vous êtes certains qu’il n’y aura eu aucune « solanacées » y ayant poussé depuis minimum 4 ans. Installez-les en respectant une distance de 15 cm entre les rangs. Vous pourrez ainsi récolter les pommes de terre de ces plants vers la fin de la saison et les conserver pour le printemps suivant. Suivez les 5 étapes plus bas pour la récolte et l’entreposage.

Œils de pomme de terre

Œils de pomme de terre

Néanmoins, si vous en êtes à votre première tentative, sachez que la plante s’installe plein soleil dans une terre profonde, légère et bien drainée. Vous diminuerez vous chances de contracter des maladies en les installant en rotation avec d’autres cultures. N’oubliez pas d’arroser en période de sécheresse; surtout au moment de la floraison, période où le plant forme ses tubercules. Comme elle aime aussi une certaine acidité, profitez-en pour mettre au fond de la fosse des aiguilles d’un conifère quelconque. Ce dernier conseil m’a été fourni par des personnes âgées qui, avec ce genre d’intervention, n’avaient que peu ou jamais eu de doryphores (la fameuse bibite à patates) et jusqu’à maintenant, ça fonctionne. On suggère également d’utiliser des tubercules gros comme la taille d’un œuf mais vous pourriez couper une grosse pomme de terre en deux, sur le long, en autant que chaque partie ait deux à quatre œils. C’est malheureusement le seul moyen d’en reproduire.

Source: eilee.net

Image: eilee.net

De fait, la plante est asexuée et ne peut se multiplier qu’à partir de tubercules. Pour démarrer vos plants, sortez-les de leur dormance à peu près 3 semaines avant leur plantation, en les exposant à la lumière et à la chaleur (environ 20 degrés Celsius). Le choc fera gonfler les bourgeons. Vous pourrez alors semer (2 à 3 semaines avant la date du dernier gel) dans un sol travaillé à peu près 10 cm de profondeur et 25 cm de distance. Respectez une distance entre les rangs de 75 cm. Prévoyez entre 60 et 90 jours pour récolter.

TRÈS IMPORTANT: Une fois poussées d’environ 15 cm, renchaussez chaque plant, c’est-à-dire prenez de la terre sur les côtés pour enterrer les tiges. Ça évitera de cette manière que les pommes de terre soient exposées à la lumière en poussant et deviennent vertes; entraînant du même coup le développement de la solanine, une toxine qu’il faut absolument éviter. Si cela survenait, jeter immédiatement ces légumes. Si la partie verte se limitait à l’extrémité, coupez simplement le bout.

Pour les gens désireux de conserver et perpétuer leur variété le printemps suivant, respectez ces étapes :

  1. Si vous récoltez vos patates immédiatement après leur mûrissement, celles-ci ne se conserveront pas. Appelées « patates nouvelles », leur peau mince ne permet pas leur conservation durant l’hiver mais elles sont idéales pour la popote.
  2. Attendez au moins deux semaines après que les feuillage soient fanées pour achever le mûrissement en terre mais aussi pour que le tubercule développe une peau plus épaisse. Prenez ce temps pour couper la tige à environ 15 centimètres du sol et la détruire pour éviter la propagation de maladie lorsque la plante se décomposera. Une plus longue attente les rend sujettes à la rhizoctonie.
  3. Déterrez-les en prenant soin de ne pas les blesser sinon, utilisez ceux-ci pour la cuisine. En effet, les tubercules meurtris pourriront les premiers et contamineront les autres durant leur remisage. Laissez-les quelques heures à la lumière pour que la terre puisse sécher. Idéalement, faites cette opération durant une journée ensoleillée. Ensuite, frottez-les avec vos mains pour enlever la terre. C’est vraiment désagréable de peler des pommes de terres sales.
  4. Une fois l’opération complétée, entrez votre butin dans une chambre froide (entre 2 et 4 degrés Celsius) sombre bien ventilée avec un taux d’humidité de 90%. Utilisez un thermomètre pour un meilleur contrôle. Que ce soit dans des boîtes en bois, des sacs en papier / jute (pas de plastique) ou autres récipients, vous devriez pouvoir les conserver entre 4 et 6 mois.
  5. Faites une vérification quelques fois durant l’hiver pour éliminer tout spécimen présentant des signes de pourrissement, moisissures ou détériorations suspectes.

La vente de pommes de terre pour l’ensemencement est strictement réglementée par les autorités gouvernementales fédérales et cela, en fonction des maladies qui peuvent rapidement se propager et décimer des champs entier. C’est une industrie importante et à cause de ça, peu d’entreprises au Canada ont les autorisations phytosanitaires pour la revente à des particuliers à cause surtout des coûts reliés et aux obligations récurrentes de rassurer les inspecteurs en alimentation. Consulter nos liens sous les onglets « production de semences ancestrales au Québec ou au Canada » pour des références. Sinon, il y a toujours les centres jardins pour vos premiers essais mais hanvous n’aurez pas accès à des variétés ancestrales. Vous reste donc aussi le bon vieux troc entre amis, voisins ou la famille. C’est là qu’on fait les plus belles découvertes.

 

 

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