Je me suis rendu au potager hier en fin d’après-midi.

J’ai dû le délaisser pendant deux semaines pour diverses raisons.

Inutile de vous dire que la nature s’organise en l’absence du jardinier. Les mauvaises herbes poussent. Les oiseaux se régalent de fraises, framboises et bleuets. Les insectes passent à l’attaque. Les fines herbes vivaces envahissent des espaces non colonisés.

En le revisitant, cela m’a fait penser à une maxime « un succès instantané, c’est 20 ans de travail acharné ». Je me suis du coup, remémoré ses débuts. D’une grosseur de 10 par 15 pieds, il est maintenant rendu plusieurs centaines de fois plus grand. Et il reste encore de la place. J’ai un objectif d’espace à combler et je m’y tient. Chaque année, je gagne du terrain.  Je suis en voie d’atteindre mon but. Ça fera bientôt 9 ans que j’y travaille.

En passant, je vais vous révéler un secret acquis au cours de mes 15 ans de vie professionnelle comme conseiller d’orientation. Il m’aide non seulement dans mon travail mais aussi dans ma vie personnelle: se fixer un objectif à court terme réalisable.

Rien ne vous empêche d’avoir un vue d’ensemble d’un projet plus gros comme celui que je vise en agrandissant ma parcelle de terrain cultivable. D’autres investiront leurs énergies à l’obtention d’un diplôme, perdre du poids, courir un demi-marathon, amasser de l’argent pour l’achat d’une maison, apprendre une langue, etc. L »important c’est de subdiviser. Un sous-objectif pourrait se réaliser en une semaine, une journée ou même une heure. La durée n’est pas importante en soi.

Par contre, il est primordial qu’il puisse se concrétiser rapidement en allant dans le sens du projet visé et ce, pour garder la motivation et sentir cette satisfaction en soi après l’avoir accompli. C’est le chemin parcouru qui,à la fin, aura de la valeur et non la destination.

Par exemple, j’ai rencontré un jour un père de famille soucieux de l’avenir de son fils. Avec tout le sérieux du monde, il m’avait révélé qu’il ne souhaiterait jamais qu’il passe au travers les épreuves qu’il avait eues à endurer pour réussir. Âgé de 23 ans, son garçon n’avait aucun but dans la vie outre dépenser l’argent du père au grand dam de ce dernier. Que puis-je faire implorait-il?

Pour l’aider, je l’amena sur la manière dont il avait réussi à devenir un homme d’affaires prospère, état dont il était fier. Ayant commencé à travailler à 15 ans, il avait cumulé toutes sortes de boulots ingrats jusqu’à devenir, au fil du temps, un entrepreneur aguerri avec les responsabilités et le statut social asoociés. Au fil de la conversation, il comprit que ses épreuves l’ont amené à développer toutes sortes de compétences et d’expérience aujourd’hui fort utiles dans son domaine. Au lieu de les voir comme des épreuves, il s’est aperçu qu’au contraire, elles étaient une richesse. Elles l’avaient préparé à sa carrière actuelle. En protégeant son fils, il le privait de l’opportunité de créer ses propres erreurs, de s’améliorer, de se découvrir en tant qu’homme. Quel choc pour lui de comprendre qu’au lieu de l’aider, il lui nuisait.

Bon nombre de gens désirent le succès immédiat sans y mettre les efforts ou souhaient protéger les leurs à l’extrême en pensant bien faire? Est-ce réellement une bonne chose?

Ainsi, me fixer l’objectif d’arracher un carré de mauvaises herbes durant 30 minutes n’est pas banal en soi. Cela m’apprend à connaître mon terrain, son sol, le type de mauvaises herbes qui y poussent, les moyen de les contrôler, la réaction des plants semés, le nombre d’heure d’ensoleillement, etc. Mon terrain m’instruit sur mon niveau de patience, ma tolérance, ma résiliance, mon ignorance, sur son intéraction avec ce qui l’entoure. C’est pourquoi, je persévère car  pour certains se sera perçu comme un torture, un fardeau, un recommencement perpétuel.

Dans mon cas, mon potager est mon guide. Il m’instruit, m’enrichit, me nourrit. Et après 20 ans de travail acharné, il m’aura sûrement autant « cultivé » que moi.

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