Cerises de terre (image: https://practicalselfreliance.com)

Pour les gens disposant d’un bon espace cultivable, laissez-vous tenter par la cerise de terre (Physalis pruinosa), aussi appelée « husk cherry » ou « ground cherry » en anglais. Je sais… un peu tard pour traiter du sujet en juillet me direz-vous. Voyez-le plutôt comme si vous preniez de l’avance pour l’an prochain. Ça vous laissera le temps de planifier. Effectivement, à maturité, cette annuelle rampante peut mesurer environ un mètre de diamètre et autant en hauteur. Considérant qu’on recommande un minimum de 8 plants pour une production de semences personnelles (40 pour les semenciers), ceci pour assurer une diversité génétique, je comprend qu’elle ne trône pas en tête de liste des choix du jardin. C’est dommage car, sans qu’il n’y paraisse, elle nous côtoie au Québec depuis très très longtemps; aux alentours de 1860 pour être plus précis. Pour vous donner un exemple, on la mentionne le 15 mars 1866 à Sainte-Anne-de-Lapocatière dans l’édition numéro 10 de La Gazette des campagnes / Journal du cultivateur et du colon.

Toutefois, la plante commencera à vraiment être connue au Québec à partir du milieu des années 1940 lorsqu’elle apparaîtra dans les catalogues de semences de la province sous l’appellation française, « alkekenge » ou, en anglais, « golden husk » et « ground cherry ». Vivace de son lieu d’origine (Pérou) jusqu’au nord-est des États-Unis, elle se ressèmera l’année suivante si vous oubliez de tout récolter. Et surtout, ne jeter aucun fruit au compost. S’ils résistent aux hivers, les graines germeront et vous aurez un beau talus de cerises de terre la saison estivale suivante.

Au départ, on la transformait surtout en confitures de luxe de par son goût exotique de groseille et mangue comparé à aujourd’hui, où on la mange surtout fraîche. Aussi appelée « amour en cage », il est important de ne pas la confondre avec d’autres proches parentes telles les Physalis « peruviana », « ixocarpa et philadelphica » ainsi que « alkekengi ». Surveillez l’info sur les sachets pour ne pas vous trompez. Sinon, demandez-le auprès des grainetiers. De toute façon, vous devrez vous assurer d’un espace d’isolement de 200 à 1500 mètres entre chaque variété pour ne pas favoriser la pollinisation croisée. C’est pas mal de distance. Allez jaser avec vos voisins au printemps pour leur poser la question, à savoir, s’ils en plantent. Ça apaise de se dire qu’on pourra récolter en toute quiétude.

Pour commencer, faites des semis intérieures entre 8 et 9 semaines avant la date du dernier gel de votre région. Attendez quand même que le sol se soit réchauffé. Dans mon coin, avec un sol argileux, je cultive sur butte de 15 cm. Les fruits ont tendance à grossir davantage comparativement au ras le sol. Ah oui! Elle tolère super bien la sécheresse mais conservez le sol des plants humide (mais pas détrempé) de la plantation des graines jusqu’à la fin de la floraison. Outre l’espace, veillez au bon drainage du sol et une position plein soleil. Gourmande, amendez d’un compost décomposé (5 cm d’épaisseur environ). Laissez environ 45 centimètres entre les plants et 60 cm entre les rangées. Du moment de la plantation jusqu’à la récolte, prévoyez entre 75 et 90 jours jours de maturité. Aucun tuteur nécessaire puisque rampante. Youppi! Ça de moins à faire. Il existe de nombreuses ressources sur le net pour les étapes de l’entretien et pour en prendre soin. Suivez ce lien pour des détails supplémentaires (maladies, insectes indésirables, boost de production…).

(Image 1: Récolte de cerises de terre)

Par la suite, sélectionnez uniquement vos plus beaux spécimens, soit ceux répondant aux caractéristiques du cultivar mais aussi ceux ayant résisté aux aléas du climat et de son environnement. Lorsque prêts (vers la fin août au Québec), les fruits réchauffés tomberont directement sur le sol. À petite échelle, la majorité des gens les ramasseront à la main. Avec plusieurs plants, servez-vous d’un appareil à pulsation d’air pour pousser les petits fruits sur une bâche, disposée préalablement devant le plant (voir image 1). Faites-vous aider pour soulever les branches. Plus facile et efficace. Faites-les ensuite sécher quelques jours à l’air libre dans un abris au sec. Remisez-les dans un bac. De manière surprenante, vous pourrez les conserver ainsi plusieurs semaines à l’abris de l’humidité. Pour les déguster, ne vous fiez pas à une enveloppe verte en croyant qu’elle n’est pas mûre. Sur le marché, ces fruits sont déclassés juste pour l’esthétisme. Quel gaspillage! Très  souvent, vous y découvrirez une belle petite bille ronde jaune à orange dorée. Privilégier-les pour vos semences. Prenez les fruits mûrs, jetez les enveloppes séchées au compost et déposez-les dans un malaxeur. Le nombre de fruits à récolter dépend du nombre de semences que vous souhaitez conserver. Pour une utilisation personnelle, prenez une bonne poignée de chaque plant conservé. Pour les semenciers, c’est évidemment beaucoup plus. Ajouterez ensuite le double en eau dans un réservoir à mélangeur (Voir image 2) Fermez le couvercle et malaxer pendant environ une dizaine de secondes. Les graines minuscules passeront au travers des lames et les semences viables se déposeront au fond (Voir image 3).

(Image 2: Récolte de semences avant de passer au mixeur)

Image 3: Récolte de cerise de terre après avoir passé au mixeur)

À partir de là, il y a deux écoles de pensée:

PREMIÈRE ÉCOLE: Du récipient du mélangeur, retirez la pulpe et les graines non viables flottant sur le dessus. Ajoutez de l’eau claire au besoin. Videz tranquillement l’eau du dessus dans l’évier jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un tout petit peu d’eau au fond du récipient. Ensuite, aidez-vous d’un papier essuie-tout pour percoler l’eau restante (voir image 5). Déposez sur une feuille de papier ciré en répartissant les graines pour le séchage à l’air ambiant. Après 3-4 jours, elles deviendront sèches. Frottez-les ensemble pour les séparer.

(Image 4: Récolte de semences de cerise de terre après éclaircissement à l’eau le mélange)

(Image 5: Assèchement des semences de cerise de terre par percolation avec un essuie-tout)

DEUXIÈME ÉCOLE: Avec le contenu du mélangeur, couvrez d’une pellicule plastique et laissez fermenter pendant 48 heures à la température ambiante. Passez à l’eau claire la pâte sous un tamis à mailles très très fines. Faites sécher sur un papier ciré pendant quelques jours pour ensuite les frottez et les ensacher.

Dans chacun des cas, ça fonctionne. Inscrivez donc l’année de récolte et le nom de la variété. Entreposez dans un endroit sec et à l’abris de la lumière. Elles se conserveront entre 3 et 8 ans.