Concombre Tante Alice

Depuis plus de 9 ans, toutes nos tentatives pour retracer l’historique du concombre « Tante Alice » se sont avérées vaines. Pour débuter nos recherches, nous possédions une mince description reproduite de manière infinie sur le web soit:

Variété du patrimoine cultivée par madame Alice Gosselin 90 ans du comté de Dorchester au Québec.

Trop simpliste à notre goût, nous voulions connaître la vraie histoire pour la partager. Mais j’imagine que le destin s’organise pour placer sur notre chemin les bonnes personnes au moment voulu.

En effet, par un curieux concours de circonstances, Lyne Bellemare, coordonnatrice des communications pour le Semencier du patrimoine reçoit un peu plus tôt cette année la tâche de dénicher des renseignements supplémentaires sur cette variété. En contactant des membres dont Monsieur Paquet, celui-ci se souvient de l’émission télévisuelle « Découverte » enregistrée le 22 octobre 2001 durant laquelle on parle de ce légume. Durant cet épisode, l’équipe de reportage interview Antoine d’Avignon (aujourd’hui décédé), celui ayant reçcu des semences de cette supposée « tante Alice ». Selon les propos de ce dernier, ce sont ses neveux qui, en visitant ses plates-bandes, lui auraient apportés des graines quelques années plus tôt.

Marie-Alice Gosselin Laflamme (1908-2005)

En consultant la correspondance entre les deux individus (Alice et Antoine), c’est plus spécifiquement son neveu, Marcel Gosselin, qui, après avoir visité les jardins de Monsieur d’Avignon à Pintendre, prit la décision de demander à sa tante s’il pouvait remettre des semences à cet ancien responsable du semencier du Patrimoine (section Québec). Après cet échange et comme le concombre n’avait pas de nom, ils décidèrent de jumeler les noms Alice (en l’honneur du prénom de sa tante) et Gosselin (du nom de famille de Marcel). Et voilà… le fameux concombre Tante Alice Gosselin était né.

D’ailleurs, selon les dires de ses filles, Yvonne et Marie-Andrée, leur mère (de son vrai nom: Marie-Alice Laflamme Gosselin) n’a jamais nommé ce cultivar qu’elle a elle-même créé. Leurs souvenirs passés font croire qu’il serait le croisement entre un concombre offert dans un catalogue de semences de l’époque, l’entreprise Hector L. Déry et un autre inconnue. Mais là… rien n’est certain. Pour prouver leurs dires, elles avaient en leur possession un flacon recèlant quelques graines recueillies en 1990 par Alice elle-même. À l’intérieur, un papier écrit de sa main inscrit « graines des beaux gros concombre ». La rencontre avec ces deux filles fût réellement une révélation.

De fait, suite à des correspondances électroniques avec Madame Bellemare, celles-ci me tenait  informée de ses progressions et péripéties. Un 19 mai 2012, je reçois un courriel de victoire de cette dernière intitulé « ON A TROUVÉ TANTE ALICE ». Après plusieurs appels téléphoniques à tatillon auprès de descendants possibles, elle exprimait avec raison son émotion de les avoir découvert. Après sa danse de la victoire, elle m’invitait à rencontrer personnellement Marie-Andrée et Yvonne Gosselin, deux des 11 enfants de Marie-Alice. Je vous résume brièvement cette visite de plus d’une heure survenue le dimanche 02 juin 2012. Pour les semenciers et amateurs, soyez prêts à ajouter un pan d’histoire sur le concombre Tante Alice.

Ironiquement, grâce à l’acte de naissance retrouvé par Monsieur René Paquet, ses enfants ont appris la vraie date de naissance de leur mère soit le 15 février 1908 à St-Lazare dans la MRC de Bellechasse. « Tout le monde a toujours fêté ma mère le 16 février », c’est incroyable, s’exclama Marie-Andrée.

Le concombre tante Alice se faisait appelé à l’origine « beau gros concombre » par Marie-Alice Laflamme Gosselin

Quoi qu’il en soit, c’est sa fille Berthe (aujourd’hui décédée) qui réalisa la première le potentiel de ce concombre. Étant très productif et facile à digérer, elle n’hésitait pas à le partager autour d’elle. Elle recevait constamment des compliments. Dans l’une des lettres adressées à Marie-Alice, Antoine avait justement eu la gentillesse d’honorer la mémoire de Berthe en lui écrivant qu’il propagerait ses graines en l’honneur de sa fille. »Ma mère avait vraiment le tour avec les plantes » souligna Marie-Andrée. Mais c’est sa soeur aînée, Maria, suite au décès prématuré de leur mère qui l’a pris sous son aile et lui appris l’art du potager. « Il ne fallait pas juste que ses légumes soient bons, il fallait que son jardin soit aussi beau » précisa Marie-Andrée.

Pour la plantation du concombre, sa mère prenait soin de semer ses graines sur une butte le 13 juin (à la Saint-Antoine) dans une terre noire. La veille, elle les faisait tremper dans du lait. Tout le monde se surprenait de voir les plants à maturité en même temps que les autres sortes de concombre semés en mai. Elle les dégustait petits. Elle les a cultivé toute sa vie. Quand elle voyait un beau gros concombre, elle décidait de le garder pour ses graines de l’année suivante.

De gauche à droite (Marie-Andrée et Yvonne Gosselin)

Il est à noter toutefois qu’une sélection annuelle semble obligatoire pour en conserver les propriétés uniques.De fait, les expériences de Monsieur Paquet depuis plus de 10 ans, tendent à démontrer qu’une fois de temps en temps, des caractéristiques dominantes non conformes avec celles du concombre Tante Alice prennent le dessus. Des observations constantes sont donc nécessaires pour maintenir la bonne lignée.Nous remerçions chaleureusement Lyne Bellemare et René Paquet d’avoir mis en place ce pan d’histoire de notre patrimoine. Nous soulignons aussi la gentillesse de Marie-André et Yvonne Laflamme pour leur temps et leur générosité et aussi pour les semences qu’elles nous ont offertes…. directement de la lignée de leur mère. Propagez cette belle histoire maintenant!

Récolte de semences du concombre Tante Alice (2012)

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